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Ce que je pourrais vous dire…

…de quelques lectures.

 

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Le souffle du printemps, le fil  des jours qui fait la vie, la nôtre nous pousse et  pour fuir une vie parfois importune,  courir au contraire, vers l’agréable qu’elle nous offre comme  le temps estival de ces derniers jours, la découverte d’un petit coin perdu en pleine campagne, tel le village de Quissac.

Samedi au café, instauré depuis quelques semaines,  nous étions cinq, cinquante et un an après toutes sur la même photo de la classe de sixième. Comme le note Claudine, les liens se retissent ou se resserrent. Toutes grands-mères et presque toutes à la campagne

Huguette, le rat des villes, à la faveur d’un long week-end familial s’est jointe aux rats des champs. On a parlé de son exposition à la galerie de L’Harmattan. Elle accroche aujourd’hui. Je ne la verrai pas. Mais elle exposera dans le Lot sans tarder, nous en sommes sûres.

Prise, happée par la vie d’ici, la vie au dehors car la nature a ses caprices météo et ses injonctions. Et puis, de l’incidence de la situation géographique qui n’y est pas étrangère  si c’est le lieu où l’on est né-, la présence de personnes que l’on croise puis qui s’éloignent et que l’on ne croise plus, des évènements banals, quotidiens,  autant d’état de fait qui me font prendre conscience que j’écris peu et lis  moins qu’en appartement, à Paris. Cependant, j’ai  lu deux livres récemment  qui m’ont particulièrement intéressée et que j’avais négligés.

Il s’agit de

Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants.  Mathias Enard Goncourt des lycéens 2010.

Titre prometteur et enchanteur : le récit pouvait commencer et j’aurais pu m’asseoir au pied d’un arbre ou confortablement dans mon lit. En tout cas, je m’étais mise en condition et disponible à souhait. Je me glissais dans le conte et me faufilais dans la voix de l’auteur qui m’arrivait aux oreilles.

Sans doute imaginée, une tranche de vie de Michel Ange à Constantinople.  Ce roman envisage un  voyage que l’artiste aurait fait ou pu faire en mai 1506 à Constantinople .A la demande du sultan Bajazet, il est invité à abandonner son travail pour le tombeau du pape Jules. On lui demande de réaliser un projet de pont sur la Corne d’or.

Fâché contre ce pape qu’il estime mauvais commanditaire, il part sans plus attendre pour Constantinople. Comme pour mettre en balance l’Orient et l’Occident : La tentation de l’un sans pour autant renier l’autre. Découverte de l’autre, ouverture sur un  monde et sa culture, si différent. …Tendre un pont à une musique lointaine…

Beaucoup de références historiques, culturelles. Erudit parfois mais si délicieux à lire. Un vrai plaisir  sans lourdeur et avec toujours beaucoup de grâce.

A la troisième personne, l’auteur nous fait assister à ces quelques années de Michel Ange  et nous prend à témoin par la coexistence dans ce récit, de deux voix.

Assez énigmatique, le « je » s’adresse à un autre : le « tu » et il parle de désir, de trouble et parfois de désarroi. Cette seconde voix est celle de Michel Ange qui écrit à son maître, ses amis, frères.

 

Quant à ma seconde lecture,

Le météorologue d’Olivier Rolin -dont je croyais avoir presque tout lu et je vous ai souvent parlé de cet écrivain sur ce blog-, est l’histoire vraie d’Alexéï Féodossévitch, condamné injustement à dix ans puis exécuté par le régime totalitaire soviétique.

Déporté dans un camp  sur une île au milieu des glaces au-dessous de l’Arctique, il préférerait être dans une station météo polaire. Il écrit à sa femme qu’il est dans un absolu non-sens mais garde foi en son parti et il précise  qu’il a envoyé sept lettres à Staline et plus d’une dizaine de requêtes aux principaux dirigeants du parti. Au fil des hivers, son espoir semble s’émousser et sa déférence à l’égard du parti et de ses dirigeants qui selon lui vont faire éclater la vérité-,  étaient propres à épargner à sa famille d’éventuelles représailles, avance l’auteur. On le croit volontiers.

Alexeï se soustrait un peu à cet enferment en rangeant les livres de la bibliothèque où un petit chat apaise un peu sa profonde tristesse. Il donne aussi quelques conférences comme celle sur l’Aurore boréale qui intéresse tant ses camarades de détention ainsi que sur la possibilité d’un vol vers la Lune ou  Mars. Images d’évasion et de conquête scientifique qui redonnaient souffle à ces codétenus Le météorologue tente ainsi de sauvegarder sa force d’âme, dit-il.

Il veut laisser à sa fille Elia et à sa femme Varvara un bilan de son travail de recherche. Il leur écrit très régulièrement  envoyant à la petite fille des dessins  touchants et délicats, trouvés chez « la vieille dame aux confitures » rencontrée par  l’auteur. Et justement, les dernières pages du livre, une dizaine-, nous offrent quelques dessins et herbiers d’Alexeï, comme autant de petites lumières au bout de sa nuit.

La grande enquête menée  par la ténacité de chercheurs dont l’inlassable souci était de trouver la vérité, permet d’apprendre dans quelles circonstances  ceux du  convoi des Solovki ont été exécutés. Jusqu’en 1997 la date  restera secrète. La femme d’Alexeï, Varvara Ivanovna  était morte en 1977.

