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Retour sur Epinay

 

charlyguitare1.jpegAu balcon le mandarinier, quatre fruits, trop de fleurs blanches pour la future récolte et à l’une d’elle un bourdon accroché : nous sommes le 13 novembre.La guitare en fond.

Trois semaines au vert , Evelyne tout prêt que j’ai lu, à peine vue. Les autres amies non plus. Au vert dis-je car là.bas les couleurs avaient à peine viré. L’automne je l’ai retrouvé sur Epinay:  je lis Giono et me sens gâtée comme un fruit passé d’âge. C’est qu’il me semble aujourd’hui impossible de goûter de la nature la force, les eaux froides, le vent accroché aux arbres, les parfums, les saisons ….comme l’enfant que je fus savait le faire.  GHV

Ce que je pourrais dire

 

 

 

jonquilles

 

 

Un mois !

Le temps qu’il a fallu pour que je commence à me sentir chez moi.

S’installer, se retrouver dans ce nouveau lieu. Enfin, j’y suis. Sacré voyage ! Moins d’un kilomètre plus loin, plus en nature. Deux fois en un peu plus d’un an et retrouver ses marques, c’est aussi un voyage, un voyage en soi qui continue à creuser le sillon. La nature plus libre. Et une portion de vie à tracer, le chemin encore ouvert devant soi, renouvelé qui ne demande qu’à offrir une perspective, autre.

Un carton passé à la trappe dévoile plusieurs années plus tard un fusain maladroit. Une photo oubliée et fanée aux bords déchirés et usés que j’ai eue en mains mais n’ai, hélas, plus. Elle représentait une maison et dans le cadre d’une fenêtre ouverte, l’arrière-grand-mère Hyacinthe. Et pourquoi donc Hyacinthe, prénom pourtant masculin ? Ce fusain gribouillé il y a plus de trente ans d’après cette photo, Il trône désormais dans l’entrée et me renvoie à ces voix tues dont ma grand-mère, la fille de Hyacinthe, nous a tant parlé. Elle nous entretenait de cette ascendance qui nous a marqués de son empreinte. J’en ai conscience, elle est indélébile et me poursuit dans mes moindres recoins et replis du cœur et de l’âme si nous en avons une. Comme le lieu qui nous a vu naître ne nous quitte pas. Ceux qui ont lu ou lisent Pierre Bergounioux et tant d’écrivains évoquant ce lien qui relie mais qui peut nous envahir aussi, savent que c’est pour lui et grâce à lui que l’on continue à faire trace. Ne pas oublier et ne pas vouloir l’être.

Mais pour qui se prend-on ? Pour qui je me prends. Ma vie plus intéressante qu’une autre ? Non mais nos vies en silence, sont à la fois, unies et séparées. On peut le dire, on peut l’écrire.

Comment, ceux qui n’en ont pas la connaissance, de ce lieu ou de cette histoire familiale racontée et qui fait à ce point resurgir l’écho des voix disparues, vivent-ils. Sans l’odeur d’un cellier ou d’un arbuste en fleur inscrite dans leurs narines peuvent-ils vivre ?

Grand format derrière la baie vitrée à galandage : chênes et rochers de la glèbe affleurant le sol. Cisaillée, la pierre jaillit du sol aride.

Visite de chevaux peu farouches en quête d’herbe ; la trace de leurs sabots sur la terre détrempée témoigne et un chevreuil aperçu très furtivement car bien trop craintif, brouterait les rosiers..

La lumière ne cesse de croitre et augmente tous les jours un peu plus. Le soleil blanc de l’hiver va laisser place à un peu plus de couleur. C’est ce qui nous illusionne mais l’on sait bien que le printemps fait souvent faux bon. La fraicheur de l’air, ce matin nous le rappelle.

Dans la lumière des phares, toujours les mêmes interrogations et questions de société dont la place de l’homme et de la femme, l’égalité entre les sexes toujours à conquérir et préserver, la ruralité malmenée Quant aux autocrates dont le nombre croît grâce à une modification de la constitution leur permettant ainsi de prolonger leur mandat, ils verrouillent le pouvoir qu’ils exercent comme des empereurs imbus de leur personne, au détriment du peuple. S’engager à vie à servir surtout les siens, voilà la nouvelle donne. Des journalistes assassinés dès lors qu’ils enquêtent sur la corruption au plus haut niveau de l’état, comme en Slovénie mais ce pourrait être la Bulgarie ou un autre pays, des gouvernements impossibles à constituer tant les citoyens sont désillusionnés. .

