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Ainsi va le jour.25

 

 

rouge

 

 

La stupeur de janvier nous avait amenés à penser que ce n’était qu’un début mais nous sommes malgré tout, sonnés. Avions-nous imaginé des kamikazes, qui plus est femmes,  en France ? Et tout ce que cela dit du pas franchi ou de la frontière effacée.

La femme vient aussi de mars. Ca y est, de l’autre côté du monde qui devient le nôtre, à un jet de pierre, à un clic d’internet, la femme guerrière se déclare et passe à l’acte. Contre les Lumières, notre liberté de dire et de faire : tuerie,  massacre. Actes de barbarie.

Comment se réconcilier, les réconcilier avec la vie qu’ils méprisent,  la nôtre et la leur.

Le temps simple, ordinaire serait-il fini, passé, terminé ?

Les tendres années, une boutique devant laquelle je  passe depuis deux ans, depuis le 13 novembre, résonne différemment. Leurs tendres années, elles sont restées sur les terrasses et dans la salle de concert ou dans la rue ou encore au stade.

Une semaine après, un verre en terrasse ou à l’intérieur comme avec Huguette et Victoria, détendues et heureuses d’être là presqu’étonnées de se sentir bien, insouciantes.

Plombés, assommés, ensuqués, nous l’avons été ; terrasses cours ou jardins la vie nous est comptée-on le savait- mais dorénavant, elle sera-elle est-, plus précieuse encore et on savoure l’instant.

Ni sourds ni aveugles mais calmes et toujours ouverts c’est à dire pas systématiquement soupçonneux.Ce doit être la résolution.

Les jours qui ont suivi, je n’ai pas entendu de la même manière le croassement des corneilles. Les plaintes des mouettes étaient différentes, à mes oreilles.

Et puis, les jours passent, les semaines aussi et l’on a envie de se retrouver, de prendre soin de soi et des autres, envie de douceur ou de poires au vin des chemins de Carabote comme nous en avions mangé plus tôt avec H et C. ou de crêpes à partager.

On devient même un peu bizarre : On se surprend même à parler doucement aux choses, à effleurer tel livre et comme  après un chagrin, de se consoler chacun à sa manière avec la lumière du jour dont il faut s’accommoder, les petits riens de la vie ordinaire.

Le bruit rend sourd et du bruit ou des déflagrations tant physique que mentale, il y en a eu beaucoup ces derniers temps.

Comment combattre Daech et s’unir aux pays du Moyen Orient avec lesquels nous avons des intérêts économiques et dont chacun d’entre  eux a le sien propre, ajouté aux différents courants religieux? Comment confédérer des pays tels que Irak, Turquie, Iran, Arabie Saoudite et Qatar qui se mènent une guerre sourde? Ces liaisons dangereuses comme titrait un numéro de Courrier International, qu’entretiennent nos démocraties avec leurs dictatures –pour certains des pétromonarchies-, pour tenter  de sauver notre sécurité. Nous y voici.

La Russie est habile et profitera de tout, nous dit-on. Nous avons oublié que Khadirov le président Tchétchène choisi par Poutine et qu’il soutient toujours,  a imposé la charia dans son pays. Cela n’a pas l’air de  déranger tant que cela.

Exterminer les mécréants, soumettre les modérés et installer le chaos en prospérant sur le marché des antiquités et du pétrole volé, c’est la voie de Daech. Qu’elles que soit l’origine de ces violence et cruauté inouïes, la frustration, nos politiques ambiguës, la partition de la région dès les années 20  par la France et la Grande Bretagne, soit tout ce que nous lisons ou entendons et qui est un fait,  détruire Daech par les armes uniquement ne réglerait pas le problème. L’idéologie de la secte totalitaire continuera à vivre. D’après ce que je lis, tout comme vous, je suppose, tout est écrit dans leur publication de propagande et ils mettent à exécution un programme. Comment les combattre de façon durable ?

Et si on parlait d’autre chose… les élections régionales en cours confirmant la progression d’un Front National au programme dangereux, le problème du climat pour lequel les dirigeants de la planète sont réunis devraient faire baisser de 2 degrés la température afin que les côtiers du Bengladesh n’aillent grossir les bidonvilles de Dakka où se trouve Bruno, ancien collègue d’Huguette;  Et ce n’est qu’un exemple.

