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Le grand Bergounioux.

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Qu’en dire ?  Lisez, plutôt :

 

« Ce qui peut m’inciter à tenir ces carnets

est que je me défie de celui que je suis

aujourd’hui, et que je crédite celui que je

serai demain d’un discernement supérieur”.

 

« Le  monde reste une énigme. Il est neuf chaque jour,

et il nous appartient de le déchiffrer. C’est notre affaire,

à nous les vivants, d’interroger ce mystère. Et même si nous

échouons finalement, au moins aurons-nous livré bataille ».

 

“Un caractère de fatalité s’attache à une origine

sociale et géographique. Le fait de voir le jour sur

la bordure occidentale du Massif central, dans une

région de terres mauvaises et de faibles ressources,

a un certain nombre de conséquences ».

 

 

Qu’en dire? Rien… ou presque:

En écoutant  Pierre Bergounioux parler du pays, de la Corrèze et de son grand attachement à la lumière lotoise où à  Cassagne il a des souvenirs vibrants, je voyais aussi ma maison rose qui ne l’était pas et revoyais ce temps où j’apprivoisais le jour.

Sa proximité avec les ombres du passé, la parentèle disparue, sa quête perpétuelle, les scrupuleux détails de la méteo  : tout fait écho. Sa grande tendresse pour sa « princesse mandchoue », sa  femme, sa recherche minutieuse d’éclaircissement le rendent plus qu’humain.

Je peux le lire mais il me retourne, je peux l’entendre mais l’écouter me touche au plus profond. Sa voix, silencieusement me tire des larmes. Je m’y suis reprise à deux fois pour l’écouter jusqu’au bout, ce samedi matin ; dimanche, cela n’a pas été plus facile.

Il est toujours question d’origine et d’identité. Son questionnement sans fin, tracassé par les commencements, nous interroge aussi .Il est un miroir de nos vies, forcément quotidiennes sinon elles ne sont pas, n’existent pas. Nous ne pouvons nous dérober à nous-mêmes.

 

Il faut lire tout Bergounioux.

 

Chez Verdier pour la plupart et Gallimard mais aussi Fata  Morgana et Pleins feux et autres petites maisons d’édition.

 

ELB

En réponse à  l’article précédent:lire

Ainsi va le jour.28

 

 

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Le chant des oiseaux plus insistant au jardin et les mouettes criardes en bord de Seine ; toujours les corneilles sur les allées. La lumière grandit.

Au parc, les canards sont de plus en plus bavards et les arbres prennent bourgeons ou fleurs. Le fond  du paysage verdit et hier, blanchies dans la nuit, les jonquilles et narcisses de la place sous un voile de neige. Deux fois, une pluie de neige fragile qui a tenu à peine une heure : derniers soubresauts d’un hiver tardif ? Aujourd’hui, le soleil vient de s’éclipser

Le jour s’étire, s’allonge mais je n’ai pu voir cette portion si pittoresque dans la Micheline entre St Denis- les -Martels et Rocamadour : le passage au-dessus du cirque de Montvalent, surplombant la Dordogne face aux falaises.  Visite très rapide dans le Lot et pris le petit-déjeuner avec un roucoulement des tourterelles dans l’acacia, en face.

Pluie, vent soleil et le tout réuni sans arc-en-ciel pour autant. A Toulouse retrouvé l’amie Gh. qui attend non loin du canal en plein Lauragais que la mare se remplisse. Les grenouilles l’ont désertée.

Puis la complicité de nos enfants et au pont St Michel, l’écluse : Une belle rêverie où je rejoins M. avec A dans ses bras, tout sourire. Toujours les cormorans sur l’arbre en bordure de Garonne.

La réforme de l’orthographe qui n’a pas enflammé les foules certains se disant peut-être qu’il ne serait déjà pas si mal de savoir construire des phrases correctes  ainsi que d’utiliser la ponctuation à bon escient (j’en suis) savoir manier la capitale que l’on voit souvent au cœur d’une phrase.

