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Ainsi va le jour.12

Drôle d’été.  IMG_0204

Pas mon compte de bourdonnement d’abeilles, pas mon compte de ciels Lotois étoilés qui d’ordinaire étonnent et ravissent toujours l’autochtone et le touriste, pas mon compte de chants d’oiseau, le dos au bois des Majoux.

A la place, des ciels mouillés et lourds jusqu’à midi puis un après-midi ensoleillé et suffocant. J’ai tout de même rêvé devant des ciels de traîne et quelques belles lumières au petit matin et d’autres plus sonores, en fin de journée .
Quelques balades dans deux villages du Ségala, partie nord-est du lot, adossée aux contreforts du Massif central préfigurant la moyenne montagne avec ses châtaigniers, ses fougères et sapins : Terrou et Ste Colombe où un concert donné par le Quatuor Parisii régalait la population un jour clair et beau précisément justes après un orage laissant sur la petite route, à la fin du jour, branches cassées et feuilles en bataille.

Belle soirée entre amis autour d’une table tout en convivialité et bruits de fourchettes parlant aussi bien du ciel que de la terre et de rêve d’homme oiseau. D’autres évoquant à la faveur des digressions d’usage, le petit chien, nouveau ou le mariage d’une fille, la future naissance chez une autre, la tarte au citron meringuée ou encore l’expérience du chant choral. Tombés d’accord pour dire que c’était physique et que les jours de répétition, tant l’exaltation est grande et l’énergie pas encore évacuée, le sommeil se fait attendre.
La perspective de s’installer afin de voir défiler les saisons, car c’est cela qui importe. Pas trouvé le terrain idoine c’est-à-dire suffisamment arboré sur ce causse calcaire très chaud l’été- sauf celui-là. A défaut, il en est qui en pots, bichonnent arbres et arbustes à planter le moment venu.

J’ai eu le bonheur de profiter de quelques après-midi et soirées en famille et surprise, un cousin perdu de vue, passe présentant femme et enfants Léonie et Albertine. Tombe amoureux du hameau qu’il redécouvre. Chacun s’amuse à chercher à trouver une ressemblance, un air de famille avec le père, la grand-mère ou encore la tante. Moment riche et émouvant entre les éclats de rire d’enfants.

Rencontre et non retrouvailles avec mon homonyme, sans doute parente. Forcément, la souche est la même, nous disons-nous comme pour nous rapprocher encore un peu.
Les lieux parlent et le patronyme aussi qui est concentré entre les rivières de la Bave et de la Cère, notre source en somme. Il n’est pas si facile de se retrouver : C’est une chance qu’elle ait eu la même volonté et réponde à ma demande. La question des origines m’a toujours intéressée. Certains s’en détournent et se disent étrangers à la souche comme s’il y avait des comptes à rendre ou craignant de mauvaises surprises s’inventent une origine autre en tentant des élucubrations peu probables, refusant la lignée.

Et puis il y a la tristesse de la réalité: Les parents vieillissants, père et mères dont le pas chancèle de plus en plus, le dos se courbe et la main se crispe à manquer de force. Les moments de veille sont moins nombreux, les larmes baignant les yeux, plus nombreuses. Autant de marques du temps qui nous atteignent et nous renvoient à l’essentiel, à notre propre condition et à notre fin inéluctable.

Mais la joie et la richesse d’un long voyage qui se poursuit et un ventre qui s’arrondit crient l’avenir et apaisent.

Drôle d’été et drôle d’actualité avec ses guerres de territoire et ou de religion. L’ours russe n’est pas en reste qui déploie sa patte et poursuit la reconquête. Bien d’autres dérives au sectarisme et à l’autoritarisme au mépris de tous les droits et codes internationaux empruntent le chemin .

Quelle guerre ou intervention serait plus juste qu’une autre? Dans le chaos du Proche-Orient, même les ONG sont menacées et parfois obligées de renoncer à leur mission.

L’été nous a tourné le dos.

Mais heureusement, il y a eu Sète et son festival de poésie. Sète, entre l’étang et la mer et un canal qui la traverse. Les voix vives de la méditerranée.
Le ciel fut parfois plus normand que méditerranéen et notre sortie en mer sur le voilier à écouter, « Laisser dire »-c’est le nom de l’embarcation-, le poète et le comédien traducteur à cause du trop grand vent s’est terminée sur la plage entre de gros rochers. Qu’importe, la poésie a ses humeurs, aussi qui nous réconcilie avec les nôtres.
Que de beaux moments de légèreté, joyeuseté mais de gravité, aussi.

