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En écho à la maison de la Cécile.

NUEES

 

Et oui, c’est comme cela que cela se passe à la campagne: on est toujours de quelque part et du même coup anobli à peu de frais; ainsi Victoria du Caille, hameau qu’elle habitait-,  venait faire la grande lessive, frotter les cuivres ou cirer les meubles quand se préparait une grande fête.

De même,  la maison appartient toujours  à quelqu’un et en prend souvent le nom. Comme un écho. Et la vie continue. La maison du sourd m’a toujours intriguée car elle n’existait déjà plus lorsque j’étais enfant mais l’emplacement demeurait et on continuait à la nommer comme en mémoire de la personne qui l’avait habitée. L’empreinte était forte. Je me demande depuis qui était ce sourd. Hélas, il est trop tard. Plus personne n’a la réponse, je crois.

La maison d’Esther, j’en connaissais l’histoire ; elle avait donc un peu moins d’attraits. Quant à celle de la Coralie, on savait que sur le petit balcon et tôt le matin,  elle  appelait sa chèvre. En rentrant de l’école il y en avait toujours un pour imiter la biquette.

Il y avait bien sûr les maisons qui avaient été habités par les réfugiés du Pas-de-Calais et de Belgique ainsi que des enfants de Marseille. Un par ferme, on avait dit et pour deux ans! C’est ainsi que Max ,devenu comme un frère de la génération précédente-, devint tout naturellement notre oncle lorsqu’il revint dans les années soixante présenter sa fiancée à mes grands-parents.

On nous en a raconté l’histoire.

Notre campagne a su les accueillir et ce n’était pourtant pas Byzance mais on faisait son pain et son potager.

 

ELB

Lettre à Agathe du 30/08/17 et son PS.

agathe1

 

Bonjour Agathe.

Toi aussi tu as quitté Padirac , repris la route vers le Nord ,un peu plus encore que pour moi rentrée un jour avant sur Epinay.

Ce dessin  de toi c’était donc  dans mon jardin lorsque avec un bout de fusain que je t’avais confié tu croquais  « ta » maison .Celle de la Sicile .Cette si jolie maison que tes parents ont acheté voilà déjà deux ans.

C’est là au soleil de ce beau mois d’août que je t’ai raconté son histoire ou le peu que j’en savais. Pas de numéro pour la désigner: à la campagne toutes les maisons ont un nom ,celui du lieu-dit et aussi celui de ses habitants pour la différencier de celle des voisins. L’on dit « la maison de la Sicile » ou plutôt c’est ce que j’ai cru et retenu pendant des années alors qu’il s’agissait d’une Cécile! D’elle je ne connais rien et je songe soudain que seule Yvonne du haut de ses quatre-vingt dix ans peut nous éclairer.

J’y faisais parfois des intrusions inquiètes ,manière d’observer les nichées de chauves-souris accrochées aux poutres , et craintive  je me penchais sur le rebord de la margelle de la citerne toujours emplie . Il m’est arrivé de rechercher sur le montant de la cheminée sous la couche de poussière  le vieux fusil  de chasse aux chiens et au canon rouillés.

Les propriétaires reprenaient de temps en temps la toiture et ainsi a-t-elle pu garder ses murs hauts perchés  bien au sec et les poutres que ton père a patiemment poncées.

Je sais que tu l’aimes beaucoup. Elle te le rendra bien dès que vous aurez dégagé les rochers du terrain , mis au propre les terrasses, relevé les murets de pierre blanche et planté les vignes dont rêve ta mère pour que une fois installés leurs verts feuillages contrent l’étourdissante lumière d’août sur l’herbe grillée .

Sienna , ma petite fille l’a déjà rebaptisée »la maison des voisins ». Laisse -lui encore un an et elle dira ‘la maison d’Agathe » ou « la maison de Baptiste ». Et moi bien sûr je reprendrai  « La maison d’Alexandre…le grand » puisque c’est ainsi que j’appelle ton frère.

Après tant de chaleur, de soirées sous la voûte étoilée (une des plus pures) ,de jeux à l’ombre je te souhaite une bonne reprise et espère te revoir bientôt là-bas.

