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Ce que je pourrais dire.

Mai battu par les vents et mouillé à souhait avec un ciel qui, à intervalle régulier a menacé et malmené les pivoines et les derniers iris, nous a quitté. Juin paraît tout aussi capricieux. Hier au soir, seules les cerises plus petites et rares, cette année, donnaient une touche de gaieté au ciel chargé d’orage  après quelques jours de forte chaleur. Balai d’oiseaux de toute sorte tôt le matin ; c’est le spectacle qui me ravit au moment du petit déjeuner. Au menu : froissement d’ailes dans les haies, chuchotement des arbres et chants multiples. Le coucou se fait entendre surtout le soir tandis que le matin, geais, pies et merles piquent du bec de-ci de-là . Deux petites sittelles dévalent le tronc du cornouiller qui fait un toit naturel à la petite cabane improvisée.

A l’entrée, juste avant la petite montée, le petit remblai de terre émaillée de coquelicots éclatait de vitalité sur la terre. Ce saupoudrage de rouge vif renforçait le vert de l’herbe grasse du printemps. Hélas, il y a trois jours, un gros engin a tout fauché !

L’herbe tenace à enlever qui pousse très vite et envahit les deux petits massifs et plate-bande. Deux herbes particulièrement « collantes » et qui s’accrochent dont je ne savais le nom prolifèrent : la garance voyageuse -n’est-il pas joli nom -, et le gaillet gratteron grâce à la connaissance botanique de B et D. Le potager bien rangé et ordonné semble tout échevelé après l’averse de grêle et le vent d’fou d’hier. En bordure les chardons et fleurs de la jachère de l’an passé, revenus, n’ont pas encore éclos qui vont réparer un peu ce désordre ; des pavots se sont ressemés qui rognant un peu adoucissent la plate-bande. La nature généreuse propage sa verdure et sauvagement s’installe le chèvrefeuille formant alcôve sous les plus vieux chênes même le rocher forme une banquette improvisée. J’ai tant arraché d’herbe dite mauvaise et un peu sarclé la terre que j’ai eu, parfois, l’impression d’avaler chaque journée comme une bouchée de nourriture mal mastiquée. Tout a été trop vite ces dernières semaines et je n’ai pas toujours su tout apprécier mais c’est aussi ça, la vie.

Lorsque l’on pense à celle de nos aïeux, ignorée ou oubliée, elle était pour la plupart, faite d’heures besogneuses et de sommeil de brute tant la fatigue harassait les corps, le soir tombé. On les a connus ou pas et aimés peut-être sans même le savoir.

Puis le travail éclairci, tout semble plus facile et comme on aime musarder, avec un cœur léger de printemps, j’écoute les Gymnopédies d’Érik Satie qui sera au programme du festival de Frayssinhes à côté de Saint- Céré. A la fois délicat et frivole presque insignifiant. Je me souviens avec ravissement de la découverte de ses maisons musée et le parcours ludique qu’égrenaient sur notre passage des signaux audio à Honfleur. Je sautillais comme une enfant. Il n’y a parfois que Debussy pour suggérer telle insouciance. Je ne connais rien de plus aérien. Appelée en son temps musique d’ameublement, comme il le disait lui-même-, j’y ajouterai bien alors du Matisse décoratif et coloré avec un balcon donnant sur une mer lointaine.

Pour casser le train- train, trois jours de balade, à baguenauder en Nouvelle Aquitaine, la toute proche voisine, avons visité les Jardins de l’imaginaire, marché du samedi en Périgord et bastide ou halle et château en Gascogne comme en contrée étrangère. Et sans le savoir, passé tout près des racines de Michel Serres qui venait de mourir. C’est sur la route que nous l’avons appris. Il n’était pas que « le ravi du PAF » comme le nommait certain à qui justement manque l’optimisme qu’il avait bien, ce sémillant adolescent toujours dans l’étonnement quant aux dernières découvertes et avancées scientifiques sans oublier de s’indigner quand il était nécessaire. Il était une sorte de repère du temps qui veillait à l’évolution et la transformation du monde, le nôtre et nous le rendait moins hostile sachant toujours faire la part des choses et cette pensée philosophique positive risque bien de nous manquer.

