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Ce que je pourrais vous dire (suite).

 

 

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Eh oui, petit décalage nous ne sommes pas demain mais bien après… Des visites amies tellement enthousiasmantes !

La ville me parait lointaine et pourtant il me semble parfois en entendre la rumeur. Mais à la campagne, il y a  de bonnes surprises et des animations de qualité. On ne peut s’y ennuyer et les occasions de conférences, visites et autres propositions culturelles sont nombreuses à tel point que presque tous les jours, une sollicitation pique la curiosité mais nous n’avons pas le don d’ubiquité.

Une soirée théâtre non prévue au Festival de Figeac avec B. et D. La vie est un songe de Calderon de la Barca :  L’énigme du destin des hommes, le mythe entre rêve et réalité. Une belle mise en scène et des acteurs solides. Une autre sortie, plus proche et  non loin de chez Huguette ; l’offre avait accroché mon œil : Maupassant et le fantastique dans le cadre des grands arbres de la source Salmière, ancienne station thermale qui a eu son heure de gloire.

L’écho du monde et ses résonances un peu chaotiques et dans la lumière des phares, l’entrée de Simone Veil, la cinquième femme au Panthéon. Nous n’oublierons pas sa ténacité clairvoyante, ses engagements et ses combats, ses indignations aussi qui ont contribué à faire progresser les droits des femmes et des hommes en matière de santé et son « coup de gueule » à propos des crises migratoires ou de conflits armés ou encore de guerre.

Toujours davantage de plastique à tel point qu’on parle d’un sixième continent. De retour d’un tour du monde d’un an, C à qui je demandais ce qui l’avait le plus choquée outre la pauvreté de certains pays traversés, elle m’avait répondu : le plastique, il y en a partout.

Toujours davantage de grandes fortunes et encore davantage de pauvres, des affaires que l’on aurait voulu éviter en les occultant et qui font vaciller la confiance mise dans le gouvernement qui s’annonçait irréprochable.

Perspective démographique galopante pour l’Afrique dont la population doublera, nous disent les experts-, d’ici 2050 donc flux migratoires plus importants . Rien qui ne puisse apaiser  la peur de l’autre et la crainte de l’inconnu qui ont toujours été là, du reste, s’installent ou s’intensifient selon les cas. Se protéger derrière des frontières comme certains de plus en plus nombreux le pensent et le souhaitent même ? Penser que l’on peut faire rempart dans un monde aussi éclaté et aussi bien connu que méconnu de tous est illusoire. Entre sécurité et liberté, il nous faudrait choisir ? Un monde simple qui s’est complexifié par la connaissance que l’on a cru en avoir ? Peut-être, mais l’homme est-t-il si simple ? Ou alors, s’est-il laissé déborder en croyant avoir évolué et s’être enrichi de connaissances nouvelles les intégrant à sa vie modifiant ainsi son rapport à l’autre oubliant l’essentiel : la simplicité.

Le monde peut rester simple si l’homme a réussi à le rester lui-même. Sacré défi. C’est une conversation à peine éludée entre amis l’autre soir, sous un ciel étoilé des plus beaux que nous offre ce triangle noir du Quercy. Nos libations n’ont pas facilité les choses ou nous n’avons osé nous embarquer sur ce sujet si vaste pensant peut-être que nous resterions, de toute manière, impuissants à le changer même en y participant à un modeste niveau pensant ou n’entrevoyant un autre avenir que catastrophique.

Préférant se laisser bercer par les étoiles qui ne manquent pas non plus de nous interroger nous ramenant toujours au début du début de l’histoire. A l’essentiel. Mais avant et encore avant avant, qu’y avait-il ? Le spectacle des constellations nous aide à être plus humbles.

Par chance, les astres nous sont communs même si nous n’avons pas tous, sur la belle bleue, pu voir la plus longue éclipse de lune du XXI siècle.   Brèche, trouée, échancrure des nuages que traînait le ciel depuis le matin, fondent comme barbe à papa dans la bouche enfantine. Quand,  après nous être endormis, je découvre vers 23 h 15, une boule, chocolat ou caramel, la Lune et Mars ont joué. L’exclusivité du siècle.

Au moment de rentrer, bousculant dans la pénombre un pot de fleurs, je vois, cherchant la fraîcheur, deux petits crapauds. Et je retombe en enfance.

 

ELB

 

 

 

 

 

 

 

 

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Ce que je pourrais vous dire.

 

 

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La pleine lune ronde de juin mordorée jaune avait inondé le ciel donnant une étrange lumière et de lune en lune je m’aperçois que ma petite chronique de la vie ordinaire aux champs, s’espace.

Pourtant pas de voyage en cours ni prévu après la petite pause avec la visite du parc poétique et insolite au Clos Lucé et celles de Chenonceaux et Chambord.

