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Printemps des poètes.

 

Il célèbre cette année, la poésie Africaine francophone.

Deux poèmes, aujourd’hui, le premier  d’Amina Saïd Franco-Tunisienne  et le second de Habiba Djahnine,  Algérienne.

 

L’arbre du monde

porte les fruits du cielle soleil né de son feu

les étoiles germes de lumière

la lune trouée des noms

chaque saison renoue le fil de l’année

le temps des hommes n’est pas celui des dieux

l’instant en un éclair dévoile notre finitude

et le silence tue le rire.

 

 

 

Extrait de

Fragments de la maison 

Edition Bruno Doucet *

 

« Je resterai éveillée jusqu’à l’aube

Je protègerai ton sommeil

Des bruits nocturnes

J’éloignerai la guerre et l’identité

Je construirai les fragments de la maison

Pour étaler les feuilles de poésie

Je laisserai l’automne s’absenter de nos vies

J’attendrai le printemps pour planter un acacia.

 

*Editeur de poésie entre autre et dont de nombreuses voix féminines .Très présent aux Voix vives de Méditerranée (Festival de poésie à Sète).

Illétré.

dessin-illetrisme

 

Avec l’arrivée du printemps que,  sans nous en rendre-compte, avons fêté hier au soir avec H et Ch., la semaine de la langue française et de la francophonie s’achève.

En prose ou en poésie, la langue est notre maison ; Nous l’habitons, l’enjolivons, la dépouillons ou  la transformons. On  dit la nôtre, élégante et toute en nuances. Nous nous l’approprions et la faisons vivre ; sans langue ou plutôt, sans mots à lire et donc à écrire que vit-on ?

Ce butin, dont parlait Kateb Yacine, volée au colon et devenu une richesse, un trésor que l’on revisite et enrichit, comment fait-on quand il fait défaut ?

Nombre d’écrivains étrangers ont choisi de s’exprimer en français,  comme Assia Djebar franco-algérienne disparue il y a 2 ans, le franco-libanais,  Amin Maalouf à l’Académie française ou le franco-congolais Alain Manboukou qui vient d’être nommé à la chaire de  Création artistique  du Collège de France, les USA – où il enseigne s’intéressaient déjà aux  littératures francophones dont l’Africaine.Voilà que notre pays va leur donner une place de choix

 

Illétré   est le dernier roman de Cécile Ladjali, d’origine iranienne et professeur de Lettres, publié chez  Actes Sud  en janvier de cette année.

Léo, un jeune homme de 20 ans a grandi  porte de St Ouen,  cité Gagarine avec Adélaïde, sa grand-mère analphabète Tout est énigmatique pour lui : le monde ne se lit pas donc ne se livre pas ; il faut le décrypter. L’abrégé en partie oublié de son court passage à l’école va-t-il lui suffire ; Léo essaie de donner le change et de faire face à cette réalité jusqu’à l’accident à la faveur duquel il va peut-être réapprendre à lire.  Pauvre de mots, perdu, laissé- pour- compte, c’est l’isolement, la solitude. Les mots deviennent des couleurs, des formes comme un visage se transforme en biscuit avec pour bouche une fraise rouge, la ligne de métro, une couleur et une voix.

C’est le corps qui se cogne au monde ou plutôt à la vitre qui le tient à distance malgré soi. Beaucoup de poésie dans ce texte non sans humour mais grave sur le sujet, l’école, l’institution.

Au bord du chemin, quelle image accrocher au mot ? Ces lumières qui s’allument le soir sur la tour derrière la fenêtre, ces lettres que veulent-elles dire ? L’énigme reste entière puis le jour enlève l’angoisse du déchiffrage impossible. Mais Léo travaille dans un atelier d’imprimerie et des casses, il ne connait que le bruit et de l’encre,  l’odeur. Voyage sensitif, sensuel, la vie a ses bons moments, ses passerelles au milieu de l’angoisse.

Pourquoi les mots se sont-ils envolés ? Quel événement les aurait gardés en otage pour qu’ils se refusent de la sorte ?

Une écriture magnifique qu’il faut lire pour sa belle langue,  son énergie bruissant de mille éclats qui résonnent et parlent à chacun de ces gestes fort de sens comme  poster une lettre, glisser un mot dans la boîte aux lettres de l’absent ou lire une annonce.

