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Haïku du soir.

Par le vent d’automne

Aux quatre vents dispersé-,

L’odeur de l’humus.

 

ELB

A la poursuite du diamant noir.

jardin-du-lot

Je voulais assister au moins une fois au marché aux truffes de Lalbenque près de Cahors. Maintenant que me voilà Lotoise plus que pour les vacances, c’est plus aisé.

Sur les hauteurs, un peu après Cahors, le grand froid hivernal reignait, majestueux. Les nappes ou poches de brouillard sur le causse, nu,  aux chênes encore parés de quelques feuilles roussies rajoutait au plaisir de la découverte et au mystère.

A l’entrée du petit village, une longue file de voitures garées dans laquelle nous nous inscrivons et poursuivons à pied sur l’avenue du Mercadiol, modeste petite rue qui conduit au fameux marché.

Il fallait y être à 14 h pour voir cérémonieusement les vendeurs se mettre en place. L’ouverture se fait à 14h 30 après qu’une femme a tiré la corde empêchant les badauds dont j’étais  et les acheteurs  de démarrer avant que le sifflet donne le coup d’envoi. S’ensuit une volée de cloches de l’église, proche.A 15 heures, c’est fini.

Tout m’a paru comme un peu joué d’avance en tout cas, un peu scénarisé pour les touristes. Derrière chaque petit panier capitonné à la hâte de tissu à carreaux rouge et blanc, le vendeur producteur qui affiche son pedigree et sa provenance. Le format du panier indique la quantité de récolte du jour ou de la semaine  ; hier, elle variait de 50 g à 2 kilos. La production n’était pas uniquement Lotoise mais regroupait quatre autres départements limitrophes.

On sent, renifle, flaire, scrutant d’un œil avisé et le jeu peut commencer.Quelques questions de touristes et les plus sérieux c’est-à-dire ceux qui sont là pour acheter font mine de ne pas être vraiment intéressés disant qu’il faut en discuter, qu’ils vont voir puis poursuivent leur inspection d’un œil scrutateur. Petit mouvement de connivence feinte ou réelle de l’index suivi d’un chuchotement à l’oreille quand d’autres,  légèrement en retrait,  ont déjà conclu. Très discrètement, un couple qui faisait mine de ne pas vouloir céder au tarif proposé affichant plutôt une mine renfrognée, replie tout à coup prestement le tissu à carreaux sur son petit trésor.

Non moins discrètement le monsieur en noir leur dit à voix basse :

-Un peu plus haut, à côté de la Mercedes noire.

Sourire satisfait, un autre, la main pleine de billets pliés en deux, me donne l’impression de ne pas vouloir afficher une trop grande satisfaction . Ainsi d’une main furtive retiré de la poche de l’acquéreur à la main du vendeur circule du papier dont on n’entend même pas le froissement. Inutile de préciser, ici pas de pièces sonnantes et trébuchantes. Aucun contrôle et rien n’est déclaré, je présume.

La semaine dernière avant le premier de l’an, le panier moyen aurait atteint le maximum de son prix ; cette semaine il en valait la moitié. La truffe était pourtant-paraît-il-,  plus mature et odorante qu’il y a quinze jours. Sur la vingtaine de personnes alignée derrière le banc, une seule avait fait une petite entame sur la truffe montrant ainsi les nervures ou marbrures du champignon magique permettant de mieux l’apprécier.

J’ai reniflé les deux tiers des petits paniers tentant d’y retrouver l’arôme qui embaumait la maison, enfant, aux alentours de Noël et en janvier au moment de la cuisine du cochon ; une petite pièce noire venait alors décorer le pâté avant le sertissage.

C’était la chienne Tosca qu’avait fait dresser mon grand-père qui officiait. Elle était à chaque fois  récompensée par un bout de lard ou d’omelette. C’est qu’elle était devenue gourmande… Et Papa Louis n’était pas peu fier lorsque à la foire de Gramat il pouvait vendre deux à trois petites truffes, parfois un peu plus.

