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Ainsi va le jour.36

 

 

A quoi bon des poètes en temps de détresse ? écrivait Hölderlin.

C’était aussi le thème du débat lundi soir,  au Théâtre de la Colline. Poètes, peu, philosophes nombreux et deux psychanalystes, un cinéaste  et un historien Américain. La poésie, l’art peut-il réveiller la démocratie. Voilà le sujet.

La poésie ou tout autre art ne doit pas être que consolation mais  tremplin pour la  création, l’innovation et doit aider à se remotiver. Un ressort, un sursaut pour se réinventer.

C’est, très brièvement résumé, la conclusion de la deuxième table ronde,  la première étant un peu jargonnante et loin de la réalité. Il y avait heureusement trois étudiants qui ont fini par déverrouiller un peu la langue et la question posée par l’un,  reste ouverte : ne faudrait-il pas que nos politiques  soient aussi des poètes pour redonner un peu d’espoir.

Après le résultat de la présidentielle aux Etats Unis, ce matin,  beaucoup sont sonnés ou même sidérés mais l’Amérique a choisi celui qui, entre autres,  leur a dit qu’en plus de construire un mur entre le Mexique et les Etats-Unis, il était :

« …le meilleur candidat pour l’emploi que Dieu ait jamais créé ». L’inquiétude, l’inconnu pour presque une moitié des Américains. Que va être sa relation avec l’Europe ?

Erdogan et Poutine qui soutenaient Trump sont au moins contents.

La Russie intensifie sa présence dans l’enclave de Kaliningrad surveillant de près comme toujours les pays Baltes ; L’OTAN a installé depuis quelques semaines en Lituanie des troupes d’une force multinationale qui s’entraînent suite au regain de d’opérations militaires et de violation de l’espace aérien.

Il ne faut pas ignorer pour autant que les pays Baltes, terre d’émigration pour les Russes dès le XVII siècle-,  ne font pas toujours la part belle à ses derniers depuis l’effondrement de l’URSS ; le nationalisme refleurit-, car ils sont encore  perçus  par certains comme  des occupants. Heureusement leur sort économique s’est amélioré au moment de l’entrée  dans l’Union. L’Etat nation, l’Etat de droit n’était pas un vain mot. Mais, les Russophones sont malgré tout,  tenus à l’écart surtout ceux qui ne maîtrisent pas la langue du pays ; ainsi, en Estonie,  les russophones représentent un tiers de la population. Ils pourraient redevenir des citoyens de seconde zone.

On peut toutefois comprendre que les pays Baltes s’inquiètent des manœuvres de l’armée russe ; depuis l’annexion de la Crimée en plein JO à Sotchi et le peu d’opposition que Poutine a rencontré de la part des autres chefs d’Etat, on peut penser que cela lui donne des ailes. D’ailleurs, la Géorgie en a aussi  fait les frais.

Est-ce pour cela que certains pays du Nord, surtout, reviennent sur le service militaire. Et là, je voudrais bien être assez naïve pour croire à la citation apprise en latin :

       Si tu veux la paix, prépare la guerre. La dissuasion est-elle encore possible ?

Pour en finir avec la Russie, en balade  avec une amie venue quelques jours à la capitale, quai Branly, nous sommes passées devant le Centre Spirituel et Culturel Orthodoxe, affichant de beaux bulbes mi dorés ou mi argentés je ne saurai le dire, lisses et mats comme de gros œufs amenant presque de la douceur dans un ciel troué par la Dame de fer.

Le projet a été approuvé par la France en 2007 ; Poutine peut être fier de son combat quand on sait comme il contrôle et se sert de l’église qui le lui rend bien. Ce monument,  un symbole de son idéologie ? Probablement car nul n’ignore que cet autocrate est opposé à l’Occident qui aurait perdu toute racine chrétienne.

De son côté, L’Etat AKP d’Erdogan intensifie la répression. Il serait prêt-ai-je lu-,  à donner un visa au million de Syriens qui sont en Turquie depuis 5 ans. En effet, des milliers d’enfants y sont nés depuis.  Mais il ne faut pas oublier qu’il s’acharne à éliminer toute opposition au régime et qu’il est de plus en plus intrusif concernant l’éducation. Les écoles deviennent  des lieux d’enseignement de la religion, encourageant fortement,  via les programmes de santé -,  la maternité aux filles plutôt que les études.  Pas vraiment une émancipation.

Au milieu des bruits du monde,  un grand rayon de soleil à la mi-octobre : notre petit-fils A , allant et venant et s’enivrant de la faible pente faisant ainsi l’expérience du relief et de l’ivresse qu’elle procure par l’air plus vif et plus frais. Un abandon total à la vie et au bonheur du jour.

