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Exil.

 

rêvepaysage

 

J’ai toujours cru que c’était un rêve mais la disposition à la rêverie et aux pérégrinations un peu désinvoltes laissent entrevoir parfois des choses méconnues, ou perdues.
Les rails à fleur d’eau on peut entendre en bruit de fond comme une voix grommeleuse qui pourrait être celle d’une vieille radio ou d’une télévision en sourdine.
C’est arrivé la nuit, c’était peut-être un rêve. Cela permet l’économie de mots. Les images sont plus fortes ; pas besoin de recherche de soi, des origines.

Les rideaux vaporeux aux couleurs criardes bougeaient devant chaque porte. La brise chargée de sable les bousculait. J’entendais parler une langue inconnue, volée sans doute puis retrouvée. Je ne connaissais pas de telles sonorités et n’en avais pas même soupçonné l’existence. Elles étaient mélodieuses : tantôt chuintantes, tantôt soufflantes, toujours souples et légères.
Je la voyais, cette langue, en couleurs, jaune orangé sable avec du bleu dans ses silences. Le soir, elle se faisait plaintive et langoureuse.
J’étais loin de tout et ne voyais rien au-delà des dunes qu’éclairait une lune blanche.

J’aurais voulu une boîte aux lettres au bout du chemin , quelques nouvelles de temps en temps, une promenade dans l’espace et le temps, plus encore la visite d’un ami et surtout le rythme des saisons : sentir le frémissement de l’air et ses pauses.
Entendre la pluie devenait une obsession. L’entendre tambouriner sur les iris m’importait plus que tout. Cela sert à ça, les matins de printemps, aux rencontres. Je me cognais au paysage mais la lumière n’était déjà plus tout à fait la même que celle de l’instant d’avant l’instant, et l’instant ne cessait de bouger.
Et cependant la nuit vînt et d’un coup, le désert s’arrêta aux frontières de mon rêve. Indiscutable, absolu et douloureux comme un amour déçu.
Je n’étais plus que désert, sécheresse, vent brûlant et tout ce qu’il caressait et effleurait.

Drôle de voyage !

ELB

Parenthèse.

Oh, Je croyais que vous dormiez !

Pas reliée du tout à la toile, ces derniers jours .A cause d’une défaillance technique et avec la complaisance de pieds trop lourds et douloureux, j’ai versé, comme toujours avec délice, dans la poésie du quotidien, hors du fracas du monde.
Et nous ne sommes pas en reste : elle est partout, la poésie. Trop souvent, on l’oublie. On oublie aussi de lever le nez à moins que… l’on soit à l’étage ou dans un bus à étage ou sur un échafaudage.
De ma fenêtre, j’ai observé depuis le 26 mars deux pies, deux pies urbaines.
Entre deux flâneries, je les regardais, sur le platane devant ma fenêtre, qui s’affairaient à construire leur nid. Elles n’y viennent pas tous les jours mais presque et encore, au mitan du jour, surtout le samedi et le dimanche . Peu importe l’heure. Il y a moins d’agitation et elles y sont plus assidues. A jouer les majorettes, bâton ou plutôt brindille dans le bec au lieu que dans les mains, elles montrent une ardeur et une habileté virevoltantes.
Quand soudain l’une d’elles ayant fait tomber la brindille, descend la ramasser et la remonte; tout s’est passé dans un souffle Tellement leur occupation rappelle celle des hommes, on en oublie leurs ailes. Inlassables, elles trient, coupent, cassent, classent, tressent chacune à leur tour quand elles ne vont pas chercher un meilleur atout sur l’un des platanes de l’autre demi-cercle de la place.
Les voir ainsi, tirailler dans tous les sens, puis couper du bec une brindille aux branches les plus jeunes est un plaisir, une grâce inédite. Mieux que des funambules, à plus de sept mètres du sol, elles bâtissent et, sans échafaudage.
Je n’ai pas tout compris à leurs allées et venues et si leur périmètre d’action, était limité. Mais quel ballet ! Je me suis demandé si dans les autres platanes qu’elles visitent aussi, elles faisaient nid pour d’autres couples de leur tribu.
Pie bavarde ou pie voleuse ou les deux, je ne saurais le dire, en tout cas, pie architecte.

A les regarder faire, on croirait assister à une partie de mikado. En même temps que reposant, c’était un spectacle des plus instructifs. J’ai donc ainsi volé d’arbre en arbre, légère comme la plume.

ELB

La vie des mots 1/3

icarenoir1

Une langue, est d’abord parlée donc  vivante : elle circule, elle évolue,  fait des allers et retours et s’enrichit de ses  voyages (cf. francophonie dont la semaine approche à grands pas).

Il faut la faire vivre, l’enrichir si possible. J’ai pourtant l’impression qu’elle est parfois malmenée voire massacrée. Je ne parle pas du langage djeuns– mais on y reviendra-  mais plutôt de l’apparition de plus en plus fréquente de barbarismes, néologismes et tics de langage avec quelques locutions  devenus fétiches qui tendraient plutôt à l’appauvrir.

Je n’ai pas de connaissance particulière en la matière mais l’amour des mots, de la langue et l’observation m’ont permis de noter quelques modifications et évolutions, peu heureuses, à mon goût.

Je me suis alors rappelé une balade dans un Paris encore ensoleillé,  juste après la rentrée scolaire quand chacun a encore sa trousse toute neuve et bien rangée et la tête pleine de bonnes résolutions.