La lecture à la chandelle au hasard d’un repli de rue, les banderoles mettant en exergue un vers scandant notre marche, les mots et les sons de la sieste sur les transats, sous l’arbre ou le parasol à écouter un poème en langue grecque, libanaise, arabe ou turque et même croate, italienne, portugaise ou espagnole face au soleil, au ciel ou à la mer rythmaient ces trois jours.
C’est le chant de la Grecque, Angelika Ionatos que j’ai découvert et qui m’a emballée. Il est lumineux.

Surprise d’apprendre moi qui comme vous n’entends pas ma langue, qu’elle soit ressentie par l’autre comme caressante et bruissante et en même temps très émue et très fière qu’elle soit si bien partagée.
La voix de la soprano libanaise, Roula Safar qui accompagnait aussi certains textes , à la guitare et aux percussions m’a impressionnée. Pour les textes, ce seront le Syrien, le Palestinien et le Turc n’évoquant pas forcément la situation dans leur pays mais cherchant un autre souffle, que j’ai aimés.
Vénus Khoury-Ghata, poétesse d’origine libanaise accompagnée du jeune Gréco-Tunisien Yassin Vassilis-Cherif à la flûte ou aux percussions nous a touchées.
Le plus surprenant, enfantin, naturel, imprévisible, ce poète libyen qui déclamait ses courts poèmes faisant de grands gestes lançant le micro tantôt à droite, tantôt à gauche, sa voix se perdant dans les airs et ce matin-là, il y en avait de l’air. Ce n’est pas lui qui a renversé un parasol mais bien le vent. Oui, un enfant, ce poète, expliquant en anglais, passant la tête au- dessus des épaules du comédien traducteur, le surveillant et lui donnant des indications. Il ne le trouvait pas assez expressif, je pense. Il voulait que la voix donne vie à sa poésie. A coup sûr, il n’était pas habitué des estrades et des tables rondes. Il était vrai, à sa manière et vivait en poésie.
Il n’est pas nécessaire de connaître la langue pour en apprécier la poésie, sa musique et son rythme pallient notre méconnaissance de celle-là. Quelle douceur de se laisser bercer ainsi à Sète, un soir d’été. Bien sûr avec les amies, nous n’avons pas manquer de manger sardines grillées et  aubergines farcies et de faire un tour à la Pointe Courte, plage de la jeunesse d’Agnès Varda.

J’ai oublié aussi la traduction en langue des signes de jeunes femmes qui faisaient parler leur corps et restituaient la poésie d’un poète Franco-Algérien.

« Et les rêves prendront leur revanche… » Odysseus Elytis (poète phare de notre chanteuse et traductrice Grecque).

ELB.   (Publié n°11 dans la page Ainsi va le jour.)


.)

Le soleil pour passerelle.

Un rayon de soleil froid s’égare sur une des étagères de ma petite bibliothèque, disparait puis y revient, qui attire mon attention.

J’avais failli l’oublier ! Et en cette fin d’année du centenaire de la naissance d’Albert Camus et pour en finir puisque tout a été dit, écrit, analysé, décortiqué et même parfois, récupéré, je ne veux m’attacher qu’à ce livre car le dernier –excepté Le premier homme mais on ne le savait pas encore- et parce que c’est le Camus poète qu’on retrouve.
Incompris ou contesté et jugé sur ses positions dites morales, il a refusé tous les dogmes ; exigeant, honnête et lucide, il est résolument contre la pensée unique, la doxa.

Il s’agit ici de La postérité du soleil. Et il renferme l’unique texte que René Char ait écrit pour Camus ; c’est dire son importance.
Ces deux-là se rencontrent dans un contexte d’après-guerre sur le texte de Caligula (la démesure qui conduit à l’absurde, au meurtre), en 1946 près de L’Ile sur la Sorgue. C’est l’engagement résistant dans le maquis, pour Char et celui du journaliste dans la clandestinité à Combat –pour Camus, qui les a rapprochés. Ce dernier avait édité Les feuillets d’Hypnos, recueil poétique de Char résistant.
Sentant ce qu’ils ont en commun, ils peuvent faire un peu de chemin ensemble et ils vont même créer la revue Empédocle dans laquelle ils vont publier Julien Gracq.

