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Le Greco en notre temps.

Novembre 2019.Les champs Elysées.

Cétait ce mercredi de novembre un bel après midi ensoleillé ou presque. Paris dès la gare du Nord comme souvent me parut sale quoique un peu moins en remontant les Champs Elysées depuis la place de la Concorde jusqu’au Grand Palais. Navrantes décorations sustentues au mât des platanes: du « achetez-donc » en guise de friandises et d’invitation aux orgies de Noel… Et un bruit énorme, envahissant bien que les Champs soient tranquilles à cette heure,le brouhaha de la ville en effervescence que les jardiniers armés de souffleurs pour feuilles surpassent avec frénésie .J’attendais C. Nous allions profiter de son passe double pour visiter l’exposition du Greco.

Portrait .Fray Hortensio Félix Paravicino;113/86 Le Greco. Photo Wikipédia
Fray Hortensio Félix Paravicino;113/86. (Wikipédia)

Entrer était comme un gage de sécurité,de calme, tant la peinture,art du silence par excellence ,sait y inviter. Déception: il y avait foule. Si je n’apporte que quelques photos c’est qu’il fallait louvoyer entre les groupes , presque jouer des coudes, attendre pour éviter le cadrage sur les dos au premier plan ,tout cela en prêtant attention aux remarques souvent élogieuses admiratives, étonnées, .De plus j’oubliais de régler mon appareil et il devait me restituer des images au chromatisme désuet à mille lieux du chromatisme éclatant des toiles proposées .Elles me rappelèrent par leur ton assourdi celles du livre de la collection Les grands peintres de 1967 chez Larousse qui m’avait aidé à aimer le Greco . Moins net est mon souvenir des œuvres vues dans ma jeunesse à l’Escorial, palais construit par Philippe II, contemporain et parfois mécène du Greco . Idem pour celles vues au Prado à Madrid,. J’avais eu aussi la chance de découvrir par deux fois l’ Enterrement du comte d’Orgaz à Tolède. Passée la porte de l’église de san Tomé sur la gauche trône la toile .Deux fines mains blanches voletaient dans un noir profond et peut être y avait – là quelque symbolisme qui’ échappa à la naïveté de mes dix huit ans mais elles m’avertirent pour la vie de ce que devait être une oeuvre.

Le christ roi. Louvre

Nous eûmes beau regarder autour de nous ,pas un enfant,et un seul groupe de quelques lycéens pilotés par leur professeur. Mais des têtes blanches oui, des vétérans du circuit culturel, des en-fauteuils-roulants , des copines de retraite comme nous. Une foule bien blanche au féminin et masculin, bien vêtue ,C’est un sujet dont nous discutons C.et moi, celui des ségrégations provoquées par le choix d’un spectacle, d’un lieu à voir,d’un concert, d’une activité avec la création de groupes uniformes ,presque communautaires. Les rassemblent l’âge, les origines, le milieu social, la couleur de peau. S’il est vain de polémiquer sur ce sujet j’aimerai voir partager l’émotion et l’intértêt suscités par les oeuvres d’un Greco au moins auprès des plus jeunes .

Détail de la Vision de saint Jean .

Mais qui a-t-il de compréhensible d’attachant à notre époque dans ce genre de peinture? Les élogieux flattent la luxuriance des couleurs, la performance des compositions, la provocation des mises en scènes, comme ces foules palpitantes,bavardes qu’il oppose aux personnages arrêtés dans des danses poétiques et excessives . Ils reconnaissent chez ce peintre du jadis la liberté des touches,du travail en giclées ,des frottages et autres astuces que pratiquent nos contemporains..

