Tag Archive | précarité

Ce que je pourrais dire.

gingko1

La couronne de pommes de pin en entourant le pied de l’arbre, laissée par les petits parisiens, un chouchou oublié, des livres dispersés, un fond de bouteille, un dessin sur la table sous le tilleul,  des mouches  terminant le goûter, le ballon en mousse coincé sous la petite table et dans les sapins, le bleu du hamac qui ne bouge plus. Fin de partie ou de récréation avant les prochains congés. On envoie des photos ; c’est promis puis on donnera davantage de nouvelles et on se voit bientôt.

Nous sommes, comme revenus chez nous, en possession de notre vie qui reprend son cours normal, au rythme de la saison qui vient. Le vide et le silence parfois qui suivent le départ d’amis ou de familiers chers, c’est un peu le retour de l’existence ordinaire. Rythme plus lent comme apaisé après l’été désordonné et haletant des températures.

La lumière est plus courte et le soir vient plus tôt. La nuit estompe les contours ou souligne quelques reliefs dès que les premières étoiles envoient de leur lueur mais la pluie les a chassées un temps du ciel.

Il m’avait semblé que l’automne était loin bien qu’un ourlet de feuilles jaunies sous les tilleuls était déjà là avant mon départ pour quelques jours dans les Vosges. Je ne sais si c’est sa ligne bleu ou vert qui avait tout balayé de mon esprit mais de retour sur le plateau calcaire le jaune et le roux me sautent aux yeux et je dois admettre que malgré la certitude de beaux jours à venir-car l’arrière-saison y est presque toujours belle et lumineuse, le temps, la lumière ont commencé leur œuvre.

La lumière chaude du pays de Cocagne qui,  le soir venu grâce à la lueur de la lune semblait bleuir les collines et les coteaux ainsi que les reflets du soleil, tard le soir, sur le canal royal à Sète paraissent bien loin.

Pour se réconforter la confiture des derniers abricots et celle des figues. Je n’ai pas définitivement rangé mes espadrilles car, ne plus sentir la corde sous le pied signifie que l’été a passé;  l’espadrille est  pour moi presque synonyme de temps suspendu, allant avec une certaine légèreté de la démarche à moins que l’on choisisse de traîner les pieds comme pour mieux éprouver cette nonchalance du corps plus offert à la lumière de l’été et à une certaine chaleur.

Beaucoup plus d’oiseaux ces jours-ci picorant dans les arbres et sur l’herbe comme si la pluie et la fraîcheur les ramenaient vers la maison. Les hirondelles sont parties, dirait- on. Les noix commencent à tomber et les pommes de terre ramassées l’on sait que l’automne arrive tandis que le maïs a lui aussi jauni le paysage.

Le retour des activités et les retrouvailles des amitiés associatives nous font entrer dans la vie, la vraie, dans le temps que l’on fait sien en partie et c’est alors la vie de certains qui fait une pause chaque semaine.

Précaires, démunis, comme si en venant s’interroger sur le désordre du monde, de ses affaires entrelacées, en feuilletant le journal ou quelques livres, ils tentaient de démêler une sorte de nœud autorisant ainsi  leur esprit, à ’être plus léger comme délesté des ennuis du quotidien, de la paperasse. Un peu absents à eux-mêmes comme en repos bien mérité après le combat discret des jours difficiles.

Le discours désordonné parfois difficile à décrypter de quelques-uns ainsi qu’une joyeuse agitation en habitant d’autres en  retrouvant  un camarade d’infortune. On sait bien que chacun a avec soi-même les arrangements qu’il peut. La pelote dans sa tête est tout en embrouillamini et forcément il y a un fil à tirer mais celui qui le relierait à lui-même et donc aux autres, n’est pas toujours accessible.

La voix rauque, grave, presque celle d’un homme, s’accélère et parfois le regard se fige. Hagard, interrogateur, je ne sais dire. On dirait qu’elle cherche quelque chose, mais quoi ? Le sait-t-elle d’ailleurs ? Est-il utile que je le sache ? Non. Elle est là, vivante qui joue avec les mots.

Les cheveux grisonnants qui se recourbent sur l’épaule et adoucissent ce visage à large bouche qu’un rire soudain agrandit encore feraient presque croire à celui d’une jeune fille. Comme quelque chose de naturel presqu’originel même dans la voix qui refuserait l’écho ; juchée sur sa mobylette, elle mord le vent et le jaune des champs bleu à la lueur de la lune.

Retrouve-t-elle,  peut-être, l’ivresse de ses 5 ans lorsqu’elle dévalait la glèbe à toute vitesse.

Me revient alors en mémoire un vers de Marc Alyn :

 « Je n’existe pas à plein temps, je suis avec ce qui commence.»

