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« Chute d’une nacelle » à Epinay sur Seine.

Encore quelques rafales dans les branches ce samedi matin. Au sol les jonchées de feuilles tendres malmenées par la tempête de la veille et de la nuit. Sous mes fenêtres dans le grand thuya la nichée des tourterelles turques a résisté.

A trois rues de là au dix-huitième étage, au flan de l’immeuble ,au dessus du vide, la nacelle vibre et tangue sous le poids des trois hommes qui s’y installent. Tout en bas les voitures alignées le long du trottoir, personne dans la rue. Au ciel de longues trainées nuageuses abandonnées par la tempête.Pour eux la reprise du boulot . Du regard ils s’encouragent . Un rire fuse, la blague du matin….

Un cri comme une terrible interrogation.

Des mains de fer qui font prise avec la rambarde d’aluminium.

Le bruit insolite puis énorme, envahissant, assourdissant d’un château de poutres , de traverses, de poteaux métalliques qui s’effondre sur lui-même, lentement.

Deux hommes glissent et dans l’ arc de leur chute les images d’un soleil radieux, d’une enfance ailleurs, du regard d’une mère …

Combien de minutes avant que ne s’ouvre une fenêtre puis une autre? Une femme se penche et dans l’entrelacs de l’échafaudage écroulé elle voit sur la pelouse deux corps étendus . L’un a les yeux ouverts. GHV

Article de presse.http://www.leparisien.fr/seine-saint-denis-93/deux-ouvriers-meurent-en-tombant-d-une-nacelle-dans-le-93-le-chantier-suspendu-09-06-2019-8089815.php

Les mots et Mama.

Mama n’était pas du groupe de marche de dimanche. Lorsque nous cheminons ensemble non loin de la Seine elle écoute, elle répète et d’une fois à l’autre retrouve les mots: pie, corbeau, mouette, if (« l’arbre le plus petit Mama, deux lettres seulement ») et s’enchante parfois: « rouge-gorge? Je sais: la gorge, le cou . Gorge-rouge, d’accord. » Puis un peu inquiète: « malade? »

Elle trouve cela bien difficile . Cinq ans en Espagne lui ont permis de se faire une méthode mais elle se prétend maladroite et puis lui font défaut la pratique et les échanges.

-Mama tu en sais pas mal en français et moi trois mots seulement en arabe.GHV

Evelyne

Maintenant: femme en marche. Gouache

                    Epinay sur Seine le 31/03/2019

Comment vas-tu? Je t’imagine assise sur ta terrasse, à tort certainement car à cette heure ci le mur de la maison ne doit pas permettre de s’y tenir à l’abri du soleil. Me voilà depuis plus de huit jours rentrée sur Epinay. Les trois semaines passées dans le Lot   nous ont permis sans mots inutiles de faire le point: nous avons toutes deux délaissé le blog, une sorte de rupture que nous ne expliquons pas.. Ce n’est ni lassitude ni désamour. Faut-il persévérer? Je ne me pose même pas la question d’un devoir. Un blog n’est pas fait pour enchainer.Trop d’idées qui se précipitent et un manque de clarté, un état de confusion… 

Peut-être aussi l’impression de parler dans le vide..Je laissais  le temps filer  sans culpabiliser. Aujourd’hui je t’écris ,je reprends à la suite de trois de tes haikus de…janvier à mars!

La situation est nouvelle et devrait se percevoir dans nos billets puisque  te voilà installée en presque rase campagne, de retour au bercail sur notre région d’origine et moi demeurée , ancrée, sur ma banlieue,  choix de vie totalement consenti pour chacune . Tu m’as dit: » j’ai essayé de t’inviter à réagir à la formule « moi rat des champs et toi rat des villes… »Tout cela collant parfaitement avec notre « about », notre « à propos du blog », tel que l’envisageaient dès le départ les deux rats des champs émigrés a la ville et presque voisins que nous étions .

Donc quelques mots de ce retour ici. La semaine a passé bien vite entre tracasseries et petits faits savoureux. Au fil des rencontres et des conversations tenues au téléphone avec les amis à qui l’on annonce notre retour  l’on apprend le vol  des hamacs récemment installés en bord de Seine,  les relations embrouillées et les chamailleries à démêler dans notre entourage. L’on devine chez un autre quelque fissure ou chagrin . Fr. partie sans avertir au Maroc m’appelle en vidéo. A la  soirée musicale au PMO d’Orgemont où C. t’avait dit devoir jouer on a évoqué le décès et célébré la mémoire d’une princesse du rock locale asphyxiée au monoxyde de carbone. Quelques achats à gérer, de la paperasse, l’exposition à préparer pour la librairie Antipodes à Enghien. Nous avons gardé le « petit », J’ai rêvé en fixant la couleur du ciel et des immeubles qui se la jouent scandinave en gris et bleu tendres dilués dans une buée de pollution, bien loin du pur bleu lotois. Parce que pendants quelques jours et comme d’habitude à chaque retour l’appartement joue les prisons  j’ai trainé dans les rues, dans les parcs,, avant de subir le flot des informations, car ici j’écoute la radio , je  suis les infos alors que « là-bas » j’ai plutôt tendance à m’endormir devant l’écran . De retour dans mon atelier j’ai retourné mes toiles et mis de côté celles qui me fâchent  .

Au cours d’une de mes balades j’ai retrouvé les abeilles. J’ai reconnu sur le remblai des berges de Seine, plein ouest , le bourdonnement d’une petite colonie d’ abeilles de terre que j’avais déjà remarquée l’an passé. Maintenant elles vibrent et s’activent par milliers à ras du sol où elles s’insèrent dans les trous minuscules qu’elles ont aménagés , d’où elles émergent pour butiner chaque fleur même la plus modeste , si nombreuses que leur résille mouvante pourrait inquiéter mais j’ai appris qu’elles n’ont pas de dard. pas d’essaim, pas de vie de groupe. Elles se nourrissent directement du nectar et du pollen des fleurs et  ne fabriquent pas de miel. Par contre elles pollinisent les arbres alentour et font l’ordinaire  des oiseaux…

Je sais que tu as préparé un article. J’attends et t’embrasse .A bientôt.

Huguette.GHV

Illustration: Maintenant. GHV