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Francophonie 6/6

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La Francophonie, c’est fini et le salon du livre aussi !

Une semaine c’est trop court et trop long à la fois donc, forcément, il y a les oubliés : ceux de Nouvelle-Calédonie, les invités du Salon du Livre : les écrivains Roumains d’expression française. Mais il y a aussi des Polonais, quelques Bulgares, Albanais qui écrivent en français (l’Albanie fait partie de l’OIF à la faveur d’un passé commun et il existe en direction de pays d’Europe orientale et centrale, différents partenariats).
Bien évidemment, le français n’y est pas langue officielle mais suffit-il qu’un pays l’ait comme langue officielle ainsi que quelques pays d’Afrique pour qu’il y vive. Pour certains de ces pays, il n’est utilisé que par 10% de la population. C’est la langue de l’administration. Où est donc son avenir ?
Au Qatar ??? Savez-vous que le Qatar depuis octobre 2012 est membre de l’OIF (Organisation internationale de la Francophonie). On peut se demander quelles sont ses motivations .

Et s’il n’y avait qu’un livre à lire ? Tenez, pas si loin de chez nous en Suisse…

L’Usage du monde. 1963 Librairie Droz de Nicolas Bouvier, écrivain suisse qui voyageait beaucoup car je ne crois pas qu’il se soit présenté comme écrivain voyageur. Il est mort il y a une dizaine d’années. Vous le trouverez dans la petite Bibliothèque Payot .Et vous y aurez aussi les dessins de son compagnon de route, Thierry Vernet ami peintre. Sur les routes avec leur 2CV de 1953 à 1954 entre Asie, Méditerranée orientale, Balkans : Paysages et êtres humains à leur rythme comme un éloge de la lenteur.
Tout Bouvier est en poche (Payot et Folio).
Rare et précieux écrivain qui pratiquait le voyage comme « un exercice de disparition ». Une leçon de vie : « Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu’il se suffit à lui-même. On croit qu’on va faire un voyage, mais, bientôt c’est le voyage qui vous fait, ou vous défait ».

Retournons aux expressions, volontairement absentes du dernier article bien long ; après quoi nous irons dans quelques îles de l’Océan Indien.

Expressions antillaises:
– Makak pa ka janmen twouvé ich-li lèd. Littéralement : Le macaque ne trouve jamais ses enfants laids. Équivalent du proverbe français : L’amour rend aveugle.

– Sa ki fèt, fèt. Mot à mot : Ce qui est fait est fait. Autrement dit, il faut accepter les choses telles qu’elles sont
.
-Sé grenn’ diri ka plen sak diri. Mot à mot : Ce sont les grains de riz qui remplissent les sacs de riz.
En d’autres termes, les petits ruisseaux font les grandes rivières.

– Bèf douvan bwè dlo klè. Mot à mot : Le bœuf devant boit de l’eau claire. (Sous-entendu que ceux qui sont derrière boivent de l’eau sale.) Signification : Les premiers arrivés sont les mieux servis.

– Elle est maquerelle. (On a tendance à orthographier le mot comme en créole : makrèl. Il peut également être utilisé pour les hommes.) Traduction : Elle est commère. Le terme makrèl est très employé là-bas. Et pour cause, le commérage (makrélaj) anime tous les quartiers. Et c’est un Antillais qui le dit.

– J’ai pris sommeil : je me suis endormie.
-Sa pa chè : ce n’est pas cher.
-Pa ni pwoblèm : Il n’y a pas de problème.
Quelques mots :
– sirè : se dit d’une personne (notamment un enfant) turbulent, espiègle ou alors simplement embêtant, contrariant voire pénible. De manière maladroite, les enfants ont tendance à utiliser ce terme lorsqu’ils s’expriment en français :  » Tu es ‘cireur’ hein ! « , pour signifier que l’interlocuteur importune, dérange.

– zorèy : mot qui vient de la Réunion et est employé également en Nouvelle-Calédonie, désignant un étranger, un métropolitain. Le sens exact de ce terme est incertain. Il existe une version selon laquelle le métropolitain tendrait l’oreille face à une population parlant créole ; langue étrangère à celui-là.

– potomitan : désigne, de manière générale, la femme antillaise capable de supporter tous les fardeaux de la vie quotidienne. De fait, c’est la mère forte et courageuse qui, tel un pilier, soutient les fondements de son foyer pour le bien-être de sa famille.

Expressions réunionnaises:

-Quand z’enfant lè malade y faut donne un bonbon la fesse.

– Un femme pareil un bon rougail la morue, lé bon le jour meme mais le lendemain la fini gaté.

– zorèy : comme ci-dessus, désigne un étranger, un métropolitain.

L’océan indien avec la Réunion, Madagascar et Maurice.
La présence du français dans ces trois îles, est bien évidemment liée à la colonisation. Les nombreuses vagues d’immigration : européenne, indienne, asiatique, ont dessiné une mosaïque et un paysage littéraire divers.

Quelques écrivains et lectures possibles:

Michèle Rakotoson est née en 1948 quitte Madagascar en 1983 pour la France où elle vit. Sociologue et professeur de lettres malgaches, elle est aujourd’hui journaliste à la radio (RFI et France Culture) et à la télévision (RFO). En 2012, elle a reçu le grand prix de la francophonie, par l’Académie française, pour l’ensemble de son œuvre.
Fondatrice du projet Bokiko, un projet d’incitation à la lecture et de relance de l’édition à Madagascar.
Dadalé. Carthala Recueil de nouvelles 1984.
le Bain des reliques. Carthala 1988.

Lalana. L’aube 2002. L’auteur raconte le parcours vers la mer de deux jeunes artistes d’Antananarivo dont l’un, malade du sida, n’a jamais vu la mer. Tout au long de leur voyage, ils sont accompagnés par des fantômes ancestraux, non sans une certaine révolte dans l’évocation des injustices du pays et la dégradation de son environnement naturel.

Juillet au pays. Elytis 2007 Récit : L’auteur revient dans son pays natal après des années d’absence et décrit Antananarivo comme une ville sans oiseaux, où les caméléons de l’enfance ont disparu comme les arbres.
-Passeport pour Antananarivo Elytis 2011 Parcourir les rues et ruelles d’Antananarivo, rechercher l’histoire qui se cache derrière la foule qui grouille et le silence des quartiers de la Haute Ville et plus proche, sous les yeux, la plaine encaissée et les marais asséchés.

