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Ce que je pourrais dire.

illustrationGHV. Chute d'Icare

 

A un de ces quatre !  Oui, à jeudi en quinze ! Non, pour moi, à dans un mois ! Quatorzaine, quarantaine ? Deux à trois mois ! A plus !

Nous vivons une drôle de guerre. Un moment particulier. Cela n’est pas banal et je n’ai pas envie de rater l’épisode. Tout à coup libre de son temps à ne plus savoir qu’en faire pour certains, sujets à l’ennui et pour d’autres à l’inverse, plein de promesses. Nous sommes encore avant le pic qui va sérieusement entamer notre moral. Saurons-nous-si nous le pouvons-, tirer profit d’un intervalle peut -être riche d’enseignement sur nous-même et notre capacité à vivre différemment? Nous sommes dans une sorte d’expérimentation d’un temps inconnu.

Confinés, pour ne pas faire circuler le coronavirus et freiner sa propagation. Déplacements, activités, réunions diverses et variées ; tout annulé donc reporté à plus tard sous de meilleurs auspices. Justement le virus va nous obliger à faire une pause, à réfléchir autrement.

Cette période pointe nos manques et en même temps ébranle nos certitudes ; tout à coup tout vacille et nous semble fragile, nos vies, d’abord. Je mesure la chance que nous avons de vivre en pleine campagne au milieu des arbres et de maints petits chemins ou sentiers à fouler.

Pour ma balade matinale, j’ai croisé une personne ; distants d’au moins quatre mètres, l‘un s’appuyant sur son bâton et l’autre contre un arbre, nous avons forcément évoqué la pandémie et la façon dont nous ressentions le moment si étrange que nous sommes en train de vivre. Le même mot est revenu sur les lèvres, fiction, l’impression d’être en pleine fiction sauf que nous la vivons et différemment de celle d’un quelconque livre. Il n’y a pas de précèdent dans notre histoire d’adulte à la retraite, depuis peu.  L’épidémie de 1968, nous étions adolescents et les moyens de communication contrôlés, nous n’en avions jamais entendu parler jusqu’à ces dernières semaines malgré ses 40 000 morts. La TSF ainsi que l’ORTF encore balbutiante pour la précédente, celle de 1957 qui avait touché 9 millions de français et fait 100 000 victimes-, n’avaient pas l’arrosage médiatique actuel.

L’insouciance du trop jeune âge et le manque d’information nous ont épargné le stress-, mot que l’on n’employait pas à l’époque.

Depuis que nous avons commencé à tourner les pages de cette histoire, hélas bien réelle et au fur et à mesure que l’on avance dans le scénario, nous aimerions ne pas avoir à affronter le tsunami annoncé mais plutôt, déjà l’avoir passé et n’avoir qu’à tourner la dernière page comme celle d’un livre à l’eau de rose avec son happy end.

Quant à l’espoir nourri dû à ma naïveté-je ne suis pas la seule-, lors de notre conversation la personne plus pessimiste, me disait que malheureusement nous ne tirerions probablement aucune leçon de cet épisode. L’homme est ce qu’il est, me dit-il en vieux sage.

Je veux y croire encore. Je voudrais que cette période insolite, car inédite, engendre des ressources insoupçonnées de la part de chacun et nous permette de revivre autrement. Elle nous oblige déjà à la solidarité et nous fait prendre conscience de l’éphémère de nos vies et nous rappelle que nous sommes mortels. Nous avons poursuivi notre marche en nous disant que si nous nous retrouvions sur les chemins après la fin de la pandémie, ce serait bon signe.

Drôle de temps direz-vous ! Il y a 10 jours, comme un air de jazz, ça swinguait et ça tordait le verbe dans le foyer rural d’un village tout proche. On fêtait Boris Vian. Facétie, jeux de mots, cynisme, désespérance, légèreté, sérieux, coquetterie sans oublier sa « loufoquere », tout le monde semblait gai et chacun a pu y trouver son compte avec en prime un duo de musiciens inspirés.  La littérature et la musique peuvent être plus que jamais, deux grandes consolatrices et compagnes sûres.

On va essayer. Et, Tenez-vous fiers ! comme disait un vieux monsieur de mon village.

 

ELB

 

 

Tout est musique.

 

“Even inanimate things have their music. Listen to the water dropping from a faucet into a bucket particularly filled.”

Même les choses inanimées ont leur musique. Veuillez prêter l’oreille à l’eau du robinet qui goutte dans le seau à demi plein.

 

Tout peut-être musique.

Durant vingt ans, entre 1860 et 1880, le musicien pasteur Siméon Pease Cheney, à Généseo non loin de New York, nota tous les chants d’oiseaux qui fréquentaient le jardin de la cure.

Un seul musicien a pris au sérieux le livre – Wood Notes Wild, Notation of Bird music– unique et posthume (Boston 1892) de Cheney, nous dit Pascal Quignard : c’est Dvorak.

Il s’agit de deux histoires en une : celle d’un musicien passionné par la musique de la nature ; il a perdu sa femme en couches et continue à la célébrer au jardin qu’elle aimait tant . C’est aussi l’histoire de leur fille,  Rosemund qui a publié à compte d’auteur l’œuvre d’une vie, celle de son père.

La relation difficile du père avec une fille qui a atteint l’âge de la femme-morte, sa mère donc-, elle avait 23 ans. Comment accepter que sa fille soit plus âgée que la morte qui ne peut vieillir, cette femme qui le hante tandis que  sa barbe ne cesse de blanchir et son corps de vaciller ?

 

Décidemment, Quignard en véritable ciseleur de la langue et une délicatesse à évoquer les tourments et errements nous enchante une fois de plus. Déjà il nous avait fait entrer dans la musique baroque de Lully et Marin Marais par Monsieur de Sainte Colombe.

A lire ou relire aussi, Tous les matins du monde  en folio et La leçon de musique.

 

Ce jardin qu’on aimait tant   Gallimard 2017.

 

ELB

Enfin, Modiano.

 hglectrice blog (1)

Il bafouille, il bredouille, il balbutie, il bégaie parfois; il s’excuse, il ne sait pas ou ne sait plus. Il croit ou plutôt il devine. Il marmonne, murmure, essaie de s’expliquer, de comprendre mais tout lui est mystérieux, opaque.

Difficile de parler, de se dire.  Mais il écrit, et comment !

J’ai appris très tard dans l’après-midi que Patrick Modiano avait eu le Nobel de littérature et quelle joie, quel bonheur! J’en connais qui partagent cette joie et cette grande émotion dont Max, Dominique et tant d’autres.

Comme vous vous en doutez, je n’ai toujours pas acheté son dernier roman mais je le désire, le convoite, le lorgne dans la devanture de la librairie, depuis début octobre. En sortant du métro place de Clichy, il me suffit de tourner la tête vers la droite et la vitrine m’offre entre autres, la pile de son dernier titre. Un clin d’œil matinal avant de commencer la journée de travail. Et je me dis : « non, pas aujourd’hui ».

Si vous  ne connaissez pas encore Modiano, lisez-le, découvrez-le et laissez vous aller à sa musique incomparable et irremplaçable.

Mais si d’aventure, la musique ne vous ensorcelait pas, ne me le dites surtout pas. J’en serais bien trop triste.

Quant à ceux qui la goûtent, laissez-vous griser à nouveau… jusqu’à la lie.

ELB

Et dans le passé:Modiano

                            Modiano je l’ai lu