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La mère

giusepinaghv

 

« Comme c’est dommage, Georges, que c’est Christian qui soit mort ». Voici les propos de sa mère que rapporte Georges Simenon alors que son frère est décédé il y a déjà quelques années . Je les lis dans un livre de Dominique Fernandez L’Art de raconter où cet auteur défend et propose les auteurs qui procurent plaisir et rêve.

Il s’épanche longuement sur Simenon et recherche dans le passé et les souvenirs du père de Maigret ce qui a du façonner son style et  son imaginaire : les paysages, les voyages, les aventures sexuelles, l’enfance, la perte de sa fille , sa mère….

Je ne sais comment vous lecteur avez compris cette phrase?

Moi qui suis mère je me crois capable de la dire: « ce n’est pas dans l’ordre normal des choses et que je meure aurait été plus juste. » Mais ni Simenon , ni Fernandez ne l’entendent  ainsi et privilégient la cruauté, la crudité de ce jugement  égoïste. La mère préférait donc le frère à ce point là, pouvoir préférer la mort de l’un plutôt que celle de l’autre…GHV

 

Croquis: Giusepina à la maison de retraite.01/2018

 

 

De André Gide à Dominique Fernandez.

expositionnovembre 058

 

J’aime lire les journaux «intimes ». Noter au quotidien  impressions et remarques, pensées, études ou  réflexions est un exercice difficile. Etre honnête n’est pas donné à tous. C’est  aussi assumer de laisser tant  la trace de ses erreurs que de ses  lucidités.

Le hasard  fait que j’ai sur ma table de chevet les deux tomes du journal d’André Gide et qu’il me reste  à lire quelques chapitres du On a sauvé le monde de Dominique Fernandez prêté par M.H.

De Gide je n’ai pas noté à quelle date il écrivit  qu’un jeune de sa génération  se devait  de choisir entre Hitler et Staline. Le 27 Juillet 1931 il rapportait ceci : « Je voudrais crier très haut ma sympathie pour la Russie…vivre assez pour voir la réussite de cet énorme effort…Voir ce  que peut donner un état sans religion, une société sans famille. ». Le choix de Gide a 62 ans: la Russie de Staline.

Hors le narrateur de On a sauvé le monde  goûte au cadre italien de Mussolini (qu’il faut dans cet article associer avec prudence à Hitler) et à celui de Staline. Le roman, paru en 2014, écrit par un homme de 75 ans, peut vraisemblablement se situer dans les années 1930/1935. Le narrateur, étudiant en art (spécialiste de Poussin) peut avoir une vingtaine d’années.

Je trouve dans cette confrontation d’expériences réelles du passé pour l’un avec la reconstitution d’une époque révolue pour l’autre plusieurs pistes de pensées : quelle force ou quelle intelligence – à moins qu’il ne s’agisse d’intuition- faut-il avoir pour cerner son époque ? De  l’éducation, de la culture, du vécu, des accidents de la vie , des rencontres ,  duquel de ces domaines qui peut nous avoir façonnés faut-il se méfier?  Ont-ils affiné ou perturbé notre regard et notre compréhension? Ce problème des choix est le même dans le domaine de l’art. Suivre le  récit du Romain- Romano  homosexuel  de  On a sauvé le monde  est une piste de réflexions sur l’art et le monde politique. Gageons que les lecteurs voudront à Rome , au Louvre dans les livres, revisiter Poussin, Le Caravage, les peintres russes du XIème et du XXème…

De Dominique Fernandez je préfère  Mère Méditerranée, livre de récits et de voyages, à  Porporino ou les mystères de Naples roman que je n’ai pu terminer. Comprenez que là encore l’écriture du roman-narration n’est pas ce que j’ai le plus apprécié. Les dialogues surtout qui se veulent trop démonstratifs m’ont parfois gênée. Mais qu’importe : la trame espionnage et sentiments est un  bon prétexte. GHV