Mossoul est en point de mire chacun se demandant, inquiet, ce qu’il adviendra ensuite de ces combattants contre Daesch et de la population libérée ; de leurs espoirs et revendications et de leur capacité à revivre ensemble,  apaisés ou non.

Dylan Nobel ? Je n’y avais  jamais pensé ; je ne dois pas être la seule et s’il avait fallu envisager pour ce prix, un auteur compositeur, j’aurais pensé à Léonard Cohen. Mais cela ne doit pas reléguer Dylan à un rôle mineur pour autant. Grand admirateur d’Allan Ginsberg de la Beat generation.

Entre 6000 et 8000 qui occupaient le plus grand bidonville français, à Calais la majorité est partie pour les centres d’accueil et d’orientation, les autres résistent ou attendent de partir pour l’Angleterre quitte à perdre leur vie. Métro Stalingrad dans le XIX, installés sous le métro aérien, les migrants viennent grossir le camp évacué il y a deux mois vers les banlieues, toujours plus aux marges.

L’opération mise en cartons approche et pour la troisième fois, je refais mes placards au cas où je pourrais me délester à nouveau de l’inutile, en tout cas de ce qui n’est pas primordial. Mais pourquoi ce bout de tissu plutôt que tel autre ? Et ce livre et ce journal ou  magazine qui parlait de ceci  et ce dossier intéressant sur cela, cette caricature si efficace. Ah, et il y a aussi la photo ou la vieille broche toute cassée.

Je finis par me dire qu’au dernier tri, mon œil ne s’attardera plus. Et je pense aussitôt à la belle couleur rose fané,  lie de vin que prennent, au jardin, les hortensias en séchant.

Dans quelques mois, ce sera sans doute …ce petit jardin qui sentait bon le métropolitain  que chante Dutronc que ma mémoire affective aura retenu.

Sur la place au bout des allées qui était autrefois, celle des fêtes,  tout comme au parc, les pieds buttent sur les bogues de marrons et de feuilles mordorées.

L’oranger des Osages est cet automne,  généreux et parsème la pelouse de ses fruits, balles irrégulières, vertes, spongieuses et granuleuses. L’or du ginkgo n’a pas encore coulé.

ELB

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…je n’ai pas le cœur à le dire

 

comme s’égrenait  la chanson.

Le choc passé, dans un autre monde et un autre temps, baroque par le chant et après avoir pris des nouvelles d’Huguette* et après décantation, je réagis et aurais tendance à voir notre monde, tel une ruche sans organisation,  « alvéolé »,  comme autant de petits mondes côte à côte et cloisonnés.

Bêtise, ignorance, haine, pauvreté, misère, errance ou déshérence : quel mobile pousse à bout pour en arriver à ce geste de violence.

Un monde où dessiner serait un acte d’agression et être dessiné se sentir violé ? Je n’en veux pas et vous non plus.

Comme dit Huguette, que de questions. Mais alors que faire, que penser et que dire.

Et même si nous parvenions à ce que chacun ait droit à son rayon de miel, le monde irait-il mieux ? Sans doute mais il faudrait aussi décloisonner et faire circuler les idées, les cultures avec leur histoire et leur langue ou leur chant.

Comme nous sommes encore dans la quinzaine du Printemps des poètes  -et aussi en pleine semaine de la francophonie-,  en souvenir d’un poète Kosovar rencontré au Festival de poésie de Sète l’an passé, Agim Vinca, grand admirateur de Valéry, un poème qui garde toujours, pour moi, tout son mystère et sa musique: Les pas .

De qui ou de quoi s’agit-il? Un être mystérieux, le rêve, la personne aimée,  l’inspiration, la pensée en chemin ou la création elle-même ou ce qui la précède, arrivant à pas menus ?

Sans doute beaucoup le connaisse mais je ne peux m’empêcher de le partager à nouveau :

 

Les pas.

 

Tes pas, enfants de mon silence,

Saintement, lentement placés,

Vers le lit de ma vigilance,

Procèdent muets et glacés.

 

Personne pure, ombre divine ;

Qu’ils sont doux tes pas retenus,

Dieux !… Tous les dons que je devine

Viennent à moi sur ces pieds nus !

 

Si, de tes lèvres avancées,

Tu prépares pour l’apaiser

A l’habitant de mes pensées

La nourriture d’un baiser,

 

Ne hâte pas cet acte tendre,

Douceur d’être et de n’être pas,

Car j’ai vécu de vous attendre

Et mon cœur n’était que vos pas.

 

                                    Charmes, 1922

 

Le  mystère donc nous encourage à ouvrir des portes et à solliciter la pensée. Le percerons-nous jamais ?

ELB

 

 

Il y a un an tout juste.

