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Des croûtes à Thégra?

Voilà plusieurs années que je connais Simone G. du village de Thégra dans le Lot. En traversant le bourg chaque été j’y découvrais sur des bannières au vent les mots concours , expositions, vente, vide-greniers d’artistes,concours d’épouvantails , journée de la peinture et j’en passe,.. Chaque année semblait apporter un nouvel élan. Curieuse je suis et il m’a été facile de la rencontrer.

Renseignée par Internet j’ai pu saluer sa dernière initiative: avoir organisé une sorte de déballage où pouvait s’inscrire tout barbouilleur du dimanche . Du moins c’est l’expression qu’elle sous-entendait sans l’utiliser . « Que de monde, que d’inscrits, que de variété… »me dit-elle dans l’un de ses courriers, voulant aussi par là s’excuser du décalage de qualité avec ce qu’aurait pu montrer un collectif de « professionnels »

.Le mot croûte n’est pas anodin puisqu’il apparait dans le dictionnaire de l’esthétique, (mais pas le mot « nu » que j’y cherchais ce matin!.)..Il désignait à l’origine une œuvre invendable parce que détériorée , encrassée, craquelée. Le sens en a évolué. C’est maintenant « un mauvais tableau sans valeur marchande « et « méprisé par les connaisseurs » Même un peintre qualifié connait ce désespoir profond d’avoir commis une croûte, une œuvre médiocre, loupée, massacrée en décalage avec un thème formidable .
L’art contemporain n’ignore pas ces approches maladroites et en joue et en dispose.

Le peintre du dimanche peut vivre dans la spontanéité et produire sans rien d’ autre que la référence au nu du calendrier, à la fleur du jardin, au sourire d’un enfant aimé, au besoin d’avoir essayé puis continué…La manière désespère les amateurs d’art comme elle peut attirer les plus élogieux compliments de gens absolument sincères ,épatés, et qui ignorent que souvent l’on y retrouve les sensations, les mêmes intentions que celles de créateurs célèbres aguerris par la culture et les études, des questionnements intuitifs et forts. C’est une révélation sur notre appartenance à la Nature qui se passe de discours. Le chat mignon ou le coucher de soleil violine termine sur la cheminée d’un ami attendri, dans le salon d’un admirateur fervent, dans les recoins obscurs d’une  » trocante » mais il a joué son rôle d’exutoire, eu son temps de gestation entre bonheur tranquille ,inquiétude et labeur. Il a pris forme .Alors merci à Simone. Il est bon que tous s’expriment et bravo pour tant d’énergie. Toutes proportions gardées c’est plus pour un si petit village que ce qui se fait en notre capitale! Et je sais qu’elle s’en souviendra, il y eut même une année pour participer Shimul un artiste du Bangladesh.

Une idée pour l’an prochain, une bannière assumée: »La foire aux croûtes ». GHV