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Alain Mabanckou.

 

Je te fais réponse Evelyne, moi le rat des villes, mais dans quelques heures je prendrai le train pour nos champs. « Je reviens, je descend au pays ». J ‘aurai d’ Epinay à te raconter les journées de canicule qui m’ont laissée gourde et fatiguée quand les gamins  en liesse y transformaient les bornes à incendies en geysers, puis le retour des pluies sous des nuages d’orage qui crevaient au dessus des tours,  et elles noyaient  les trottoirs, imbibaient les talus des parcs . Les sirènes des pompiers résonnaient sur l’avenue , la verdure à peine déstabilisée par la chaleur recouvrait sa luxuriance . Simone weill s’éclipse et beaucoup saluent.

Peu de sorties que ce soit pour déambuler ou me distraire.Le temps que j’accordais à la conférence donnée au Centre des Arts d’Enghien par Alain Mabanckou fut une chance .

J’y avais entrainé Yolande prise un peu au vol et elle en fut heureuse elle aussi qui ne le connaissait pas.Moi non plus d’ailleurs, si ce n’est un aperçu de  sa faconde et de  son aisance lors de quelques interview  à la télé. Repéré aussi son goût pour la sape.  En passant la veille à Enghien j’avais choisi sur l’étal de la libraire Antipodes    Mémoires de porc-épic (prix Renaudot 2007 ou 8) et Le monde est mon langage. De ce dernier titre j’aime le vagabondage entre capitales africaines , européennes, ou américaines pour la plupart villes où quelques uns écrivent en français et là Evelyne je crains que Alain Mabanckou ne lise jamais tes articles sur la « francophonie «   au vu du seul titre qui le rebutera car mieux vaut dit-il s’attacher à l’expression française, lire les excellents auteurs « d’expression française « et sans la connotation « peaux de léopards et tam-tams » qui collent au seul mot de francophonie . Et pourtant vous citez avec la même révérence bien des auteurs…Aimé Césaire entre autres. Puisse-t-il aller au delà du titre!

Bref j’en reviens au livre : de ville en ville il nous narre une rencontre avec un écrivain ou un journaliste ou un quidam rencontré par hasard et interroge sur ce qu’écriture et rencontres ont fait de lui, ou bien est-ce lui qui a trouvé les mots, jouant de l’écriture? Douala, Brazzaville, La Nouvelle-Orléans, Antanarivo, Alger ,Montréal, Paris, Dakar et des noms…par exemple le personnage de Suzanne Kala -Lobé au Cameroun dont il campe la force et la détermination tout en rendant hommage à son bon sens agressif et salutaire: il est bon de s’entendre dire quelques vérités sur sa vision du nid surtout si l’on est un intellectuel envolé vers d’autres cieux..

Oui tu aurais aimé partager ce moment car l’homme est bigrement sympathique avec cette conviction et cette force généreuse que je retrouve chez bien des africains. « Charmeur » a dit Linda . A la fois modeste et sûr de lui et la phrase qui roule et les images et les souvenirs qu’il déverse sans jamais s’interrompre et donnant l’essentiel, tant et si bien d’ailleurs que j’ai fermé les yeux, j’allais m’endormir.

L’info n’avait pas circulé sur Epinay: dommage. Enghien est ville blanche. A Epinay ,à un tournant de rue de là , tous les peuples d’Afrique , d’Amérique du Sud et du Nord et d’Europe sont représentés: un public que l’Unesco qui organisait cette semaine de rencontres aurait du tenter d’attirer.

« Je considère les rencontres insolites, les lieux, les voyages, les auteurs et l’écriture comme un moyen de féconder un humanisme où l’imaginaire serait aussi bariolé que l’arc-en-ciel et nous pousserait à nous remettre en question » écrit-il en préambule. Là me diras-tu, nous sommes au moins trois à partager cette pensée quoique à mon niveau j’ai quelque peu réduit le voyage aux dimensions du territoire d’un renard lotois.

J’avais laissé mon carnet, j’ai tenté quelques photos avec mon seul portable. A  bientôt  Evelyne; le carnet je l’aurai sur mes genoux demain dans le train vers Gramat, celui que prenait (prends encore?) Pierre Bergounioux , avec le livre à terminer de Alain Mabanckou et aussi Dans ce jardin qu’on aimait de Pascal Quignard: à lire, à reprendre, à rêver . Cet homme là nous fera donc  tout ressentir , les accents de la viole de gambe, la délicatesse de la gravure, la peinture ineffable pourvue qu’elle fut du passé, le théâtre No , la mort et l’amour…GHV

Dehors.

conteur-d-epinay

Sortie d’un  soir  au parc de la Chevrette. Deux, trois pages du carnet et j’abandonne là pour cause de genoux meurtris l’observation des dentelles  des cinéraires, des jupes blanches à godets des pétunias , des queues de coq des sauges et autres lignes « naturelles » que me propose le massif face aux écoles. Posée sur le banc ,les jambes au repos je croque celui qui face à moi par son discours a attiré mon attention. « C’est qu’il y avait un ru autrefois…Mon oncle possédait une parcelle du terrain …Gamins on y pêchait les…Y’en avait des quantités…Pas mauvais en friture…Vendue la parcelle… »

Ce matin aussi rencontre sur les bords de Seine avec le maitre de Gossebo et Gossebo junior et de Bandit, discours sur « les jardins ouvriers d’Epinay que l’on aurait du réserver aux seuls retraités qui eux ont le temps » et sur les soucis que provoquent son épine calcanéenne.

Je marche encore. De retour de Saint Gratien  rencontre sous un porche d’Enghien avec deux gamins  assis jambes écartées ,dix ,huit ans?, le cartable ouvert , l’un dépiaute sa moisson de mégots , l’autre roule la cigarette.

Devant le lycée une fille à l’ écart a pleuré, je le vois à ses yeux rougis .GHV

 

 

Bus 254 : conjuguer

bus254

Au présent de l’indicatif:

Je sur mon carnet:croquer

Toi sur ton ordi (ne rien savoir du bus 254 entre Epinay sur Seine et Enghien)

Il dans le rétroviseur: épier.

Elle sur son P.Q. : s’appuyer.

Nous sans cesse: voyager vers la fin.

Vous et ceci: regarder et…

Ils, elles: vaquer.

GHV