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Le grand Bergounioux.

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Qu’en dire ?  Lisez, plutôt :

 

« Ce qui peut m’inciter à tenir ces carnets

est que je me défie de celui que je suis

aujourd’hui, et que je crédite celui que je

serai demain d’un discernement supérieur”.

 

« Le  monde reste une énigme. Il est neuf chaque jour,

et il nous appartient de le déchiffrer. C’est notre affaire,

à nous les vivants, d’interroger ce mystère. Et même si nous

échouons finalement, au moins aurons-nous livré bataille ».

 

“Un caractère de fatalité s’attache à une origine

sociale et géographique. Le fait de voir le jour sur

la bordure occidentale du Massif central, dans une

région de terres mauvaises et de faibles ressources,

a un certain nombre de conséquences ».

 

 

Qu’en dire? Rien… ou presque:

En écoutant  Pierre Bergounioux parler du pays, de la Corrèze et de son grand attachement à la lumière lotoise où à  Cassagne il a des souvenirs vibrants, je voyais aussi ma maison rose qui ne l’était pas et revoyais ce temps où j’apprivoisais le jour.

Sa proximité avec les ombres du passé, la parentèle disparue, sa quête perpétuelle, les scrupuleux détails de la méteo  : tout fait écho. Sa grande tendresse pour sa « princesse mandchoue », sa  femme, sa recherche minutieuse d’éclaircissement le rendent plus qu’humain.

Je peux le lire mais il me retourne, je peux l’entendre mais l’écouter me touche au plus profond. Sa voix, silencieusement me tire des larmes. Je m’y suis reprise à deux fois pour l’écouter jusqu’au bout, ce samedi matin ; dimanche, cela n’a pas été plus facile.

Il est toujours question d’origine et d’identité. Son questionnement sans fin, tracassé par les commencements, nous interroge aussi .Il est un miroir de nos vies, forcément quotidiennes sinon elles ne sont pas, n’existent pas. Nous ne pouvons nous dérober à nous-mêmes.

 

Il faut lire tout Bergounioux.

 

Chez Verdier pour la plupart et Gallimard mais aussi Fata  Morgana et Pleins feux et autres petites maisons d’édition.

 

ELB

En réponse à  l’article précédent:lire

Ainsi va le jour.26

 

 

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L’année s’est terminée avec l’envie d’en découdre avec la douceur, la légèreté, l‘insouciance, le bonheur.

De la couleur et de l’insouciance joyeuse, comme dans les films des années soixante aux tenues pastel. Légèreté d’une plume et l’ombre de la pleine lune d’argent,  la semaine de Noël,  sur les carreaux de la cuisine en plein causses, avec ses ombres chinoises.

Premiers jours gris de janvier.

Les gens sont fatigués, ils soliloquent et j’en croise tous les jours qui soliloquent. Assise à côté de moi, une jeune fille que je croyais en train de téléphoner à une amie.

Un scénario très au point qui aurait pu être celui d’une série télé. Une histoire d’amour, tumultueuse,  des noms qu’elle égrène avec emballement traduisant une émotion réelle. Elle était visiblement partie prenant et souffrait de cette situation se mettant à parler très fort appelant, Christelle qui lui avait « piqué » son mec puis c’était Mica qui la sauvait et Marion, qui en était toujours amoureuse, la narguait. Je ne saurai la fin de l’histoire. Je descends à l’arrêt suivant laissant la blondinette en proie à ses peurs fictives ou réelles. Dans le bus, certains rient tandis que d’autres croient rêver. Je la salue en partant mais son regard semble figé.

 

Jour anniversaire de Charlie, une piqûre de rappel dans le quartier et à moins de 800 mètres du lieu de travail  dans ce coin du XVIIIème, vivant, bruyant et tonique. Beaucoup de sirènes et d’agitation. Un moment de désarroi quand on l’apprend. L’abattement est en partie éclipsé car il faut réagir, et rassembler ces adolescents qui repassent le film déjà entrevu il n’y a pas deux mois. Impossible à présent de ne plus avoir en arrière-plan, dans son cortex, cette certitude d’une vie en sursis- si tant est que l’on ne le savait pas encore-, et qu’il faut envisager combattante et engagée d’une façon ou d’une autre, mais comment ?

Presque une semaine de vœux distribués joyeusement à tous, vœux bienveillants que l’on ose. Je souhaite à tous douceur et légèreté mais la voilà déjà envolée, la douceur. Nous avons donc repris la conversation,- celle de novembre-, discuté, écouté et essayé d’expliquer l’inconcevable.

