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Voyage.

26fev2015bisPetit croquis du jour vers Epinay Villetaneuse.

J’ai repris ce matin après quelques jours de repos  le train  depuis la  banlieue sur Paris vers mon lieu de travail, ma salle de prof., quelque chose à préparer pour lundi, pour avoir l’esprit tranquille. Dix heures: le wagon est surchargé..

Que m’apportent ces va-et vient ? Qu’est-ce que j’en attends mon crayon à la main et mon carnet sur les genoux ?

De retour d’Inde ou d’Afghanistan Nicolas Bouvier (L’usage du monde, Le poisson-scorpion) s’interroge sur ce que l’on (il) croit tenir- lavé, élimé, usé par les paysages, les visages, les rencontres- et répond: « ce vide que l’on porte en soi « . Avec sagesse.GHV.

L’Usage du monde 

L’Usage du monde(Article de l’Express.2004)

Ainsi va le jour.14

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Le bel automne doux et sucré dans son vent caressant a laissé place, ces temps derniers à l’automne, enfin celui que l’on a d’ordinaire avec son lot de caprices et de sautes d’humeur. Pendant ces quelques jours de vacances douces et chaudes même, à certaines heures du jour, il faisait bon prendre son temps, ne rien faire. Par hasard et chez une sœur où des tables, comme chez le libraire offrent au regard plusieurs lectures possibles, je suis tombée sur une anthologie de Gilles Lades, une anthologie des Poètes Quercynois du XIII siècle à nos jours. Parmi eux bien sûr, Clément Marot, et pour les plus connus et plus près de nous, Bonnefoy, Roger Vitrac natif de Pinsac dont ma grand-mère disait que c’était un cousin éloigné, surréaliste dont on connaît surtout une pièce de théâtre, Victor ou les enfants au pouvoir. Si, comme moi, vous avez eu le Lagarde et Michard, sa biographie et son œuvre étaient évoquées en quelques lignes quand Breton avec lequel il se fâcha occupe tout l’espace. Ce dernier trouvera en sa maison de Saint Cirq- lapopie dans le Lot, un apaisement.

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Mais revenons à Marot qui fut emprisonné pour avoir mangé du lard en temps de carême ; il utilise la langue d’Oc ou l’occitan pour s’opposer à la langue savante, le latin. Jusqu’à ses dix ans, il ne parlera que cette langue, celle de sa mère qui est Quercynoise, de Cahors. Cette langue d’Oc, est, à cette époque-là, celle des meilleurs troubadours. Précurseur de la Pléiade, ballades, rondeaux, élégies et épîtres sont sa spécialité. Quand il suit son père, poète, à la cour de François 1er, il se met au français et quelques années plus tard, « l’élégant badinage » est salué par Boileau. Il est obligé de s’exiler en Italie à la suite de la publication du Psaultiers ne laissant aucun doute quant à sa bienveillance à l’égard de la réforme et de son irrévérence à l’égard de l’église. Sa liberté de ton lui vaut d’être considéré comme un hérétique. « …en bonne place parmi nos poètes mineurs, qui ne sont pas les moins charmants » c’est ainsi que le présente Pompidou dans son anthologie de la poésie française que je vous recommande. Il représente pour lui, le charme de la vieille poésie.

Ici, les feuilles roulent au vent qui balaie la place dans sa ronde de couleurs. Les sens aux aguets à chaque changement de saison s’aiguisent et à l’affût de la moindre inflexion du ciel qui passe du buvard pastel à la tache fraîche du tampon encreur, moutonné ou pommelé avec une délicate lumière qui transperce les nuages d’ardoise, aujourd’hui. Pendant ce temps-là, les corneilles corbinent au jardin ou plus loin en bordure de Seine d’où il me plaît d’entendre une vague corne de brume m’offrant un voyage incertain mais enchanteur.

Nous sommes sur un nuage depuis deux semaines : Un bébé, la vie, quoi ! Innocence et candeur nous rendent fragiles, nous ramenant à nos certitudes et voilà que l’on doute : Apprendre sans imposer, guider, montrer mais ne rien asséner. Sortie de brumes prometteuse, un visage plein d’innocence et de douceur.