Pour parler vraiment d’autre chose tout en restant vigilant, ouvert et résistant, la littérature, peut-être.

Les livres consolent.

Lisez donc chez Actes Sud de Régine Detambel Les livres prennent soin de nous. Un régal!

Je viens de relire Nouvelles Orientales de Yourcenar, avec beaucoup de plaisir- quelle écriture- et cette nouvelle, L’homme qui a aimé les Néréïdes où l’ombre de la mort plane mais l’amour est plus fort que tout, a attiré davantage mon attention.

Dans une île grecque, le jeune Panégyotis, pas celui du Petit Journal de Canal mais celui de Marguerite Yourcenar-, est devenu idiot et muet pour ne pas révéler un secret;  « …Il est sorti du monde des faits pour rentrer dans celui des illusions… » Il a vu et est tombé sous le charmes des Néréïdes, sortes de nymphes de la forêt. Il a vu la nudité des femmes.

Sinon pour aller vers cette fin d’année en retrouvant un peu de douceur, ainsi égrenées, Les règles de la maison,  indique la liste sur le mur blanc de la cuisine de jeunes trentenaires, amis.

Vivre, rire beaucoup, être heureux tous les jours, aimer…

Depuis hier, sur le principe de « flash mob » et jusqu’au 19 décembre, avec l’ensemble vocal des Hauts-de-Seine, nous chantons à Clichy  à six reprises,  une dizaine de minutes surprenant ainsi les passants ou les clients.

 

ELB

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Itinerrances de Ferrante Ferranti

hgformeemergente hgformeemergente 001Couleur et noncouleur…GHV

A la Maison Européenne de la photo, il ne reste que quelques jours pour visiter l’exposition dont Huguette nous avait parlé avant l’été. Je l’ai vue hier et elle voulait que je vous raconte…
Ne voulant pas rater ça, j’y cours avec l’amie Nora. C’était jeudi dernier, jour chaud s’il en était. Pas déçues. Pour ma part, je connaissais Mère Méditerranée et autres photos illustrant des textes de Dominique Fernandez.

Enchantées car après avoir passé deux heures dans les deux espaces répartis de chaque côté du palier au deuxième étage, couleur à droite, noir et blanc à gauche-pour simplifier-, le maître est arrivé, dans la lumière si j’ose dire. Et nous avons tout repris à zéro, avec bonheur.
Nous avions commencé, seules par pierres sauvages pierres vivantes .Le baroque, la pierre et le jeu de la lumière sur le matériau. L’intérêt de l’artiste pour l’art cistercien et une rencontre au travers d’un livre fera le reste.
Travaux en triptyque la plupart du temps, des textes, très beaux qui nous éclairent .Une église en Allemagne dont le martyr de St Sébastien est éblouissant parmi d’autres sculptures baroques dont le maître est friand et s’en est fait une spécialité. Nous poursuivons avec une sculpture profane, entre autres, le rapt de Proserpine, à la villa Borghèse, à laquelle la lumière donne une autre interprétation. Le photographe saisit l’instant sur un détail de l’œuvre et ce qui devrait être brutalité devient sensualité. La lumière, fugitive joue avec la pierre ou tout autre matériau, aussi faut-il la capter. C’est tout le travail du photographe.

Pourquoi les photos du cheval effaré, dans les ruines de ce petit village sicilien et celle de la petite fille que l’on croit sautillante et gaie nous ont-elles particulièrement enthousiasmées ? Nous n’avons pas d’emblée d’explication. Amoureux des ruines, ces dernières offrent à l’artiste de belles surprises et nous en profitons. Voilà tout ! Est-ce la présence inattendue du personnage ou de l’animal ?
Quand arrive, l’auteur lui-même, souriant, lumineux et d’une simplicité déconcertante, nous avons fini le tour et recommençons avec plaisir. Nos interrogations sont satisfaites. Sans affectation ni fausse modestie, Ferrante Ferranti –solaire et méditerranéen- nous emballe.
On franchit le palier et là, saisies par la couleur nous sommes stoppées par la photo du jeune balayeur d’un couvent, en Roumanie : elle est en noir et blanc.
Empreintes du sacré, c’est le thème de cette partie, je crois. Pour cette recherche du sacré et de ces rites dans les sanctuaires du monde entier, il lui est apparu essentiel de faire de la couleur car c’est la vie et elle en restitue mieux tout l’éclat. Que de regards et de rencontres !
Le batelier de la Volga beau comme un Dieu, le chanteur Tatar au regard presque cruel et le militaire endormi dans le transsibérien. Tous ces visages graves et jeunes nous attirent ainsi que dans la petite salle la terrasse des prophètes, en noir et blanc aussi dont l’explication de l’artiste au lieu de m’éclairer, rajoute au mystère et à ma perplexité.

