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Ainsi va le jour. 35

or

 

 

Filé entre les lignes, les doigts et les pensées vagabondes, l’été.

Le ciel,  refuge du jour se contracte et la lumière d’une fin d’été malgré les derniers soubresauts de chaleur, s’amenuise.

Que se passe-t-il Berges de Seine à Clichy ? Je n’entends plus les mouettes. Trois mois sans le cri des mouettes. Pour  les entendre et les voir, j’ai dû aller jusqu’à la Seine en bas du boulevard.

Ce matin, elles survolaient les canards sur l’autre berge en allant vers le port Van Gogh. J’ai envié le petit garçon qui rentrant de l’école,  accrochait son vélo à la clôture : il regagnait le bateau où il vit avec sa famille. Un peu plus loin près du pont de Gennevilliers,  derrière les bambous poussés dans tous les sens et les buddleias, en train de faner : un abri de fortune,  vide,  une cabane mais pas de celle que l’on voudrait pour y faire des rêves d’enfant sauvage. Un refuge dont on déguerpit dès qu’il est découvert car on n’y est pas en sécurité.

J’ai aussitôt pensé à ce vers de Valéry dans le cimetière marin : « Le vent se  lève !…Il faut tenter de vivre ! »

Marcher, c’est reprendre le fil dans l’embrouillamini de la réflexion souvent interrompue ou parasitée par ce qui nous entoure. La marche aide à cet exercice, il me semble qu’elle permet de m’alléger de choses ou pensées inutiles,  encombrantes.

Certaines pourtant me résistent et me poursuivent comme celles concernant la marche du monde.L’Espagne s’enlise sans gouvernement depuis des mois. Les Mouvement ou parti qui ont parfois déchaîné l’enthousiasme,  arrivés au pouvoir butant à la réalité,  perdent leur utopie ou du moins déçoivent terriblement ceux qui les soutenaient. Ce qui est le cas pour le mouvement Cinq étoiles en Italie ; dans une moindre mesure, Podemos, en Espagne qui n’échappe pas à la lutte de pouvoir en interne.

Cahuzac ose réveiller la mémoire de Rocard  tentant de lui faire porter le chapeau de ses forfaits.

Shimon Peres l’homme des accords d’Oslo 1993, jamais respectés, est mort.

Avec l’aide de Poutine,  Bachar a continué de bombarder son peuple et ses hôpitaux, entre autres. Depuis la fin de la trêve, entachée par une bavure américaine,  120 bombes par jour tombent sur Alep. On a de la peine à imaginer qu’il reste  un mur encore debout.Après leur rapprochement les voilà à nouveau en froid à tel point qu’Obama semblerait se désintéresser  de la question Syrienne.

A l’ONU, la Russie a exercé son droit de véto à la résolution de la France à savoir, que cessent les bombardements sur Alep. Les Occidentaux et la Russie ne peuvent s’entendre.Les USA ont demandé une enquête pour crime de guerre.

Pendant ce temps le match entre H Clinton et D Trump se poursuit et le fameux Bozo, comme le nomme R de Niro continue son cirque. Tout en sachant que sa concurrente n’est pas un ange. Cela tombe bien, nous n’y croyons pas.

Relocaliser les migrants dans les différents Etats membres où le front commun devrait être la règle puisque l’on sait que le flux de migrants va durer. Ce n’est pas le dernier sauvetage à Catena qui va me démentir. La crise inquiète et des voix à la tribune de l’ONU ont parlé de solidarité : une cinquantaine d’Etats en accueillerait 360 000. Le renforcement de gardes-frontière entre la Bulgarie et la Turquie, c’est la dernière réponse de l’Union. Le vœu avancé est celui de garantir une meilleure unité entre les 27. C’est une augmentation  des contrôles aux frontières extérieures. L’Union se rêverait-elle en un quelconque empire ?

De l’incendie d’un camp sur l’île de Lesbos à la mi-septembre à la construction du mur anti-migrants à Calais financé par la GB (2, 7 millions d’euros). Les nouvelles ne sont vraiment pas bonnes.