Ch. nous racontait hier qu’un ami de son père, émigré comme lui et à qui il avait indiqué le trajet pour se rendre à son  travail,  s’aidait chaque jour pour compter les stations en glissant dans une de ses  poches huit cailloux les passant dans l’autre à chaque arrêt pour ne pas manquer le sien.

Dans ces conditions, il est difficile, douloureux d’être un être de paroles, créateur de liens. La personne en question est retournée dans son pays tant l’exercice, la vie tout court était fastidieuse.

 

Illétré de Cécile Ladjali Actes Sud  2016.

ELB

 

Francophonie 6/6

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La Francophonie, c’est fini et le salon du livre aussi !

Une semaine c’est trop court et trop long à la fois donc, forcément, il y a les oubliés : ceux de Nouvelle-Calédonie, les invités du Salon du Livre : les écrivains Roumains d’expression française. Mais il y a aussi des Polonais, quelques Bulgares, Albanais qui écrivent en français (l’Albanie fait partie de l’OIF à la faveur d’un passé commun et il existe en direction de pays d’Europe orientale et centrale, différents partenariats).
Bien évidemment, le français n’y est pas langue officielle mais suffit-il qu’un pays l’ait comme langue officielle ainsi que quelques pays d’Afrique pour qu’il y vive. Pour certains de ces pays, il n’est utilisé que par 10% de la population. C’est la langue de l’administration. Où est donc son avenir ?
Au Qatar ??? Savez-vous que le Qatar depuis octobre 2012 est membre de l’OIF (Organisation internationale de la Francophonie). On peut se demander quelles sont ses motivations .

Et s’il n’y avait qu’un livre à lire ? Tenez, pas si loin de chez nous en Suisse…

L’Usage du monde. 1963 Librairie Droz de Nicolas Bouvier, écrivain suisse qui voyageait beaucoup car je ne crois pas qu’il se soit présenté comme écrivain voyageur. Il est mort il y a une dizaine d’années. Vous le trouverez dans la petite Bibliothèque Payot .Et vous y aurez aussi les dessins de son compagnon de route, Thierry Vernet ami peintre. Sur les routes avec leur 2CV de 1953 à 1954 entre Asie, Méditerranée orientale, Balkans : Paysages et êtres humains à leur rythme comme un éloge de la lenteur.
Tout Bouvier est en poche (Payot et Folio).
Rare et précieux écrivain qui pratiquait le voyage comme « un exercice de disparition ». Une leçon de vie : « Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu’il se suffit à lui-même. On croit qu’on va faire un voyage, mais, bientôt c’est le voyage qui vous fait, ou vous défait ».

Retournons aux expressions, volontairement absentes du dernier article bien long ; après quoi nous irons dans quelques îles de l’Océan Indien.

Expressions antillaises:
– Makak pa ka janmen twouvé ich-li lèd. Littéralement : Le macaque ne trouve jamais ses enfants laids. Équivalent du proverbe français : L’amour rend aveugle.

– Sa ki fèt, fèt. Mot à mot : Ce qui est fait est fait. Autrement dit, il faut accepter les choses telles qu’elles sont
.
-Sé grenn’ diri ka plen sak diri. Mot à mot : Ce sont les grains de riz qui remplissent les sacs de riz.
En d’autres termes, les petits ruisseaux font les grandes rivières.

– Bèf douvan bwè dlo klè. Mot à mot : Le bœuf devant boit de l’eau claire. (Sous-entendu que ceux qui sont derrière boivent de l’eau sale.) Signification : Les premiers arrivés sont les mieux servis.

– Elle est maquerelle. (On a tendance à orthographier le mot comme en créole : makrèl. Il peut également être utilisé pour les hommes.) Traduction : Elle est commère. Le terme makrèl est très employé là-bas. Et pour cause, le commérage (makrélaj) anime tous les quartiers. Et c’est un Antillais qui le dit.

