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Bouteille plastique et graine de salade.

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Juste un peu avant j’avais vu une femme penchée sur une poubelle du stade d’Epinay sur Seine y récupérer des bouteilles en plastiques et les entasser dans un énorme sac gris .

Agnès elle me racontait connaitre des personnes arc-boutées sur leur désir de vivre en autosuffisance. Et moi pour vérifier que nous nous comprenions bien de décrire celle qui sème une graine  pour récolter une salade après  sa germination, son repiquage et  six semaines de compostage,d’arrosage quotidien, de binage.

Patience tout aussi évidente que celle de mon engrangeuse de déchets qui pendant qu’Agnès et moi parlions  devait déjà être dans le hall du centre commercial en train d’enfiler dans le goulot du robot collecteur les cadavres de Fanta, Coca, Lipton et autres marques-repère afin de recueillir un centime d’euro pour chacune, soit un euro pour cent bouteilles à  transformer en semoule ou en baguette…

Quelques heures plus tard j’ai lu quelques pages de Yannick Haenel,  dans Je cherche l’Italie et me suis laissée entraîner à sa suite à réfléchir, bien mal, sur cette maladie politique ,la discussion,qui ronge notre monde. Que Yannick  Haenel ne lise pas ces lignes . Il regretterait que j’ai écorché ,déformé ,ses arguments…

Si je dis « travailler dans la merde peut rapporter » j’approuve l’esclavage , je ravale l’être au rang de bactérie , je jargonne en mode politique.

Si je dis » essayer de vivre dans l’autosuffisante peut détruire l’économie » je divague en mode politique. Pendant ce temps une femme a cherché à survivre, une autre a sarclé son coin de terre. GHV

*Croquis réalisé en salle d’attente au centre de cardiologie du nord, où l’on attend plus longtemps que pour dans  Croquis du train!

 

 

 

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Kais et les kaissettes

 

C’est donc dimanche et marche possible avec les kais et les kaissettes (comprenez « ceux et celles qui poursuivent Lilou Kais l’organisatrice au travers des parcs sur les rives de Seine ).

Rabah que j’y ai rencontré à chacune de nos sorties a voulu son dessin  fait sur le départ et cet article sert donc à lui faire parvenir son profil. SalutRabah…

J’ai appris quelque chose sur les tortues en passant près de leur mare. Elles produisent des sons, un vrai concert , peut-être était-ce aujourd’hui  pour exprimer  leur satisfaction dans l’attente du superbe jet d’eau qui régénère sur le coup de onze heures leur bain un brin saumâtre . Le dictionnaire certifie qu’elles n’ont pas de cri -on dit le chien jappe, le tigre feule et rien n’est prévu pour elles – puisqu’elles n’ont pas de véritables cordes vocales.

Nelly dont j’ai fait la connaissance ne m’en voudra pas si je la mentionne. C’est qu’elle m’a laissée ébahie  pour ne pas dire atterrée par son énergie. Puis-je concevoir cela: quelques années de plus que moi, deux heures quotidiennes de gym, des marches sur Epinay, sur Paris, la pratique assidue de la nage, des sports d’eau et de rame, fan des sorties culturelles, de théâtre, d’expositions, très occupée par ses petits enfants, bricoleuse par choix, couturière à ses heures, et là allongeant le pas à mes côtés, l’œil sur les plantes  ou sur les tortues ou sur les oisons du lac de Villeneuve la Garenne tout en se remémorant Spinoza et ce mot en bouche comme un bonbon que l’on suce : »j’aime »…? Et j’oubliais les voyages….qu’elle aime tant. GHV

 

 

 

Les éloquentes

 

Six filles, deux gars de classes de troisième des collèges Jean Vigo et Roger Martin du Gard  si je ne me trompe. Les huit étaient en finale d’un concours d’éloquence organisé sur la ville d’Epinay sur Seine, ma ville.

C’est le hasard qui m’a permis d’y assister  Annie O. m’ayant surprise à  croupetons devant les présentoirs  de revues de la Médiathèque Colette alors qu’elle attendait l’horaire d’ouverture de l’auditorium où devait se dérouler l’évènement. Si je voulais en être? Bien sûr..

Un concours d’éloquence ça se passe ainsi : un partisan du oui et un du non sur une assertion du genre La justice est-elle équitable?, Etre riche est-ce réussir?, et un jury  qui désigne à main levée le ou la lauréate du premier tour .  Puis vient une demi-finale et enfin la finale. Il fallait donc avoir préparé trois argumentaires…

Ils  ou elles furent à la hauteur ,certains d’une voix calme  ou théâtrale , d’autres dans la précipitation pour placer plus de mots  , l’une  rigoureuse ,l’autre potache,  avec fiche ou sans, prenant le public à témoin ou jouant des mains , pris pour certains d’un trou de mémoire et  serrant les mâchoires et  se refusant à laisser tomber l’affaire , mais dans l’ensemble gérant bien l’émotion ou le trac s’il y en eut…

Qu’apprennent-ils ainsi?

D’abord qu’ils ne sont pas les premiers; d’autres avant eux ont écrit, œuvré, expérimenté et nos candidats ont su trouver des exemples en politique, dans les médias , dans la littérature, la filmographie. Et ils-elles les citent.

Ils ont pioché aussi dans leur vécu, s’appuyant sur des souvenirs personnels, des émotions. Et ils-elles les expriment.

Appris aussi qu’il faut convaincre et donc argumenter. Et que c’est un vrai job, de recherche , de réflexion et de communication , la manière y étant pour beaucoup et là  ils nous ont subjuguées.

Ainsi ils « se forment une opinion à soi » pour citer Jacqueline de Romilly dans Le Trésor des savoirs oubliés laquelle eut aimé en pédagogue avertie ce travail assez rigoureux sur les souvenirs, le savoir , les modèles et les mots , une  manière d’acquérir de quoi faire » preuve de liberté d’esprit… ». Si je la cite c’est que je suis depuis deux jours en relecture de ce livre que je conseille à tout parent ou pédagogue.

Le but n’est pas d’avoir raison. Ce n’est pas un débat non plus puisque l’on n’a pas de duuxième mi-temps où l’on verrait les adversaires rebondir sur leurs arguments respectifs. Ce n’est pas la justesse des arguments qui permirent à la championne de gagner.  On peut imaginer le jury votant dans le sens  qui lui convenait le mieux et  pour valoriser une attitude.

Pour ma part je remarquais cette très jeune fille qui sans élever le ton , d’une voix étonnamment calme et sereine, puis-je dire mature? laissait  déjà présager  ses aptitudes à la réflexion . « je la verrai bien journaliste » me souffla mon voisin.

Et le public: le petit amphi était plein à craquer ,des copains et copines de classe, beaucoup, quelques parents et quelques curieux.

comme Annie et moi . la salle pleine à craquer et je ressentis combien il y avait d’amicale admiration parmi ces jeunes là . Car ils le savaient bien eux que il en faut du cran tout de même  pour tenir devant son auditoire .GHV

Jacqueline de Romilly. Le Trésor des savoirs oubliés. Editions le Livre de Poche