GHV.

escalier1.henriette viroles.jpg

 

PS. du 30 août 2017 :  Sienna dit encore « la maison des voisins »  ou  » Puis-je aller chez les voisins? ». Elle a pour toi et ton frère déjà presque adolescents les yeux de Chimène . Nous plaisantons avec tes parents: « Quand l’adoptez-vous? ». Le pays avait cette année des allures de campagne anglaise ,le soleil nous y a gâtés . Votre maison et la citerne se sont parés de volets en bois clair , le toit est bien repris et le terrain a perdu ses ronces. J’avais retrouvée pour vous aider à reconstruire l’escalier des photos des années 44 ou 45. Des réfugiés juifs occupaient alors la maison et ma tante(sur la photo) leur rendait visite .Depuis elle n’avait plus été occupée. GHV.

 

 

Lettre à Agathe

agathe1

 

Bonjour Agathe.

Toi aussi tu as quitté Padirac , repris la route vers le Nord ,un peu plus encore que pour moi rentrée un jour avant sur Epinay.

Ce dessin  de toi c’était donc  dans mon jardin lorsque avec un bout de fusain que je t’avais confié tu croquais  « ta » maison .Celle de la Sicile .Cette si jolie maison que tes parents ont acheté voilà déjà deux ans.

C’est là au soleil de ce beau mois d’août que je t’ai raconté son histoire ou le peu que j’en savais. Pas de numéro pour la désigner: à la campagne toutes les maisons ont un nom ,celui du lieu-dit et aussi celui de ses habitants pour la différencier de celle des voisins. L’on dit « la maison de la Sicile » ou plutôt c’est ce que j’ai cru et retenu pendant des années alors qu’il s’agissait d’une Cécile! D’elle je ne connais rien et je songe soudain que seule Yvonne du haut de ses quatre-vingt dix ans peut nous éclairer.

J’y faisais parfois des intrusions inquiètes ,manière d’observer les nichées de chauves-souris accrochées aux poutres , et craintive  je me penchais sur le rebord de la margelle de la citerne toujours emplie . Il m’est arrivé de rechercher sur le montant de la cheminée sous la couche de poussière  le vieux fusil  de chasse aux chiens et au canon rouillés.

Les propriétaires reprenaient de temps en temps la toiture et ainsi a-t-elle pu garder ses murs hauts perchés  bien au sec et les poutres que ton père a patiemment poncées.

Je sais que tu l’aimes beaucoup. Elle te le rendra bien dès que vous aurez dégagé les rochers du terrain , mis au propre les terrasses, relevé les murets de pierre blanche et planté les vignes dont rêve ta mère pour que une fois installés leurs verts feuillages contrent l’étourdissante lumière d’août sur l’herbe grillée .

Sienna , ma petite fille l’a déjà rebaptisée »la maison des voisins ». Laisse -lui encore un an et elle dira ‘la maison d’Agathe » ou « la maison de Baptiste ». Et moi bien sûr je reprendrai  « La maison d’Alexandre…le grand » puisque c’est ainsi que j’appelle ton frère.

Après tant de chaleur, de soirées sous la voûte étoilée (une des plus pures) ,de jeux à l’ombre je te souhaite une bonne reprise et espère te revoir bientôt là-bas.

GHV.

escalier1.henriette viroles.jpg

 

PS. du 30 août 2017 :  Sienna dit encore « la maison des voisins »  ou  » Puis-je aller chez les voisins? ». Elle a pour toi et ton frère déjà presque adolescents les yeux de Chimène . Nous plaisantons avec tes parents: « Quand l’adoptez-vous? ». Le pays avait cette année des allures de campagne anglaise ,le soleil nous y a gâtés . Votre maison et la citerne se sont parés de volets en bois clair , le toit est bien repris et le terrain a perdu ses ronces. J’avais retrouvée pour vous aider à reconstruire l’escalier des photos des années 44 ou 45. Des réfugiés juifs occupaient alors la maison et ma tante(sur la photo) leur rendait visite .Depuis elle n’avait plus été occupée. GHV.