Jean-Luc Raharimanana est né en 1967 à Antananarivo, nouvelliste et romancier au style poétique et violent, hanté par la misère vertigineuse et les peurs auxquelles essaie de faire face la société malgache contemporaine .Il décrit la corruption et la pauvreté qui sévissent sur son île, avec des rappels sur la douloureuse histoire du pays dans Madagascar, 1947, 2006 en racontant notamment la répression de l’insurrection malgache par la France colonisatrice. Il a aussi écrit des contes musicaux pour enfants. Il est présenté comme un bâtisseur de mémoire
Nour. Roman Le Serpent à Plumes, 2001
¬ –Le cauchemar du gecko. Vents d’ailleurs, Théâtre 2010. Critique RFI : « Au chaos s’oppose la révolte de la parole active, aux figures du pouvoir s’opposent celles de tous ces « gens de peu » qui peuplent les immenses territoires plus ou moins exploités, plus ou moins bafoués, plus ou moins méprisés…Les dieux, les dictateurs, les corrupteurs, les déclassés, les abandonnés et même le petit gecko de Madagascar, reptile souple et rusé, qui passe partout et ne ferme jamais les yeux. Tous participent à ce cauchemar « désespéré mais pas désespérant ».

La littérature de Maurice et de la Réunion s’illustre surtout par le roman historique avec entre autres le plus connus des écrivains :

Daniel Vaxelaire Réunionnais d’adoption et vosgien d’origine, est né en 1948 et choisit de partir travailler en tant que journaliste à la Réunion où il est resté.
Chasseur de noirs.1983, inspiré d’un personnage devenu légendaire : le chasseur Mussard a bien existé. Un jeune homme de vingt-cinq ans emprisonné à l’île Bourbon en plein XVIII me siècle nous raconte une histoire, la sienne : un blanc qui après avoir traqué les noirs et réalisant qu’ils sont très injustement traités et humiliés, finit, pris de remords, par se battre pour eux.
Il a écrit de nombreux contes notamment en littérature jeunesse. Il a aussi écrit récemment une BD :
Histoire de la Réunion 1939- 1974. Orphie Doyen 2012.

Marie-Thérèse Humbert est née à Maurice en1940, Mauricienne, vit en France depuis 1968. Ses livres illustrent cette même quête identitaire dont l’exil semble être une issue incontournable.
Tout est en en LP Hachette.
À l’autre bout de moi.1979 raconte l’histoire d’Anne et Nadège, qui sont face à leur choix : partir ou rester ; Anne quitte l’île comme l’auteur après la mort tragique de sa sœur. Elle dépeint la plupart du temps les relations complexes d’une famille et d’une société pluriethnique et multiculturelle.
Une robe d’écume et de vent. Stock, 1989. Ilse est une jeune fille solitaire et secrète qui retrouve sa mère, Helga à qui elle avait été retirée enfant. Mais qui est Helga ? Ilse peut-elle renouer les fils rompus du passé et de la vie ? Elle va enfin rencontrer l’amour, le vrai…

Comme un voile d’ombres. Stock, 2000. Louise Lorgeil, la narratrice est traductrice et vit seule en banlieue parisienne. Elle manque de confiance en elle. Sa rencontre avec une nouvelle voisine, Adeline, vivant avec un mari tyrannique et avec qui elle noue une drôle de complicité va semer le trouble dans la vie de Louise. Des ombres du passé vont resurgir.
Les galants de Lydie, Une enfance outremer. Nouvelles Seuil, 2001

Édouard J. Maunick, est né à l’île Maurice en 1931, s’installe à Paris en 1960 où il publie des articles pour Présence africaine et autres revues, est successivement en poste à l’UNESCO, ambassadeur de Maurice en République d’Afrique du Sud et au Conseil de la Francophonie jusqu’en 2001. Poète métis, critique et traducteur, il fut l’ami de Sedar Senghor et Mandela.
Anthologie personnelle : poésie. Actes Sud, 1989. « Nos aïeux venaient tous de quelque part ; nous avons pour mission de continuer leur exil dans un lieu devenu pays natal. » -Mandéla mort et vif. Silex, 1987.
50 quatrains pour narguer la mort ; Contre-silence. Seghers, 2006.
Elle & île : poèmes d’une même passion. Le Cherche midi, 2002.

La présence du français dans ces trois îles, est bien évidemment liée à la colonisation. Les nombreuses vagues d’immigration : européenne, indienne, asiatique, ont dessiné une mosaïque et un paysage littéraire divers.

Comme le dit Bertrand Marquer dans n° 7 de Constellations francophones :
« Les écrivains insulaires francophones de l’Océan Indien sont donc partagés entre un désir d’être autonomes et la nécessité, pour se forger une identité cohérente, de se concevoir comme morcelés, et fondamentalement autres. C’est, semble-t-il, dans cette dialectique entre l’Ici et l’Ailleurs, l’Identité et l’altérité, qu’il faut tenter de cerner les enjeux de cette littérature francophone, pour essayer de comprendre son utilité dans la formation de cet entre-deux du métissage ».

Merci à Fabrice pour toutes ces expressions et son aide précieuse.

ELB
Sources : lectures personnelles, critiques littéraires revues diverses et variées nouvelles et anciennes (Présence africaine, Courrier de l’Unesco, Lire, Le magazine littéraire, Page..) dictionnaires et encyclopédies sur le web.

Francophonie 5/6

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Les Caraïbes avec les Antilles et Haïti
« La langue française a la chance énorme d’avoir des territoires où on la réinvente, où on la nourrit, où on la dépasse… », confiait à un journaliste l’écrivain Erik Orsenna, au sujet de la littérature haïtienne.

L’idée de métissage de la langue et des cultures ainsi que l’appartenance commune aux Caraïbes et la proximité de leur combat sans pour autant s’enfermer, m’amène à les regrouper pour les deux derniers volets de notre balade en francophonie, le deuxième étant consacré aux trois îles de l’Océan Indien : Madagascar, la Réunion et Maurice.