Alexéï a été tué d’une balle dans la nuque en octobre 1937,  en pleine forêt avec plus de 1100 camarades. Staline prétend soudain découvrir les excès de la Grande Terreur.

Dès le début Olivier Rolin nous dit l’importance des mots et de la paperasserie ainsi que de la méticulosité des exécutants de cette entreprise de crimes de masse. La mort s’appelait : « condamnation de première catégorie » .Dès Le NKVB auquel a succédé le KGB (puis le FSB d’aujourd’hui) tout était verrouillé et bien gardé grâce à une administration méthodique et maniaque, comme dans tout régime totalitaire. Coffrer l’histoire est alors un jeu d’enfant diabolique. Ce qui permet à l’auteur d’évoquer, au passage, ces années 90 qui ont permis cette grande enquête,  nous paraissent bien loin. Aujourd’hui, les archives ne sont plus accessibles.

Alexéï est réhabilité en 1956 après la mort de Staline. Irina Flighé que l’auteur a aussi rencontrée-, est aujourd’hui la responsable du mémorial à St Pétersbourg.

Les enfermements injustifiés existent encore, de même que les procès sommaires ou carrément l’absence de ces derniers sous d’autres régimes et dans différents pays.

Toujours immense et portée par un souffle sans défaillance, l’écriture d’Olivier Rolin  nous restitue cet enfer concentrationnaire d’un pan de l’histoire russe.

Comme en écho, me reste la question du météorologue à sa fille, dans sa dernière lettre du 19 septembre 1937 :

-« Elia, est-ce-que tu as reçu les nids de bouvreuil et de varakoucha ? Et le deuxième renard bleu ? »

Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants   Babel (poche Actes Sud)

Le météorologue                                                       Points Seuil

ELB

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La vie au grand air.

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Avec Huguette, dans le Lot la semaine dernière autour d’un plat italien ou plutôt sicilien, de polpettes:

– J-Marie, mets-toi au bout de la table que je m’assoie à côté de ma sœur pour en profiter encore un peu, dit G, le grand frère.

Rejoint par l’autre frère R, à la fin du repas, pour partager café et dessert, émus, ils évoquent la naissance de cette petite sœur à qui ils ont donné ce prénom : Huguette. Bienveillance et fierté à peine voilées deux grands gaillards ont subitement surgis de l’enfance.

Ils nous abandonnent pour faire un billard dans l’ancien four tout à côté. Avec Huguette, nous partons en filles nous balader reniflant l’air presqu’estival et passant par La treille. Trois haltes où nous saluons et retrouvons pour moi, une personne autrefois connue et plusieurs membres d’une famille me disant leur lien de parenté avec la mienne. Mais le temps a passé et les anciens,  eux aussi qui, trop nombreux et occupés par leur vie n’ont entretenu le lien.

Nous avons admiré les grands arbres,  comme des ancêtres  porteurs de mémoire. Ils ont dû voir H passer, allant chez sa grand-mère. De si beaux arbres, majestueux.

Avril, un des mois les plus beaux par l’explosion de couleurs et de senteurs. Vert tendre et délicat, avril ; C‘est encore le printemps fragile et hier,  voilà les arbres après des jours presque chauds, malmenés, rabroués par le vent. Mais aujourd’hui, à nouveau la lumière du printemps !

Ainsi va le jour *, depuis que j’ai aménagé  à la campagne, s’est un peu estompé, effacé au profit de quelques textes du style ce que je pourrais dire  autrement dit, entre les lignes et autres textes motivés par l’envie impérieuse,  ou une réaction à un évènement, une rencontre ou un livre sans oublier les haïkus qui scandent régulièrement mes incursions ou effractions dans ce blog à quatre mains de Huguette.

Tout déménagement ou aménagement apporte sa nouveauté par une adaptation qui se fait au fil des jours et pour ma part, sans contrarier trop ma perception de la vie en général. La campagne avec sa nature m’appelle au dehors davantage sans m’éloigner pour autant des préoccupations majeures de tout être pensant.

Éclaircissement apporté, il y aura sans doute davantage de nature, de poésie que de commentaires  mais parfois nos sens se jouent de nous. Sans être dans la trop grande intimité et ennuyer son monde.

La nature me distrait de la lecture et de l’agitation et j’espère qu’une fois l’ivresse de la redécouverte de cette campagne et les camaraderies d’autrefois renouées ou pas ainsi que le pays, retrouvé, je reprendrai le cours normal qui m’attachait volontairement et sans trop d’effort à ma table.

Mon panorama, aujourd’hui : la pointe vert tendre des pommes du pin parasol, les lampions blancs accrochés aux marronniers, la souplesse des branches que le vent balade sans se soucier des cerises en devenir et au loin, les fleurs passées des pissenlits qui peuplent de bulles fragiles les prés. Les grumes, tour à tour chargées d’humidité puis lourdes de soleil emmagasiné. A leur place, elles sont et la couleur un peu modifiée à chaque passage ou c’est moi qui me le figure. Ce tas de bois ainsi que des billes et planches débités scandent une portion de ce chemin passant sous la voie de chemin de fer non loin de la maison.

Voilà, à quelques promenades près, la vue de ma fenêtre et à l’entour qu’ont pu apprécier les deux parisiennes,  A. et V. en visite.

ELB

*Le lien renvoie à l’article Ainsi va le jour 36. La page Ainsi va le jour regroupe la totalité des articles éponymes.

Haïku du jour.

 

Couleurs méconnues

Plis renfrognés de falaise

Printemps dans les creux.

 

ELB