Entre guerres, semblants de diplomatie, réseaux d’influence et autres ficelles, quelques Frankenstein politiques de la planète fabriquent un monde enchanté à leurs yeux mais ensorcelé pour la plupart.

Le ciel engloutit toujours la nuit et la simplicité des jours sera de retour dès la mesure des pas, prise.

L’affairement de l’installation passée, la rumeur de la ville, de plus en plus lointaine, les jours reprendront leur cours, plus simplement. Le repos, l’apaisement. Ne se lever que pour constater le bouton ou le bourgeon, éclaté et vérifier avant de se coucher si la lune est bien toujours là.

 

Une belle touche de jaune au salon : les jonquilles d’Huguette.

 

ELB

 

Ce que je pourrais dire.

érables

 

Je n’avais pas lu de prix Goncourt depuis bien longtemps et j’y ai pris du plaisir. Un récit allègre, vif, court,  acéré de pointes d’humour grinçant. Une histoire des petites affaires entre amis peu recommandables dont les noms résonnent encore dans la capitainerie de l’industrie européenne allemande au cours des deux mois très spéciaux, à savoir février et mars 1938. La genèse des atrocités à venir.

La lecture du dernier Modiano,  toujours aussi troublante avec cette réalité aux frontières du rêve ou l’inverse, perdu au milieu de ces négatifs superposés qui à la fin pourraient clarifier un peu l’affaire, ce mélange de faits vécus et l’impression de les avoir vécus ainsi que ces chemins laissés au profit d’autres quand  à l’époque,  on était sûr de n’en avoir eu qu’un seul : aucun choix puis un jour:  Stop ! Arrêt ! On entre dans la vie et on croit prendre sa destinée en main sauf que,  vingt ou quarante ans plus tard quelques papiers pelures reliés par un trombone rouillé  se rappellent à notre mémoire. Les souvenirs n’étaient qu’en sommeil. Un peu de cette réalité dont on ne sait plus tard, si elle avait été vécue ou rêvée.

Pour reprendre souffle, j’ai entrepris la lecture de Dans mes pas de Jean-Louis Etienne, médecin explorateur qui de passage non loin de sa terre d’enfance, passait à la librairie à l’occasion de manifestations.

La mort de Françoise Héritier, anthropologue dont le maître fut Claude Lévi-Strauss m’a peinée aussi . Chercher encore cette balance, cet équilibre masculin féminin . Elle a porté une grande attention aux prisons ainsi qu’à leur rattachement au Ministère de la Santé et à la condition des femmes comme Simone Veil et Germaine Tillon l’avait demandé pendant la guerre d’Algérie. Elle nous a expliqué comment symboliquement s’est construit la différence des sexes. Que des femmes au cube!

Deux balades avec Huguette pour quelques jours dans le Lot, dans la petite vallée de Meyronne une belle lumière blanche et oblique en milieu d’après-midi et d’une jolie citerne au toit de lauzes restaurée. Le chemin des vaches. La deuxième sur le causse pur, celui du triangle étoilé avec ses puits, ses cloups(dolines) et ses lacs de St Namphaise du nom de l’ermite qui au VIII -ème siècle creusa sur le sec plateau et en forêt de la Braunhie de petits puits pour abreuver les brebis. Ni côte ni pente,  terrain plat avec un horizon à 360°. Inspiration.  Des traces ténues mais réelles d’une vie ici, il y a longtemps. Peut-être, une activité de forge ; le hameau las Fargues soit les forges en occitan nous le laissent supposer. Une mine de fer vu le relief du terrain et ses excavations ou trous creusés par l’homme. Restes de soubassement de maisons.

A l’arrivée une lumière claire qui arrose les toits de Reilhac avec au premier plan un vert du même coup plus sombre, me fait remarquer Huguette.

Je ne connaissais du Quercy que les dolmens, nombreux et voilà que pour la première fois, rentrant de Figeac un panneau m’indique Le menhir de Bélinac. Au bout de la petite route, vers un chemin. Peu nombreux en tout cas et il n’en resterait qu’une vingtaine au grand maximum. La majorité d’entre eux ayant servi aux constructions des indigènes. Il est penché,  comme soucieux ; Son ombre, sous le ciel si bleu, ce jour-là, en adoucît la silhouette. Un couple d’amoureux se berçait à sa base.