Quand on met un accent circonflexe sur une voyelle, on sait ou pas que cela indique la disparition de la consonne s  et indique aussi une valeur phonétique : l’allongement d’une voyelle. Ainsi s’écrivait -jusqu’au XVIII siècle je crois-avec un s des mots comme  fenestre,  feste, hospital, beste (d’où défénestration, déforestation, festoyer, hospitaliser, bestialité… La concurrence entre l’accent grave et circonflexe est lancée. L’absence ou la mauvaise place de la virgule peut changer le sens d’une phrase. L’ordre des mots peut être décisif ; leur place en indique la fonction. Bien souvent, l’adverbe est  proche du verbe. C’est ainsi que s’organise la rythmique, la mélodie de la phrase. Et en découle logiquement l’intonation que d’ailleurs je ne sais pas toujours donner. J’aimerais tant savoir lire à haute voix.

Et puisqu’il est question d’orthographe, de langue, il en est un qui vient de mourir, Umberto Eco, très intéressé par la  sémiologie, entre autre .Interrogé sur le langage, il disait :

« Le langage, ce n’est pas de dire ce qu’il y a là mais de dire ce qu’il n’y a pas ».  Sémiologie, sciences occultes, spécialiste du Moyen-âge,  musique sérielle : un boulimique assez génial !

Ce qui m’amène à évoquer la quinzaine des poètes qui rend hommage à ceux du XXème siècle, prétexte heureux à beaucoup de manifestations comme des lectures en librairie mais aussi dans la rue.

Zone (dans Alcools)ne prend pas d’accent circonflexe,  mais c’est le poème d’Apollinaire, sans doute,  avec lequel la France, le monde sont entrés dans la modernité : la fin du monde ancien,  fini la grande guerre !

A la fin tu es las de ce monde ancien

Et pour le plaisir :             Nuit rhénane

Mon verre est plein d’un vin trembleur comme une flamme
Écoutez la chanson lente d’un batelier
Qui raconte avoir vu sous la lune sept femmes
Tordre leurs cheveux verts et longs jusqu’à leurs pieds

….

Le Rhin le Rhin est ivre où les vignes se mirent
Tout l’or des nuits tombe en tremblant s’y refléter
La voix chante toujours à en râle-mourir
Ces fées aux cheveux verts qui incantent l’été

Mon verre s’est brisé comme un éclat de rire.

Reverdy, Eluard, Cocteau, Char le résistant, Valéry et bien d’autres à relire ou redécouvrir.

C’est aussi un autre monde nouveau, violent qui nous assaille, nous bouleverse ou nous étonne. Laisser circuler les biens, les animaux et non les personnes ?  Ils s’avancent en cortège- images d’un autre temps ?, nous renvoyant à notre impuissance et à nos démons.  Comment vivre la frontière et la protéger quand elle n’est que maritime : stopper tout avion ou bateau et rester sur son île, seul ? 4000 noyés depuis un an dont 1 sur 5 est un enfant. La Grèce et la Macédoine sont débordées Enfin, Cameron a  consenti à ouvrir ses portes pour les mineurs non accompagnés situés à Calais et ayant des parents en Grande-Bretagne.
Mettre en commun les moyens pour ne plus perdre de temps mais chaque état a ses exigences -oubliant les motivations premières qui ont présidé à l’idée européenne bien avant celle du marché-,  devrait relire la Charte des droits fondamentaux.

Sans rire et sans jeu de mots,  motus et bouche cousue ! C’est la jungle !  La Russie titillerait bien les pays Baltes, faisant un détour par l’Europe de l’est qui la démange toujours.Il faut lui reconnaître son changement de position vis à vis de la Syrie.

Erdogan est de plus en plus à l’aise dans son rôle d’autocrate,  interdit un journal.

La tentation est grande de se réfugier dans la poésie. Et pour terminer, Prévert :

Le paysage changeur

 

 De deux choses lune

L’autre c’est le soleil.

 

ELB

Ainsi va le jour 24.

 

 

pour Ainsi va le jour 24

 

 

Après l’hiver que l’on avait cru nous faire une mauvaise blague en plein automne,  l’été indien nous a surpris pendant les vacances.

Par la lourde porte entrouverte de la grange, en l’absence de la maîtresse des lieux, une clisse  sur laquelle sèchent les noix  rendues plus blondes par le soleil qui les caresse. Et comme si j’avais oublié ces cadeaux de la nature, cela m’enchante. Tout comme cette fin d’après-midi où la lumière arrive avec en promesse, une brume d’avant la nuit comme on en voit à cette saison où le travail de la terre a l’air de se faire dans l’intimité.