Cette littérature Antillaise et Haïtienne, entre oral et écrit, créole et français, réel et merveilleux et en effervescence, regorge de pépites et de trésors cachés et de secrets ancestraux sans parler de la manière dont elle fait revivre dans le roman, le récit, l’autobiographie, le paysage terrestre ou marin avec ou sans mythes. Pour ma part, c’est sa poésie qui me fascine. Fortement marqués par l’imaginaire populaire et cette base culturelle orale, les auteurs Antillais, Haïtiens comme les Malgaches ou Réunionnais ou Mauriciens, se répondent d’un archipel à l’autre participant ainsi à cette grande symphonie du monde qui nous semble souvent bien chaotique.

Il est impossible de ne pas rappeler l’histoire de la colonisation tant le choix ou le non choix de la langue en découle.

C’est avec Aimé Césaire, et sa défense du concept de « négritude » dans son Cahier d’un retour au Pays Natal en 1939, qu’émerge la possibilité d’une littérature « antillaise ». A cette pensée d’émancipation succèderont d’autres étapes : Edouard Glissant resserre ainsi l’identité sur l’« Antillanité » dans les années 1960 ; puis, en 1989, le trio martiniquais Jean Barnabé, Raphaël Confiant, Patrick Chamoiseau participent à la création du manifeste de la créolité qui va influencer le milieu littéraire antillais et susciter l’intérêt du poète Haïtien René Depestre et du Guadeloupéen Ernest Pépin.
Patrick Chamoiseau, de manière moins extrême que Raphaël Confiant, développe aussi l’idée que : « … ce dont la littérature antillaise est l’expression poétique, c’est la conception d’un monde ouvert sur la diversité des cultures. Tout en conservant le souci de protéger des imaginaires populaires qui risquent de disparaître dans le mouvement de mondialisation »

Aimé Césaire est né en Martinique en 1913 et mort en 2008 à l’âge de 94 ans. Après son baccalauréat, il obtient une bourse pour partir poursuivre ses études à Paris, à Louis Le Grand. Il y rencontre Léopold Sédar Senghor, avec lequel il fonde, en 1934, L’Etudiant noir. C’est dans cette revue qu’Aimé Césaire emploie, pour la première fois, le mot qui, à lui seul, résumera son combat, tant littéraire que politique : la « négritude ». A la veille de la Seconde Guerre mondiale, il publie le Cahier d’un retour au pays natal, texte fondateur puis rentre en Martinique où il enseignera le Français. La guerre marque aussi le passage en Martinique d’André Breton. Le maître du surréalisme découvre avec stupéfaction la poésie de Césaire et en 1944, et rédigera la préface du recueil Les Armes Miraculeuses.

Invité à Port-au-Prince par l’attaché culturel de l’Ambassade de France, Aimé Césaire y passe six mois, donnant une série de conférences. Ce séjour haïtien aura une forte empreinte sur l’œuvre d’Aimé Césaire qui écrira un essai historique sur Toussaint Louverture (1743-1803), un esclave affranchi, chef de la révolte noire à St Domingue en 1792 qui se rallia à la France révolutionnaire qui venait d’abolir l’esclavage en1794.Général de Bonaparte et homme d’ Etat , il proclame en 1800 l’indépendance de Haïti (anciennement Saint-Domingue) et devient président. Bonaparte envoie contre lui les troupes du général Leclerc ; Il capitule à 1802, est emprisonné en France où il meurt.

Aimé Césaire veut faire prendre conscience au peuple noir de la richesse de ses racines. Il entre alors en politique à trente-deux ans en étant élu député communiste de la Martinique en 1946.Il devient le rapporteur de la Loi faisant des colonies de Guadeloupe, Guyane Française, Martinique et la Réunion, des Départements Français. Ce changement de statut correspond à une demande forte du peuple en attente de promotion sociale et économique.

Partageant sa vie entre Fort-de-France et Paris. Aimé Césaire fonde à Paris, la revue Présence Africaine, avec le Sénégalais Alioune Diop, et des Guadeloupéens Paul Niger et Guy Tirolien. En 1950, c’est dans la revue Présence Africaine que sera publié pour la fois le Discours sur le colonialisme. Les grands penseurs et hommes politiques français sont convoqués dans ce texte par l’auteur qui met à nu les origines du racisme et du colonialisme européen. Peu enclin au compromis, et révolté par la position du Parti Communiste Français face à l’invasion soviétique de la Hongrie en 1956, publie une « Lettre à Maurice Thorez » pour expliquer les raisons de son départ du Parti. En mars 1958, il crée le Parti Progressiste Martiniquais qui a pour ambition d’instaurer un « type de communisme martiniquais. Il prônera l’autonomie de la Martinique.

Parallèlement à une activité politique continue – puisqu’il conservera son mandat de Député pendant 48 ans, et sera Maire de Fort-de-France pendant 56 ans-, Aimé Césaire poursuit son œuvre littéraire et publie plusieurs recueils de poésie, toujours influencés par le surréalisme. A partir de 1956, il s’oriente vers le théâtre. Au total Aimé Césaire a publié de nombreux recueils des poésies mais aussi des pièces de théâtre et essais. De nombreux colloques et conférences internationales ont été organisés sur son œuvre littéraire qui est universellement connue. Son œuvre a été traduite dans de nombreuses langues .Ces écrits disent la soif universelle de justice.
L’écriture comme véhicule de la pensée, du combat lui fait d’ailleurs dire: « J’ai plié la langue française à mon vouloir-dire »

Discours sur le colonialisme – Suivi de Discours sur la négritude 1950 et 1955

C’est une attaque sans fard et une analyse de l’idéologie colonialiste européenne, qu’Aimé Césaire compare avec audace au nazisme auquel l’Europe vient d’échapper. Les grands penseurs et hommes politiques français sont convoqués dans ce texte par l’auteur qui met à nu les origines du racisme et du colonialisme européen. Rédigé en 1950, cet acte d’accusation contre la destruction, la brutalité, la violence inévitablement produites par toute forme de colonialisme, est l’un des textes les plus véhéments d’Aimé Césaire. … Aimé Césaire prend ses distances par rapport au monde occidental et le juge.
Ainsi, moins d’un an après le début de la guerre d’Algérie, il s’élève contre la torture infligée par l’armée française aux Algériens. Césaire critique violemment la position de la classe bourgeoise qu’il qualifie de décadente, car ne connaissant plus de limites dans le mal qu’elle commet au travers du système économique capitaliste.