Tout juste un an après le centenaire de sa naissance et au moment où Gary entre en Pléiade comme on entre en religion, beaucoup le découvrent ou redécouvrent.  Bien sûr tout est à lire mais en priorité, La nuit sera calme, un entretien imaginaire-, dans lequel il met en exergue les valeurs féminines grâce auxquelles serait sauvée la civilisation. Son premier roman Education européenne.   Un roman d’apprentissage, au centre duquel un adolescent Polonais est en pleine seconde guerre mondiale et vit en résistant. Lui qui en 1956 s’intéressait déjà à l’environnement, écrivait son plaidoyer contre la disparition des éléphants, Les racines du ciel qui aura le prix Goncourt ; le second prix Goncourt avec comme pseudo Emile Ajar (Paul Pavlowitch), supercherie et pied de nez à la critique le confirme dans son personnage fantasque, multiforme et complexe mais combien précieux pour la littérature française.

Alors que Huguette est rentrée de Naples nous faisant maints cadeaux par textes et photos, des amis, me parlent, très enthousiastes d’un écrivain Italien qu’ils viennent de découvrir. Erri de Luca. Napolitain, justement et du quartier de Montedido sur lequel il a écrit merveilleusement ; la plupart de ses livres ont un côté autobiographique, une part de récit. Le premier qui l’a fait connaître en France, Une fois, un jour édité chez Verdier, qui ose et prend toujours des risques. Cette audace de publication date de 1992 ensuite les Editions Rivages puis Gallimard en folio l’ont réédité sous le titre-traduction littérale de l’original-,  Non ora, non qui c’est-à-dire Pas ici, pas maintenant.

Comme bien souvent lorsque l’on découvre un auteur qui nous enchante par une écriture légère et poétique comme l’est celle de Erri de Luca, on reste attaché au livre qui nous l’a fait connaitre. Me concernant, c’était celui-là, son premier. Il m’a apparu comme le pendant au livre de ma mère de Albert Cohen. Erri des Luca a depuis reçu de nombreux prix dont le prix Europe

A lire sans modération ; les amis qui m’ont dit leur bonheur que je lisais dans leurs yeux tant ils étaient encore sous le charme de ce qu’ils venaient de lire : Trois chevaux

 

ELB

 

Haïku du jour.

Ourlent le chemin

Les ombelles de cerfeuil-,

Blanches à croquer.

 

ELB

Ce que je pourrais dire.

J’ai revu avec plaisir Les plages d’Agnès et vu le film de Philippe Garel avec Anémone  de 1966. Son premier rôle qui joue le sien propre. Dix-sept ans avec l’insolence et la liberté, et forcément rebelle de la fille élevée dans un milieu bourgeois. Non, il n’y a pas toujours de lien à établir. Ce serait simpliste. Nostalgie et fraîcheur pour deux sacrées bonnes femmes, dans un registre différent-,  ainsi que pour leur implication propre dans la vie.

Débusquer les petites bestioles friandes de pousses ou fruits à peine naissants ; déloger les mauvaises plantes, c’était le lot quotidien avant que n’arrive la pluie bienfaitrice. Si intraitable qu’il soit, quand il est lié à la météo, un métier tel que celui de paysan, à y bien réfléchir, exige d’être en bonne harmonie avec le cosmos et plus prosaïquement, la nature.

Lecture 5 mn annonce le site d’un des grands quotidiens d’information sur la toile comme le font beaucoup. C’est dire la course qu’entame l’homme moderne, pressé dès le matin avec l’idée d’optimiser son temps.

Temps de lecture annoncé en début d’article bien symptomatique d’une société de plus en plus pressée, poussés, accablés, tourmentés écrasés que nous pouvons l’être au travail et ailleurs.  3 mn, 5 mn ou davantage. C’est-à-dire qu’entre la cuisson d’un œuf coque ou cuit dur je peux encore ne pas perdre mon temps et continuer à m’instruire ou à encombrer un peu plus mon cerveau alors qu’au travers de l’eau frémissante ou bouillante ou pas encore arrivée à ébullition je pourrais profiter de la buée de mes lunettes pour me transporter dans un nuage de coton où je plane un peu et ce, sans l’usage de drogue licite ou non. Et j’aurais perdu le son, l’odeur et le spectacle dans la casserole pour apprendre, des nouvelles de plus en plus récentes et fouillées. Aujourd’hui c’est déjà demain et l’on ne peut dans ce monde où la vitesse rendrait tout obsolète, caduc, dépassé, déjà avec un train de retard, faire abstraction de la vie quotidienne et de ses petites joies ou peines .Pas au courant de telle affaire ou tel « buzz » qui nous aurait échappé quand on « tweete » en politique comme si l’engagement était celui d’une association de quartier qui d’ailleurs, ne le fait pas, sans doute.

