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Championnat du monde?Un lotois en lice…

 

agneau-zurbaran

Me voilà citadine à nouveau . Banlieusarde pour mieux dire et si quelques jours dans le Lot m’ont bien vidé la tête le retour m’a trouvée un peu démunie pour ce qui est du blog. Qu’y dire et qu’y montrer alors que je mesure tant l’effarante différence entre ces deux mondes ,celui des campagnes, celui des villes?. Alors petit rat  en vadrouille je prête attention à ce qu’ils ont de commun : la mutation et la permanence.

Evelyne (ELB) dès son retour peut-être définitif dans notre sud-oust natal file au marché de Lalbenque. Elle voulait le découvrir enfin réellement et non plus comme moi derrière l’écran . Aucun citadin n’a pu échapper à l’annuel reportage télévisé dès le quinze décembre avec  fermière en tablier,derrière son chien sous les chênes où en cuisine taillant le « diamant »  pour l’omelette. Elle a perçu sur place quelque chose qui s’apparente déjà au manque d’authenticité….: »Approchez, approchez, nous savons pour vous préserver les us et coutumes ». Car notre petit monde rural change , s’étiole, les troupeaux grossissent et se raréfient. T ouches de couleurs clinquantes autrefois improbables ,intérieurs  Ikea dans bâtisses tous conforts, hyper marchés en périphéries où les parler locaux  se mêlent aux accents du nord: je n’y suis plus reconnue que par quelques uns. Cette fois-ci le froid de  l’hiver était vif et le soleil insolent. Mousses et lichens y attestaient de la pureté de l’air.

J’ai retrouvé le ciel bleu sur Epinay et le même froid. On craint déjà avec cet anticyclone le retour de la pollution .Trente quatre ans passée ici  me permettent de lister les transformations. Les immeubles ont surgi de part et d’autre de la rue de Paris, des pavillons ont disparus, des vergers, des terrains vagues, celui « de la ferme » comme l’appelait les enfants,d’autres tours encore, des rafistolages, réhabilitations, des destructions (le centre-ville qui s’est effacé sous le grignotage des pelleteuses, puis sa réapparition, les aménagements des berges de Seine, le tramway…Le plus surprenant est le brassage des populations. Il suffit de lire dans le journal de la ville les listes de naissance, celles des mariages, les annonces de décès: il n’est plus guère que dans ces dernières que l’on retrouve les anciens noms du cru.

Et voilà comment j’en viens grâce à la page Facebook d’ Edith D., ex citadine installée dans le Lot, à parler de moutons, de championnat du monde de tonte, et de cet article que moi lotoise expatriée sur la région parisienne je découvre avec intérêt. .Je peux voir encore au marché de Miers Polo ou Guillaume poser sur le cul avec talent-car c’est tout un art -le mouton qu’ils déshabillent aux cisailles. Les touristes se rapprochent , ceux du cru en retrait échangent sans plus prêter attention à ces ouvres du passé.

Or voilà qu’un jeune de Cuzance, Loïc Leygonie, voyage de part le monde et avec sa tondeuse électrique s’attaque aux records….

http://www.ladepeche.fr/article/2017/01/16/2497120-un-lotois-au-pays-des-all-blacks.html

GHV;

*Agnus dei.Musée de San Diego. Zurbaran.

Dernier carton.

 coeur

Celui que l’on laisse traîner l’air de rien pour ne rien oublier ; le carton où en dernier recours, on mettra ce dont on ne pourra se passer jusqu’au bout, dernier jour dernière heure.

Un dernier, réceptacle de tout ce qui ne rentre pas dans la catégorie supposée ou qui n’y a plus sa place ou que l’on ne veut pas enfermer. Puis la dernière liste de choses à faire ou à ne pas oublier encore. Cela permet aussi de repousser une sorte de nostalgie, le cœur un peu gros de laisser amis et connaissances ainsi que ses habitudes.