A l’heure où les insurrections et révoltes en Afrique et la colère du peuple Mexicain baignent la planète sans parler du cortège macabre de la violence organisée, quelques occasions de se réjouir comme nous l’a rappelé Huguette : le robot Philae sur la comète Tchouri. Et l’on pense au temple d’Isis et d’Osiris à Philae, île Egyptienne engloutie par le barrage d’Assouan. Après de 500 millions de kms de la terre le petit robot européen a la côte. Rosetta, du nom de la mission, voulait évoquer la pierre de Rosette qui déchiffra les hiéroglyphes, car elle va sans doute, déchiffrer le mystère des comètes et peut-être nous en dire plus sur l’apparition de l’eau et de la vie sur terre, nous dit-on. Nous ne pouvons qu’être fiers de l’Union et de son agence spatiale ainsi que du CNES. La NASA a salué la performance Enfin des occasions de se réjouir de notre vitalité intellectuelle, scientifique et de recherche.

Ici, dans la brume, ce soir, la tour paraissait chanceler et cette fragilité l’a rendait encore plus énigmatique mais elle ne m’atteindra pas dans son halo de nostalgie ; pourtant on pourrait y voir un air de ville funeste aux figures impossibles. Camille et Nicolas rentrent aujourd’hui de leur voyage d’un an autour du monde. Figure possible : les serrer à nouveau dans nos bras.

Je me suis réjouie de l’attribution du Goncourt à Lydie Salvayre, il y a quelques jours et me revient à l’esprit sa rencontre à la Médiathèque de Clichy voilà cinq ans. Découverte par La déclaration puis la Conférence de Cintegabelle et dans Hymne la vie de Jimmy Hendrix musicien et guitariste hors norme, La puissance des mouches et puis, je l’ai oublié, « zappée », un temps.

Je viens de lire, enthousiaste, deux portraits d’hommes. Le premier, Joë, récit de 140 pages de Guillaume de Fonclare chez Stock. Bel hommage à Joë Bousquet avec une fraternité intellectuelle et de souffrance ; en effet l’auteur qui fut directeur de l’Historial de la grande guerre, souffre d’une maladie orpheline.
Bousquet à la suite de sa blessure en mai 1918, est invalide. Une moitié de corps pour vivre pleinement et donner à l’esprit toute sa puissance. Voilà ce qui le résumerait le mieux. Rue de Verdun, au 53 et à Carcassonne, il choisit la réclusion dans sa chambre, rideaux tirés jusqu’à sa mort ; il va écrire: des lettres, des romans et de la poésie. En relation avec les artistes de son temps et avec René Nelli, le pape du Catharisme; ami des peintres et des écrivains, il sublime son handicap, dirait un psychanalyste. Il disait même : «… adorer la vie qui m’a été retirée… » .
Très attiré par le surréalisme, mouvement au sein duquel il trouve de nombreux amis dont Breton mais le plus intime fut Max Ernst « … dont la peinture lui semble être l’expression artistique la plus aboutie ». Tous deux ayant fait la même guerre et face à face au fil de conversations et de questions telles que : » …mais à cette époque-là, où étiez-vous et tel jour et à telle heure… » Joë va très rapidement en déduire que c’est la main armée de son très cher ami qui lui a, sans aucun doute, permis de vivre pleinement en lui supprimant l’usage de la moitié de son corps car la blessure l’a rendu hémiplégique : Max à l’origine de la deuxième naissance de Joë qui ayant perdu Marthe, Alice et Ginette puis d’autres retrouve avec la jeune Germaine(Poisson d’or), l’amour dans toute sa dimension. Le jeune parti à la guerre, séducteur, rebelle et un brin dandy, sortait beaucoup, s’amusait et alignait les conquêtes.

Je l’ai découvert par Lettres à Poisson d’or et Papillon de neige car vivant dans les années 90 à Carcassonne, sa ville. Sa maison est d’ailleurs devenue la Maison des Mémoires et l’auteur en parle qui a fait un travail de recherche important, a aussi visité ou plutôt vu derrière la paroi vitrée la fameuse chambre et s’est rendu à la maison de campagne de Vilalier dans laquelle il ne s’est pas autorisé à entrer. Et puis, j’ai été très heureuse, émue même, de voir cité dans les remerciements René Piniès, le gardien des lieux, directeur du Centre Joë Bousquet, érudit et d’une grande simplicité. Sa visite presque quotidienne à la librairie, en fin de journée, me réconciliait avec le silence, la mesure, la réflexion.
Peint par Hans Bellmer, le portrait qu’il fit de Joë bousquet c’est le bandeau choisi pour le livre paru ces jours-ci.