C’est la première fois qu’avec cette force est proclamée, face à l’Occident, la valeur des cultures nègres. Ce texte témoigne du souci des hommes, d’une authentique universalité humaine.
Le Discours sur le colonialisme est suivi du Discours sur la Négritude, qu’Aimé Césaire a prononcé à l’Université Internationale de Floride (Miami), en 1987.

Poésie :
– Cahier d’un retour au pays natal Présence Africaine, 1939, 1960. Intéressant mais pas d’un accès facile.
Soleil Cou Coupé. Ed. K, 1948.
Corps perdu. (Gravures de Pablo Picasso) Fragance, 1950.
Ferrements, Seuil, 1960, 1961.
Les Armes Miraculeuses, Gallimard, 1970.
Moi Laminaire. Seuil, 1982. – La Poésie, Seuil, 1994.

Outre les œuvres poétiques citées ci-dessus, de nombreux essais et discours ainsi que quelques pièces de théâtre dont :

Lettre à Maurice Thorez. Présence Africaine, 1956.
Toussaint Louverture; La Révolution française et le problème colonial. Présence Africaine, 1961/62.
Et les chiens se taisaient, 1956 tragédie qui met en scène les drames de la décolonisation :l’ esclave qui tue son maître puis tombe victime de la trahison.
La Tragédie du Roi Christophe, 1963 tragédie qui connaît un grand succès en Europe et qui est l’occasion pour lui de revenir à l’expérience haïtienne, en montrant les contradictions et les impasses auxquelles sont confrontés les pays décolonisés et leurs gouvernants.

Patrick Chamoiseau né en 1953 à Fort de France en Martinique ; fait ses études en France et à son retour en Martinique s’intéresse à la culture créole, rejoignant ses camarades d’écriture et de pensée. Il publie son premier roman en 1986 et reçoit le Goncourt en 1992.
A la question de la journaliste Lemancel :
Votre écriture et votre rapport à cette diglossie (Créole/français) ont-ils évolué depuis vos débuts ? l’écrivain répond :
« La problématique de ces deux langues qui nous déchiraient, je l’ai posée, et en partie résolue, dans Solibo Magnifique, mon roman le plus apparemment « créole ». Depuis, mon langage a bien sûr évolué, jusqu’à devenir assez différent dans L’Empreinte à Crusoé. Ma langue reflète un cheminement, une trajectoire, née d’un lieu qui ne m’a pour autant jamais enfermé… ».
Pour aller plus loin, lire l’article de Anne-Laure Lemancel, pour le Site Lecteurs.com
Solibo magnifique, roman, Gallimard, 1988. Un conte haut en couleurs.

Texaco, roman, Gallimard, 1992. Prix Goncourt histoire moderne de son île sur trois générations.

Antan d’enfance 1990, Chemin d’école 1994 et À bout d’enfance 2005.Trilogie au travers de laquelle il évoque son enfance.

Un dimanche au cachot, roman, 2007

Quand les murs tombent ; l’identité nationale hors-la-loi ?, essai, 2007 avec Edouard Glissant suite à la décision du nouveau gouvernement d’instaurer un Ministère de l’Intégration. Davantage de détails ci- dessous avec Edouard Glissant.

Les Neuf consciences du Malfini, roman, 2009

L’intraitable beauté du monde – adresse à Barack Obama, essai, 2009, avec Edouard Glissant.

Manifeste pour les « produits » de haute nécessité, manifeste, 2010, collectif suite à la grande grève de 2009

L’Empreinte à Crusoé, roman, 2012

Maryse Condé est née 1937 à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe) part à Paris étudié les Lettres Classiques à la Sorbonne. En 1960, elle se marie au comédien Mamadou Condé et part pour la Guinée où elle affronte les problèmes d’un pays indépendant, depuis peu. Après son divorce, elle continue de séjourner en Afrique (Ghana et Sénégal notamment) avec ses quatre enfants. De retour en France en 1973, enseigne dans diverses universités et entame sa carrière de romancière. Elle vit aujourd’hui entre Paris et New-York.
« Ce qui est important c’est aujourd’hui, là où je suis ». Ne cesse de répéter cette grande romancière.

Après la publication de Ségou, son quatrième roman, elle rentre en Guadeloupe. Cependant, elle quitte bientôt son île natale pour s’établir aux USA où elle enseigne aujourd’hui à Columbia University.
Ses oeuvres principales sont :
Heremakhonon 1976,
Ségou (2 volumes, 1984-85),
Desirada (1997), Célanire cou-coupé (2000).

Maryse Condé, pour qui le devoir de mémoire en ce qui concerne l’esclavage est primordial, préside le comité pour la mémoire de l’esclavage, A ce titre, elle proposa à Jacques Chirac alors président de fixer une journée annuelle de commémoration de l’esclavage, chose qui fut faite en 2006, en choisissant la date du 10 mai.
Un de ses derniers romans :
En attendant la montée des eaux Lattès 2010: A la lumière du passé éclairer le présent Babacar médecin accoucheur la mère Haïtienne sans papiers meurt et il essaie de l’adopter en accord avec le papa Ils partent à la recherche de sa tante. C’est donc histoire du long voyage de ces trois personnages et l’histoire mouvementée de ce pays mythique pour les Antillais car il a vaincu Bonaparte mais le plaignent car en proie aux dictatures et catastrophes naturelles. Un héros avec « les pieds dans la vie » comme le qualifie pour : « A la lumière du passé éclairer le présent »

Raphaël Confiant est né en 1951 au Lorrain en Martinique, poursuit ses études en France à l’Institut d’Etudes Politiques. Il a également un doctorat en Langues et Cultures Régionales. Ecrivain reconnu tant en créole qu’en français (Prix novembre en 1991, Prix Casa de las Americas en 1993, Prix Carbet en 1994) et cofondateur avec Jean Bernabé et Patrick Chamoiseau du Mouvement de la Créolité, il est actuellement maître de conférence à l’Université des Antilles et de la Guyane et professeur honoris causa de l’Université Autonome de Santo-Domingo.
Pendant plus de dix ans il a écrit et publié en créole tentant de se réapproprier une langue dénigrée par le colonisateur. Défendre le créole est sa mission. Dans sa fébrilité, Il veut redorer le blason de la culture antillaise Pourtant, son ami Patrick Chamoiseau va le convaincre d’écrire en français. Il accepte. Mais pour arriver à exprimer de qu’il veut et transmettre un message, il déconstruit cette langue reflet d’une histoire douloureuse et l’a « créolise ». Néologisme ? Il est un auteur très prolixe et a publié onze textes en créole et quarante-six textes en Français.
Le dernier texte créole et les dictionnaires :

– Dictionnaire des néologismes créoles, 2001 .
– Dictionnaire créole martiniquais-français, 2007.
Moun-Andéwò a, 2012.

