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Enfin, Modiano.

 hglectrice blog (1)

Il bafouille, il bredouille, il balbutie, il bégaie parfois; il s’excuse, il ne sait pas ou ne sait plus. Il croit ou plutôt il devine. Il marmonne, murmure, essaie de s’expliquer, de comprendre mais tout lui est mystérieux, opaque.

Difficile de parler, de se dire.  Mais il écrit, et comment !

J’ai appris très tard dans l’après-midi que Patrick Modiano avait eu le Nobel de littérature et quelle joie, quel bonheur! J’en connais qui partagent cette joie et cette grande émotion dont Max, Dominique et tant d’autres.

Comme vous vous en doutez, je n’ai toujours pas acheté son dernier roman mais je le désire, le convoite, le lorgne dans la devanture de la librairie, depuis début octobre. En sortant du métro place de Clichy, il me suffit de tourner la tête vers la droite et la vitrine m’offre entre autres, la pile de son dernier titre. Un clin d’œil matinal avant de commencer la journée de travail. Et je me dis : « non, pas aujourd’hui ».

Si vous  ne connaissez pas encore Modiano, lisez-le, découvrez-le et laissez vous aller à sa musique incomparable et irremplaçable.

Mais si d’aventure, la musique ne vous ensorcelait pas, ne me le dites surtout pas. J’en serais bien trop triste.

Quant à ceux qui la goûtent, laissez-vous griser à nouveau… jusqu’à la lie.

ELB

Et dans le passé:Modiano

                            Modiano je l’ai lu

Pour le plaisir.

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Avant que ne finisse la semaine de la langue française et de la francophonie, à chacun ses mots.

Dix mots pour la faire vivre ou revivre, l’enrichir ou la triturer pour la réveiller.

Dix mots : un adverbe, un adjectif, un nom, un substantif, un verbe, un nom propre etc…on peut jouer à l’infini.

Un, parce qu’il évoque, le rêve ou le voyage : un mot qui claque au vent comme Oulan-Bator, un autre léger comme asphodèle. Puis un autre, beau à l’œil parce qu’il comprend un y ou un h ou encore un z ou un ï avec trémat ou que sais-je. Ou encore un, beau à l’oreille comme le verbe susurrer ou tintinnabuler ou encore le mot solstice, un autre oublié ou bien précieux comme vibrisses et plein d’autres pour rien, pour le plaisir.

Pour moi, ceux d’aujourd’hui sont :

Esperluette, asphodèle, Oulan-Bator, tintinnabuler, solstice, gracile, vibrisses, escogriffe, palimpseste, nuitamment.

Mais il y aurait pu avoir aussi : samouraï, faribole, guère, méridienne, peuplier , piètre, Tripoli, élastique, excellentiel, écrire.

Et pourquoi pas un mot de chacune de nos listes: celle des courses, celle des fleurs, celle des arbres, celles de nos textes préférés, celle de nos couleurs préférées, de nos pays, villes ou fleuves préférés et celle des nuages; ils ont de tels jolis noms.

Moi, je choisis ceux de la météo marine et ceux du vent!

Amusez-vous et vivent la langue française et sa musique puisqu’on la fête jusqu’au 23 mars !

ELB

La dame de la mer.

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Vu au théâtre de la Gaieté La dame de la mer de Ibsen, écrite en 1888. C’est l’histoire d’Ellida- jouée par Anne Brochet qui refuse de partir avec l’Étranger revenu la chercher, son seul amour véritable -un marin de métier rentré au pays alors que son mari-, le docteur Wangler- joué par le grand Bernard Weber lui dit qu’elle peut choisir librement de partir.

C’est une ambiance très particulière que celle de cette pièce au décor sombre et brumeux en attente d’une possible tornade. Passionnée par la mer, que va-t-elle choisir entre un quotidien monotone avec son mari et cette envie de liberté qu’offre la mer. Sa vie va basculer quand Wangler lui demande de choisir. La tornade est dans son cœur et son âme. C’est un personnage fort qui pousse Ellida de sa voix grave et déterminée à quitter son mari pour ce marin. Aucune possibilité de résister à « ces yeux qui changent de couleur », elle sombre peu à peu dans la folie et semble perpétuellement hantée par cet homme plutôt ténébreux à qui elle a, autrefois fait serment.

La femme tient une grande place dans l’œuvre d’Ibsen, défendant les droits de l’homme (et de la femme), il rompt avec sa famille, trop bien-pensante à son goût et quitte la Norvège trop étriquée et conventionnelle. Il cherche à comprendre ses contemporains et les femmes en premier lieu, pour lesquelles il souhaite une émancipation et une prise en main de leur destinée.
Si Ibsen, dramaturge Norvégien du XIX ème siècle ne vous dit, peut-être rien, vous avez sans doute entendu parler au moins de Peer Gynt ou de La maison de poupée.
Ecoutez Peer Gynt mis en musique par un autre Norvégien, le musicien romantique Grieg surnommé le Chopin du Nord. Je suis sûre que vous avez entendu la chanson de Solveig et si ce n’était le cas, faites-le tout de suite et vous aurez envie de savoir qui sont Ibsen et Grieg qui ont eu le plus grand mal à se rencontrer.
Dans Peer Gynt, sorte de fable,que je vous recommande, il met en scène un jeune homme plein de défauts mais séduisant. La pièce commence par cette réplique lancée par sa mère :  » Peer, tu mens !  » Peer affabule, en effet et ne tire aucun profit de ses expériences. Toute sa vie, il fuira et voyagera à travers le monde, ses mensonges le laissant, toujours aussi naïf et impétueux. Sa fuite de la réalité finit par devenir une véritable quête de l’apaisement. Ce n’est qu’à la fin qu’il se réconcilie avec lui-même et avec les autres en la personne de Solveig, la jeune fille délaissée au premier acte. L’univers d’Ibsen et celui de Grieg se sont retrouvés dans cette vision romantique de l’expression des tourments de l’âme.

Libre penseur, féministe dans un XIX ème finissant, symboliste, il était souvent censuré avant même que les pièces soient montées; leur parution faisait souvent scandale. « La grande affaire a été pour moi de peindre des hommes, des caractères et des destinées en prenant pour point de départ certaines lois sociales et opinions courantes.” Henrik Ibsen. Lettre au Comte Prozor, Munich, 4 décembre 1890

Il excelle à sonder les plus noirs replis de nos cœurs.il dérangeait ses contemporains.Ainsi, Freud, un contemporain s’est intéressé à lui car il lui reconnaissait le talent d’explorer la psyché. Lou Andréas- Salomé avait d’ailleurs consacré un essai à Ibsen et ses héroïnes.

C’était la dernière mais le théâtre se lit, aussi. Tout Ibsen est chez Actes Sud Papiers et dans la Pochothèque.

ELB