Mais j’aime les cartes, les mappemondes, les globes, lumineux ou pas. Les lieux, mers, terres ou océans, pays, fleuves, montagnes aux noms si évocateurs, favorise l’entrée dans une sorte de voyage. On peut aussi se balader à travers et au travers des mots. J’ai d’ailleurs fait, il y a quelques années, une liste de toutes les mers du monde et depuis le dernier déménagement, je n’ai pu y remettre la main dessus. Me restent les listes de capitales, de fleurs ou d’arbustes préférés sans oublier celle des mots qui chantent à mon oreille ou qui me parlent. Oulan- Bator claque toujours au vent.

Heureusement,  il y a la nature et cela buissonne dans les haies ; les insectes s’affolent à la lumière chaude du jour. Sieste sonore. L’air est parfumé, fruité même.  Des jours entiers ils frémissent, butinent et la longueur du jour ne les effraie pas. Enchantement de voir cette nuée de papillons sur les fleurs sauvages ; La jachère fleurie accueillante est en train de sécher. L’orage est annoncé, enfin.

Le temps interrompu, l’été, prétexte à toute fête, réunion festive nous permet dans le creux de certaines heures de la journée d’observer, de se figer,  devenant méditatif. En ce jour de fête au jardin par temps chaud, cousins cousines frères sœurs et petits enfants sont embellis par la lumière que dispensent les voiles d’ombrage. A observer les très jeunes enfants, on est intimidés. Un peu lunaire, Arthur me surprend toujours. Il a l’air d’exister ailleurs, comme en secret, dans un monde où il se retirerait quelquefois.

Ici, la ville n’existe pas. Elle est absente mais parfois sa rumeur me revient aux oreilles. La supporterais-je à nouveau ? J’ai l’impression, si je me pose la question, qu’elle me manque parfois. Pourtant le Lot, département rural, s’il en est, ne manque pas de ressources. C’est ainsi qu’à la faveur d’un cadeau de Noël dont j’ai enfin profité, je me suis familiarisée à la rivière du même nom qui le traverse. Je l’ai en quelque sorte lue en même temps qu’entendue grâce la Bande dessinée,  Lost on the Lot    par l’association Derrière le hublot aux Editions Les requins Marteaux. 2016

C’est à une invitation de l’association Derrière Le Hublot que les auteurs, Guillaume Guerse et Marc Pichelin sont venus régulièrement durant cinq ans à Capdenac- Gare pour réaliser un livre -CD autour du Lot, la rivière. En effet celle-ci, traverse la ville et sépare les départements de l’Aveyron et du Lot.

Ils ont donc exploré les lieux et découvert en les observant le paysage et ses habitants. Il s’agit de réelles rencontres. Ils prennent vie sous nos yeux, s’expriment et on peut, comme dans un jeu d’enfants, coller leur « binette » sur le livre-cahier. Les auteurs se sont aussi intéressés à l’association elle-même, à son histoire tout en s’interrogeant sur le travail d’auteurs de bande-dessinée. Une véritable séance récréative et pause poétique avec les bruits insoupçonnés et frémissants de la rivière.

Le deuxième livre qui m’a particulièrement touchée, Mes deux rives de Jacques  Ferrandez, totalement différent. C’est L’histoire de la BD élaborée à partir du premier homme de Camus.  Depuis, j’ai lu ladite BD tirée du texte ; Elle restitue l’histoire, la lumière et le lyrisme si présents dans Le premier homme.

Mes deux rives, c’est en quelque sorte, la genèse de la BD, l’écrivain dessinateur reconstituant lieux, décors et ambiance. Il a cela de commun avec Camus : l’Algérie où il est né, Alger avec son ciel, ses odeurs, ce quartier de Belcourt. Les allers et retours entre les deux rives de la méditerranée raconte cette histoire. Jacques Ferrandez n’a pas vécu en Algérie mais son père était un contemporain de Camus et a vécu dans le même quartier.

La méditerranée relie dit-il bien qu’elle soit devenue le tombeau de trop nombreux migrants.

Au jardin, le temps des cerises avec celui des groseilles et des framboises a passé. Les pommiers, poiriers et pêchers ploient sous la quantité de fruits très abondante cette année, me dit-on. J’ai dû les soutenir à l’aide de tuteurs improvisés et les alléger de quelques kilos de fruits encore verts.

Je ne vais pas sous cette chaleur écrasante vous imposer une trop longue lecture. Pour ce faire, je la coupe en deux à grands coups de cisailles.

La suite, demain.

ELB

 

Mes deux rives           Mercure de France  2017

Le premier homme    Gallimard Bande dessinée 2017. Dans la même collection : L’étranger et l’hôte.