Deux heures d’apprentissage, de décryptage, d’interrogations. Le photographe revient sur le triptyque de la première salle : Le Solstice dans le temple d’Abou Simbel. Grâce à une conférence de Christiane Desroches-Noblecourt, à l’âge de 21 ans, il découvre le phénomène et veut y être au moment précis où le soleil éclaire ces quatre statues de pharaons assis et dont j’ai oublié le nom. Trois sont éclairés seulement. Cela tombe à pic car le quatrième est le dieu des ténèbres. Le phénomène se produit au moment du solstice d’été. Le même sur la photo suivante est observé dans une chapelle dont la lumière ce jour-là arrive de face au-dessus de l’autel et le traverse. La troisième photo que l’on prend pour un sacré montage, est bien réelle mais le jeu des reflets dans une vitre nous a troublées. Le dedans et le dehors se rejoignent, les architectures se croisent. Malgré le texte la décrivant, je suis rassurée par l’explication que nous donne son auteur.

Technique, hasard, découverte et recoupement faits à posteriori, autant d’éclairages saisissants qui nous laissent un peu moins ignorantes. On croit la photo retravaillée, léchée, lissée. On apprend qu’il n’y fait aucune retouche et que la lumière est toujours naturelle comme celle qui éclaire le supplice de St Sébastien. Il suffisait d’être patient ou d’être là, à l’instant où le soleil pénétrait par le vitrail et baignait la sculpture pour en saisir toute la force.

Pour celle du cheval et celle de la petite fille, par exemple, le maître nous explique que l’œil n’avait pas vu ou pas anticipé mais le doigt déclencheur a finalement impressionné, imprimé, figé ce qui, un quart de seconde plus tôt ou plus tard n’aurait pu être. C’est le doigt qui commande et, l’esprit, la pensée dans tout ça ? Ils interviennent plus tard .Aussitôt, je rétablis- pour moi- ils croient ne pas intervenir, me dis-je. Ainsi, la pensée ferait son chemin et arriverait après coup et sans diriger ni influencer ce doigt qui appuie sur le bouton? Je reste sceptique. Après tout, quand on écrit aussi bien la lumière, tout est possible.
Mais si, mais si, c’est vrai. C’est comme le crayon d’Huguette : La pensée lui est postérieure. C’est ce qu’elle expérimente aussi en croquant tous les jours dans le train ou ailleurs.

Ferrante Ferranti fasciné donc, par cette lumière et ouvert à toute forme de spiritualité, scrute cette part de l’homme toujours en quête, travaillant ainsi avec moines tibétains aussi bien qu’avec de grands théologiens soufis d’Algérie ou un moine bénédictin.

Résonnance, correspondance comme avec les gravures de Piranèse, graveur et architecte du XVIII siècle qu’il découvre grâce à un texte de Marguerite Yourcenar .Piranèse qui a le génie de donner de l’esprit aux ruines et qui, dit-il lui a révélé le baroque qu’il n’ignorait pas- on s’en serait douté.
Tout ce qui pouvait relever du hasard et du miracle –c’est son mot- est pointé, accueilli comme un cadeau. L’inattendu, l’incompris sera des années plus tard décrypté et intégré dans cette longue marche vers la compréhension d’un monde toujours plus complexe en quête de son sens, le plus caché probablement.

La disponibilité de Ferrante Ferranti m’a particulièrement touchée. Il y aurait bien d’autres anecdotes que vous entendrez peut-être s’il est au rendez-vous que vous ne lui aurez pas fixé, tout comme nous. Si c’est le cas, suivez-le.

Il arrive parfois que quelque chose, né du hasard, trouve écho et on l’expérimente tous une fois ou l’autre. Un moment privilégié.

ELB