Et dans tout cela, Il faut laisser la place au clash entre l’Iran et l’Arabie Saoudite, la bombe H de la Corée du Nord et son fou de Kim Jong-un qui bluffe peut-être et aux 26 Millions de personnes  déplacées dû au changement climatique et à sa vie propre.

En rentrant cette semaine,  je reprends la rue Etex et revoit avec plaisir Les Blondes Ogresses, toujours en place, discrètes dans cette rue du XVIIIème sans prétention. Le café rouge où je m’arrête pour boire un café allongé réunit beaucoup d’hommes fatigués et soucieux. C’est ce que je lis sur leur visage.

Sous le ciel froid et bleu, une 2CV décapotable avec ses jeunes occupants me lance au visage une image de gaieté et me donne envie de revisiter Paris et de prendre le bus rouge à étage en jouant la touriste. Voir la ville de plus haut, sentir le vent dans les cheveux.

Mais les bruits du monde sourdent et continuent à nous habiter ; c’est bien normal.

M comme Madaya  où pour survivre les corps décharnés se nourrissent de feuilles et de racines ; l’aide humanitaire est admise à intervenir au bout de la sixième demande au milieu d’un hiver rigoureux.

M comme Méthane .Nous avons cru un temps que les trop nombreux bovins à la surface du globe, par leurs pets et rots étaient les seuls à nous asphyxier mais c’est l’homme par ses forages qui a ouvert la faille et le gaz se propage dans l’atmosphère,  contribuant ainsi à l’augmentation de gaz à effet de serre alors qu’il recherchait l’inverse.

La Pologne s’enferme dans le conservatisme et surveille de près ses médias et La Suède et le Danemark contrôlent leurs frontières. Notre jeune Europe de 60 ans se recroqueville telle une petite vieille. Quel dommage !

Plus que jamais, l’enseigne de la librairie maison de presse disparue d’un quartier à Clichy, ces jours derniers se rappelle à ma mémoire : Le monde allant vers. Mais vers où va-t-il donc ? Et serait-il vraiment à l’envers ?

En Syrie de Joseph Kessel en folio, trouvé en bonne place à la librairie ; Dans ces extraits tirés de En Syrie, premier reportage en 1926 du grand Kessel, Jeune journaliste très littéraire. Il décrit sous mandat français, le pays est déjà divisé en groupes religieux et  le rôle assez néfaste des hauts commissaires étrangers dont nous étions.

Mais non, tout n’est pas désespéré : « …il y aura toujours le vent, la lumière. Rien ne passe après tout si ce n’est le passant » écrivait Aragon.

La place est encore muette ; quelques illuminations vacillent sur fond de ciel nuageux et je continue le week-end de chant, enchantant.

L’hiver semble arriver. Le vert des narcisses a percé la terre de ma jardinière et bientôt des taches de jaune émailleront mon rebord de fenêtre.

1,2,3…bonheur !  Le bonheur en littérature pour 2 euros en folio.

 

ELB

NB: tous les articles du même nom dans la page Ainsi va le jour

Ainsi va le jour.25

 

 

rouge

 

 

La stupeur de janvier nous avait amenés à penser que ce n’était qu’un début mais nous sommes malgré tout, sonnés. Avions-nous imaginé des kamikazes, qui plus est femmes,  en France ? Et tout ce que cela dit du pas franchi ou de la frontière effacée.

La femme vient aussi de mars. Ca y est, de l’autre côté du monde qui devient le nôtre, à un jet de pierre, à un clic d’internet, la femme guerrière se déclare et passe à l’acte. Contre les Lumières, notre liberté de dire et de faire : tuerie,  massacre. Actes de barbarie.

Comment se réconcilier, les réconcilier avec la vie qu’ils méprisent,  la nôtre et la leur.

Le temps simple, ordinaire serait-il fini, passé, terminé ?

Les tendres années, une boutique devant laquelle je  passe depuis deux ans, depuis le 13 novembre, résonne différemment. Leurs tendres années, elles sont restées sur les terrasses et dans la salle de concert ou dans la rue ou encore au stade.

Une semaine après, un verre en terrasse ou à l’intérieur comme avec Huguette et Victoria, détendues et heureuses d’être là presqu’étonnées de se sentir bien, insouciantes.