Les réfugiés sont malmenés en Hongrie, placés en détention ou brutalisés faisant l’objet de renvois illégaux. C’est dans ce contexte qu’Orban,  attendait  avec impatience le résultat du référendum du 3 octobre qui l’a désavoué puisqu’il a été invalidé faute de participation suffisante. Qu’à cela ne tienne, il promet de modifier la constitution.

Mis bout à bout,  les nouvelles de certains Etats donnent une vision de l’Union qui ne fait pas rêver. Jouer collectif devient difficile.

Et ailleurs?  les attaques chimiques continuent au Darfour et la dernière, la vingtième a eu lieu mi-septembre. Les forces soudanaises contre l’armée de libération du Soudan.

« J’abandonne sur une  chaise le journal du matin, les nouvelles sont mauvaises d’où qu’elles viennent… » Ainsi disait une chanson dans les années 90 : qui poursuivait :

« … est-ce que tout va si mal ? ».

L’identité errante qui s’enrichit de ses exils  ouvre aussi des passerelles à ceux qui les accueillent.

Ainsi en Allemagne, les clubs de cricket à l’origine des migrants Afghans, Pakistanais ou Indiens attirent les Allemands. On joue aussi beaucoup au backgammon, le trictrac ou le jacquet de nos arrières grands-mères. Le nombre d’équipes allemandes de cricket est passé de 5 à 104.

A partir d’octobre, 145 apprentis européens – dont 75 Français – pourront se former dans 12 pays européens pendant un an.

Grâce au satellite européen, Gaïa, une carte de la voie lactée, mieux, un CD en 3D.

Fin de la mission,  programmée par l’Agence spatiale européenne, pour la sonde Rosetta ;  Les données recueillies vont être déchiffrées pour encore faire progresser la science.

L’air de rien, des points positifs qui nous paraissent insignifiants- au milieu du  fatras ambiant-,  et  que l’on a du mal à dire ou à voir la plupart du temps.Ce n’est pas par pudeur mais par défaitisme. Oui, je peux être naïve.

Le froid de la nuit est arrivé qui me réveille.

 

ELB

Ainsi va le jour. 34

noisettes

 

 

Je marche en lambinant. Même au cœur de la ville, je peux adopter ce rythme. Je le fais et réalise le bonheur de disposer de mon temps et même de le laisser filer, ce temps. Sans bousculade.

Une halte à la presse et  ce matin voulant surprendre Nelly avec un café, je la trouve avec déjà le plateau en mains allant rejoindre ses journaux. Manière de reprendre nos conversations d’avant l’été, d’avant les vacances. Restées en suspens, l’anecdote et la conversation légère et bienveillante que l’on avait interrompues.

L’anecdote dans nos vies, c’est important ; elle fait en quelque sorte partie de l’historique. Dans l’expression- « c’est anecdotique »-,  on entend surtout : c’est anodin, insignifiant donc sans importance. Parler d’une anecdote à propos  d’un événement,  c’est une manière de le tenir à distance, de minimiser l’influence qu’il a eu sur notre vie. Sorte de palissade pour contenir le tsunami de l’émotion, peut-être.

 

Au marché Saint Pierre, la semaine dernière, je cherche ce tissu gaufré plus lourd que le tissu nid d’abeille, entraperçu  sur plusieurs photos de Seydou KEITA à l’exposition du grand Palais,  avec Huguette juste avant les vacances. KEITA avait su  percer  au milieu du noir et du blanc,  les couleurs de l’Afrique. Je n’ai pas pu revoir tout à fait le même.

Il m’avait  rappelé aussitôt une robe d’été de ma mère. Sur la photo, noir et blanc, elle n’avait pas tout à fait trente ans et des pommettes hautes et rieuses,  sur les remparts du château de Rocamadour. C’était à la mode dans les années soixante et le foulard qui retenait les cheveux, aussi, enserrant le cou dans un petit drapé délicat qui se terminait par un nœud sur la nuque.

 

Et puis les JO sont arrivés. Que nous ayons été, les uns et les autres,  tour à tour agréablement surpris ou déçus ou indifférents,  cela,  sans doute amenés  certains à s’interroger sur l’esprit des jeux .Etait-il là, d’ailleurs qu’est-ce –que l’esprit sportif ? Être fair -play comme un anglais ?   Jouer franc jeu comme un Français : Le respect des règles, d’abord  donc dans l’esprit de tous, l’honnêteté vis-à-vis de soi –même et des autres comme par exemple ne pas se doper. Sachant qu’il y  eu tellement  de moyens pour augmenter  ses capacités physiques qu’avec les avancées scientifiques, ce qui était illicite il y a quelques années,  serait désormais toléré ou encadré. Cela ferait partie du volet de dopage maîtrisé donc autorisé. Les athlètes qui concourent sont, en principe, tous des amateurs.