Quelques photos, des bouts de journaux,  une image,  des pages découpées et conservées pour meubler si besoin était quelques intervalles de rêveries dans le train puis encore deux, trois photos pour se rassurer. Une dernière prise du jardin et de la place, un tour à la Presse et chez le cordonnier. Derniers adieux. Un regard amusé vers le parc, un autre avant de sortir, dans le grand miroir  de l’entrée de l’immeuble pour vérifier la tête du dernier jour,  en ce lieu. Qu’est-ce qui va nous manquer ? De quoi nous ne pourrions- nous passer ? Car je ne suis pas la seule à ressentir un petit pincement, une appréhension aussi, peut-être.

Pourtant, le ciel dégagé la plupart du temps, la possibilité d’étendre le linge dehors, de marcher dans les chemins, d’aller m’asseoir sous les arbres dès qu’il fera beau, de scruter tous les matins, le ciel et d’attendre le chant des oiseaux. Et surtout, le grand bonheur: enfants et petit-fils!

Puis, tout ce à quoi nous ne pensons pas ou avons oublié.

J’irai voir une dernière fois les mouettes sur la Seine, en bas du boulevard. Encore dans le cadre en instance d’en rejoindre un autre, celui de la nature quasi nue qui ne peut que me renvoyer mon image. Va-t-elle me laisser reliée au monde et présente à lui ou m’absorber et me manger en entier. Quelle part de moi va lui être dévolue ou laquelle saurai-je lui consentir. Je peux aussi m’y noyer et forte est la tentation. Je la sais consolatrice et intensément stimulante.

Et pourquoi, vous dire cela ou plutôt l’écrire.

Ecrire plus que dire, l’écrire pour ne pas avoir à le dire. Est-ce plus fort d’écrire que de dire ? En tout cas, quand je l’écris, je l’exprime mieux que lorsque je le dis ; ma pensée est plus claire et surtout j’ai l’impression qu’elle est mieux retranscrite, qu’elle correspond tout à fait à ce que j’éprouve ou pense profondément. Mais je me trompe,  peut-être.

 

ELB

Lettre à Agathe

agathe1

 

Bonjour Agathe.

Toi aussi tu as quitté Padirac , repris la route vers le Nord ,un peu plus encore que pour moi rentrée un jour avant sur Epinay.

Ce dessin  de toi c’était donc  dans mon jardin lorsque avec un bout de fusain que je t’avais confié tu croquais  « ta » maison .Celle de la Sicile .Cette si jolie maison que tes parents ont acheté voilà déjà deux ans.

C’est là au soleil de ce beau mois d’août que je t’ai raconté son histoire ou le peu que j’en savais. Pas de numéro pour la désigner: à la campagne toutes les maisons ont un nom ,celui du lieu-dit et aussi celui de ses habitants pour la différencier de celle des voisins. L’on dit « la maison de la Sicile » ou plutôt c’est ce que j’ai cru et retenu pendant des années alors qu’il s’agissait d’une Cécile! D’elle je ne connais rien et je songe soudain que seule Yvonne du haut de ses quatre-vingt dix ans peut nous éclairer.

J’y faisais parfois des intrusions inquiètes ,manière d’observer les nichées de chauves-souris accrochées aux poutres et ce n’est pas sans crainte que je me penchais sur le rebord de la margelle de la citerne toujours emplie . Il m’est arrivé de rechercher sur le montant de la cheminée sous la couche de poussière  le vieux fusil  de chasse aux chiens et au canon rouillés.

Les propriétaires reprenaient de temps en temps la toiture et ainsi a-t-elle pu garder ses murs hauts perchés  bien au sec et les poutres que ton père a patiemment poncées.

Je sais que tu l’aimes beaucoup. Elle te le rendra bien dès que vous aurez dégagé les rochers du terrain , mis au propre les terrasses, relevé les murets de pierre blanche et planté les vignes dont rêve ta mère pour que une fois installés leurs verts feuillages contrent l’étourdissante lumière d’août sur l’herbe grillée .

Sienna , ma petite fille l’a déjà rebaptisée »la maison des voisins ». Laisse -lui encore un an et elle dira ‘la maison d’Agathe » ou « la maison de Baptiste ». Et moi bien sûr je reprendrai  « La maison d’Alexandre…le grand » puisque c’est ainsi que j’appelle ton frère.

Après tant de chaleur, de soirées sous la voûte étoilée (une des plus pures) ,de jeux à l’ombre je te souhaite une bonne reprise et espère te revoir bientôt là-bas.

GHV