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Pourquoi le fer ?

odeur de fer1

 

Une carcasse de gare ? Me voici émoustillée .Là,  je prends une photo, pour l’odeur et le jour tailladé par les arcades,  pour le ciel et pour le quai aussi,  avec ses flaques de lumière ou d’eau.

Les oiseaux,  sur le guéridon du café,  accompagnent l’attente de mon train.

La charpente métallique de la gare me séduit et me parle ; pourquoi cet engouement pour les arcades, piliers et colonnes de fer ou de fonte-, je ne suis pas regardante .Il en est de même pour les ponts, les grues et tous ces jeux de mécanos  qui tirent la matière vers le haut ou l’étirent au-dessus d’une rivière ou d’une vallée que l’on avait crue infranchissable. Sur l’un de mes trajets quotidiens, je retrouve presque avec  jubilation,  le pont  métallique comme si en quelque sorte, il m’allégeait.

Avec ses colonnes et son ossature, la longue salle de lecture, voutée de la bibliothèque Ste Geneviève m’a ravie quand je l’ai découverte. Les tours,  les halles avec leur squelette de fer m’impressionnent tout autant.

Matière que l’on dit lourde la plupart du temps,  même dans un ciel de Paris souvent gris, elle continue à me fasciner. Quelle scène, de ma fenêtre côté jardin  quand les grues se découpent au lever  du soleil. Pleines de perspectives, leurs lignes dans le ciel, dessinent avec souplesse parfois, des pictogrammes,  cousins de la représentation  graphique de certaines de nos constellations. J’observe souvent cette rectitude et à la fois cette élasticité des grues. Le plus souvent rouge et blanc, elles peuvent être,  comme du côté de la Porte de Clichy sur le chantier du  futur Palais de justice,  vert,  jaune ou encore bleu. Il arrive qu’elles se déplacent d’avant en arrière ou de gauche à droite. Pour l’heure, elles font partie du décor et je savoure.

De même que les grues, tout ce qui tend vers le ciel comme ces cheminées d’anciennes usines envahies par les herbes folles,  dressent leur tour de brique au rouge délavé. La cheminée pointe du doigt vers les nuages. Finalement, la symétrie, les lignes me rassurent, sans doute.

Et puis, il y a l’odeur du fer ; nous la respirions, enfants, en passant devant l’atelier  de Clément, ouvert sur la rue. Il était le charron et le menuisier du village. Il avait fait la porte vitrée de l’entrée remplaçant la lourde porte pleine au marteau et les lourds bancs de chêne pour la grande table rectangulaire. Il avait même refait le tiroir du confiturier et sculpté le motif d’origine. Et longtemps il parut plus clair  bien que la grand- tante Adèle l’encaustiquât très  souvent.

Des charrettes bleues aux essieux et aux roues si imposantes,  je me rappelle surtout  l’odeur du fer cerclant le bois qui,  en roulant sur le chemin, dégageait ce parfum si particulier sans parler du bruit haché et de cette crépitation due à l’irrégularité  des pierres ou du gravier.

L’odeur du fer chauffé, je l’ai retrouvée en 1970 quand, pour la première fois, à l’invitation d’une tante, je visite Paris. Cette odeur, Je ne l’ai pas sentie tout de suite à mon arrivée à Austerlitz mais le lendemain,  à  Denfert-Rochereau,  étape de notre balade. Et cette odeur de fer chauffé,  mêlée à celle du gaz est depuis, pour moi indissociable de cette station de métro. Je la retrouve à Duroc, aussi. La mémoire stimulée par l’odeur ou la couleur…

C’était pour Noël et les carrés de feuilles métalliques cliquetant et renvoyant mille feux qui ornaient les arbres  des Champs Elysées m’avaient éblouie. J’avais seize ans.

Quarante-cinq ans après, j’imagine toujours le givre ou la neige,  à Noël.

 

ELB

 

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Paris l’après-midi, fin de vie.

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Heure d’une escapade sur Paris ,le vendredi après-midi, mois d’août ,trottoirs surchauffés, bruit, intonations étrangères,le métro, le train, la circulation, beaucoup , beaucoup de visages, de silhouettes. Retour après trois semaines au vert. Je ne sais plus démarrer la voiture, je refais sans cesse les listes de ce que je dois prendre et oublie quelque chose tout de même.

