Tag Archive | Gramat

Evelyne

Maintenant: femme en marche. Gouache

                    Epinay sur Seine le 31/03/2019

Comment vas-tu? Je t’imagine assise sur ta terrasse, à tort certainement car à cette heure ci le mur de la maison ne doit pas permettre de s’y tenir à l’abri du soleil. Me voilà depuis plus de huit jours rentrée sur Epinay. Les trois semaines passées dans le Lot   nous ont permis sans mots inutiles de faire le point: nous avons toutes deux délaissé le blog, une sorte de rupture que nous ne expliquons pas.. Ce n’est ni lassitude ni désamour. Faut-il persévérer? Je ne me pose même pas la question d’un devoir. Un blog n’est pas fait pour enchainer.Trop d’idées qui se précipitent et un manque de clarté, un état de confusion… 

Peut-être aussi l’impression de parler dans le vide..Je laissais  le temps filer  sans culpabiliser. Aujourd’hui je t’écris ,je reprends à la suite de trois de tes haikus de…janvier à mars!

La situation est nouvelle et devrait se percevoir dans nos billets puisque  te voilà installée en presque rase campagne, de retour au bercail sur notre région d’origine et moi demeurée , ancrée, sur ma banlieue,  choix de vie totalement consenti pour chacune . Tu m’as dit: » j’ai essayé de t’inviter à réagir à la formule « moi rat des champs et toi rat des villes… »Tout cela collant parfaitement avec notre « about », notre « à propos du blog », tel que l’envisageaient dès le départ les deux rats des champs émigrés a la ville et presque voisins que nous étions .

Donc quelques mots de ce retour ici. La semaine a passé bien vite entre tracasseries et petits faits savoureux. Au fil des rencontres et des conversations tenues au téléphone avec les amis à qui l’on annonce notre retour  l’on apprend le vol  des hamacs récemment installés en bord de Seine,  les relations embrouillées et les chamailleries à démêler dans notre entourage. L’on devine chez un autre quelque fissure ou chagrin . Fr. partie sans avertir au Maroc m’appelle en vidéo. A la  soirée musicale au PMO d’Orgemont où C. t’avait dit devoir jouer on a évoqué le décès et célébré la mémoire d’une princesse du rock locale asphyxiée au monoxyde de carbone. Quelques achats à gérer, de la paperasse, l’exposition à préparer pour la librairie Antipodes à Enghien. Nous avons gardé le « petit », J’ai rêvé en fixant la couleur du ciel et des immeubles qui se la jouent scandinave en gris et bleu tendres dilués dans une buée de pollution, bien loin du pur bleu lotois. Parce que pendants quelques jours et comme d’habitude à chaque retour l’appartement joue les prisons  j’ai trainé dans les rues, dans les parcs,, avant de subir le flot des informations, car ici j’écoute la radio , je  suis les infos alors que « là-bas » j’ai plutôt tendance à m’endormir devant l’écran . De retour dans mon atelier j’ai retourné mes toiles et mis de côté celles qui me fâchent  .

Au cours d’une de mes balades j’ai retrouvé les abeilles. J’ai reconnu sur le remblai des berges de Seine, plein ouest , le bourdonnement d’une petite colonie d’ abeilles de terre que j’avais déjà remarquée l’an passé. Maintenant elles vibrent et s’activent par milliers à ras du sol où elles s’insèrent dans les trous minuscules qu’elles ont aménagés , d’où elles émergent pour butiner chaque fleur même la plus modeste , si nombreuses que leur résille mouvante pourrait inquiéter mais j’ai appris qu’elles n’ont pas de dard. pas d’essaim, pas de vie de groupe. Elles se nourrissent directement du nectar et du pollen des fleurs et  ne fabriquent pas de miel. Par contre elles pollinisent les arbres alentour et font l’ordinaire  des oiseaux…

Je sais que tu as préparé un article. J’attends et t’embrasse .A bientôt.

Huguette.GHV

Illustration: Maintenant. GHV

Marcovaldo et le perce-neige.

perce-neige

Hier Evelyne (ELB) depuis sa campagne écrivait:

Bourgeons des fourrés

Perce-neige dans les travers

Perles du printemps.