Ce peintre après la gloire à la fin de son siècle, le dix-septième, tomba nous dit-on dans l’oubli. En Espagne la Génération du 1998 le remit sur le devant de la scène. J’aime à nommer Azorin, Valle-Inclan,Miguel de Unamuno,Machado, Baroja tous pour moi souvenirs contemporains de mes sorties à Tolède. Dans les années soixante en France on l’aima parce qu’on le qualifiait de surréaliste . Dali le copia, cela se perçoit devant ses christ en croix. Cocteau le révéra. Cézanne s’était emparé de ses corps modelés en gris et bleu pour ses baigneuses…

Les perceptions changent avec les époques. Aujourd’hui c’est plus le romantisme des paysages à peine esquissés ,celui les nuées fantastiques , des expressions extatiques, l’exagération, le mysticisme et à l’opposé le dépouillement des portraits lui aussi comme un appel au silence ,à la méditation qui semblent toucher. La poésie des gestes aussi . L’aspect religieux ,expression de son siècle ne peut plus être la seule lecture proposée. Il est pourtant l’armature de l’ensemble.

Je parlais récemment sur ce blog de l’exposition de Francis Bacon au centre Pompidou. Il n’est pas difficile de rapprocher les deux peintres . L’un a joué de la mise en scène en triptyque; de la déformation , de la perfection des couleurs, de la puissance de l’essentiel tout autant que son aîné. Le vivant que nous sommes,un peu éberlué dans et par son époque trouve chez les deux les échos qui l’intéressent et méconnaît d’autres créations tombées en désuétude.. GHV

La dame à l’hermine du Gréco ou le carnet de Françoise.

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Nos lecteurs savent que mes carnets de croquis servent de support aux illustrations de ce blog . Françoise ,spinassienne, presque une voisine ,tient elle aussi un carnet. C’est un carnet d’aquarelles ,de copies minutieuses  de portraits qu’elle choisit dans l’un des ouvrages de sa bibliothèque à cause me dis-je de leur formidable puissance et présence. Je crois situer le début de cette entreprise au mois de septembre lorsqu’elle vint travailler avec Guillaume à L’AAP. Nous feuilletons chaque fois , l’écoutons sur le pourquoi de ses choix, mesurons les progrès, exprimons nos sensations. Je l’imagine  travaillant dans le calme de sa chambre en soupente dont la fenêtre  surplombe les rosiers du  jardin ,protégée par  ses livres , oubliée du dehors.

 

De la douzaine de doubles pages de Françoise je donne à voir aujourd’hui ces deux visages  tous deux du Gréco (Domínikos Theotokópoulos  ,  le grec de Tolède) . Ils m’ont rappellé combien me touche cet art si généreux, à la limite entre folie et sublime, ces tableaux ou l’homme déverse sa fragilité et sa force.

Cézanne a peint une interprétation de cette oeuvre du Gréco pour en avoir vu au moins une reproduction . Peut-être quelque chose dans les ténèbres du lumineux de la carnation, de la douceur de la fourrure telle  un tendre et doux écrin à l’intelligence dure et à la défiance du  regard, de la presque insoutenable détermination qu’il dégage, quelque chose donc de si particulier a-t-il arrêté le choix du peintre d’Aix? C’est une énigme car il  y a chez Cézanne une dimension plus amère et plus anecdotique, la chair et son poids , la sensualité aussi -mais celle d’une  réalité brutale- plus que la beauté excessive et baroque du peintre maudit (?) de Tolède.

http://averyvisiblearena.blogspot.com/2013/12/sofonisba-anguissola-1580-paul-cezanne.html    car le lien propose les  tableaux du Gréco et de Cézanne .

Dans le carnet de Françoise  il y a aussi du Gréco le détail du visage de Marie Madeleine pénitente visible au musée des beaux arts de Budapest . Patricia à le voir se récrit: « ça je ne peux pas ». Quelque chose dans l’expression  la dérange. greco

La  Sainte Madeleine pénitente se trouve au musée des Beaux Arts de Budapest. Plus de blondeur , de douceur, de volupté dans le tableau mais j’aime sur le papier cette harmonie nacrée des gris et rosés, le cadrage sur le seul visage et la main qui explique tant l’élan , l’intériorité, la sensualité. Madeleine la pécheresse, entendez prostituée, Madeleine qui connut le Christ  est représentée pénitente (vision d’homme bien sûr) mais au combien aguichante (vision d’homme encore.) avec sur les genoux le crâne symbole de toutes les vanités et le regard tourné vers les cieux ce qui curieusement me renvoie au souvenir de la sainte Thérèse D’ Avila du Bernin. En France Georges de la Tour peignait lui une Madeleine  plus familière, plus réelle , le crâne sur les genoux et les yeux baissés , fascinée par la flamme d’une bougie. Toutes deux s’interrogent. Au delà du contexte religieux que l’on ne peut éluder, au delà des intentions dogmatiques, persiste pour nous l’ humaine interrogation : à quoi oblige   la reconnaissance   des fautes accomplies et reconnues?