Je n’ai aucun plan pour trouver la rue Audubon et m’en remet à l’expérience des gens que je croise. Je suis en avance. A la terrasse du café presque déserte la serveuse connait une librairie dans le quartier:  » Peut-être est-elle fermée. A gauche , plus haut. »

Sur le pas de porte un débordement de bacs emplis de livres ,poches, poésie, livres d’art, …L’intérieur est sombre, un gars derrière son ordinateur face à un gars assis en short et chemise légère  me rend la monnaie sur dix euros pour trois livres d’auteurs italiens. Je ne trouverai pas chez lui Maherba, trop récent.

– « Je suis un type heureux, je remplace le propriétaire pour trois semaines. J’étais éditeur vous savez…J’ai écrit aussi , publié…Alors là au milieu des livres…Et celui-ci est un ami professeur à Oxford, il est venu me rendre visite, nous échangeons… »

Le professeur ami et chinois apparemment, fort accent: « Non , Cambridge! »

Je passe un quart d’heure dans l’arrière-boutique: histoire, philosophie, psychiatrie, psychologie… »La bibliothèque d’un psychiatre vous savez. » Un livre érotique déclassé sur une étagère, éclairage au néon, éclectisme des éditions, des couvertures .

De quoi aurions nous discuté si j’avais joué le jeu de la conversation?

Rue Audubon où j’ai pris rendez-vous pour la signature de mon dossier de retraite : une jeune femme  me reçoit, longiligne, brune, salue du bout des doigts lâches et souples  et récapitule avec moi ma vie de fonctionnaire puis me souhaite une bonne retraite.  Dernière poignée de main.

Je rentre rapidement. Chez elle Josefa ma belle-mère attend mon retour. Elle a rangé méticuleusement les deux enveloppes de ses médicaments préparés pour l’infirmière dans un sachet noué, enfermé dans un deuxième et enfin dans un troisième. »Tu sais, mon mari je le vois partout, aussi je ferme la porte de sa chambre. »GHV

Vélasquez à Paris

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Depuis la cafétéria du Grand palais et détail  de la Forge de Vulcain.

L’exposition me fut offerte. Des âmes attentives s’étaient entendues pour m’y accompagner et m’en offrir l’entrée, m’évitant la préoccupation d’une réservation où l’attente aux guichets..

1974: j’avais la vingtaine naïve et découvrais Les Ménines au Prado . Je croyais alors qu’un grand peintre était un faiseur d’images réussies grâce à son seul talent ou à son travail acharné. Mais je sus en les voyant que Vélasquez donnait  la vie. Et je l’aimais pour cela. Sans mots alors pour décrire ce qu’intuitivement j’acceptais.

Dans la pièce obscure un chien couché à l’abri du terrible soleil castillan ,un nain en habit d’apparats,, les tendres suivantes, les duègues sévères ,une enfant et de la chair, un couple presque anonyme: les monarques,des mouvements bruissants de soie , puis le silence, des regards, du réel et du vain, les sensations , la vie, lui le peintre qui s’est représenté ,le miroir et l’éternité d’une journée . Le paroxysme dans la représentation, l’effort nécessaire pour nous obliger à être plus que spectateur.

2015: je n’ai toujours pas de mots. Le tableau par ailleurs n’ a pas traversé les Pyrénées . Vous n’y verrez qu’une petite  copie de Del Mazo je crois, le gendre.

Je vous invite à aller voir l’exposition, la cinquantaine de toiles, les  maîtres,  les suiveurs, et pourquoi pas  ce petit paysage Vue des jardins de la Villa Médicis, presque une grisaille et cependant porteur  déjà des visions délicates de Corot et plus tard de celle des impressionnistes avec en sus l’énigme soulevée par le jeu de trois silhouettes masculines. La nature frémit, midi, et trois arcades nous isolent d’un jardin au loin…

Hugin est le corbeau d’Odin. Il s’envole, prospecte au quotidien et rapporte à son maître ce qu’il a appris. GHV

Vue des jardins de la villa médicis

Grand Palais