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Lettre à Agathe

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Bonjour Agathe.

Toi aussi tu as quitté Padirac , repris la route vers le Nord ,un peu plus encore que pour moi rentrée un jour avant sur Epinay.

Ce dessin  de toi c’était donc  dans mon jardin lorsque avec un bout de fusain que je t’avais confié tu croquais  « ta » maison .Celle de la Sicile .Cette si jolie maison que tes parents ont acheté voilà déjà deux ans.

C’est là au soleil de ce beau mois d’août que je t’ai raconté son histoire ou le peu que j’en savais. Pas de numéro pour la désigner: à la campagne toutes les maisons ont un nom ,celui du lieu-dit et aussi celui de ses habitants pour la différencier de celle des voisins. L’on dit « la maison de la Sicile » ou plutôt c’est ce que j’ai cru et retenu pendant des années alors qu’il s’agissait d’une Cécile! D’elle je ne connais rien et je songe soudain que seule Yvonne du haut de ses quatre-vingt dix ans peut nous éclairer.

J’y faisais parfois des intrusions inquiètes ,manière d’observer les nichées de chauves-souris accrochées aux poutres et ce n’est pas sans crainte que je me penchais sur le rebord de la margelle de la citerne toujours emplie . Il m’est arrivé de rechercher sur le montant de la cheminée sous la couche de poussière  le vieux fusil  de chasse aux chiens et au canon rouillés.

Les propriétaires reprenaient de temps en temps la toiture et ainsi a-t-elle pu garder ses murs hauts perchés  bien au sec et les poutres que ton père a patiemment poncées.

Je sais que tu l’aimes beaucoup. Elle te le rendra bien dès que vous aurez dégagé les rochers du terrain , mis au propre les terrasses, relevé les murets de pierre blanche et planté les vignes dont rêve ta mère pour que une fois installés leurs verts feuillages contrent l’étourdissante lumière d’août sur l’herbe grillée .

Sienna , ma petite fille l’a déjà rebaptisée »la maison des voisins ». Laisse -lui encore un an et elle dira ‘la maison d’Agathe » ou « la maison de Baptiste ». Et moi bien sûr je reprendrai  « La maison d’Alexandre…le grand » puisque c’est ainsi que j’appelle ton frère.

Après tant de chaleur, de soirées sous la voûte étoilée (une des plus pures) ,de jeux à l’ombre je te souhaite une bonne reprise et espère te revoir bientôt là-bas.

GHV

 

Paris l’après-midi, fin de vie.

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Heure d’une escapade sur Paris ,le vendredi après-midi, mois d’août ,trottoirs surchauffés, bruit, intonations étrangères,le métro, le train, la circulation, beaucoup , beaucoup de visages, de silhouettes. Retour après trois semaines au vert. Je ne sais plus démarrer la voiture, je refais sans cesse les listes de ce que je dois prendre et oublie quelque chose tout de même.

Je n’ai aucun plan pour trouver la rue Audubon et m’en remet à l’expérience des gens que je croise. Je suis en avance. A la terrasse du café presque déserte la serveuse connait une librairie dans le quartier:  » Peut-être est-elle fermée. A gauche , plus haut. »

Sur le pas de porte un débordement de bacs emplis de livres ,poches, poésie, livres d’art, …L’intérieur est sombre, un gars derrière son ordinateur face à un gars assis en short et chemise légère  me rend la monnaie sur dix euros pour trois livres d’auteurs italiens. Je ne trouverai pas chez lui Maherba, trop récent.

– « Je suis un type heureux, je remplace le propriétaire pour trois semaines. J’étais éditeur vous savez…J’ai écrit aussi , publié…Alors là au milieu des livres…Et celui-ci est un ami professeur à Oxford, il est venu me rendre visite, nous échangeons… »

Le professeur ami et chinois apparemment, fort accent: « Non , Cambridge! »

Je passe un quart d’heure dans l’arrière-boutique: histoire, philosophie, psychiatrie, psychologie… »La bibliothèque d’un psychiatre vous savez. » Un livre érotique déclassé sur une étagère, éclairage au néon, éclectisme des éditions, des couvertures .

De quoi aurions nous discuté si j’avais joué le jeu de la conversation?

Rue Audubon où j’ai pris rendez-vous pour la signature de mon dossier de retraite : une jeune femme  me reçoit, longiligne, brune, salue du bout des doigts lâches et souples  et récapitule avec moi ma vie de fonctionnaire puis me souhaite une bonne retraite.  Dernière poignée de main.

Je rentre rapidement. Chez elle Josefa ma belle-mère attend mon retour. Elle a rangé méticuleusement les deux enveloppes de ses médicaments préparés pour l’infirmière dans un sachet noué, enfermé dans un deuxième et enfin dans un troisième. »Tu sais, mon mari je le vois partout, aussi je ferme la porte de sa chambre. »GHV

Trainsurtrain.


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Trainsurtrain, vous avez dit ?

Bien trouvé, par Huguette. Train sur train : l’un après l’autre ou l’un croisant l’autre et c’était le cas en ce début d’après-midi. Ce train qui me conduit vers le vieux pays à raison d’une moyenne de quatre à cinq fois par an et que j’ai pris aujourd’hui pour rentrer à Paris. Le premier arrêt après le départ pour Brive où la correspondance filera vers la capitale était comme toujours, Rocamadour.
A 14 heures 10 notre TER est en attente sur la voie et tout contre lui, sur les rails voisins, un autre train qui vient de Paris est à l’arrêt. Quand par un sms, GHV me dit être à Rocamadour, se demandant où nous sommes, forcément elle est dans le train d’à côté, me dis-je.

Je rentre tandis qu’elle revient au pays, lui laissant le soleil -qui a refait son apparition ce matin-, et les nuits qui ont sérieusement fraîchi.

Rien d’extraordinaire que cette coïncidence, direz-vous. Il y a des correspondances plus que ferroviaires. Eh bien, cela m’amuse et me ravit.
Le reste du trajet, un peu dans la torpeur de la fin des vacances puis les rêvasseries nécessaires et réparatrices. Contente de retrouver Paris, même sous un ciel bas et gris, de voir les danseurs sur les quais en surplomb de la Seine presqu’encanaillée. Quai des Augustins et quai Malaquais, quelques bouquinistes ont encore leurs énigmatiques boîtes, ouvertes.

Arrivée à Clichy- la Garenne à presque 21 heures et toujours pas de lapins. L’air à peine frais du soir m’enchante et me réveille quand je retrouve sous la fenêtre de la cuisine, une graine plantée il y a deux mois passés et à peine émergée à mon départ, qui a poussé trois feuilles hors de terre. Trois petites feuilles vertes et vigoureuses. Mais quelle est cette plante ou cet arbuste ou arbre en devenir ? Je l’ai oublié.

Merci Huguette pour l’évocation de Gide. Autre grande figure littéraire qui a marqué mon adolescence, deux années durant. Son écriture, son lyrisme et l’écriture du moi en somme car tout ou presque chez lui est autobiographique, m’ont subjuguée. Gide m’a tour à tour troublée, inquiétée ou intriguée que ce soit sur la question de Dieu, de la morale ou de la sexualité, quasi omniprésente.
Et dix ans plus tard, et c’est encore une expérience, Retour d’URSS et Voyage au Congo me dévoileront l’honnêteté intellectuelle d’un des rares écrivains-en tout cas un des premiers- à dénoncer le goulag et les méfaits de la colonisation.

ELB