Touchée par cette connivence, ce hasard-mais y en a-t-il- de deux hommes qui a plus de soixante ans de distance se font écho et les correspondances et amitiés souterraines et solidaires ne sont pas vaines. Il faut, bien sûr, lire le Joë de Guillaume de Fonclare mais n’oubliez pas de découvrir, peut-être, ou relire Joë Bousquet.
A coup sûr, cet hommage vous y invitera fortement Petite mise en bouche :

La nuit tous les pas se mêlent
Ce qui nous mêle est perdu
L’air est bleu de tourterelles.
La Connaissance du soir Poésie Gal

A lire aussi: Lettres à Poisson d’or L’Imaginaire Gal
Papillon de neige Verdier
Lettres à une jeune fille L’imaginaire Gal.
Un amour couleur de thé L’imaginaire Gal.

Et puis, Joë Bousquet. Une vie à corps perdu. Edith de la Héronnière – Albin Michel paru déjà il y a quelques années.

Autre beau portrait, sensible et à distance du Joseph chez Buschet et Chastel de Marie-Hélène Lafon que certains doivent connaître qui nous avait déjà emballés avec Le soir du chien ou les derniers indiens ou l’avant- dernier Les pays, lumineux.
Une écriture exigeante, toujours autobiographique et sans nostalgie, influencée par Bergounioux et Michon.

Face au désarroi du monde, la lecture et la vue des belles choses peuvent aider à rester sereins et un peu moins crétins mais ce n’est pas garanti. Quel gros mot ai-je dit ?

Découvert à la salle du Jeu de Paume, les photos de rue de Garry Winogrand, photographe New-Yorkais. Il y a de nombreux clichés, laissés à sa mort, tirés depuis sur papier et exposés à l’ occasion de la rétrospective. Il m’a donné la « pêche » , en flânant dans les rues de New-York, Londres ou Los Angeles, avec lui.

ELB

Relire l’article  de ELB et les douze précédents Page Ainsi va le jour

Ainsi va le jour.12

Drôle d’été.  IMG_0204

Pas mon compte de bourdonnement d’abeilles, pas mon compte de ciels Lotois étoilés qui d’ordinaire étonnent et ravissent toujours l’autochtone et le touriste, pas mon compte de chants d’oiseau, le dos au bois des Majoux.

A la place, des ciels mouillés et lourds jusqu’à midi puis un après-midi ensoleillé et suffocant. J’ai tout de même rêvé devant des ciels de traîne et quelques belles lumières au petit matin et d’autres plus sonores, en fin de journée .
Quelques balades dans deux villages du Ségala, partie nord-est du lot, adossée aux contreforts du Massif central préfigurant la moyenne montagne avec ses châtaigniers, ses fougères et sapins : Terrou et Ste Colombe où un concert donné par le Quatuor Parisii régalait la population un jour clair et beau précisément justes après un orage laissant sur la petite route, à la fin du jour, branches cassées et feuilles en bataille.

Belle soirée entre amis autour d’une table tout en convivialité et bruits de fourchettes parlant aussi bien du ciel que de la terre et de rêve d’homme oiseau. D’autres évoquant à la faveur des digressions d’usage, le petit chien, nouveau ou le mariage d’une fille, la future naissance chez une autre, la tarte au citron meringuée ou encore l’expérience du chant choral. Tombés d’accord pour dire que c’était physique et que les jours de répétition, tant l’exaltation est grande et l’énergie pas encore évacuée, le sommeil se fait attendre.
La perspective de s’installer afin de voir défiler les saisons, car c’est cela qui importe. Pas trouvé le terrain idoine c’est-à-dire suffisamment arboré sur ce causse calcaire très chaud l’été- sauf celui-là. A défaut, il en est qui en pots, bichonnent arbres et arbustes à planter le moment venu.

J’ai eu le bonheur de profiter de quelques après-midi et soirées en famille et surprise, un cousin perdu de vue, passe présentant femme et enfants Léonie et Albertine. Tombe amoureux du hameau qu’il redécouvre. Chacun s’amuse à chercher à trouver une ressemblance, un air de famille avec le père, la grand-mère ou encore la tante. Moment riche et émouvant entre les éclats de rire d’enfants.

Rencontre et non retrouvailles avec mon homonyme, sans doute parente. Forcément, la souche est la même, nous disons-nous comme pour nous rapprocher encore un peu.
Les lieux parlent et le patronyme aussi qui est concentré entre les rivières de la Bave et de la Cère, notre source en somme. Il n’est pas si facile de se retrouver : C’est une chance qu’elle ait eu la même volonté et réponde à ma demande. La question des origines m’a toujours intéressée. Certains s’en détournent et se disent étrangers à la souche comme s’il y avait des comptes à rendre ou craignant de mauvaises surprises s’inventent une origine autre en tentant des élucubrations peu probables, refusant la lignée.