Quelques textes en français :

Le Nègre et l’Amiral, roman, 1988, Prix Antigone premier livre en français L’histoire se déroule aux Antilles, à l’époque du gouvernement de Vichy .
Le Chien fou et le Fromager, roman, 2008-L’Hôtel du Bon Plaisir, roman, 2009
La Jarre d’or, roman, 2010
L’Emerveillable Chute de Louis Augustin et autres nouvelles 2010
Citoyens au-dessus de tout soupçon, roman policier, 2010
Du rififi chez les fils de la veuve, roman policier, 2012
Rue des Syriens, roman, 2012-Les Saint-Aubert, L’en-allée du siècle 1900-1920, roman, 2012

Édouard Glissant est né en Martinique en 1928 et mort en 2011. Son parcours, tout comme celui des autres écrivains Antillais ou Haïtiens est long et très riche entre combats pour la liberté et la justice et d’autre part l’élaboration de son œuvre.
Ethnologue, philosophe et poète premier ouvrage en 1969 L’intention poétique hommage lyrique à sa terre et à son peuple. Après la dénonciation de l’oppression vient le discours marxiste qui appelle à la libération.
Il fonde avec Paul Niger en 1959 le Front antillo-guyanais et à cause de ses choix politiques il est expulsé de Guadeloupe et part en France où il va publier une pièce de théâtre : Monsieur Toussaint en 1961 avant de réécrire un roman en 1964 Le quatrième siècle. Après quoi, il rentre en Martinique. Dans les années 90 il devient directeur du courrier de l’UNESCO et professeur en Louisiane. Dans ces romans, la vie des ancêtres se mêle aux vies contemporaines dans une langue tantôt populaire tantôt académique, reflet d’un peuple mêlé et divers. Parce que, comme le précisent encore Glissant et Chamoiseau : « Aucune langue n’est sans le concert des autres. Aucune culture, aucune civilisation n’atteint à la plénitude sans relation aux autres ».
Ses romans n’évoquent pas que le passé mais aussi le présent de l’île. Pour preuve les deux manifestes parus en 2007 suite à la décision du gouvernement de créer un Ministère de l’identité nationale et en 2009 suite à une grande grève :
Quand les murs tombent – L’Identité nationale hors-la loi 2007, Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau
Manifeste pour les « produits » de haute nécessité, Martinique – Guadeloupe – Guyane – Réunion 2009 . Les droits d’auteur de cet ouvrage seront intégralement versés aux syndicats de la Guadeloupe et de la Martinique, afin de venir en aide aux salariés grévistes.
C’est l’occasion de revenir sur les idées qu’ils ont toujours défendues avec virulence et poésie, aussi. Ils dessinent ainsi un modèle économique alternatif au modèle dominant, dont Martinique, Guadeloupe, Guyane et Réunion offrent une caricature aggravée et dénoncent le libéralisme économique en appelant à une réflexion d’avenir.
Parce que, comme le précisent encore Glissant et Chamoiseau : « Aucune langue n’est sans le concert des autres. Aucune culture, aucune civilisation n’atteint à la plénitude sans relation aux autres ».

Sartorius: le roman des Batoutos, Gallimard, 1999.
Ormerod, Gallimard, 2003.
L’imaginaire des langues. Entretiens avec Lise Gauvin Essai Gallimard, 2010.

Comme pour Aimé Césaire, l’histoire s’impose.

René Depestre est né en 1926 à Port-au Prince en Haïti puis est arrivé en France en 1946 pour poursuivre ses études contraint pour des raisons politiques de quitter Haïti. Son premier recueil de poésie Etincelles avait été très bien accueilli, l’année précédente en Haïti. Il est remarqué par ses maîtres Haïtiens mais aussi par des écrivains comme Breton et Césaire. Il fonde la revue de La ruche soutenant le surréalisme et incitant le peuple à se soulever contre la dictature. Son second recueil de poésie paraît en 1946 Gerbes de sang. Il participa alors à la création du parti communiste Haïtien. A paris il fréquente les intellectuels du mouvement de la Négritude : Sedar Senghor, Césaire, Glissant et contribue à la fondation de Présence africaine et milite pour la décolonisation. Il est alors expulsé de France en 1950 et part à Prague où Il découvre les réalités du stalinisme. Devenu indésirable, il part pour Cuba –époque à laquelle il rencontrera Pablo Neruda, Jorge Amado- et y restera jusqu’en 1955, expulsé à nouveau. Il a découvert les réalités du stalinisme.
A nouveau en France en 1956, c’est une période de réflexion et d’échanges avec de nombreux écrivains .Il rompt officiellement avec le communisme et retourne l’année d’après en Haïti grâce à la chute du président Magloire.
En 1959, il rejoint la révolution cubaine et s’engage au côté de Che Guevara et Fidel Castro. Durant vingt ans passés à Cuba après s’être investi dans la réforme agraire et dans le programme d’alphabétisation, il travaille au Ministère des relations extérieures, au Conseil national de la culture. Il voyage dans le monde socialiste. En 1971, la révolution se radicalisant, il soutient un poète victime d’un procès politique et est écarté du pouvoir.
A partir de 1978, il rentre en France et se défait de tous les marxismes pour se consacrer à l’écriture tout en ayant un poste au secrétariat de l’Unesco à Paris. En 1986, il prend sa retraite dans l’Aude. Après avoir été attiré par plusieurs modèles de pensée et l’action menée, vient le temps de l’écriture. Il est à plein temps poète. Est-il toujours dans l’Aude, le sorcier des mots au chapeau de feutre noir sur la tête et large sourire des plus bienveillants, lui qui répondait à la question de Frantz Lecomte: L’exil n’est pas un malheur ?
« Non, puisque mon pays est en moi, je ne perds pas de vue la réalité. Au contraire, l’exil m’enrichit, me guérit aussi du nationalisme identitaire figé dans une seule direction de la vie. L’exil me fait comprendre la complexité même de la vie en m’apprenant à comparer un peuple à un autre, une culture à une autre, et à réfléchir à différentes cultures – celles de l’Amérique du Sud, de l’Italie, de la France, de la Chine, de l’Union Soviétique – en termes de complémentarité » . Extrait d’un entretien avec Frantz Leconte
Alors, que manque-t-il à votre bonheur ?
« Même si je réside en France parce qu’on m’a offert la citoyenneté française, l’hospitalité à la française, la culture française, la possibilité de voyager dans les universités américaines, d’avoir une sécurité personnelle, d’être à Paris de temps en temps, ça ne suffit pas à mon bonheur, car mes compatriotes d’origine, les « racines-mères » de mon banian, souffrent de n’être pas arrosés. Haïti attend qu’un gouvernement l’arrose. »