 

ELB

Des jo-lies mar-gue-rites…

ellebore

 

Arrivés hors saison, passé deux mois d’hiver et le printemps pousse déjà par la lumière qui croît jouant avec les ombres et  finit par manger la nuit. Levée plus tôt, les oiseaux au rendez-vous. Chants et cris, appels. Je ne sais comment interpréter.

Ce sont les oiseaux qui me réveillent un peu après 7 h 00. Ils convoquent un interlocuteur invisible…ou ils s’appellent entre eux puis se répondent; j’essaie de deviner lequel de ces deux chants aiguise leur gosier ou sert à alerter un congénère. Aperçu une pie au jardin  Nichoir, perchoir, tout fil électrique, toute branche est réquisitionné à cette fin. J’entrouvre délicatement les volets pour ne pas les effrayer et jouir du spectacle. Le merle est dans la haie picorant l’if ; son chant est tour à tour précipité  ou émouvant.M’appelle-t-il ou répond-il à d’autres merles? J’ai eu l’immodestie de penser qu’il cherchait l’humain mais il est émotif. Me suis amusée à lui répondre en tordant la bouche et faisant twister ma langue tout en sifflant. Sacrée contorsion.

La lumière s’est attardée. Beaucoup de jours de pluie depuis deux semaines mais le causse appréciera qui n’en a presque pas eu depuis septembre dernier. Deux jours de vrai printemps assortis d’ une belle balade avec Cl. Et ce matin, telles des pierres précieuses accrochées aux arbres mouillés et sur le fil à linge, des gouttelettes étincellent  au travers de la lumière qui, de loin en loin  tente une sortie.

 Les fourrés rosissent de bourgeons et les travers sont piqués de jonquilles; au jardin, quelques narcisses, pâquerettes, primevères ou crocus. Un vrai concert de renouveau.Le lilas proche de la cabane à bois, foisonne  de bourgeons qui déplient et lissent les premières  feuilles vert tendre. Des points timides,  taches de jaune se poussent du col sur deux arbustes, des forsythias, je pense.

Loin des bruits de la ville, me manquent parfois le cri des mouettes de bord de Seine, les corneilles sur les allées, les cheminées de manufactures délaissées ou  le déchargement sur la place,  des fûts de bière ainsi que le bruit du percolateur heurtant la caissette de bois recueillant le marc de café lorsque je m’arrêtais,  Place de Clichy pour dire bonjour à Suzanne. Qu’est-t-elle devenue, jeune et gracile avec son petit accent, partie vers Montparnasse rejoindre son ancien collègue et petit ami.

La ville s’étale, sans s’exhiber forcément, se donne à voir, criante de couleurs, d’odeurs de petites saynètes instantanées de la vie ordinaire ; la misère,  la précarité y était constante même si dans certaines villes on la pourchasse, on  la déplace dans d’autres quartiers pour ne pas heurter le touriste ou le faire culpabiliser(?). A la campagne, elle existe aussi, moins visible. La précarité n’a pas de faveur particulière et s’installe partout, loin ou proche des lieux de pouvoir qui ne savent la circonscrire mais la masque au passant pour ménager une réputation.

Je tangue encore un peu entre deux univers et cela ne vient pas de mes nouvelles lunettes à verres progressifs.Ce n’est pas pour me déplaire.  Entre Ainsi va le jour et Ce que je pourrai dire en quelque sorte.

Comme pour se protéger du  réel, du monde comme il va, qui roule sa bosse et se cabosse avec mutations et grands bouleversements, un événement chassant l’autre ou un tweet écrasant le précédent, comme déjà dit, je le tiens à distance ce monde-là . J’essaie .il y a toujours un train de retard et réagir systématiquement fatigue, lasse.

Inquiétude, incertitude ou simple rapprochement avec la nature généreuse ?

Ici, la préoccupation du moment,  c’est le projet d’une usine de méthanisation, trop grande qui malgré des avantages en énergie renouvelable  que l’on sait, va entraîner une noria de camions et l’épandage sur plus de soixante-dix communes ainsi qu’un risque de pollution des nappes phréatiques. Le Causse est un gruyère recelant des merveilles. Il est donc à protéger .

La nature m’enchante et les arbres, au jardin ou ailleurs, me renvoient souvent à des moments privilégiés de l’enfance, des petites choses observées autrefois comme ces insectes rouge et noir grimpant au tilleul en colonie prolifique-des gendarmes-,  ou la mousse indiquant le Nord.  Le rebond des voix, autrefois entendues parvient jusque dans ces moments intimes.

Au fond, la vie reprend, la perspective de l’après, un certain avenir, tout de suite, tout à l’heure, demain ou dans un mois, cet été à vivre ou à meubler .Pas de réelle urgence. Un point de vue mais c’est selon  que l’on s’ennuie ou pas. Sorte de contrepoids.

ELB