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Ce que je pourrais dire.

J’ai revu avec plaisir Les plages d’Agnès et vu le film de Philippe Garel avec Anémone  de 1966. Son premier rôle qui joue le sien propre. Dix-sept ans avec l’insolence et la liberté, et forcément rebelle de la fille élevée dans un milieu bourgeois. Non, il n’y a pas toujours de lien à établir. Ce serait simpliste. Nostalgie et fraîcheur pour deux sacrées bonnes femmes, dans un registre différent-,  ainsi que pour leur implication propre dans la vie.

Débusquer les petites bestioles friandes de pousses ou fruits à peine naissants ; déloger les mauvaises plantes, c’était le lot quotidien avant que n’arrive la pluie bienfaitrice. Si intraitable qu’il soit, quand il est lié à la météo, un métier tel que celui de paysan, à y bien réfléchir, exige d’être en bonne harmonie avec le cosmos et plus prosaïquement, la nature.

Lecture 5 mn annonce le site d’un des grands quotidiens d’information sur la toile comme le font beaucoup. C’est dire la course qu’entame l’homme moderne, pressé dès le matin avec l’idée d’optimiser son temps.

Temps de lecture annoncé en début d’article bien symptomatique d’une société de plus en plus pressée, poussés, accablés, tourmentés écrasés que nous pouvons l’être au travail et ailleurs.  3 mn, 5 mn ou davantage. C’est-à-dire qu’entre la cuisson d’un œuf coque ou cuit dur je peux encore ne pas perdre mon temps et continuer à m’instruire ou à encombrer un peu plus mon cerveau alors qu’au travers de l’eau frémissante ou bouillante ou pas encore arrivée à ébullition je pourrais profiter de la buée de mes lunettes pour me transporter dans un nuage de coton où je plane un peu et ce, sans l’usage de drogue licite ou non. Et j’aurais perdu le son, l’odeur et le spectacle dans la casserole pour apprendre, des nouvelles de plus en plus récentes et fouillées. Aujourd’hui c’est déjà demain et l’on ne peut dans ce monde où la vitesse rendrait tout obsolète, caduc, dépassé, déjà avec un train de retard, faire abstraction de la vie quotidienne et de ses petites joies ou peines .Pas au courant de telle affaire ou tel « buzz » qui nous aurait échappé quand on « tweete » en politique comme si l’engagement était celui d’une association de quartier qui d’ailleurs, ne le fait pas, sans doute.

Allure dégingandée, marche déboitée, il arpente monte ou descend et au rythme de ses chevilles décharnées, le pantalon remontant en fait une sorte de Tintin au Tibet. Un brin facétieux et pourtant ancré dans les difficultés du réel, bien souvent dans les étoiles comme si la vie n’était qu’un jeu ou un passage obligé mais anodin. Une personne que je croise au hasard de mes déambulations et qui colore joyeusement le paysage. Comme l’extravagance des rêves, les idées, rêveries  s’entretissent quand traînent au ciel  de paresseux nuages lourds qui nous soustraient un peu au temps.

Dans un filet de voix et un sourire un peu irréel chante la fragilité de la vie, ses heurs et ses malheurs. Bricoler quelque chose comme on cuisine pour l’enrichir  tissant la vie au fil des jours et aller d’étonnement en sidération. C’était le concert fort apprécié avec son répertoire de la Chanson française mis en valeur par Françoise et ses amis .

Parmi mes dernières lectures, une qui est de saison, Le cœur de l’Europe de Emmanuel Ruben, jeune écrivain de formation géographe et admirateur de Julien Gracq dont je suis justement en train de relire le grand chemin.

Il nous avertit ainsi dans son avant-propos :

 « Ce petit livre est un lasso jeté au cou d’un pays qui n’existe plus ; ce petit livre est un stéthoscope…qui tente d’ausculter le cœur de cette Europe qui bat encore.

Partis à deux et à vélo suivre la route du Danube si diverse avec des petits pays où écrit l’auteur-, l’on passe d’une vallée à l’autre comme de la Norvège en Provence… des crayons bien appointés strient parfois le paysage comme autant de minarets. Avec l’impression de voir dans le miroir grossissant d’une BD-, retrouver les pays imaginaires de la Syldavie et de la Bordurie, chères à Hergé, Emmanuel Ruben  qui a lu Tintin au fil des mots, des pays et des tribulations de voyageurs ou enquêteurs, nous restitue la géographie des Balkans. Et à propos de bordure, il m’apprend au passage que le mot Ukraine signifie « la marche frontière » du reste bien malmenée qui n’émeut guère ; L’annexion de la Crimée reconnue par une petite minorité de pays n’a pas excité les foules, non plus, souligne-t-il.