-Alléluia pour une femme-jardin. Gallimard, 1981 . Bourse Goncourt de la nouvelle.
Hadriana dans tous mes rêves. (Roman) Gallimard, 1988 Au moins quatre prix dont le Renaudot.
Éros dans un train chinois. (Nouvelles) Gallimard, 1990
Les aventures de la créolité, lettre à Ralph Ludwig. Écrire la «parole de nuit»; la nouvelle littéraire antillaise. Gallimard (folio, essais), 1994
Anthologie personnelle (Editions Actes Sud, Arles). 1993 Prix Guillaume Apollinaire de poésie,
Le Métier à métisser. (Essai) Stock, 1998.

Non-assistance à poètes en danger (recueil). Préfacé par Michel Onfray. Seghers, 2005.
Rage de vivre: œuvres poétiques complètes. Seghers, 2007
En 1998, il obtient deux prix : Grand Prix de Poésie de l’Académie Française, pour l’ensemble de son œuvre et le Prix Carbet de la Caraïbe, pour l’ensemble de ses travaux.

Lyonel Trouillot cité plus haut, est né en Haïti et y vit. Professeur de littérature et poète. Il est l’auteur de nombreux romans. Après avoir collaboré à différents journaux et revues d’Haïti. L’écrivain publie beaucoup de poèmes et de textes critiques et a même fait des textes de chansons. Il ne cesse de mettre sa notoriété au service de la démocratie de son pays et de la résistance face à une dictature oppressante, comme en témoigne le roman Bicentenaire, paru en 2006. Puis dans un registre plus intime tout en confirmant son engagement social :
L’Amour avant que j’oublie et Yanvalou pour Charlie. Au moment du cataclysme de 2010 il attendait ainsi que d’autres écrivains Haïtiens le second Festival Etonnants Voyageurs de l’île qui sera regroupé avec celui de St Malo quelque temps plus tard.
Un collectif d’écrivains Haïtiens et d’ailleurs est publié dans la foulée et vendu au profit de la reconstruction culturelle et éducative en Haïti :
Haïti parmi les vivants 2010 Actes Sud. Témoignages à chaud publiés avec la collaboration de plusieurs magazines, et vendu au profit de la reconstruction culturelle et éducative en Haïti.

Son dernier vient de paraître :
Le doux parfum des temps à venir 2013 a démarré très fort.
Note de l’éditeur : Sans précision de lieu ni d’époque, une mère parle à sa fille. Fugitive marquée au fer d’une fleur de honte, elle revisite les parfums violents de ses haltes et de ses errances. Un voyage dans le souvenir de cités délabrées, de paysages désertiques, de musiques barbares, de corps défaits et de rêves interdits qui fait naître en elle, comme après chaque épreuve, dans la promesse de l’enfant à naître à qui elle raconte aujourd’hui son histoire, le doux parfum des temps à venir.
Tout est chez Actes Sud
Bicentenaire 2006
-L’Amour avant que j’oublie, 2007,
Yanvalou pour Charlie en 2009, description d’un quotidien, éloigné de celui que montre les médias.

Dany Laferrière est né en 1953 en Haïti et a vécu avec sa grand-mère à Petit-Goave; après des études secondaires, il est chroniqueur dans une revue et part vivre à Montréal en 1976 à la suite de l’assassinat de son ami journaliste Gasner Raymond. Il enchaîne plusieurs emplois quand, en 1985, il connait le succès à la sortie de son premier roman.
« J’écris avec ce que je suis, avec mon sang, mon esprit, mes émotions, mes voyages. »
Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, VLB Montréal 1985 grand succès au Québec pour ce premier roman
Satire féroce de tous les clichés racistes. C’est la joyeuse description d’une vie de bohème de deux jeunes noirs oisifs .L’un d’entre eux, le narrateur, projette d’écrire un roman et, passe le temps en faisant de nombreuses conquêtes féminines dissertant sur la trilogie Blanc-Blanche-Nègre. Car c’est un juste retour des choses, après avoir souffert de l’esclavage, que de séduire toutes ces jeunes filles innocentes ou curieuses. Quant à son compère, Bouba, il dort, dort, dort.
L’odeur du café, 1999 VLB Montréal tiré de son enfance à Petit- Goâve avec sa grand-mère.
-Cette grenade dans la main du jeune nègre est-elle une arme ou un fruit ? 2000 VLB Montréal prix RFO du livre
Comment conquérir l’Amérique en une nuit 2004 dont la réalisation et le scénario sont signés Dany Laferrière. Toujours drôle et tendre
L’énigme du Retour Grasset, 2009 Prix Médicis : Un livre sur l’exil, grave et magnifique .L’annonce soudaine de la mort du père, si peu croisé, est l’occasion de retourner au pays alors que le narrateur est à Montréal et son père à New-York. Emouvant de finir par toujours revenir à l’endroit qui nous a vu naître. Il doit retrouver impuissant, la misère de l’île et sa violence. A lire absolument ainsi que les autres romans !

N’oubliez pas de relire ou découvrir René Depestre.