Sans druide ni barde, la bourre blanche de lianes sauvages recouvrant le dessus des haies contraste avec les couleurs fauves des arbres. Des bruits de bêtes dans la haie, celui des lapins ainsi que les derniers oiseaux avant la nuit. Les mots tus sont en semailles. A présent c’est l’hiver, la nature se dénude sous la pluie. Le froid a gagné. Resserré le jour, aussi. On peut encore sentir le moelleux de la mousse sous les pieds ou la souplesse du tapis de feuilles râtelées. Pour combien de temps?

On pense toujours qu’on a tout le temps, tout son temps mais on ne peut y échapper ; on ne peut rien y faire et on le sait bien. Un temps resserré parfois sur la tristesse d’une nouvelle ou au contraire,  un moment de poésie.

Et ces jours-ci, à la faveur d’un état grippal mais pas tout à fait, la fameuse influenza hivernale, clouée sur mon canapé sous la couverture, entre tisane, miel et clémentines dans l’attente d’un rendez-vous médical, ne pouvant ni lire ni regarder un documentaire  à la TV en raison d’un mal de tête persistant voilà qu’avec le ciel aussi léthargique que paresseux, j’ai vogué dans les airs. De mon petit observatoire en position allongée, j’avais pris mon parti de cette panne de mon corps et avais donc tout loisir de profiter ce que m’offrait ces deux rectangles transparents ouverts sur le jardin.

Ils cadraient un morceau de l’un des deux tilleuls. Mes yeux traînaillaient, rêvassaient dans la vie familière de la brume froide de décembre. Un an juste que nous sommes, après 35 ans-, redevenus Lotois et ce ciel fatigué auquel je m’associais, m’offrait un spectacle hypnotique et rassurant car fait de figures géométriques que forment ces croisements de grosses et petites branches démunies . A l’instant où je le note, j’aperçois un triangle rectangle puis un isocèle que mon œil et cerveau enregistrent et j’ai l’impression que cela me fait du bien. Ce jeu d’ équilibriste dans les arbres participe à l’harmonie des formes environnantes qu’offre presque sans rien faire, la nature. C’est réjouissant, jouissif même. Il est heureux finalement qu’au moment de l’année où la lumière décroit le plus, les arbres se dépouillent pour la mieux laisser passer nous laissant entrevoir davantage de ciel et permette de redécouvrir un petit hameau niché au creux d’un val que l’on aurait oublié ou un pech embrumé.

Après de si beaux jours de froid givré qui ont sublimé le vieux plateau calcaire, l’absence totale de feuilles, un ciel plus gris que de raison nous invite à circuler au milieu de ces figures que d’invisibles acrobates semblent avoir dessinées de la pointe acérée de leurs chaussons, traces subtiles entre les ramifications de l’arbre noir en repos.

A l’occasion de l’hommage populaire rendu à Johnny Halliday, Du pain et des jeux aurait dit pour la énième fois, ma grand-mère qui n’en connaissait probablement pas l’auteur. Elle l’aurait du reste associé plutôt à Néron ou César, qu’elle exécrait-, qu’à Juvénal. Je l’ai, moi-même vérifié. Un peu trop, ne trouvez-vous pas ?  Un tel désarroi ou un tel besoin de communion autour d’une idole érigée presque en héros national.

Qu’en penser ? Voilà qu’on a plaint les fans pour avoir passé la nuit dans le froid afin d’ être aux premières loges devant l’église de la Madeleine ! Des SDF sont morts de froid et des enfants, migrants ou pas dorment dehors. Tout est égal ou serait en train de le devenir ?

Je viens de lire et de voir dans Courrier international, grâce au reportage du photographe Ecossais, Ed Jones, que le jouet le plus répandu au Bangladesh, dans les camps de réfugiés Rohingya, était le  bouchon de bouteille en plastique suivi par le pistolet en plastique signifiant que la famille est là »… depuis plus longtemps et a pu en faire l’achat ». S’ensuit toute une galerie allant du handspiner à la lame de rasoir en passant par le couteau suisse.

Dans ce monde, toujours tout se passe en ce moment et il serait toujours trop tard. Comme Lucky Luke, il faudrait tirer plus vite que son ombre. Toujours en retard d’un train. Mon état fébrile m’a au moins imposé de m’arrêter un peu.

Aujourd’hui, toute la campagne est saupoudrée de sucre glace. Nature enchantée.

ELB

Souvenirs dormants.         Gallimard     Patrick  Modiano

L’ordre du jour.                  Actes Sud       Eric Vuillard

Dans mes pas                      Paulsen          Jean-Louis Etienne