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Ferrante Ferranti ou les pierres sauvages

maison neuropeenne de la photographieDeux « voyageurs »…

Samedi 29 juin: rue de Rivoli à Paris: le quartier résonne des sons de la gay-pride. Deux destinations cet après-midi là, d’abord à Beaubourg  pour une rapide visite à l’exposition d’Hantai sur laquelle  j’ai peu à dire puis à La maison européenne de la photographie , 5-7 rue de Fourcy, non loin de la Seine…Je me faisais une joie, avertie par un ami, d’y rencontrer Ferrante Ferranti qui y expose près de 130 œuvres et il n’était pas là…

Découverte des formats carrés  dont il nous avait annoncé le travail lors de l’exposition d’Enghien , redécouverte des cadrages lumineux, contrastés , si purs sur les œuvres du Perugino,  la statuaire antique, les rivages méditerranéens , les architectures cisterciennes, les ruines.  En noir et blanc . Communion avec  le livre de l’architecte Fernand Pouillon : Les pierres sauvages  . Que chacun fasse la lecture de ce journal (fictif) d’un jeune  moine ouvrier de l’abbaye de Thoronet terminée en 1176,et il se forgera un regard sur la l’harmonie des formes liée à la nature « sauvage » de la pierre et à la simplicité. Ferrante Ferranti a une vision baroque du monde, sublimant l’essentiel pour mieux le donner à voir et pour obliger  à penser…Si vous êtes lecteurs de Dominique Fernandès peut-être connaissez-vous déjà ses clichés , notamment dans Mère Méditerranée (Grasset)?

C’était donc la première partie, familière…

Rencontres et Empreintes du passé . Notre homme voyagedeux autres salles accueillent des images si clinquantes que saute aux yeux l’évidence du choix de  la couleur pour traiter de l’ Inde et de l’ Amérique du Sud, plus que pour l’ Afrique du Nord musulmane  où l’atmosphère meditéraneenne retrouve ses pouvoirs d’ascèse et de pureté et oblige  FF.  au noir et blanc. Bruno Plasse. qui m’avait signalé l’exposition et qui avait accueilli en Inde notre photographe voyageur ne m’avait pas averti de ce formidable parti pris de la couleur .Et il tient de l’auteur que  noir et le blanc s’ajustent au passé alors que l’actuel, le vivant se pigmentent ….

La quête est la même lorsqu’il s’agit de fixer ruines, pierres et silhouettes, instants fugitifs et lumière et ombre mais l »étonnement grandit en découvrant les « visages » du Christ du Chemin de croix de Antonio Francisco Lisboa : la polychromie lisse de chaque expression accentue l’intensité des expressions, , la répétition éprouve la sensibilité…. J’imagine ce que fut l’émotion de l’artiste découvrant au Brésil,    dans la pénombre des chapelles du sanctuaire de Congonhas do Campo , les sculptures d’un baroque cette fois-ci plus délirant , intense , efficace, en fait de style rococo mais à nul autre pareil  . Elles sont du XXVIIIème siècle, oeuvres en ronde-bosse taillées dans le bois par  Antonio Francisco Lisboa,  qu’une sorte de lèpre privera de ses mains…

Je reviendrai volontiers voir l’exposition pour mieux ressentir les visions de l’Inde toutes aussi chatoyantes et signifiantes.   Elle interroge sur le culturel et le religieux. Chaque continent influencé par le passé, le paysage, les matériaux, les ciels semble avoir développé une manière d’investir le spirituel .Invitation en effleurant superficiellement chaque chose à la pénétrer jusqu’au plus profond. GHV