A suivre

ELB

Francophonie 4/6

Petite introduction bien tardive…

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Les pays d’Afrique subsaharienne-puisque ce sont ceux-là qui nous occupent aujourd’hui- sont riches d’une grande tradition orale. Au sortir de la deuxième guerre mondiale, une génération d’intellectuels se retrouve dans un mouvement de la Négritude initié par les Antillais Aimé Césaire et Léon Damas ainsi que le Sénégalais Léopol Sédar Senghor.
C’est aussi à cette époque que la revue Présence Africaine voit le jour grâce à Alioune Diop.
L’expression littéraire francophone s’amplifie incluant Antilles, Haïti, Afrique de l’Ouest et du centre, le Maghreb, Madagascar et la Réunion. Par la suite trois zones se détachent et s’affirment : Maghreb, Afrique sub-saharienne et Antilles.

Il y a toujours un rapport à l’histoire dans les littératures francophones, forcément, surtout pendant les années voire décennies suivant les indépendances. En 1968, Amahdou Kourouma dans Les soleils des indépendances, traduit l’espoir de la naissance de nouvelles nations. Et à partir des années 90 à cause de la persistance de nombreuses dictatures, la littérature redevient militante. Le même Kourouma a écrit un peu plus de trois décennies plus tard: Allah n’est pas obligé.
Les années 90 voient aussi l’émergence de femmes écrivains et il y a, à ce moment-là, un pôle d’édition Africain important (Nouvelles Editions Africaines à Dakar, Lomé et Abidjan). La France n’est plus seule à en avoir le monopole (Khartala, L’Harmattan..).

Il y a dans ce qui suit des écrivains Africains et des écrivains issus de l’immigration africaine, nés en France et partis vivre dans le pays d’origine de leurs parents ou encore nés d’un mariage mixte en France. Le contexte n’est pas le même, l’expérience d’une vie en France ou ailleurs donnent jour à d’autres inquiétudes ou aspirations. Une nouvelle richesse, celle du bilinguisme, de la double culture ou triple parfois avec leurs manques aussi. Les langues se croisent, se tricotent et les cultures aussi ; Par conséquent, l’ouverture et aux autres et au monde, favorise l’émergence de plusieurs littératures de langue française.
Serait-ce ce que l’on nomme la littérature-monde.

Aujourd’hui, pour avancer en besogne, sachant qu’on ne fera pas le tour du monde, je vous propose les expressions et quelques écrivains de quatre pays d’Afrique noire et deux ou trois de leurs livres .

Expressions Congolaises

-Bonne soif ! A la tienne, au moment de trinquer.
-Je ne veux pas manger ce cadavre : les Congolais veulent manger des produits frais de préférence rien de macéré, mariné ou congelé.
-L’ambianceur : à Kinshasa, l’ambianceur est celui qui met de l’ambiance.
-Casser le bic : ne plus faire d’études
-Miguel : l’Europe, tout le monde rêve d’aller à Miguel
-Un Khadafi : un vendeur d’essence

Expressions Ivoiriennes

-Goumin-goumin : chagrin
-Prendre dra : se taper la honte.
-Avoir la craz : avoir faim, très faim
-Je suis piqué : je n’ai plus d’argent.
-Un materazzi : une provocation
-Un zidane : un coup de tête.
-Ya foye, ya fohi : d’accord, ok

Expressions Sénégalaises

-Condir wotir : dérivé du français : conduire la voiture, tout en sachant que wotir n’est pas tout à fait ce que les Français appellent voiture. Wotir veut dire voiture à dos de cheval, tirée par des chevaux.
-C’est une disquette se dit souvent en parlant de jeunes-filles que l’on trouve bien faites et portant des habits sexy ou à la mode pour attirer les regards ; Cette expression est employée pour désigner des minettes qui font les discothèques et d’ailleurs disquette est tiré du mot discothèque.
-Les tablettes de chocolat : les routes défoncées. On a bien des nids de poule…

Quelques écrivains et lectures possibles:

Congo

Labou Tansi Sony de son vrai nom Marcel Ntsoni, né à Kinshasa en 1947 et mort à en 1995 est un écrivain Congolais. IL se consacre très vite à l’écriture. Romancier à l’imagination débridée, il a été maintes fois récompensé pour sa perpétuelle réinvention de la langue française. Son écriture s’inscrit dans la fable, pour rendre compte d’un monde difficile et douloureux, celui de l’Afrique sanglante. Il a obtenu plusieurs prix littéraires comme le Grand Prix Littéraire de l’Afrique Noire pour L’Anté-peuple. Il a effectué en 1990, une résidence d’écriture à la Maison des Auteurs des Francophonies en Limousin ou se déroule toujours un festival des Francophonies.
La Vie et demie, Seuil, 1979. Dans le pays imaginaire de Katamalasie, Chaïdana et son peuple vivent des moments bien difficiles. Leur pays est dirigé par un dictateur cruel. Ce monde irréaliste d’une grande violence et avec ses morts qui refusent de mourir, est une dénonciation tout aussi violentes mais malheureusement beaucoup moins irréelles. En même temps, vous découvrirez sa langue merveilleuse et des mots de son invention comme « excellentiel ».
Le Commencement des douleurs, Seuil, 1995.

Alain Mabanckou né en 1966 à Pointe-Noire . Franco-Congolais, il a fait ses études à Paris, il enseigne le français aux USA. Prolifique, il s’est imposé dans le paysage littéraire francophone comme l’un des auteurs africains majeurs de sa génération. Il écrit aussi de la poésie et a reçu de nombreux prix.