Plombés, assommés, ensuqués, nous l’avons été ; terrasses cours ou jardins la vie nous est comptée-on le savait- mais dorénavant, elle sera-elle est-, plus précieuse encore et on savoure l’instant.

Ni sourds ni aveugles mais calmes et toujours ouverts c’est à dire pas systématiquement soupçonneux.Ce doit être la résolution.

Les jours qui ont suivi, je n’ai pas entendu de la même manière le croassement des corneilles. Les plaintes des mouettes étaient différentes, à mes oreilles.

Et puis, les jours passent, les semaines aussi et l’on a envie de se retrouver, de prendre soin de soi et des autres, envie de douceur ou de poires au vin des chemins de Carabote comme nous en avions mangé plus tôt avec H et C. ou de crêpes à partager.

On devient même un peu bizarre : On se surprend même à parler doucement aux choses, à effleurer tel livre et comme  après un chagrin, de se consoler chacun à sa manière avec la lumière du jour dont il faut s’accommoder, les petits riens de la vie ordinaire.

Le bruit rend sourd et du bruit ou des déflagrations tant physique que mentale, il y en a eu beaucoup ces derniers temps.

Comment combattre Daech et s’unir aux pays du Moyen Orient avec lesquels nous avons des intérêts économiques et dont chacun d’entre  eux a le sien propre, ajouté aux différents courants religieux? Comment confédérer des pays tels que Irak, Turquie, Iran, Arabie Saoudite et Qatar qui se mènent une guerre sourde? Ces liaisons dangereuses comme titrait un numéro de Courrier International, qu’entretiennent nos démocraties avec leurs dictatures –pour certains des pétromonarchies-, pour tenter  de sauver notre sécurité. Nous y voici.

La Russie est habile et profitera de tout, nous dit-on. Nous avons oublié que Khadirov le président Tchétchène choisi par Poutine et qu’il soutient toujours,  a imposé la charia dans son pays. Cela n’a pas l’air de  déranger tant que cela.

Exterminer les mécréants, soumettre les modérés et installer le chaos en prospérant sur le marché des antiquités et du pétrole volé, c’est la voie de Daech. Qu’elles que soit l’origine de ces violence et cruauté inouïes, la frustration, nos politiques ambiguës, la partition de la région dès les années 20  par la France et la Grande Bretagne, soit tout ce que nous lisons ou entendons et qui est un fait,  détruire Daech par les armes uniquement ne réglerait pas le problème. L’idéologie de la secte totalitaire continuera à vivre. D’après ce que je lis, tout comme vous, je suppose, tout est écrit dans leur publication de propagande et ils mettent à exécution un programme. Comment les combattre de façon durable ?

Et si on parlait d’autre chose… les élections régionales en cours confirmant la progression d’un Front National au programme dangereux, le problème du climat pour lequel les dirigeants de la planète sont réunis devraient faire baisser de 2 degrés la température afin que les côtiers du Bengladesh n’aillent grossir les bidonvilles de Dakka où se trouve Bruno, ancien collègue d’Huguette;  Et ce n’est qu’un exemple.

Pour parler vraiment d’autre chose tout en restant vigilant, ouvert et résistant, la littérature, peut-être.

Les livres consolent.

Lisez donc chez Actes Sud de Régine Detambel Les livres prennent soin de nous. Un régal!

Je viens de relire Nouvelles Orientales de Yourcenar, avec beaucoup de plaisir- quelle écriture- et cette nouvelle, L’homme qui a aimé les Néréïdes où l’ombre de la mort plane mais l’amour est plus fort que tout, a attiré davantage mon attention.

Dans une île grecque, le jeune Panégyotis, pas celui du Petit Journal de Canal mais celui de Marguerite Yourcenar-, est devenu idiot et muet pour ne pas révéler un secret;  « …Il est sorti du monde des faits pour rentrer dans celui des illusions… » Il a vu et est tombé sous le charmes des Néréïdes, sortes de nymphes de la forêt. Il a vu la nudité des femmes.

Sinon pour aller vers cette fin d’année en retrouvant un peu de douceur, ainsi égrenées, Les règles de la maison,  indique la liste sur le mur blanc de la cuisine de jeunes trentenaires, amis.

Vivre, rire beaucoup, être heureux tous les jours, aimer…

Depuis hier, sur le principe de « flash mob » et jusqu’au 19 décembre, avec l’ensemble vocal des Hauts-de-Seine, nous chantons à Clichy  à six reprises,  une dizaine de minutes surprenant ainsi les passants ou les clients.

 

ELB

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