Ainsi, dans un grand magasin très populaire et bon marché où je n’étais pas  allée depuis fort longtemps, au milieu des couleurs, des tissus de toutes sortes et de décoration  plus kitsch les unes que les autres, une voix éraillée égrenait au micro son discours de bonimenteur. C’était la fin de l’été.

Vantant les articles de fin de saison à des prix sacrifiés, la voix, à bout d’argument mentionnait la « saisonnalité » de l’article et au maillot de bain s’ajoutait la serviette, elle aussi de saisonnalité puis s’est même ajouté le  petit salon de jardin très résistant.  Il le fallait : la pluie de l’automne était à venir.

Saisonnalité, c’est du Vivaldi, les quatre d’un coup pour le prix d’une. Un emballement provoqué par un vouloir bien faire et parvenir avant la fin de la journée à liquider le stock. Il  fallait marquer les esprits,  attirer le chaland. Cela m’a, dans un premier temps, fait rire puis un peu attristée. Saison était devenue trop banal. Un effet  de mode sans doute, sûrement même,  joue beaucoup.

Mais il y a un mot inventé par son auteur, que j’ai lu hier à propos d’un film récent : mélancomique, sorte de mot hybride pour traduire le ton de ce film et que je trouve plutôt réussi. Ce mélange de deux qualificatifs opposés donne au lecteur une idée assez juste de ce qu’il s’apprête peut-être à voir au cinéma.

Certains tics de langage ont la vie dure comme par exemple les
locutions telles que: Au niveau de, en fait, en termes de – la plus récente des trois- mais à propos, que disions-nous avant de dire en termes de… et d’utiliser ces locutions nouvelles comme autant de mots d’un jargon propre à tel ou tel secteur d’activités. A présent tout le monde se doit d’avoir intégré à son lexique en termes de sans distinction de classe sociale ou de milieu professionnel, sans quoi, on serait has been.

Dans certaines conversations, enlevés les : en fait, au niveau de et en termes de,  il ne reste parfois plus grand-chose…à moins que ce soit l’essentiel.

Mais revenons à nos moutons .En termes de, je l’ai entendu pour la première fois en 2000 dans une société Franco-Américaine. C’était dans la bouche d’une jeune et fringante directrice des ressources humaines dans toutes leurs splendeurs, date à laquelle lesdites Ressources avaient déjà commencé à n’être plus très humaines et c’est bien sûr pour cette raison qu’il fallait les nommer et tenter au moins d’en sauver les apparences.  Elles étaient surtout là pour mettre en place les restructurations. Autre mot plus pudique que rachat donc départ annoncé pour certains. On absorbait et fusionnait à tout va. C’est à cette époque-là, me semble-t-il qu’on mit en avant la culture d’entreprise. La leur-ceux qui rachetaient -n’était pas la même que la nôtre. Ils nous appelaient tous par nos prénoms et faisaient croire à une grande famille.

Tout ceci s’est un peu généralisé et les charrettes continuent. Alors il a fallu candidater – Devenir polyvalent et être open .Etre disponible et ouvert à tout était indispensable pour décrocher un poste en réduisant,  bien sûr, ses ambitions.

« En termes d’horaires, pouvez-vous me rappeler quels sont les vôtres ? »

Il était tout à coup devenu trop simple de dire :

« Quels sont vos horaires ? »Ou encore :

«  Pouvez-vous me rappeler vos horaires ? »
Il fallait tout compliquer,  pour  paraître plus intelligent, peut-être, en tout cas, signifier qu’on maîtrisait le jargon.J’étais tellement stupéfaite que je l’ai noté sur mon carnet : c’était en décembre 2000.

Que disions-nous donc avant ? Vous avez une idée ? Peut-être : en matière de ou en ce qui concerne, quant à…

Même le primeur, au marché,  s’y est mis :

« En termes de salade fraîche, je n’ai plus grand-chose ; il est 13 heures. »

En attendant que l’Académie -qui en est à sa neuvième édition – admette dans son dictionnaire « en termes de » l’expression a de beaux jours devant ellemais l’usage fait loi.

Chacun sait que chaque métier a son propre lexique et chacun s’y est habitué et s’est mis à jargonné.

Pas  nécessairement dans un jargon professionnel  mais  de plus en plus utilisé et par tout le monde sans distinction d’âge, de secteur d’activité ou de classe, l’expression : on va dire.

A toutes les sauces, c’est l’équivalent de :  disons que… ce qui veut dire  qui n’adhère pas en totalité à ce qui vient d’être dit ou qui veut minimiser ou nuancer légèrement une opinion, un avis. C’est en tout cas comme cela que je le ressens. J’avoue que j’ai beaucoup de mal avec cette expression et il m’arrive  même parfois de dire, excédée,  à la personne : «  on va dire, on le dit, c’est tout ».
Il y a bien déjà cinq ou six ans que cette sorte de locution circule. Je l’ai pour ma part notée, en février 2oo8.

A suivre… ça va l’faire ?
ELB

C’est Georges Orwell, celui de L’hommage à la Catalogne dont je vous recommande la lecture pour une meilleure compréhension de la guerre civile Espagnole qui, dans 1984, avait inventé un mot pour parler de la langue appauvrie : novlangue, la novlangue.