Ainsi va le jour.

les yeux posés Les fins de semaine sont propices aux lectures plus longues : je remets en ligne ce texte d’Evelyne écrit il y a tout juste un an…GHV Cri des mouettes sur mon chemin vers la station de métro, ce matin et un peu plus loin, près du kiosque à musique des trouées de bleu et de lumière rosée. Il va peut-être ne pas pleuvoir. Place Clichy, l’église de scientologie racole. Au programme, l’origine des pensées négatives, des comportements indésirables et du manque de confiance en soi. Tout ce qui plaît ou inquiète. Du pont métallique au-dessus des tombes, contre le mur du bâtiment surplombant le cimetière, un large bandeau publicitaire me fait sourire:« Du studio aux cinq pièces d’exception ». Je croise des Joggeurs, des personnes à vélos, d’autres avec leur poussette ou encore la trottinette: tout le monde, écouteurs aux oreilles. De toute couleur, les fils : le noir est le plus fréquent mais il y a aussi du blanc, du vert, du bleu clair et du rose fluo comme pour égayer le début de journée. Chacun se perfuse à sa dope préférée avant d’entamer la journée de travail. Visages fermés dans leurs pensées, d’autres ouverts et souriants. Au téléphone, un homme me croise que j’entends dire: « t’as l’impression d’être une mauvaise mère et que tu gères rien ; mais non pas du tout, je te rassure ». Parlait-il à sa fille, sa compagne, une amie. Et pourquoi pas à sa mère ? Dès huit heures trente ce matin, les conversations et les pensées étaient graves. Où en est la révolte du peuple Ukrainien à Maïdan ? Le haut des arbres tanguait et de ma place au second si j’avais continué à regarder le mouvement de ces arbres décharnés, j’aurais fini par avoir le mal de mer. Nous sommes loin des déferlantes, pas d’inquiétude. Les rameaux et fines branches noires et cassantes dessinaient un joli treillis en avant des façades des immeubles de l’autre côté de la rue. Ce qui faisait croire à un dessin au fusain. A la pause, le lacis tortueux des rues pavées m’a attirée et j’ai poussé jusqu’à la vigne St Vincent ; elle a été taillée et le jardin de biodiversité sort à peine de son sommeil. Comme une éponge, aujourd’hui, j’avale et je bois tout avec mes yeux, mes oreilles et du bruit dans la tête comme j’en soupçonne parfois chez les personnes croisées, parlant souvent seules. La voix, la nôtre propre nous aide parfois à nous rassembler à hauteur d’yeux et de cœur. Au retour, en face de l’hôpital Bretonneau, au dernier étage d’un immeuble, un saule pleureur dépouillé et trois merles qui l’occupent, surveillant le quartier. Il fait encore jour. Quelle sera la lune tout à l’heure ? Après la grosse lune ronde, celle qu’on dit pleine, d’il y a trois semaines, la lune, lame d’argent de la semaine dernière qui s’offrait en fauteuil à bascule puis déjà le dernier quartier qui arrive. Denise la jardinière sévit toujours chez les Blondes Ogresses. Comme ce sont les vacances, le spectacle pour enfants est annoncé : Les comtes givrés de la fée Grelotte. Elles me plaisent bien ses Blondes Ogresses…je ne vais pas tarder à leur rendre visite. Je finis de dévaler la rue Etex, légère. Je suis en vacances et m’abandonne un temps. Une courte halte dans le Lot et à Toulouse en bord de Garonne. Et à nouveau la lune aura retrouvé ses rondeurs. Elle sera nouvelle. Je la veux d’acier, à peine blanchie pour trouer le carreau de la chambre. C’est comme cela que je la préfère. Le grand café rouge, La Rotonde a ouvert son cercle d’hommes : en cette fin d’après-midi, une femme, deux femmes même, en train de parier face au grand écran. L’assemblée bouge et se diversifie. Et si elles gagnaient, que feraient-elles de leur gain. Il n’est pas certain qu’elles aient les mêmes envies. Dans le métro pour le dernier tronçon de mon trajet, plaquée contre la vitre comme aux heures de pointes, j’aperçois en face, sur le carrelage du quai, un affiche RATP Des lignes et des rimes ou Des rimes et des rames, concours de poésie mettant en avant la chanson de Nougaro : » Armstrong…je ne suis pas noir, je suis blanc de peau… et sa voix rouleuse de galets comme la Garonne, m’a réchauffée . Claude, tu m’as enchantée sur cette portion de la ligne treize saturée et pleine comme un œuf. Pour peu, nous nous serions crus ailleurs. Un petit air de printemps en réapparaissant à la surface et deux jeunes sur les allées qui dansent au rythme de leur slam, l’inquiétude, l’espoir et la vie en commun sans doute. ELB 21/02/2014 LIEN AVEC AINSI VA LE JOUR I LIEN AVEC AINSI VA LE JOUR II