– J’ai pris sommeil : je me suis endormie.
-Sa pa chè : ce n’est pas cher.
-Pa ni pwoblèm : Il n’y a pas de problème.
Quelques mots :
– sirè : se dit d’une personne (notamment un enfant) turbulent, espiègle ou alors simplement embêtant, contrariant voire pénible. De manière maladroite, les enfants ont tendance à utiliser ce terme lorsqu’ils s’expriment en français :  » Tu es ‘cireur’ hein ! « , pour signifier que l’interlocuteur importune, dérange.

– zorèy : mot qui vient de la Réunion et est employé également en Nouvelle-Calédonie, désignant un étranger, un métropolitain. Le sens exact de ce terme est incertain. Il existe une version selon laquelle le métropolitain tendrait l’oreille face à une population parlant créole ; langue étrangère à celui-là.

– potomitan : désigne, de manière générale, la femme antillaise capable de supporter tous les fardeaux de la vie quotidienne. De fait, c’est la mère forte et courageuse qui, tel un pilier, soutient les fondements de son foyer pour le bien-être de sa famille.

Expressions réunionnaises:

-Quand z’enfant lè malade y faut donne un bonbon la fesse.

– Un femme pareil un bon rougail la morue, lé bon le jour meme mais le lendemain la fini gaté.

– zorèy : comme ci-dessus, désigne un étranger, un métropolitain.

L’océan indien avec la Réunion, Madagascar et Maurice.
La présence du français dans ces trois îles, est bien évidemment liée à la colonisation. Les nombreuses vagues d’immigration : européenne, indienne, asiatique, ont dessiné une mosaïque et un paysage littéraire divers.

Quelques écrivains et lectures possibles:

Michèle Rakotoson est née en 1948 quitte Madagascar en 1983 pour la France où elle vit. Sociologue et professeur de lettres malgaches, elle est aujourd’hui journaliste à la radio (RFI et France Culture) et à la télévision (RFO). En 2012, elle a reçu le grand prix de la francophonie, par l’Académie française, pour l’ensemble de son œuvre.
Fondatrice du projet Bokiko, un projet d’incitation à la lecture et de relance de l’édition à Madagascar.
Dadalé. Carthala Recueil de nouvelles 1984.
le Bain des reliques. Carthala 1988.

Lalana. L’aube 2002. L’auteur raconte le parcours vers la mer de deux jeunes artistes d’Antananarivo dont l’un, malade du sida, n’a jamais vu la mer. Tout au long de leur voyage, ils sont accompagnés par des fantômes ancestraux, non sans une certaine révolte dans l’évocation des injustices du pays et la dégradation de son environnement naturel.

Juillet au pays. Elytis 2007 Récit : L’auteur revient dans son pays natal après des années d’absence et décrit Antananarivo comme une ville sans oiseaux, où les caméléons de l’enfance ont disparu comme les arbres.
-Passeport pour Antananarivo Elytis 2011 Parcourir les rues et ruelles d’Antananarivo, rechercher l’histoire qui se cache derrière la foule qui grouille et le silence des quartiers de la Haute Ville et plus proche, sous les yeux, la plaine encaissée et les marais asséchés.

Jean-Luc Raharimanana est né en 1967 à Antananarivo, nouvelliste et romancier au style poétique et violent, hanté par la misère vertigineuse et les peurs auxquelles essaie de faire face la société malgache contemporaine .Il décrit la corruption et la pauvreté qui sévissent sur son île, avec des rappels sur la douloureuse histoire du pays dans Madagascar, 1947, 2006 en racontant notamment la répression de l’insurrection malgache par la France colonisatrice. Il a aussi écrit des contes musicaux pour enfants. Il est présenté comme un bâtisseur de mémoire
Nour. Roman Le Serpent à Plumes, 2001
¬ –Le cauchemar du gecko. Vents d’ailleurs, Théâtre 2010. Critique RFI : « Au chaos s’oppose la révolte de la parole active, aux figures du pouvoir s’opposent celles de tous ces « gens de peu » qui peuplent les immenses territoires plus ou moins exploités, plus ou moins bafoués, plus ou moins méprisés…Les dieux, les dictateurs, les corrupteurs, les déclassés, les abandonnés et même le petit gecko de Madagascar, reptile souple et rusé, qui passe partout et ne ferme jamais les yeux. Tous participent à ce cauchemar « désespéré mais pas désespérant ».

