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Ce que je pourrais dire

 

 

 

jonquilles

 

 

Un mois !

Le temps qu’il a fallu pour que je commence à me sentir chez moi.

S’installer, se retrouver dans ce nouveau lieu. Enfin, j’y suis. Sacré voyage ! Moins d’un kilomètre plus loin, plus en nature. Deux fois en un peu plus d’un an et retrouver ses marques, c’est aussi un voyage, un voyage en soi qui continue à creuser le sillon. La nature plus libre. Et une portion de vie à tracer, le chemin encore ouvert devant soi, renouvelé qui ne demande qu’à offrir une perspective, autre.

Un carton passé à la trappe dévoile plusieurs années plus tard un fusain maladroit. Une photo oubliée et fanée aux bords déchirés et usés que j’ai eue en mains mais n’ai, hélas, plus. Elle représentait une maison et dans le cadre d’une fenêtre ouverte, l’arrière-grand-mère Hyacinthe. Et pourquoi donc Hyacinthe, prénom pourtant masculin ? Ce fusain gribouillé il y a plus de trente ans d’après cette photo, Il trône désormais dans l’entrée et me renvoie à ces voix tues dont ma grand-mère, la fille de Hyacinthe, nous a tant parlé. Elle nous entretenait de cette ascendance qui nous a marqués de son empreinte. J’en ai conscience, elle est indélébile et me poursuit dans mes moindres recoins et replis du cœur et de l’âme si nous en avons une. Comme le lieu qui nous a vu naître ne nous quitte pas. Ceux qui ont lu ou lisent Pierre Bergounioux et tant d’écrivains évoquant ce lien qui relie mais qui peut nous envahir aussi, savent que c’est pour lui et grâce à lui que l’on continue à faire trace. Ne pas oublier et ne pas vouloir l’être.

Mais pour qui se prend-on ? Pour qui je me prends. Ma vie plus intéressante qu’une autre ? Non mais nos vies en silence, sont à la fois, unies et séparées. On peut le dire, on peut l’écrire.

Comment, ceux qui n’en ont pas la connaissance, de ce lieu ou de cette histoire familiale racontée et qui fait à ce point resurgir l’écho des voix disparues, vivent-ils. Sans l’odeur d’un cellier ou d’un arbuste en fleur inscrite dans leurs narines peuvent-ils vivre ?

Grand format derrière la baie vitrée à galandage : chênes et rochers de la glèbe affleurant le sol. Cisaillée, la pierre jaillit du sol aride.

Visite de chevaux peu farouches en quête d’herbe ; la trace de leurs sabots sur la terre détrempée témoigne et un chevreuil aperçu très furtivement car bien trop craintif, brouterait les rosiers..

La lumière ne cesse de croitre et augmente tous les jours un peu plus. Le soleil blanc de l’hiver va laisser place à un peu plus de couleur. C’est ce qui nous illusionne mais l’on sait bien que le printemps fait souvent faux bon. La fraicheur de l’air, ce matin nous le rappelle.

Dans la lumière des phares, toujours les mêmes interrogations et questions de société dont la place de l’homme et de la femme, l’égalité entre les sexes toujours à conquérir et préserver, la ruralité malmenée Quant aux autocrates dont le nombre croît grâce à une modification de la constitution leur permettant ainsi de prolonger leur mandat, ils verrouillent le pouvoir qu’ils exercent comme des empereurs imbus de leur personne, au détriment du peuple. S’engager à vie à servir surtout les siens, voilà la nouvelle donne. Des journalistes assassinés dès lors qu’ils enquêtent sur la corruption au plus haut niveau de l’état, comme en Slovénie mais ce pourrait être la Bulgarie ou un autre pays, des gouvernements impossibles à constituer tant les citoyens sont désillusionnés. .

Entre guerres, semblants de diplomatie, réseaux d’influence et autres ficelles, quelques Frankenstein politiques de la planète fabriquent un monde enchanté à leurs yeux mais ensorcelé pour la plupart.

Le ciel engloutit toujours la nuit et la simplicité des jours sera de retour dès la mesure des pas, prise.

L’affairement de l’installation passée, la rumeur de la ville, de plus en plus lointaine, les jours reprendront leur cours, plus simplement. Le repos, l’apaisement. Ne se lever que pour constater le bouton ou le bourgeon, éclaté et vérifier avant de se coucher si la lune est bien toujours là.

 

Une belle touche de jaune au salon : les jonquilles d’Huguette.

 

ELB

 

Ce que je pourrais dire.

