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Voir Naples, premier jour. Dimanche.

Quelques jours à Naples .Partis et déjà rentrés. Difficile d’alimenter un blog tout en étant sur place car l’on ne veut ni se laisser distraire ni se laisser aller à de hâtives considérations.

Au jour le jour donc mais avec une semaine de décalage , un peu de recul, beaucoup de questions en suspens et le besoin de trier un peu je tenterai ici de restituer quelques images.

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Arriver un dimanche nous le savions, nous faisait découvrir une ambiance particulière .Grimper depuis le Corso Vitorio Emanuele  par le téléphérique d’abord puis en marchant à l’ombre des immeubles vers les murailles imposantes du château Sant Elmo nous semblait un bon moyen d’embrasser du regard et de saluer la ville .Du haut des remparts  et en faisant le tour du chemin de ronde nous découvrons à nos pieds et sur trois cents soixante degrés les faubourgs de Scampia pour ceux qui connaissent la série Gommora ou le film d’après  l’œuvre de  Roberto Savinio et bien apprenez que les célèbres immeubles  « voiles », lieux de violence et de non droit vont tous, sauf un, être démolis. Plus proche les quartiers modernes et leurs rares tours , Capodimonte dans un peu de vert , l’aéroport, la gare, les vieux quartiers en cascade , le dôme verrière du passage Umberto Primo, Castel Nuovo ,le port, Chiaia le quartier en contrebas où nous résiderons, la baie et bien sûr le Vésuve. Un ciel encombré, des couleurs à nos pieds apaisées par le manque de soleil, une rumeur sourde, celle des villes… Bonjour Naples . Demain nous descendrons vers le port.

Pavement large en pierre de lave.

Des touristes arpentent comme nous les rues pavées , les trottoirs . Dans les rares commerces ouverts nous croisons nos premiers autochtones après  le taxi, affable et fier de sa ville et la logeuse et son mari argentin qui nous ont expliqueé que la location d’appartements est devenu leur gagne-pain.

Jeune napolitain; croquis.

Si les villes, les paysages façonnent ceux qui y vivent que dire des napolitains après quelques jours ? Chaque contact est réservé, la première attitude est celle  tranquille du devoir à accomplir : vendre, comprendre, renseigner, puis le regard se fait plus amène et fuse une question, une invitation curieuse par laquelle on vous accorde dans un sourire  de l’intérêt .

Un exemple vaut mieux qu’ une longue explication pour définir un tempérament : à Naples, les passants recueillent les pavés arrachés des rues en pente et les déposent sur le trottoir. Ils évitent ainsi les chutes en scotter ou moto, signalent peut-être aux services concernés le travail de réfection à faire bien qu’il semble qu’un peu de ciment à la truelle soit plus utilisé pour combler les trous…Piétons attention à vos chevilles.

Les napolitains s’activent paisiblement ,volubiles certes mais paisibles,au pied d’un  volcan trop célèbre , plus présent qu’eux . L’on nous dit qu’il les nourrit, qu’il les retient ici .De même ferait la baie ou s’alignent quelques barques de pêcheurs et que de raresnavires traversent. Deux immeubles flottants amarrés à quai vappotent une fumée blanche .Immobile, ancré assez loin un  yatch et  dans le ciel au dessus des flots  les avions au départ…

A Naples je m’interroge sur ce qui fait ici après la une sur l’agression de la petite Noemi, quatre ans, grièvement blessée dans une attaque de gang de la camorra ,la deuxième page de journaux : le fait européen exploré pour cause d’élections .Sommes nous de cette Europe là ? Ai-je un lien  avec ce peuple ? Les journées à venir vont me renvoyer des millénaires, des siècles en arrière et je retrouverai des situations, des images, des faits qui certes ont modelé notre propre vie. Tout l’Orient, la Grèce, l’empire romain, le christianisme incrustés dans les strates de la ville , amalgamés ici ont insidieusement déversé dans nos structures politiques, économiques, culturelles et par delà dans nos enfances de quoi nous faire avant tout européen. GHV

Embarcation immédiate.

or3

On nous avait prédit un grand soleil et un couvercle gris planait au-dessus de nous.
Heureusement certains dimanches sont pleins de surprises et d’inattendu.

Ce soir, la compagnie du Vieil or de la dernière syllabe qui réside à Clichy-la-Garenne nous a diffusés, pendant presque deux heures, une lumière toute orientale dans un décor minimal et efficace.

Un piano, une voix lyrique et le liseur qui prête sa voix à un Pierre Loti en habit d’officier de marine prêt à nous embarquer.

La lecture, tantôt rapide tantôt lascive entre les coussins et à l’abri d’une tente imaginaire ou à l’ombre d’un temple était notre corne de brume. Quelques tapis, un coffre coloré, quatre étoffes pour habiller un lutrin et suggérer le lieu évoqué.
Le mirage est total, l’illusion réelle : nous y sommes. Le Maroc et ses belles du désert, captives, la voix du muezzin, le souk puis Jérusalem, l’Inde avec les danses et les cris des enfants et enfin la Chine.

Rien d’Istanbul à laquelle sans doute, tout le monde s’attendait tant la maison de Rochefort avec son salon Turc nous a attaché l’auteur à cette ville.
Ce sont des récits effectués entre 1884 à 1918 que la main de la pianiste inscrit sur une ardoise qui semble suspendue entre ciel et terre comme pour nous enchanter et mieux nous inscrire dans le voyage.

Magique évocation d’un orient romantique et parfois chimérique où la musique de Ravel, Fauré, Berlioz et la littérature s’entremêlent avec délicatesse et bonheur.

ELB