La littérature de Maurice et de la Réunion s’illustre surtout par le roman historique avec entre autres le plus connus des écrivains :

Daniel Vaxelaire Réunionnais d’adoption et vosgien d’origine, est né en 1948 et choisit de partir travailler en tant que journaliste à la Réunion où il est resté.
Chasseur de noirs.1983, inspiré d’un personnage devenu légendaire : le chasseur Mussard a bien existé. Un jeune homme de vingt-cinq ans emprisonné à l’île Bourbon en plein XVIII me siècle nous raconte une histoire, la sienne : un blanc qui après avoir traqué les noirs et réalisant qu’ils sont très injustement traités et humiliés, finit, pris de remords, par se battre pour eux.
Il a écrit de nombreux contes notamment en littérature jeunesse. Il a aussi écrit récemment une BD :
Histoire de la Réunion 1939- 1974. Orphie Doyen 2012.

Marie-Thérèse Humbert est née à Maurice en1940, Mauricienne, vit en France depuis 1968. Ses livres illustrent cette même quête identitaire dont l’exil semble être une issue incontournable.
Tout est en en LP Hachette.
À l’autre bout de moi.1979 raconte l’histoire d’Anne et Nadège, qui sont face à leur choix : partir ou rester ; Anne quitte l’île comme l’auteur après la mort tragique de sa sœur. Elle dépeint la plupart du temps les relations complexes d’une famille et d’une société pluriethnique et multiculturelle.
Une robe d’écume et de vent. Stock, 1989. Ilse est une jeune fille solitaire et secrète qui retrouve sa mère, Helga à qui elle avait été retirée enfant. Mais qui est Helga ? Ilse peut-elle renouer les fils rompus du passé et de la vie ? Elle va enfin rencontrer l’amour, le vrai…

Comme un voile d’ombres. Stock, 2000. Louise Lorgeil, la narratrice est traductrice et vit seule en banlieue parisienne. Elle manque de confiance en elle. Sa rencontre avec une nouvelle voisine, Adeline, vivant avec un mari tyrannique et avec qui elle noue une drôle de complicité va semer le trouble dans la vie de Louise. Des ombres du passé vont resurgir.
Les galants de Lydie, Une enfance outremer. Nouvelles Seuil, 2001

Édouard J. Maunick, est né à l’île Maurice en 1931, s’installe à Paris en 1960 où il publie des articles pour Présence africaine et autres revues, est successivement en poste à l’UNESCO, ambassadeur de Maurice en République d’Afrique du Sud et au Conseil de la Francophonie jusqu’en 2001. Poète métis, critique et traducteur, il fut l’ami de Sedar Senghor et Mandela.
Anthologie personnelle : poésie. Actes Sud, 1989. « Nos aïeux venaient tous de quelque part ; nous avons pour mission de continuer leur exil dans un lieu devenu pays natal. » -Mandéla mort et vif. Silex, 1987.
50 quatrains pour narguer la mort ; Contre-silence. Seghers, 2006.
Elle & île : poèmes d’une même passion. Le Cherche midi, 2002.

La présence du français dans ces trois îles, est bien évidemment liée à la colonisation. Les nombreuses vagues d’immigration : européenne, indienne, asiatique, ont dessiné une mosaïque et un paysage littéraire divers.

Comme le dit Bertrand Marquer dans n° 7 de Constellations francophones :
« Les écrivains insulaires francophones de l’Océan Indien sont donc partagés entre un désir d’être autonomes et la nécessité, pour se forger une identité cohérente, de se concevoir comme morcelés, et fondamentalement autres. C’est, semble-t-il, dans cette dialectique entre l’Ici et l’Ailleurs, l’Identité et l’altérité, qu’il faut tenter de cerner les enjeux de cette littérature francophone, pour essayer de comprendre son utilité dans la formation de cet entre-deux du métissage ».

Merci à Fabrice pour toutes ces expressions et son aide précieuse.

ELB
Sources : lectures personnelles, critiques littéraires revues diverses et variées nouvelles et anciennes (Présence africaine, Courrier de l’Unesco, Lire, Le magazine littéraire, Page..) dictionnaires et encyclopédies sur le web.