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De trop longs jours au ciel paresseux et l’infatigable pluie, tenace pluie. La lune qui se fait rare, les étoiles peu convoquées. Ce temps des ciels lents et embourbés a du mal à nous persuader de la venue d’un printemps que préparerait l’hiver. Les ruisseaux traversant mollement les prés ont gonflé jusqu’à noyer les arbres seuls les peupliers s’en sortent bien qui ont leur tronc de grand échalas. Puis, dans un jardin, au pied du tilleul, sur un talus ou dans une combe, les perce-neige ont pointé, bien plus tôt que d’habitude comme un peu à l’abri des morsures du froid. Blanche clochettes malmenées par le vent.

Oublié, filé comme l’air, le temps d’une année avec le défilé des saisons depuis longtemps occulté par l’agitation urbaine. L’âpreté du paysage d’hiver redouté fut plutôt une redécouverte. Une nouvelle respiration. Je n’ai pas pensé à courir au fond du clos de mon enfance, en décembre, pour voir si les nèfles étaient mûres ; des fruits qu’il fallait cueillir par grand froid, ratatinés et noirs pour qu’ils soient mûrs.

Nous avons trouvé notre dernier point de chute, maison, lieu de vie. Je ne sais. Nouveau déménagement en vue et le dernier, en principe. Toujours sur le causse et près de la maison provisoire, un  jardin et une partie sauvage, glèbe de rochers et de chênes où des petits-enfants feront peut-être une cabane.

La rumeur du monde, toujours la même-, bruit plus ou moins fort et plus ou moins méchant. Les migrants posent toujours problème aux Etats qui ne veulent admettre que c’est à tous que la solution doit être prise pour qu’elle soit adaptée.

On ne peut s’empêcher de penser à de grands penseurs écrivains comme Montesquieu ou Montaigne ; le premier avec son :  Comment être Persan ? et grâce à l’échange de lettres entre Usbek et Rica, Les Lettres Persanes-,  dénonce déjà au XVIIIème siècle l’asservissement des hommes et observe de manière cinglante la société européenne.  « …le droit des gens est naturellement fondé sur ce principe que les diverses nations doivent se faire dans la paix le plus de bien, et dans la guerre le moins de mal qu’il est possible, sans nuire à leurs véritables intérêts. » Il est amusant de voir que l’auteur De l’esprit des lois ait pu écrire : « Les mœurs font toujours de meilleurs citoyens que les lois »

Montaigne quant à lui, deux siècles plus tôt-, s’interroge dans Les Essais sur la condition de l’étranger et arrive à nous faire penser à la bizarrerie qui enferme ce qui est proche relevant les incohérences et paradoxe de la civilisation.

Qui est le « barbare » ? Qui est le « sauvage ?

Invoquant l’indien « barbare » il écrit : « …or je trouve, pour revenir à mon propos, qu’il n’y a rien de barbare et de sauvage en cette nation, à ce qu’on m’en a rapporté, sinon que chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage »

La vie de chacun, cousue d’un même fil et dont les bords se rapprochent ou s’éloignent selon que la période est faste ou non car tout un chacun, à des degrés divers, se débat avec sa vie ; la leur décousue, celle des migrants-, qu’ils recousent inlassablement mais rien n’est définitif. Ils doivent la rebâtir sans cesse.  Il faudrait faire avec l’autre et compter avec lui plutôt que sans lui dans un même monde divers. Colère et impuissance.

Retour en train de Toulouse où les violettes avaient fleuri au jardin d’Arthur et d’Oskar. Gare, les personnes qui l’arpentent, lieu fascinant où l’on se croise, se perd ou se retrouve, rencontres fortuites et selon le cas, il y flotte un air de légèreté ou de gravité. Mon regard glisse dans le paysage que j’habite au rythme de la pluie dégoulinant de l’autre côté de la vitre. Juste à l’approche de Cahors, dans les anfractuosités de la roche grise comme autant de fissures du temps, affleurent des images des années lycée. Soudain le bruit d’une page tournée me ramène à la réalité. Le jeune homme assis sur le siège à côté du mien, tout comme les deux garçons observés dans le tram la veille, lit Games of Thrones. Je songe au papier et à sa texture ainsi qu’à son odeur ; cela ne semble pas  manquer  à cette personne d’un certain âge, dans le carré en quinconce, avec sa liseuse. Le soufflet au bout du couloir, balancé par les secousses émet des soupirs et des râles à la cadence de la machine. Les fenêtres salies ou rayées renvoient les reflets des jardins tremblotants ou des toits semblant fondre sur le paysage.

