Tag Archive | francophonie

L’importance de la langue.

fleurs7

 Le français, c’est cool, a dit la nouvelle conseillère pour la francophonie, Leïla Slimani, jeune écrivain franco-tunisienne dans le cadre de la semaine consacrée à la francophonie, donnant par son ton un peu de peps à notre langue.

L’OIF (Organisation Internationale de la Francophonie) compte 57 pays dont entre autres, l’Arménie, la Roumanie ou la Bulgarie non colonisés par la France- on peut le préciser-, mais dont la proximité  avec le latin pour le roumain et autres passerelles ont créé une intimité et certaines correspondances culturelles avec une partie de l’ex Europe centrale et orientale, tradition presque historique. Je salue Zoé originaire de Bucarest  et ancienne journaliste venue en France après la chute du mur , amoureuse de la langue française étudiée à l’université de Bucarest où on l’enseigne toujours ainsi qu’ à Tirana en Albanie et à Sofia en Bulgarie. On l’oublie souvent.

Le rayonnement de notre langue serait un rempart contre l’anglais envahissant et uniformisant ; elle aurait pour mission de défendre la liberté d’expression et les droits de l’homme. Voilà les ambitions affichées. Or, les subventions aux Alliances françaises ont baissé de 11%.

Le français, notre bien commun comme le dit l’écrivain franco-congolais, Alain Mabanckou ou le fameux butin de guerre  dont parlait Kateb Yacine souvent mentionné dans ce blog, n’a pas fini de s’enrichir ou parfois de s’appauvrir mais c’est le propre de toute  langue ; elle est vivante à condition d’être parlée suffisamment. Chaque jour, quantité de langues disparaissent sur la planète.

Un nouveau pays s’intéresse à l’OIF et veut devenir observateur, l’Irlande. Depuis le Brexit, redoutant le retour à la frontière, l’Irlande du Nord s’est intéressée à l’OIF. L’usage du français lui permettrait de rétablir des échanges commerciaux, par exemple en Afrique*.

L’UE comptait 24 langues officielles, le Royaume Uni en moins, une langue officielle disparaitrait : l’anglais. Sachant que les langues d’adhésion de l’Irlande et de Malte, pays anglophones-, sont le gaélique et le maltais, le parlement de la communauté française de Belgique soutient l’idée que le français pourrait supplanter celles-là. Une joyeuse bande d’optimistes.

Visiblement l’Irlande, Brexit oblige n’a pas attendu et pense à sa balance commerciale passant par la case membre observateur à l’OIF. Brexit plus chute récente du gouvernement les encouragent vivement à réagir.

Commerciale ou pas, la langue circule et se partage et c’est bien là, l’important. Elle ne serait alors, peut-être, pas uniquement la langue de la diplomatie comme elle a été si longtemps. Il lui est d’ailleurs, dans ce registre,  de plus en plus difficile de rester cool .

Pour réduire la fracture entre littérature française et littérature francophone, Leïla Slimani, propose que la littérature francophone, de plus en plus riche, ne passe plus ou pas seulement par l’édition parisienne.

Beau combat. La décentralisation est en projet.

ELB

 

*sources : Courrier International 15 21mars 2018.

Printemps des poètes.

 

Il célèbre cette année, la poésie Africaine francophone.

Deux poèmes, aujourd’hui, le premier  d’Amina Saïd Franco-Tunisienne  et le second de Habiba Djahnine,  Algérienne.

 

L’arbre du monde

porte les fruits du cielle soleil né de son feu

les étoiles germes de lumière

la lune trouée des noms

chaque saison renoue le fil de l’année

le temps des hommes n’est pas celui des dieux

l’instant en un éclair dévoile notre finitude

et le silence tue le rire.

 

 

 

Extrait de

Fragments de la maison 

Edition Bruno Doucet *

 

« Je resterai éveillée jusqu’à l’aube

Je protègerai ton sommeil

Des bruits nocturnes

J’éloignerai la guerre et l’identité

Je construirai les fragments de la maison

Pour étaler les feuilles de poésie

Je laisserai l’automne s’absenter de nos vies

J’attendrai le printemps pour planter un acacia.