Participer était érigé en principe : c’était même l’essentiel. Mais participer à tout prix jusqu’à martyriser son corps et mettre en péril son intégrité comme le marcheur à pied du 50 km, m’a mise mal à l’aise. Que veut dire aller au bout de soi et se dépasser ? Les jeux paralympiques vont peut-être nous le dire.

 

On pensait avoir avec la pause de l’été, oublié la politique mais l’année où l’on fête les 70 ans du bikini, l’instrumentalisation politique de l’affaire du premier « burkini » dans un lieu privatisé fait la Une. Ensuite tout s’emballe, deux, puis trois cas, cette fois-ci sur la plage,  un peu trop de zèle et les politiques  se crispent focalisant sur la sécurité. Le Conseil d’Etat a rendu son verdict. L’apaisement,  entrevu il y a peu, est bousculé par des candidats à l’élection présidentielle dont les velléités et prurits ont été inflammatoires et disproportionnés sur la question identitaire.

 

Besoin de fraîcheur après quelques jours  caniculaires,  besoin de marcher, aussi. Tôt le matin vers St Ouen dont je découvre en allant vers la Seine le jardin Grand Parc, du type du parc urbain de Clichy, les Impressionnistes : quelques carrés abandonnés à la nature pour la laisser s’exprimer et voilà que la diversité botanique et sauvage renait. En rentrant, je vais découvrir le vieux St Ouen ou ce qu’il en reste. Au-dessus de la route en aplomb de la Seine, je suis surprise par la vigne aux grosses grappes presque mûres. En fond et dans la brume, les tours de la Défense.

En redescendant, tout près de Grand Parc, je passe devant l’école primaire Pef et juste à côté, la rue ne pouvait s’appeler autrement : rue Le Prince de Motordu. Comment ne pas se passionner pour les mots en les découvrant de cette façon-là. Heureux écoliers de chez Pef, qui vont  pouvoir faire leur, cette langue inventée en espérant que la princesse Dézécolle saura les enchanter.

Et une planète de plus pour Le petit Prince : Proxima B pas si proche mais la planète tout juste découverte, est  la plus ressemblante à la Terre bien qu’étrangère à notre système solaire.

 

Au festival international de photojournalisme Visa pour l’image, beaucoup de photos de migrants ont été primées qui nous renvoient à notre impuissance ou notre renoncement ou encore notre lâcheté.

C’est au choix. On vient d’incendier en France,  un futur centre d’accueil de migrants. En Grande-Bretagne, après le Brexit, les Polonais qui représentent la population d’étrangers la plus nombreuse-,  doivent faire face à la xénophobie ambiante.  En attendant, le populisme de tout bord continue de tirer parti de la situation en concentrant et alimentant la peur et la colère . Rien de nouveau  mais on ne peut s’en réjouir.

Et pendant les  intervalles heureux ou douloureux de nos vies, la mer et le vent ont continué de sculpter le paysage.

Les marronniers autour du kiosque à musique portent fièrement leurs bogues épineuses, d’un vert printemps décalé. Eh bien Huguette, pour être princesse en Quercy, comme toi, il me suffisait de faire une couronne avec des feuilles de marronniers et d’y piquer de petites fleurs blanches trouvées dans la haie. Notre grand-mère nous avait appris aussi à faire une poupée éphémère d’une fleur de coquelicot ou pavot du jardin, les pétales formant la jupe ; on fabriquait aussi des animaux ou petits bonhommes avec des allumettes et des marrons.

Je ne me souviens pas m’être ennuyée, non plus.

Autour de la place le vent un peu trop chaud depuis hier, a cousu un ourlé de feuilles mortes, anticipant un air d’automne. Un jeu  de fin d’été.

 

 

ELB

NB: tous les articles du même nom dans la page Ainsi va le jour