Il dit comprendre la Yougostalgia ; tous ces petits pays, Albanie, Serbie, Croatie, Macédoine, Monténégro, Bulgarie rêvent d’être plus grands. Depuis 2006, la Serbie n’a plus d’accès à la mer. Elle étouffe.

Rêver plus grand, rêver plus haut, c’est encore rêver d’Europe. C’est parce qu’ils ont toujours rêvé d’un ailleurs que les Serbes se montrent aujourd’hui si compréhensifs vis-à-vis de ces milliers de migrants qui ont les mêmes rêves qu’eux et qui arrivent tous les jours dans cette antichambre de l’Union. Cette route du Danube, l’auteur l’a suivie en 2015.

L’écrivain arpenteur nous dit que la migration est la clef de compréhension des Balkans. Comment franchir ce nouveau rideau de fer érigé par l’autocrate Hongrois ? N’aurait-il pas du être exclu par l’Union ? Des interrogations pertinentes et qui donnent à réfléchir. Depuis, Victor Orban a été suspendu de son parti au Parlement européen.

En partance pour le Monténégro, dans l’Express de Belgrade, Emmanuel Ruben observe et note : « …pendant ce trajet nous ne côtoierons que les deux formes les plus courantes de l’humanité au XXI ième siècle : des touristes et des réfugiés. Il parle plus loin des hommes -touristes et des hommes -migrants …sur deux lignes droites parallèles qui ne peuvent se croiser.

Presqu’au bout du voyage, l’expérience amère de voir ces pratiques barbares et brutales que l’on croyait d’un autre âge avec tous ces gens parqués dans des compartiments lui donne L’impression de voir un film en noir et blanc, un film du siècle dernier, mais non, je suis bien au XXI siècle et ce n’est pas un film.

La Mitteleuropa serait un mythe ? géographie, histoire, politique ; tout se mêle et s’est mêlé. Religion, légendes, cultures. Bordures, frontières, réelles ou imaginaires.

Visite d’Huguette, repas et café avec les vieilles copines. Ça y est, elle est repartie et nous avons dégusté son cadeau de champignons dits de mars ou de rosée, trouvés sans doute dans quelque bois de Padirac. Exposée à la librairie Antipodes à Enghien.

ELB

Ce que je pourrais vous dire.

La première image d’un trou noir. Plus d’existence théorique mais une, bien réelle.

Je m’amusais en librairie lorsque je vendais, il y a une trentaine d’années, Les trous noirs de Jean-Pierre Luminet édité en poche au Seuil  ainsi que de la poésie du même, au Cherche midi car cet astrophysicien est aussi, tout comme Hubert Reeves, poète.  Au Cherche midi., s’appeler Luminet et s’intéresser aux trous noirs; Tout avait l’air d’une farce. La voûte étoilée inspire, « ma pèlerine d’étoiles » comme l’appelait St Exupéry.

Avant-hier le film de Pierre-Emmanuel Le Goff, 16 levers de soleil. Un film documentaire retraçant l’aventure spatiale de Thomas Pesquet.

Pas vu beaucoup de levers de soleil au bout du compte mais l’image était belle et du départ de la base de Baïkonour au retour sur terre nous sommes pour presque deux heures dans le Soyouz et la station spatiale internationale. J’avoue qu’entre l’état d’apesanteur communiqué par leur évolution dans ces sortes de gros et longs tuyaux plein de technologie et ce que permettait le hublot, cela flottait pas mal. Excepté en ce qui me concerne lors de la sortie extra véhiculaire à 450 kms de la terre. Le Soyouz qui se détache de la station et l’atterrissage auquel on assiste comme si on y était secoue pas mal.

Les instructions de la NASA, les messages, beaucoup de travail 6 h à 6 h 30’en l’absence de gravité, c’est beaucoup-, par jour entre les nouvelles distillées par les différentes radios américaine, russe ou française ainsi que les liaisons avec la famille. Un fil conducteur, auquel j’ai été sensible-, la lecture de quelques courts extraits de textes de Saint Saint-Exupéry. On se retrouve avec des yeux d’enfants émerveillés. Dans le noir, j’ai vite écrit une des dernières phrases lues de Terre des hommes « …chaque fois qu’il ébauche un geste, ces mille liens qui l’attachent aux autres et le rendent lourds…impossible de me relire.