 

*Editeur de poésie entre autre et dont de nombreuses voix féminines .Très présent aux Voix vives de Méditerranée (Festival de poésie à Sète).

Illétré.

dessin-illetrisme

 

Avec l’arrivée du printemps que,  sans nous en rendre-compte, avons fêté hier au soir avec H et Ch., la semaine de la langue française et de la francophonie s’achève.

En prose ou en poésie, la langue est notre maison ; Nous l’habitons, l’enjolivons, la dépouillons ou  la transformons. On  dit la nôtre, élégante et toute en nuances. Nous nous l’approprions et la faisons vivre ; sans langue ou plutôt, sans mots à lire et donc à écrire que vit-on ?

Ce butin, dont parlait Kateb Yacine, volée au colon et devenu une richesse, un trésor que l’on revisite et enrichit, comment fait-on quand il fait défaut ?

Nombre d’écrivains étrangers ont choisi de s’exprimer en français,  comme Assia Djebar franco-algérienne disparue il y a 2 ans, le franco-libanais,  Amin Maalouf à l’Académie française ou le franco-congolais Alain Manboukou qui vient d’être nommé à la chaire de  Création artistique  du Collège de France, les USA – où il enseigne s’intéressaient déjà aux  littératures francophones dont l’Africaine.Voilà que notre pays va leur donner une place de choix

 

Illétré   est le dernier roman de Cécile Ladjali, d’origine iranienne et professeur de Lettres, publié chez  Actes Sud  en janvier de cette année.

Léo, un jeune homme de 20 ans a grandi  porte de St Ouen,  cité Gagarine avec Adélaïde, sa grand-mère analphabète Tout est énigmatique pour lui : le monde ne se lit pas donc ne se livre pas ; il faut le décrypter. L’abrégé en partie oublié de son court passage à l’école va-t-il lui suffire ; Léo essaie de donner le change et de faire face à cette réalité jusqu’à l’accident à la faveur duquel il va peut-être réapprendre à lire.  Pauvre de mots, perdu, laissé- pour- compte, c’est l’isolement, la solitude. Les mots deviennent des couleurs, des formes comme un visage se transforme en biscuit avec pour bouche une fraise rouge, la ligne de métro, une couleur et une voix.

C’est le corps qui se cogne au monde ou plutôt à la vitre qui le tient à distance malgré soi. Beaucoup de poésie dans ce texte non sans humour mais grave sur le sujet, l’école, l’institution.

Au bord du chemin, quelle image accrocher au mot ? Ces lumières qui s’allument le soir sur la tour derrière la fenêtre, ces lettres que veulent-elles dire ? L’énigme reste entière puis le jour enlève l’angoisse du déchiffrage impossible. Mais Léo travaille dans un atelier d’imprimerie et des casses, il ne connait que le bruit et de l’encre,  l’odeur. Voyage sensitif, sensuel, la vie a ses bons moments, ses passerelles au milieu de l’angoisse.

Pourquoi les mots se sont-ils envolés ? Quel événement les aurait gardés en otage pour qu’ils se refusent de la sorte ?

Une écriture magnifique qu’il faut lire pour sa belle langue,  son énergie bruissant de mille éclats qui résonnent et parlent à chacun de ces gestes fort de sens comme  poster une lettre, glisser un mot dans la boîte aux lettres de l’absent ou lire une annonce.

Ch. nous racontait hier qu’un ami de son père, émigré comme lui et à qui il avait indiqué le trajet pour se rendre à son  travail,  s’aidait chaque jour pour compter les stations en glissant dans une de ses  poches huit cailloux les passant dans l’autre à chaque arrêt pour ne pas manquer le sien.

Dans ces conditions, il est difficile, douloureux d’être un être de paroles, créateur de liens. La personne en question est retournée dans son pays tant l’exercice, la vie tout court était fastidieuse.

 

Illétré de Cécile Ladjali Actes Sud  2016.

ELB