Mémoires de porc-épi en 2007: L’écrivain développe une réflexion sur la place de l’homme dans le monde, sur le sens de sa vie et donc, de sa mort. Un hommage subtil à la littérature africaine, ses mythes et son oralité. A l’origine une histoire racontée par sa mère. Une fable corrosive.
Extrait d’un entretien avec l’auteur, à propose de ce livre : « Je suis toujours celui qui visite ce que Modiano appelle le “vestiaire de l’enfance…”et plus loin à la question :
-RFI : Votre récit contient beaucoup d’oralité. Comme un hommage à la littérature africaine, à la fable et au conte philosophique par lesquelles traditions et connaissance se transmettent… il répond :
« Cela fait partie de ma propre culture puisque la plupart des langues africaines que je parle sont orales. N’ayant pas de base écrite, elles n’existent qu’à travers cette oralité. Et là-dessus vient se greffer la langue française comme langue d’écriture. Finalement, dans Mémoires de porc-épic, la langue est française mais le rythme est congolais. C’est celui de mon ethnie, de ma tribu. De ce rythme dans la langue provient toute l’oralité du récit. Il y a un peu d’ailleurs dans ce français-là. »

Le sanglot de l’homme noir essai Fayard 2007. Ce sont douze essais sur la condition noire contemporaine. Propos percutants et provocateurs à souhait, ne serait-ce que par le titre. Il renvoie dos à dos les discours des victimaires et ceux qui les accusent. Position tranchée qu’il tient à illustrer : « Je conteste la tendance à ériger ces souffrances en signes d’identité. Je suis né au Congo Brazzaville, j’ai étudié en France, j’enseigne désormais en Californie. Je suis noir, muni d’un passeport français et d’une carte verte. Qui suis-je ? J’aurais bien du mal à le dire. Mais je refuse de me définir par les larmes et le ressentiment ». Il invite l’homme noir à s’occuper de son présent.

-Lumières de Pointe-Noire, Seuil 2013 que je n’ai pas lu et dont je vous livre l’impression qu’en a eu une amie :
Après vingt-trois ans d’absence, Alain Mabanckou retourne à Pointe-Noire. Entre-temps, sa mère est morte, en 1995. Puis son père adoptif, peu d’années après. Le fils unique ne s’est rendu aux obsèques ni de l’un, ni de l’autre. C’est l’occasion d’ouvrir la boîte aux souvenirs de l’enfance passée dans ses lieux d’origine. Sur le point de repartir, il se rend compte qu’il n’est pas allé au cimetière. Sans doute était-ce inutile. Ce livre est plus grave et émouvant que les précédents.

Quel que soit le livre, la langue y vit, y est pleine d’images pour notre plus grand bonheur. Elle nous réjouit.

Sénégal

Fatou Diomé est née en 1968 dans l’île de Niodor, au Sénégal. Elle quitte son pays natal pour continuer ses études en France ; Une expérience difficile dont elle s’inspirera pour écrire son premier livre, un recueil de nouvelles intitulé : La Préférence nationale, Présence Africaine 2001.

Son premier roman, écrit avec humour et finesse, a eu beaucoup de succès :
Le ventre de l’Atlantique. Anne Carrière, 2003. C’est l’histoire de Salie qui a quitté le Sénégal pour la France, laissant son frère Madické au pays. Comment lui faire comprendre la dure réalité de l’immigration ? Comment lui enlever de l’esprit que la France n’est pas un pays de cocagne .Il veut partir, libre sur l’Atlantique Un premier roman, plein de vie et d’humour. Magnifique. L’appel de l’ailleurs pour fuir la souffrance en enjambant ce grand pont d’eau.

Inassouvies, nos vies 2008 inspiré de sa vie, de son intégration en France, de son enfance sénégalaise et des relations entretenus par ces deux pays.

Mariama Bâ : 1929 1981 Ses livres évoquent la condition sociale, la polygamie et l’exploitation des femmes en Afrique. Une autre femme sénégalaise qui s’est battu pour la condition féminine.Elle a eu de nombreux enfants et a divorcée du ministre Obeyé Diop.

Une si longue lettre Le serpent à plumes 1979. Entre résignation et volonté de changer de vie, Les confidences d’une veuve sénégalaise à sa meilleure amie. A lire !

Aminata Sow Fall: romancière Sénégalaise, fondatrice du centre d’animation n et d’échanges culturel à Dakar. En novembre 2012, elle a été honoré la Grande Royale des Lettres, honorée par ses pairs sénégalais.
De la France aux Usa, en passant par la Chine et jusqu’au Japon, son nom est connu des cercles littéraires où elle est souvent invitée pour des conférences. Très attachée à sa culture, l’auteur du célèbre roman « La grève des baattu » reste une écrivaine universelle autant que son œuvre .

La grève des baattu, Le Serpent à plumes 2004 ou quand les mendiants chassés par les politiques décident de se mettre en grève ; la société s’en trouve chamboulée.

Cameroun

Calixthe Beyala Franco-Camerounaise
Elle nait au Cameroun en 1961 et y passe son enfance. Loin de ses parents, c’est sa sœur aînée qui se charge de son éducation. Calixthe étudie au Cameroun jusqu’à l’âge de 17 ans, avant de partir pour Paris où elle poursuit ses études. Elle se met à l’écriture, entreprise récompensée de nombreuses fois.

Les Honneurs perdus 1996 Grand prix du roman de l’Académie Française Grand Prix de l’Unicef.

La Petite fille du réverbère, 1998 Grand Prix de l’Unicef les moindres, des arts et des lettres, Elle est aussi la porte-parole de l’association le Collectif Egalité.

Le roman de Pauline 2009 La vie chaotique d’une adolescente de banlieue sauvée par une lecture.
Engagé dans la promotion de la Francophonie, voilà ce qu’elle en disait dans un entretien sur TV5 Monde (avril 2009)
Extrait : « Cette langue est belle, elle est élastique, c’est ma langue de pensée, de travail, de rêve…
La francophonie devrait être dans la rue et non dans les salons…on apprend avec elle à évoluer ensemble… »

Côte d’Ivoire

Véronique Tadjo, née en 1955 à Paris mais élevée à Abidjan est écrivaine Ivoirienne, auteur de poèmes, de romans et d’ouvrages pour la jeunesse qu’elle illustre elle-même. Elle est rentrée dans la cour des célèbres écrivains d’Afrique avec son roman «Reine Pokou, concerto pour un sacrifice.

-L’ombre d’Imana, voyages jusqu’au bout du Rwanda, 2001.
-Reine Pokou, 2005 Histoire et légende fondatrice de la Côte d’Ivoire.
Champ de bataille et d’amour 2006
Loin de mon père Actes Sud 2010 La narratrice découvre son père au moment où il meurt et doit faire face aux règles et usages de la tradition.
Livres pour enfants : Le bel oiseau et la pluie, Le seigneur de la danse, Mamy Wata et le monstre, Nelson Mandela : « non à l’apartheid »

A suivre

ELB
Merci à Harouna et Sylvain pour toutes ces expressions.