L’ingénieur et docteur en médecine Comet qui a participé à la préparation de notre astronaute Européen ainsi que des Russes était présent pour répondre aux questions après la séance. J’ai l’impression de me réveiller après la grande secousse du retour sur terre. La science et la médecine, ses retombées pour les terriens que nous sommes. Les expériences menées permettant, entre autres, à la recherche médicale de progresser et de s’interroger  toujours.

La campagne me réveille encore plus tôt que la ville sans parler de l’heure d’été qui me contrarie. Je suis donc sur pieds de bonne heure. Mais de la cuisine à peine éclairée j’observe les voiles se lever une à une pour découvrir la nature.

Les bulles du printemps ont retrouvé le pré; Le museau des tulipes enfin sort de sa gaine après que les jonquilles ont eu du mal à s’ouvrir alors que des anémones qui, je croyais avaient sauté le massif s’étant affranchies du tour en pierres. Je réalise que je ne n’en ai ni semées ni plantées. C’est encore le bec magique des oiseaux qui a voulu trouer la glèbe de touches mauves et violettes. Un peu en hauteur et peu à l’abri comparé à quelques maisons plus bas, la floraison est ici un peu plus tardive. Le nichoir dans l’arbre face à la cuisine plumes ou plutôt duvet comme boule de nuage de coton gris gonflé par le vent et tout ébouriffé et puis autre moment de grâce, le rebond dans l’herbe fraiche de toutes petites perles pendant la petite averse de grêle de mercredi. Raté la vidéo.

Dès que la matinée est bien installée, les oiseaux sont là ; en ce moment beaucoup de pies et de merles; le petit rouge-gorge semble habitué et se hasarde sur les planches de la terrasse.

Ma balade matinale passait aujourd’hui derrière le parc animalier où ce matin, le wapiti et ces congénères, taches blanchâtres derrière le grillage que la végétation commence à recouvrir, m’ont surprise par leur tranquillité puis les mouflons, les daims timides et les poneys. Personne n’était effarouché, des canards et à côté quelques gallinacées qui sortaient du poulailler sur fond de hi -han des ânes. Presque en bout de limite juste avant la fosse aux ours, les bisons rouges et massifs n’ont que peu bougé et m’ont regardée longuement mais était-ce moi qu’ils voyaient ? Au bout du chemin, les murs de pierres, bas et recouverts de mousse, souvent écroulés ou bien hauts et bien remontés, fiers et droits portant leur couronne soignée des plus belles pierres. Plus loin une sorte de lavogne comme en Aveyron, un lac de St Namphaise, maisons du Causse, petites ou grandes et bien restaurées dont la plupart attend l’arrivée des touristes et retour par un chemin déjà ombragé bien que les chênes attendent leurs feuilles tandis que les érables sont tout vert. La terre odorante, moussue et souple sous les pieds trébuchant parfois sur un caillou ou écrasant encore quelques glands oubliés. J’ai aperçu trois marronniers, un peu rares sur le causse, préparant leurs chandelles blanches ou rose : la gousse collante les dorlote encore un peu. Cela m’a rappelé que le mien est en pot depuis un an, pas plus de quinze centimètres et qu’il attendra l’automne pour être planté.

S’il trouve une petite faille fertile, il prendra et un jour, peut-être les petits-enfants joueront à tresser des couronnes à leur prince ou princesse et troqueront des marrons contre des pierres précieuses qui pour A. ne sont autres que de jolis cailloux ou galets bien polis. O, quant à lui, a de nombreux trésors de mots en bouche mais pas tout à fait incompréhensibles. L’intonation est bien là et la modulation aussi.

Nous n’allons pas tarder à converser.

 

ELB

*Doc. Wikipedia

 

 

Retour sur Epinay

 

charlyguitare1.jpegAu balcon le mandarinier, quatre fruits, trop de fleurs blanches pour la future récolte et à l’une d’elle un bourdon accroché : nous sommes le 13 novembre.La guitare en fond.

Trois semaines au vert , Evelyne tout prêt que j’ai lu, à peine vue. Les autres amies non plus. Au vert dis-je car là.bas les couleurs avaient à peine viré. L’automne je l’ai retrouvé sur Epinay:  je lis Giono et me sens gâtée comme un fruit passé d’âge. C’est qu’il me semble aujourd’hui impossible de goûter de la nature la force, les eaux froides, le vent accroché aux arbres, les parfums, les saisons ….comme l’enfant que je fus savait le faire.  GHV