Et puis il y a la tristesse de la réalité: Les parents vieillissants, père et mères dont le pas chancèle de plus en plus, le dos se courbe et la main se crispe à manquer de force. Les moments de veille sont moins nombreux, les larmes baignant les yeux, plus nombreuses. Autant de marques du temps qui nous atteignent et nous renvoient à l’essentiel, à notre propre condition et à notre fin inéluctable.

Mais la joie et la richesse d’un long voyage qui se poursuit et un ventre qui s’arrondit crient l’avenir et apaisent.

Drôle d’été et drôle d’actualité avec ses guerres de territoire et ou de religion. L’ours russe n’est pas en reste qui déploie sa patte et poursuit la reconquête. Bien d’autres dérives au sectarisme et à l’autoritarisme au mépris de tous les droits et codes internationaux empruntent le chemin .

Quelle guerre ou intervention serait plus juste qu’une autre? Dans le chaos du Proche-Orient, même les ONG sont menacées et parfois obligées de renoncer à leur mission.

L’été nous a tourné le dos.

Mais heureusement, il y a eu Sète et son festival de poésie. Sète, entre l’étang et la mer et un canal qui la traverse. Les voix vives de la méditerranée.
Le ciel fut parfois plus normand que méditerranéen et notre sortie en mer sur le voilier à écouter, « Laisser dire »-c’est le nom de l’embarcation-, le poète et le comédien traducteur à cause du trop grand vent s’est terminée sur la plage entre de gros rochers. Qu’importe, la poésie a ses humeurs, aussi qui nous réconcilie avec les nôtres.
Que de beaux moments de légèreté, joyeuseté mais de gravité, aussi.

La lecture à la chandelle au hasard d’un repli de rue, les banderoles mettant en exergue un vers scandant notre marche, les mots et les sons de la sieste sur les transats, sous l’arbre ou le parasol à écouter un poème en langue grecque, libanaise, arabe ou turque et même croate, italienne, portugaise ou espagnole face au soleil, au ciel ou à la mer rythmaient ces trois jours.
C’est le chant de la Grecque, Angelika Ionatos que j’ai découvert et qui m’a emballée. Il est lumineux.

Surprise d’apprendre moi qui comme vous n’entends pas ma langue, qu’elle soit ressentie par l’autre comme caressante et bruissante et en même temps très émue et très fière qu’elle soit si bien partagée.
La voix de la soprano libanaise, Roula Safar qui accompagnait aussi certains textes , à la guitare et aux percussions m’a impressionnée. Pour les textes, ce seront le Syrien, le Palestinien et le Turc n’évoquant pas forcément la situation dans leur pays mais cherchant un autre souffle, que j’ai aimés.
Vénus Khoury-Ghata, poétesse d’origine libanaise accompagnée du jeune Gréco-Tunisien Yassin Vassilis-Cherif à la flûte ou aux percussions nous a touchées.
Le plus surprenant, enfantin, naturel, imprévisible, ce poète libyen qui déclamait ses courts poèmes faisant de grands gestes lançant le micro tantôt à droite, tantôt à gauche, sa voix se perdant dans les airs et ce matin-là, il y en avait de l’air. Ce n’est pas lui qui a renversé un parasol mais bien le vent. Oui, un enfant, ce poète, expliquant en anglais, passant la tête au- dessus des épaules du comédien traducteur, le surveillant et lui donnant des indications. Il ne le trouvait pas assez expressif, je pense. Il voulait que la voix donne vie à sa poésie. A coup sûr, il n’était pas habitué des estrades et des tables rondes. Il était vrai, à sa manière et vivait en poésie.
Il n’est pas nécessaire de connaître la langue pour en apprécier la poésie, sa musique et son rythme pallient notre méconnaissance de celle-là. Quelle douceur de se laisser bercer ainsi à Sète, un soir d’été. Bien sûr avec les amies, nous n’avons pas manquer de manger sardines grillées et  aubergines farcies et de faire un tour à la Pointe Courte, plage de la jeunesse d’Agnès Varda.

J’ai oublié aussi la traduction en langue des signes de jeunes femmes qui faisaient parler leur corps et restituaient la poésie d’un poète Franco-Algérien.

« Et les rêves prendront leur revanche… » Odysseus Elytis (poète phare de notre chanteuse et traductrice Grecque).

ELB.   (Publié n°11 dans la page Ainsi va le jour.)


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