Ce matin, deux taches noires amarrées à la cime des arbres se découpaient sur un ciel uniformément bleu qui m’interpellent. Il s’agissait de deux corbeaux qui magnifiaient la campagne toute blanche à l’entour. Elle scintillait comme autant d’éclats de diamants que la lumière dispersait à profusion. Le givre a fait son oeuvre

 

ELB

Pourquoi le fer ?

odeur de fer1

 

Une carcasse de gare ? Me voici émoustillée .Là,  je prends une photo, pour l’odeur et le jour tailladé par les arcades,  pour le ciel et pour le quai aussi,  avec ses flaques de lumière ou d’eau.

Les oiseaux,  sur le guéridon du café,  accompagnent l’attente de mon train.

La charpente métallique de la gare me séduit et me parle ; pourquoi cet engouement pour les arcades, piliers et colonnes de fer ou de fonte-, je ne suis pas regardante .Il en est de même pour les ponts, les grues et tous ces jeux de mécanos  qui tirent la matière vers le haut ou l’étirent au-dessus d’une rivière ou d’une vallée que l’on avait crue infranchissable. Sur l’un de mes trajets quotidiens, je retrouve presque avec  jubilation,  le pont  métallique comme si en quelque sorte, il m’allégeait.

Avec ses colonnes et son ossature, la longue salle de lecture, voutée de la bibliothèque Ste Geneviève m’a ravie quand je l’ai découverte. Les tours,  les halles avec leur squelette de fer m’impressionnent tout autant.

Matière que l’on dit lourde la plupart du temps,  même dans un ciel de Paris souvent gris, elle continue à me fasciner. Quelle scène, de ma fenêtre côté jardin  quand les grues se découpent au lever  du soleil. Pleines de perspectives, leurs lignes dans le ciel, dessinent avec souplesse parfois, des pictogrammes,  cousins de la représentation  graphique de certaines de nos constellations. J’observe souvent cette rectitude et à la fois cette élasticité des grues. Le plus souvent rouge et blanc, elles peuvent être,  comme du côté de la Porte de Clichy sur le chantier du  futur Palais de justice,  vert,  jaune ou encore bleu. Il arrive qu’elles se déplacent d’avant en arrière ou de gauche à droite. Pour l’heure, elles font partie du décor et je savoure.

De même que les grues, tout ce qui tend vers le ciel comme ces cheminées d’anciennes usines envahies par les herbes folles,  dressent leur tour de brique au rouge délavé. La cheminée pointe du doigt vers les nuages. Finalement, la symétrie, les lignes me rassurent, sans doute.

Et puis, il y a l’odeur du fer ; nous la respirions, enfants, en passant devant l’atelier  de Clément, ouvert sur la rue. Il était le charron et le menuisier du village. Il avait fait la porte vitrée de l’entrée remplaçant la lourde porte pleine au marteau et les lourds bancs de chêne pour la grande table rectangulaire. Il avait même refait le tiroir du confiturier et sculpté le motif d’origine. Et longtemps il parut plus clair  bien que la grand- tante Adèle l’encaustiquât très  souvent.

Des charrettes bleues aux essieux et aux roues si imposantes,  je me rappelle surtout  l’odeur du fer cerclant le bois qui,  en roulant sur le chemin, dégageait ce parfum si particulier sans parler du bruit haché et de cette crépitation due à l’irrégularité  des pierres ou du gravier.

L’odeur du fer chauffé, je l’ai retrouvée en 1970 quand, pour la première fois, à l’invitation d’une tante, je visite Paris. Cette odeur, Je ne l’ai pas sentie tout de suite à mon arrivée à Austerlitz mais le lendemain,  à  Denfert-Rochereau,  étape de notre balade. Et cette odeur de fer chauffé,  mêlée à celle du gaz est depuis, pour moi indissociable de cette station de métro. Je la retrouve à Duroc, aussi. La mémoire stimulée par l’odeur ou la couleur…

C’était pour Noël et les carrés de feuilles métalliques cliquetant et renvoyant mille feux qui ornaient les arbres  des Champs Elysées m’avaient éblouie. J’avais seize ans.

Quarante-cinq ans après, j’imagine toujours le givre ou la neige,  à Noël.

 

ELB