Avec ses variations de fin de jour, la clarté  lèche le seau plein de pommes destinées à la compote ; les citrouilles, au jardin,  lancent des touches de couleurs vives et illuminent ce coin un peu à l’abandon. Du bois des Majoux, j’ai regardé la pointe des peupliers rongés par le gui, se balancer en contrebas.

Des chemins et petites routes de campagne comme passées, de part et d’autre,  à la brosse de couleurs : brunes, orangées,   fauves et flamboyantes et à portée de main et de regard, de ce point du Causse en glèbes rousses, le village, bleu. Ce lointain semble presque toujours bleu mais l’horizon ne parait-il pas toujours dans les brumes,  bleuté ou grisé ?

Rencontré deux ans plus tard,  M-H …à la recherche d’un Bourgogne blanc pour marier à sa tête de veau et déguster le lendemain avec ses voisins. Une bonne surprise et nous avons parlé musique et lecture ! Puis au fil des cinq jours, rapides, une poignée de mots pour l’hiver entre nous, en faisant les traditionnels pâtés, en famille. Là-bas, on tricote sa vie comme ici et depuis le début ; il arrive qu’on laisse glisser quelques mailles, confronté au réel.

Ramené et fait sécher les graines de passiflore, données par M.

Arthur a eu un an nous renvoyant l’image d’un temps qui se hâte et nous pousse. Sourire du petit d’homme!.

Des amis vus trop rapidement et de loin puis le retour en train avec les flâneries d’usage ; la lumière  s’estompe au dehors et la vitre où le front se tient, renvoie le reflet des lampes en  goutte du wagon.

A l’arrivée, un temps qui semble traîner ses sabots au champ. Il est étrangement lourd.

Quand ailleurs, le réel souci de vivre ou de survivre est l’unique obsession, la France renoue avec le fil barbelé et c’est dans ce contexte de crise migratoire que certains états poussent au repli voire à la fermeture.  On ne voit plus dans l’autre que ce qu’il pourrait nous soustraire  plutôt que la richesse qu’il pourrait nous apporter.

Poutine  danse avec Bachar  reclus dans le chaos qu’il fait perdurer. Et si Poutine avec sa position scabreuse poussait hors de Syrie davantage de femmes et d’hommes en ne bombardant pas seulement Daech,  soutenant implicitement la dictature. Erdogan qui avant chaque élection a brandi le péril Kurde,  retrouve sa majorité absolue et attaque plus durement encore les journalistes.  La Turquie, bien que plus démocratique qu’il y a quinze ou vingt ans mais l’est moins qu’il y a un an, comme je l’ai entendu. L’excès de zèle va-t-il se tempérer ?

Ce que l’on avait cru bon hier ou en bonne voie, n’a pas ou plus de sens aujourd’hui et le monde désorienté, donne l’impression de ne pas toujours savoir où il va. Doutes et interrogations sont notre lot.

Je vous recommande, si ce n’est déjà fait,  deux livres lus avec bonheur.

Pietra Viva   de Léonor De  Recondo  (Points Seuil).

La naïveté de Cavallino, le rire de l’enfant  brise la réserve du sculpteur  l’emportant vers son enfance et la mère perdue trop tôt, la pierre qui devient chair ou l’inverse, ces corps nus imaginés et aimés jamais caressés. Un Léonard plus humain. Un livre délicat et sensible une écriture qui m’a touchée avec une belle langue simple, claire.

Trois jours à Oran d’Anne Plantagenet (J’ai lu).

Accompagnée de son père qu’elle a poussé à faire ce retour, l’auteur passe de l’autre côté de ces photos sépia qui l’ont accompagnée toute son enfance. Sans nostalgie mais avec un certain malaise qui la fait hésiter entre honte et fierté, s’entremêle une histoire d’amour qu’elle est en train de vivre, partagée entre deux hommes comme entre deux terres, mettant ainsi  à distance et avec pudeur, l’émotion du retour au pays  de ses aïeux et qu’elle porte comme un exil,  souffrance laissée en héritage.

C’est une quête des origines et c’est magnifique.

ELB

Ainsi va le jour:les vingts-trois autres textes.