Ces derniers jours, la pluie faisant moins rage, on réentend les oiseaux et les premières pâquerettes et jonquilles trouent les jardins de couleurs qui nous feraient presque croire au premier printemps. Totalement inespéré, tant le bruit apaisant de la pluie en était devenu obsédant, un soir le couchant  nous gratifie de nuées rosées et orangées.  Le zouave du pont de l’Alma continue à prendre l’eau et les Parisiens s’inquiètent avec lui qui observent la hauteur de la Seine.

Des amies du café du samedi s’apprêtent à partir en voyage. A leur retour, nous pouvons espérer un printemps timide mais les jours auront rallongé. Quant à celles qui restent là, sur le plateau calcaire, dont je suis, nous continuerons à marcher dans les pas d’un hiver caussenard dont la lumière grandit un peu tous les jours.

Hier au soir rentrant d’un concert de jazz vocal surprenant et tonique, je notais que les étoiles étaient de retour dans notre ciel et nous convieraient de nouveau à la rêverie ou à la réflexion.

 

ELB

Illustration: Page de carnet,crue dela Seine du,28/2018 ; détail .GHV

 

 

 

La vie au grand air.

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Avec Huguette, dans le Lot la semaine dernière autour d’un plat italien ou plutôt sicilien, de polpettes:

– J-Marie, mets-toi au bout de la table que je m’assoie à côté de ma sœur pour en profiter encore un peu, dit G, le grand frère.

Rejoint par l’autre frère R, à la fin du repas, pour partager café et dessert, émus, ils évoquent la naissance de cette petite sœur à qui ils ont donné ce prénom : Huguette. Bienveillance et fierté à peine voilées deux grands gaillards ont subitement surgis de l’enfance.

Ils nous abandonnent pour faire un billard dans l’ancien four tout à côté. Avec Huguette, nous partons en filles nous balader reniflant l’air presqu’estival et passant par La treille. Trois haltes où nous saluons et retrouvons pour moi, une personne autrefois connue et plusieurs membres d’une famille me disant leur lien de parenté avec la mienne. Mais le temps a passé et les anciens,  eux aussi qui, trop nombreux et occupés par leur vie n’ont entretenu le lien.

Nous avons admiré les grands arbres,  comme des ancêtres  porteurs de mémoire. Ils ont dû voir H passer, allant chez sa grand-mère. De si beaux arbres, majestueux.

Avril, un des mois les plus beaux par l’explosion de couleurs et de senteurs. Vert tendre et délicat, avril ; C‘est encore le printemps fragile et hier,  voilà les arbres après des jours presque chauds, malmenés, rabroués par le vent. Mais aujourd’hui, à nouveau la lumière du printemps !

Ainsi va le jour *, depuis que j’ai aménagé  à la campagne, s’est un peu estompé, effacé au profit de quelques textes du style ce que je pourrais dire  autrement dit, entre les lignes et autres textes motivés par l’envie impérieuse,  ou une réaction à un évènement, une rencontre ou un livre sans oublier les haïkus qui scandent régulièrement mes incursions ou effractions dans ce blog à quatre mains de Huguette.

Tout déménagement ou aménagement apporte sa nouveauté par une adaptation qui se fait au fil des jours et pour ma part, sans contrarier trop ma perception de la vie en général. La campagne avec sa nature m’appelle au dehors davantage sans m’éloigner pour autant des préoccupations majeures de tout être pensant.

Éclaircissement apporté, il y aura sans doute davantage de nature, de poésie que de commentaires  mais parfois nos sens se jouent de nous. Sans être dans la trop grande intimité et ennuyer son monde.

La nature me distrait de la lecture et de l’agitation et j’espère qu’une fois l’ivresse de la redécouverte de cette campagne et les camaraderies d’autrefois renouées ou pas ainsi que le pays, retrouvé, je reprendrai le cours normal qui m’attachait volontairement et sans trop d’effort à ma table.

Mon panorama, aujourd’hui : la pointe vert tendre des pommes du pin parasol, les lampions blancs accrochés aux marronniers, la souplesse des branches que le vent balade sans se soucier des cerises en devenir et au loin, les fleurs passées des pissenlits qui peuplent de bulles fragiles les prés. Les grumes, tour à tour chargées d’humidité puis lourdes de soleil emmagasiné. A leur place, elles sont et la couleur un peu modifiée à chaque passage ou c’est moi qui me le figure. Ce tas de bois ainsi que des billes et planches débités scandent une portion de ce chemin passant sous la voie de chemin de fer non loin de la maison.

Voilà, à quelques promenades près, la vue de ma fenêtre et à l’entour qu’ont pu apprécier les deux parisiennes,  A. et V. en visite.

ELB

*Le lien renvoie à l’article Ainsi va le jour 36. La page Ainsi va le jour regroupe la totalité des articles éponymes.