Je comprends que  Françoise ait repris puis insisté sur quelque chose de particulier , de fondamental , et m’ait obligé à m’interroger  et c’est aussi ma contribution à la réflexion d’Evelyne hier: https://trainsurtrainghv.com/2016/06/17/la-beaute-sauvera-le-monde/. GHV

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Agnès: du jour et d’Internet …

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Détail  de la Vierge et l’enfant avec Sainte Martine et sainte Agnès. Domenikos Theotokopoulos.

Page dédiée à Clhoé C.

Que vous soyez  chaste, en couple, atteint de TOC (exactement de la  manie de la propreté)  , de sexe féminin et jeune et de plus victime de viol , ou séminariste  du  vénérable collège capranicien, ou agriculteur , céréalier ou jardinier, scout de  France, otage chez les barbaresques  votre sainte patronne est sainte Agnès. Agnès signifie pure.

Donc ma patronne puisque je suis en couple, et si pour une des raisons citées dans la liste c’est la vôtre   vous avez comme moi  consulté  une encyclopédie sur Internet et découvert que Sainte Agnès pourrait être proposée pour un scénario de film pervers, violent ou d’horreur.. D’entrée imaginer le décor glauque au possible d’un lupanar avec fillettes à disposition d’atroces vieillards . Découvrir ensuite la Rome du IIIème siècle, ambiance péplum, puis une Agnès enfant, pieuse(chrétienne) ,candide, naîve , lumineuse à souhait mais dotée d’un caractère  bien trempé . Enfin gros plan sur le monstre : le préfet tout puissant, silencieux et cruel, payen, mais fondant de compassion pour son fils lubrique et débile lequel veut à tout prix la vierge .

Donc  1: Très jeune vierge sublime, 2: Préfet (le pouvoir),peu fiable, cruel. Faire monter l’angoisse sur base de chantages, de propositions de tortures ( nudité, exposition à la foule, lupanar, ou bûcher ), laisser baisser la pression grâce à quelques miracles relevant de la science-fiction ( pousse de cheveux houppelande entre autres).Mixez  science fiction et spiritualité…mitonner le happy-end : elle meurt enfin égorgée mais satisfaite, martyre.

J’ai donc consulté  Internet pour me familiariser avec les bonnes recettes du film d’horreur. J’y ai aussi appris que l’on ne sait rien de cette enfant si ce n’est qu’elle a réellement existé et qu’elle est morte égorgée (très bon pour le film la scène du couteau) à treize ans par fidélité au Christ. On peut imaginer plusieurs scénarii.

J’ai cherché Agnès- sainte- du- jour-21 janvier -après avoir  pris hier soir un rendez-vous pour la sainte Véronique -4 février- et joint un fichier de la superbe sainte  du même nom du Gréco exposée au musée Santa Cruz de Tolède. La réponse que j’en ai eu m’ayant amusée j’y ai trouvé aussi matière à réflexion. Peut-être aurez-vous qualifié d’ironique le ton de mon billet mais il veut mettre l’accent sur cette permanence du fragile  corps féminin, de l’effroi  qu’il suscite depuis le début des temps et de sa permanence. Et ceci véhiculé par le religieux qui est un char doté de roues redoutables et efficaces vous en conviendrez..

Voici par ailleurs un site méditeraneen-corse  qui  propose une belle reproduction de  la Véronique du Gréco

http://elizabethpardon.hautetfort.com/archive/2011/11/27/le-voile-de-veronique-el-greco-suite.html

GHV

PS/ à partager avec toutes les Agnès.