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Notes musicales sur du foin.

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Je cite Abel Tiffauges, personnage de Michel Tournier dans Le roi des aulnes .1970.  Cela commence ainsi:

« 6 avril 1938: »…(déjà vous calculez , vous situez …)

« 6 avril 1938: Renault lance une gamme de véhicules à gazogène. Des camions de mille à cinq mille kilos et des cars de dix-huit à trente places qui partent directement sur le bois après cinq à six minutes de combustion. Un système breveté assure la production du gaz pendant les descentes  prolongées et permet des reprises énergiques.. ( Là encore vous avez un peu froncé le sourcil  sur ce départ « sur le bois »  avant d’abandonner l’image bucolique d’un bosquet pour imaginer respirer l’odeur de bûches en flammes sur un simple coup d’accélérateur.)

 L’appareil est équipé d’un filtre simple sans tissu, qui ne risque ni de se colmater, ni de se déchirer.

Il est bien caractéristique de notre temps que le progrès se fasse désormais à rebours. Il y a seulement quelques années, l’;apparition d’automobiles marchant au bois aurait suscité le rire. Bientôt on va vous présenter comme dernier cri de la technique un moteur consommant exclusivement du foin, et on finira par découvrir avec ravissement la voiture à cheval. »

Donc une époque où l’on mit le carbone à l’honneur pour tenter de pallier à la rareté du pétrole. Les années de guerre qui suivirent entretinrent   quelques temps l’intérêt pour ces machines . Le fait  n’est pas sans rappeler  nos inquiétudes actuelles  alors que nous voilà revenus au rêve d’un moteur nourri aux herbes. GHV

P.S: croquis réalisés vendredi soir à  l’Arena. Amoureux d’Ennio Morricone et de ses musiques de films. Amoureux à deux …

https://www.futura-sciences.com/tech/dossiers/technologie-etonnantes-inventions-savants-1382/page/5/#c1382

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Ainsi va le jour. 27

 

 

carrecouleur

 

Enfin l’hiver, le froid qui mord aux joues et rougit le nez et que nous attendions,  a fait un passage éclair de quelques jours  à la mi-janvier. Une balade en bords de Seine  à Clichy, avec une sœur, nous a permis de voir des cormorans  séchant leurs ailes ; nous avons goûté le gémissement des mouettes dans un ciel à la brume laiteuse dévoilant à peine, de l’autre côté du pont,  les tours de la Défense mal dégrossies. Quelques jours de froid glacial avec la  mare du parc, gelée ; je n’y croyais plus, rêvant de satinette et de pilou-pilou.

Si je l’avais oublié, la librairie  devant laquelle je passe rue Lamarck,  L’éternel retour,  me rappelle un de ces mythes fondateurs et me renvoient à la mort, ces derniers jours d’un grand conteur, Michel Tournier.

Les Météores, pour lequel, il avait fait son tour du monde-,  le premier roman que j’ai lu il y a quarante ans, et qui me laissât  perplexe et m’avait beaucoup troublée car je n’avais rien compris, je crois tant les clefs me manquaient. Difficile de découvrir l’auteur par ce livre. Le mythe, la symbolique ont une grande importance dans tous ses livres et Tournier savait revisiter les mythes, la seule façon de ne pas les laisser mourir.

Giraudoux et Cocteau m’étaient plus familiers car je lisais à cette époque-là beaucoup de théâtre .Ils  ont eux aussi avec Anouilh, entre autres, moderniser le mythe. Les Météores, je les ai toujours dans ma petite bibliothèque ; ils me sont comme attachés telle la gémellité qui les a inspirés, car une camarade dont j’ai perdu la trace me l’avait prêté. Alors, comme une sorte de dette, je lui suis redevable de le lire à nouveau et découvrir en filigrane tout ce qu’y a mis l’auteur pour pouvoir la retrouver ensuite.  Il est temps aussi de relire La goutte d’or, un roman sur l’immigration. Il s’était immergé dans le quartier pour pouvoir écrire ce livre.

Et puis, le second, Le roi des Aulnes m’a conquise ; je rentrai dans son univers où le sorcier et l’épouvantail à l’appétit d’ogre ne sont jamais très loin. La grande histoire, les paysages troublants, ces situations ambigües, cette atmosphère déstabilisante. Tournier affectionne le second degré. Ne pas oublier Vendredi ou les limbes du Pacifique ou le rite initiatique, que des décennies d’enfants du primaire ont lu.

C’est lui qui,  avec René Clergue avait,  créé les Rencontres Internationales de la photographie en Arles.

A la disparition d’Edmonde Charles -Roux,  sacrée bonne femme d’Oublier Palerme, j’associe l’image d’une femme libre et vivante  et repense  avec émotion  à la découverte qu’elle m’a offerte avec son Isabelle Eberhard, femme Russe voyageuse,  amoureuse du Maghreb,  du désert et de l’Afrique en général. Mystique, audacieuse et quelque peu inconsciente fut la  première grande voyageuse dont l’histoire s’arrête en 1904.

Que de pertes ce mois-ci dans un autre registre, avec David Bowie, dandy hybride qui a marqué notre génération dont un pan de l’histoire disparaît. Rester ou continuer à vivre en changeant d’apparence,  semblait être sa devise.

Hier après-midi, je passe devant le bric-à-brac poussiéreux du grand type blême au regard perdu que j’ai toujours vu sur le boulevard Victor Hugo à Clichy. La fêlure est palpable comme la bien réelle,  celle de ses tasses colorées au reflet des années 70. Il parle moins, se tait,  comme déjà à côté du monde et de la vie. Il n’y a pas si longtemps, il partait dans de grandes théories et d’un ton qui se voulait  prophétique, annonçait le pire. Quel enchevêtrement d’objets dans cette touchante et vétuste échoppe, une des dernières. Un voile s’est posé.

« Je sors danser. Teddy a apporté des gâteaux gaufrettes ».

Voici le SMS qui ne m’est pas destiné et que j’ai reçu cette nuit et qui m’amuse. Petite fille avec son ours ou grande fille avec son ogre ?

Balafres, entailles et blessures ressentis par les évènements de Cologne et de Stockholm où vêtus de frusques répondant ainsi à l’idée que la majorité se fait des hordes d’exilés, les migrants se seraient lâchés. Sur leur route, précisément et dans les Balkans, soit en Europe, on les agresse, on les vole, les viole parfois. Ces comportements ne sont pas que l’apanage des orientaux comme on se plaît à le croire. Mais qui éduque les garçons ? Ici ou là-bas.

L’arbre blanc tout en fleurs à côté de l’école, sur mon trajet quand je vais au marché m’a questionnée ;  ceux des allées et de la place découpent toujours leur silhouette noire d’hiver. Un ciel  trop doux de février qui nous fait l’année, bissextile, n’en finit pas de nous étonner. L’an encore neuf et ses écarts de température nous offre peut-être une neuvième planète. A confirmer. On aurait envie de s’y réfugier tant les derniers échos des  nouvelles de  Pegida et du fou de la Corée du Nord sont inquiétantes.

Peut-être nos descendants seront-ils contraints de s’y exiler. Qui peut le dire ?

Les Chinois  entrent dans l’année du singe. Est-ce le fameux cousin  qui nous est commun?

 

ELB