Allure dégingandée, marche déboitée, il arpente monte ou descend et au rythme de ses chevilles décharnées, le pantalon remontant en fait une sorte de Tintin au Tibet. Un brin facétieux et pourtant ancré dans les difficultés du réel, bien souvent dans les étoiles comme si la vie n’était qu’un jeu ou un passage obligé mais anodin. Une personne que je croise au hasard de mes déambulations et qui colore joyeusement le paysage. Comme l’extravagance des rêves, les idées, rêveries  s’entretissent quand traînent au ciel  de paresseux nuages lourds qui nous soustraient un peu au temps.

Dans un filet de voix et un sourire un peu irréel chante la fragilité de la vie, ses heurs et ses malheurs. Bricoler quelque chose comme on cuisine pour l’enrichir  tissant la vie au fil des jours et aller d’étonnement en sidération. C’était le concert fort apprécié avec son répertoire de la Chanson française mis en valeur par Françoise et ses amis .

Parmi mes dernières lectures, une qui est de saison, Le cœur de l’Europe de Emmanuel Ruben, jeune écrivain de formation géographe et admirateur de Julien Gracq dont je suis justement en train de relire le grand chemin.

Il nous avertit ainsi dans son avant-propos :

 « Ce petit livre est un lasso jeté au cou d’un pays qui n’existe plus ; ce petit livre est un stéthoscope…qui tente d’ausculter le cœur de cette Europe qui bat encore.

Partis à deux et à vélo suivre la route du Danube si diverse avec des petits pays où écrit l’auteur-, l’on passe d’une vallée à l’autre comme de la Norvège en Provence… des crayons bien appointés strient parfois le paysage comme autant de minarets. Avec l’impression de voir dans le miroir grossissant d’une BD-, retrouver les pays imaginaires de la Syldavie et de la Bordurie, chères à Hergé, Emmanuel Ruben  qui a lu Tintin au fil des mots, des pays et des tribulations de voyageurs ou enquêteurs, nous restitue la géographie des Balkans. Et à propos de bordure, il m’apprend au passage que le mot Ukraine signifie « la marche frontière » du reste bien malmenée qui n’émeut guère ; L’annexion de la Crimée reconnue par une petite minorité de pays n’a pas excité les foules, non plus, souligne-t-il.

Il dit comprendre la Yougostalgia ; tous ces petits pays, Albanie, Serbie, Croatie, Macédoine, Monténégro, Bulgarie rêvent d’être plus grands. Depuis 2006, la Serbie n’a plus d’accès à la mer. Elle étouffe.

Rêver plus grand, rêver plus haut, c’est encore rêver d’Europe. C’est parce qu’ils ont toujours rêvé d’un ailleurs que les Serbes se montrent aujourd’hui si compréhensifs vis-à-vis de ces milliers de migrants qui ont les mêmes rêves qu’eux et qui arrivent tous les jours dans cette antichambre de l’Union. Cette route du Danube, l’auteur l’a suivie en 2015.

L’écrivain arpenteur nous dit que la migration est la clef de compréhension des Balkans. Comment franchir ce nouveau rideau de fer érigé par l’autocrate Hongrois ? N’aurait-il pas du être exclu par l’Union ? Des interrogations pertinentes et qui donnent à réfléchir. Depuis, Victor Orban a été suspendu de son parti au Parlement européen.

En partance pour le Monténégro, dans l’Express de Belgrade, Emmanuel Ruben observe et note : « …pendant ce trajet nous ne côtoierons que les deux formes les plus courantes de l’humanité au XXI ième siècle : des touristes et des réfugiés. Il parle plus loin des hommes -touristes et des hommes -migrants …sur deux lignes droites parallèles qui ne peuvent se croiser.

Presqu’au bout du voyage, l’expérience amère de voir ces pratiques barbares et brutales que l’on croyait d’un autre âge avec tous ces gens parqués dans des compartiments lui donne L’impression de voir un film en noir et blanc, un film du siècle dernier, mais non, je suis bien au XXI siècle et ce n’est pas un film.

La Mitteleuropa serait un mythe ? géographie, histoire, politique ; tout se mêle et s’est mêlé. Religion, légendes, cultures. Bordures, frontières, réelles ou imaginaires.

Visite d’Huguette, repas et café avec les vieilles copines. Ça y est, elle est repartie et nous avons dégusté son cadeau de champignons dits de mars ou de rosée, trouvés sans doute dans quelque bois de Padirac. Exposée à la librairie Antipodes à Enghien.

ELB