Lost on the Lot            Les requins marteaux         2016

 

 

 

Ce que je pourrais dire.

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La couronne de pommes de pin en entourant le pied de l’arbre, laissée par les petits parisiens, un chouchou oublié, des livres dispersés, un fond de bouteille, un dessin sur la table sous le tilleul,  des mouches  terminant le goûter, le ballon en mousse coincé sous la petite table et dans les sapins, le bleu du hamac qui ne bouge plus. Fin de partie ou de récréation avant les prochains congés. On envoie des photos ; c’est promis puis on donnera davantage de nouvelles et on se voit bientôt.

Nous sommes, comme revenus chez nous, en possession de notre vie qui reprend son cours normal, au rythme de la saison qui vient. Le vide et le silence parfois qui suivent le départ d’amis ou de familiers chers, c’est un peu le retour de l’existence ordinaire. Rythme plus lent comme apaisé après l’été désordonné et haletant des températures.

La lumière est plus courte et le soir vient plus tôt. La nuit estompe les contours ou souligne quelques reliefs dès que les premières étoiles envoient de leur lueur mais la pluie les a chassées un temps du ciel.

Il m’avait semblé que l’automne était loin bien qu’un ourlet de feuilles jaunies sous les tilleuls était déjà là avant mon départ pour quelques jours dans les Vosges. Je ne sais si c’est sa ligne bleu ou vert qui avait tout balayé de mon esprit mais de retour sur le plateau calcaire le jaune et le roux me sautent aux yeux et je dois admettre que malgré la certitude de beaux jours à venir-car l’arrière-saison y est presque toujours belle et lumineuse, le temps, la lumière ont commencé leur œuvre.

La lumière chaude du pays de Cocagne qui,  le soir venu grâce à la lueur de la lune semblait bleuir les collines et les coteaux ainsi que les reflets du soleil, tard le soir, sur le canal royal à Sète paraissent bien loin.

Pour se réconforter la confiture des derniers abricots et celle des figues. Je n’ai pas définitivement rangé mes espadrilles car, ne plus sentir la corde sous le pied signifie que l’été a passé;  l’espadrille est  pour moi presque synonyme de temps suspendu, allant avec une certaine légèreté de la démarche à moins que l’on choisisse de traîner les pieds comme pour mieux éprouver cette nonchalance du corps plus offert à la lumière de l’été et à une certaine chaleur.

Beaucoup plus d’oiseaux ces jours-ci picorant dans les arbres et sur l’herbe comme si la pluie et la fraîcheur les ramenaient vers la maison. Les hirondelles sont parties, dirait- on. Les noix commencent à tomber et les pommes de terre ramassées l’on sait que l’automne arrive tandis que le maïs a lui aussi jauni le paysage.

Le retour des activités et les retrouvailles des amitiés associatives nous font entrer dans la vie, la vraie, dans le temps que l’on fait sien en partie et c’est alors la vie de certains qui fait une pause chaque semaine.

Précaires, démunis, comme si en venant s’interroger sur le désordre du monde, de ses affaires entrelacées, en feuilletant le journal ou quelques livres, ils tentaient de démêler une sorte de nœud autorisant ainsi  leur esprit, à ’être plus léger comme délesté des ennuis du quotidien, de la paperasse. Un peu absents à eux-mêmes comme en repos bien mérité après le combat discret des jours difficiles.

Le discours désordonné parfois difficile à décrypter de quelques-uns ainsi qu’une joyeuse agitation en habitant d’autres en  retrouvant  un camarade d’infortune. On sait bien que chacun a avec soi-même les arrangements qu’il peut. La pelote dans sa tête est tout en embrouillamini et forcément il y a un fil à tirer mais celui qui le relierait à lui-même et donc aux autres, n’est pas toujours accessible.

La voix rauque, grave, presque celle d’un homme, s’accélère et parfois le regard se fige. Hagard, interrogateur, je ne sais dire. On dirait qu’elle cherche quelque chose, mais quoi ? Le sait-t-elle d’ailleurs ? Est-il utile que je le sache ? Non. Elle est là, vivante qui joue avec les mots.

Les cheveux grisonnants qui se recourbent sur l’épaule et adoucissent ce visage à large bouche qu’un rire soudain agrandit encore feraient presque croire à celui d’une jeune fille. Comme quelque chose de naturel presqu’originel même dans la voix qui refuserait l’écho ; juchée sur sa mobylette, elle mord le vent et le jaune des champs bleu à la lueur de la lune.

Retrouve-t-elle,  peut-être, l’ivresse de ses 5 ans lorsqu’elle dévalait la glèbe à toute vitesse.

Me revient alors en mémoire un vers de Marc Alyn :

 « Je n’existe pas à plein temps, je suis avec ce qui commence.»

 

ELB