J’ai filé au parc de la Chevrette, ai prélevé quelques clochettes. Ici aussi elles fleurissent, plus lourdes, plus citadines que celles sauvages et graciles des sous-bois de Padirac, entre Bagou et Matthieu. Je fais là mon Marcovaldo, le bon homme d’ Italo Calvino que je découvris parce qu’un  prof de français l’avait donné à lire à mes filles au collège Robespierre. Comme lui à chaque saison je déniche dans cette ville ce qui subsiste de sa ruralité d’autrefois, je recherche ce que m’évoque souvenirs d’enfance, plantes, arbres, oiseaux, animaux, personnes, j’évalue à l’aune de mes connaissances de provinciale l’aspect des toitures, les bâtisses, la vie du courant en bord de Seine,la lumière du jour au fil des saisons, comment évolue le paysage , les gens aussi.

Il y a des années un renard traversa sous mes yeux l’avenue vers Saint Denis. La semaine dernière j’ai surpris sur la pelouse mon premier écureuil, mais je ne m’étonne plus du cri et du vol des perruches exotiques devenues familières dans les platanes du stade; j’attends le retour du hérisson, je m’impatiente de ne pas connaître pourquoi ce gars squatte l’entrée de l’immeuble tous les soirs son portable à la main. En province tout le village en eut déjà fait une affaire urgente .

Mon bouquet s’est voulu respectueux du code des parcs d’Epinay: on ne cueille pas. rien à voir avec ceux énormes que mes mains  d’enfant tentaient de contenir .

« C’est quoi.? »m’a demandé un enfant à la poursuite de son ballon.

-« Un perce-neige, la fleur de l’hiver ».Mais il file déjà. Au -dessus du remblais passe interminablement un train chargé de voitures. J’ignore si à six cents kilomètres de là  la gare de Gramat gardera son arrêt si les manifestations qui eurent lieu en leur temps ont porté leur fruit. GHV

PS:J’ai trouvé sur un blog cet article sur Marcovaldo

http://colimasson.over-blog.com/article-marcovaldo-1963-d-italo-calvino-122168826.html

Aller-retour.

padirac

Deux journées pleines et ce dont je laisse ici une trace, des mots:

1: De longues heures de voyage le train lancé dans le paysage d’hiver de Paris à Gramat, et des lointains frileux découverts au travers des  moucharabiehs légers des sous-bois dénudés. Aller,retour .

2- Pour se reposer du panorama qui fuit derrière la vitre relecture de Trois histoires de J.M. Coetzee . J’aime tant l’évocation de la maison « aimable » dont il a fait l’acquisition en Espagne, celle de la ferme de sa famille (en Australie si je ne trompe)et son analyse sur la régression du monde rural , celle  de l’île disparue de Robinson Crusoe , trois histoires autobiographiques sur un passé révolu,tant appréciées donc  que je les apportais à Evelyne sûre qu’elle aimerait aussi et l’ écriture ciselée et les thèmes…

Le livre je l’avais eu par Nathalie d’Epinay : »un auteur à découvrir. Tu me diras ce que tu en penses « . De ma part en échange elle avait reçu Les trois chevaux d’Erri de Lucca  qui lui me venait d’Evelyne . Echange de bons procédés…

3:-Et  Evelyne chez qui je loge pour une nuit dit »je n’ai aucune imagination ». « Moi aussi » me répète mon esprit. Nous avons donc en nous ce manque qui nous oblige à ressasser sur le réel.

4:-Il y eut la visite au funérarium par la belle après midi ensoleillée du dimanche , puis le lundi tous ceux du Bastit réunis et bien plus encore  dans l’église minuscule où ils ne pouvaient contenir,  un lundi de froid et de crachin  et la descente au cimetière. Claudine avait perdu sa mère . J’éprouvais un chagrin un peu fou et un sentiment de paix qui s’accordait-mais comment vous expliquer cela,- à ce jour si maussade d’hiver. La campagne nous cernait ,  minérale, grise, presque en noir et blanc , avec quelques touches de rouille, aussi ascétique que la bure d’un moine, mais curieusement accueillante. Le retour à la terre, à la nature. J’observais Claudine. Je mesurais sa peine et songeait à cette amitié qu’elle m’avait accordée sans défaillance aucune depuis plus d’un demi siècle.

Evelyne(ELB) a reporté sur le livre d’or placé devant l’église l’ haïku qu’elle avait écrit à la mort de mon beau père et que j’aime tant:

Le souffle s’est tu

Dans le silence des nuits

Au ciel sans limite.

GHV