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Sur la route.

bords de seine-epinay (3)

Neuf heures trente au jardin près de la mairie d’ Epinay sur Seine.

Enigmatiques lignes rouges sur le sol. Les jardiniers occupés à pailler de chanvre  le sol de la vigne au pied des ceps m’ont renseignée. (Secret.)

Râtée la photo des huit canards colverts mâles en mal de féminin.

Aussi celle du corbeau ,un plastique translucide et brillant dans le bec: l’habitat des oiseaux se modernise.

La canette (colvert) était bien là plus loin sur les berges de Seine mais s’est refusé à toute pose. A croire que ce matin la cour empressée de deux prétendants la gênait. « Le colvert siffle, le chipeau cancane, le siffleur jacasse et la sarcelle d’hiver croasse quand la sarcelle d’été craquette. Le tadorne de belon, lui, gémit. »: lis-je sur un site réservé aux canards. Donc elle » sifflait » et sans retenue.

Réflexion faite je suis nulle avec un appareil .

Le jeune gars est arrivé avec un sachet dont il a retiré un paquet de biscuits , s’est assis sur un banc, au soleil.  Je devinais la forme ronde d’un fruit. A mon bonjour il semble inquiet. « Vous ne parlez pas français? Do you speak english? Italiano?.. » Le langage des mains et trois mimiques. En réponse à s’il a besoin de quelque chose, ou pour manger, il me tend, offert, son paquet de gâteaux. Nous rirons. Pays? Il hésite: « Egypte ». Peut-être. Peut-être aussi aurais-je du appeler Ali…

Dix heures: trois cents mètres plus loin ai croisé un deuxième. Même démarche, même silhouette gracile, teint un peu gris et regard vivant, anorack noir, baskets et l’indispensable et minimal sac à dos. Il m’a plu d’imaginer qu’il s’en allait retrouver le premier et qu’ainsi ils seraient plus forts à deux avec à partager ce que leur apporte cette nouvelle journée.GHV

 

 

Lettre à Lucile.

   hgfemme12

Lucile,

Vingt quatre ans ,  deux en Californie dont te voilà presque citoyenne : la nouvelle  petite émigrée de la famille après tes grands parents venus de Sicile !

Je pense souvent à toi.

Il me plait par exemple d’imaginer que tu lis le blog. Je le fais aussi lorsque je dessine sur ma banlieue d’autres jeunes femmes qui assument également  une situation d’émigrée sous le ciel où se sont arrêtés leurs parents où parce qu’elles s ont choisi ici un travail, un compagnon…Elles ont ton insouciance, des rêves, ta détermination. Mais j’entends parfois à leur sujet  des commentaires, je lis des mots tranchants. On n’a pas à accepter parait-il la non –intégration, ou «  l’intégration devrait effacer  tout comportement lié aux origines », « la différence serait gênante »… que « Trop c’est trop ».

T’arrive-t-il d’évoquer cette famille qui est la tienne, où décennie après décennie, les liens vont se dénouer ? Tes grands-parents : encore tous ici sur Villeneuve la Garenne et sur Asnière ? De la fratrie des  quatre  , ton père qui a choisi le soleil du sud , les autres restés ici ?Des neufs de ta génération dont tu es la sixième, le parcours de chacun ? Et tu as déjà rajouté Alexander (le Grand !le conquérant) dont j’aime le prénom tant yankee que méditerranéen,  alors  qu’ici étaient nées déjà Chiara et Sienna de consonance plus italienne.

Tu es partie il y a donc deux ans déjà non dans l’espoir d’une vie meilleure mais enlevée par un bel  « americano », sur son cheval d’acier, un Airbus j’ose l’espérer, et non pour échapper à un destin désespérant mais pour vivre ta vie. L’enjeu n’est pas le même pour toi que pour Aicha, Myriam, Linda, Sophie de Chine, Zvetlana,  Bakoto,  Sangirthana…mais vous avez en commun votre jeunesse, la joie , la préoccupation de l’instant, des craintes mais l’énergie, et entre vos mains l’avenir du monde (ah, les grands mots !!!) que nous devons vous transmettre .Tu me diras : le monde tournera bien tout de même. Certes mais je te souhaite en ce jour d’anniversaire ce regard affectueux, patient et attentif que doit être celui de ma génération pour qu’il tourne mieux.

Nous te voyions très bientôt ; tu rentres au pays pour marier ta sœur. Fête de famille en perspective : je ne saurais dessiner l’impatience de ta mère !

Affectueusement ,ta tante.

GHV