Un besoin irrépressible de lumière dont ils sont en quête permanente, des racines communes de pensée et d’action et puis … le Lubéron offre le soleil, la nature .Ils deviennent amis. Comme dans Noces, s’agissant de Tipasa, Camus aurait-t-il peut-être pu dire parlant de Lourmarin «… au printemps, L…est habité par les dieux et les dieux parlent dans le soleil ». « Le paysage comme l’amitié, est notre rivière souterraine. Paysage sans pays » écrira Char.
Henriette Grindat, photographe suisse, découvre la Provence avec Char dont elle est amie avant de poursuivre son voyage de l’autre côté de la Méditerranée avec Camus. Tout comme Char, il aime ses clichés.

Un projet commun naît en 1952 .Le choix des photos est fait par Camus qui écrit de courts textes en regard de celles-ci. Char écrit la postface-après la mort de Camus à l’édition de 1965, témoignage de leur amitié. Très émouvant, lyrique -et on ne savait pas ce que nous réservait le premier homme en la matière .Encore plus touchant lorsque l’on sait que Camus ne l’a jamais vu, édité.

Il avait dit à Char : « Faites, René, que ce livre existe ». Il est mené à son terme lorsque Camus va mourir. Malgré les difficultés nombreuses à l’éditer il finit par exister grâce à un éditeur Genevois en 1965. Evoquant la solitude de l’artiste, dans une lettre à son ami Char, Camus écrit: « … Il faut bien s’appuyer sur l’ami quand il sait et comprend et marche lui-même du même pas. »Une réelle et tendre amitié les réunit et leur correspondance 1946-1959 l’atteste. Ils avaient l’un pour l’autre une véritable admiration.

Gallimard réédite La postérité du soleil, dans la Blanche, en 2009 dans un format original et tellement tentant. Je n’avais pu y résister, à l’époque. C’est aussi une occasion de découvrir -henriette-grindat.html »>http://www.rts.ch/archives/tv/information/madame-tv/3468422-henriette-grindat.html et ses photos noir et blanc qui ont su capter la lumière, le vent, la pierre, l’eau, l’arbre hirsute ou le visage.

m>La postérité du soleil Albert Camus – René Char – Henriette Grindat, Gallimard (collection Blanche) 2009.

ELB

Parenthèse.

Oh, Je croyais que vous dormiez !

Pas reliée du tout à la toile, ces derniers jours .A cause d’une défaillance technique et avec la complaisance de pieds trop lourds et douloureux, j’ai versé, comme toujours avec délice, dans la poésie du quotidien, hors du fracas du monde.
Et nous ne sommes pas en reste : elle est partout, la poésie. Trop souvent, on l’oublie. On oublie aussi de lever le nez à moins que… l’on soit à l’étage ou dans un bus à étage ou sur un échafaudage.
De ma fenêtre, j’ai observé depuis le 26 mars deux pies, deux pies urbaines.
Entre deux flâneries, je les regardais, sur le platane devant ma fenêtre, qui s’affairaient à construire leur nid. Elles n’y viennent pas tous les jours mais presque et encore, au mitan du jour, surtout le samedi et le dimanche . Peu importe l’heure. Il y a moins d’agitation et elles y sont plus assidues. A jouer les majorettes, bâton ou plutôt brindille dans le bec au lieu que dans les mains, elles montrent une ardeur et une habileté virevoltantes.
Quand soudain l’une d’elles ayant fait tomber la brindille, descend la ramasser et la remonte; tout s’est passé dans un souffle Tellement leur occupation rappelle celle des hommes, on en oublie leurs ailes. Inlassables, elles trient, coupent, cassent, classent, tressent chacune à leur tour quand elles ne vont pas chercher un meilleur atout sur l’un des platanes de l’autre demi-cercle de la place.
Les voir ainsi, tirailler dans tous les sens, puis couper du bec une brindille aux branches les plus jeunes est un plaisir, une grâce inédite. Mieux que des funambules, à plus de sept mètres du sol, elles bâtissent et, sans échafaudage.
Je n’ai pas tout compris à leurs allées et venues et si leur périmètre d’action, était limité. Mais quel ballet ! Je me suis demandé si dans les autres platanes qu’elles visitent aussi, elles faisaient nid pour d’autres couples de leur tribu.
Pie bavarde ou pie voleuse ou les deux, je ne saurais le dire, en tout cas, pie architecte.

A les regarder faire, on croirait assister à une partie de mikado. En même temps que reposant, c’était un spectacle des plus instructifs. J’ai donc ainsi volé d’arbre en arbre, légère comme la plume.

ELB