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Conversation du banc

hgfemme84Autre femme.Autre fois.

 

Dimanche et fin d’une  chaude après-midi à Epinay sur Seine .J’ai emmené les « puces » au parc entre le chemin des saules et la voie ferrée. Quelques bambins se suspendent  aux agrès, escaladent le toboggan ou la tour. L’heure est délicieuse et l’endroit curieusement calme.Dans les platanes le vent brasse haut les branches .

Une femme sur le banc. Nos regards se croisent et nous savons que nous parlerons.

_ »Oui , il fait bon. L’air est plus frais. C’est calme , les gens se préparent pour le match.

Moi , je ne suis pas d’ici ,je viens de C. en Franche .Comté .Mais je suis de l’Algérie. Mes frères eux sont venus jeunes parce qu’ils ont suivi mon père. Ils se sont mariés ici et leurs enfants ils ont fait de bonnes études. Un de mes neveux est avocat, sa soeur directrice dans une faculté. Un autre de mes neveux est ingénieur, il est avec une française et sa soeur elle est professeur. Moi à dix sept ans c’est mon mari que j’ai suivi mais je n’avais pas beaucoup été à l’école, et en arabe seulement.Il était dur vous savez, mais quand il est tombé malade je l’ai soigné, pendant deux ans, j’aidais les infirmiers et les infirmières, Thierry, Thomas, Said, Monique. Il est mort en 2019. Mais je ne veux pas d’autre mari. Je suis bien. Mes frères ils me disaient, tu es jeune encore.  Là je suis venue pour aider ma fille qui vient d’avoir cette petite: elle a quarante huit jours.  »

Elle me regarde.

« Moi j’ai perdu son frère à un an et sa soeur à deux ans. Je ferme les yeux et je les vois tout pareil à ce qu’ils étaient.

Vous n’êtes pas française…Si?  Je pensais italienne. C’est bien que vous n’ayez que des filles. Elles sont gentilles avec leur mère. Les garçons ils veulent tout puis ils se marient et ils ne pensent plus à vous.

Voyez mon petit fils,dix-huit mois,  il bouge tout le temps, c’est ça les garçons. Les filles elles sont sages, regardez les votres. Vous avez raison :il faudrait qu’il apprenne l’arabe , c’est bien d’être bilingue..

Bonne soirée , madame. Moi j’espère que les français vont gagner mais je n’aimerai pas aller au stade à cause  des attentats. »GHV

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Le carnet de Corinne: Conversations.

conversation-huguette-galante

Commencé il y a quelques jours puis oublié car il faut bien laisser à l’encre le temps de sécher.  Je souligne aujourd’hui au crayon Faber- Castell…

Le rose trop costaud a traversé le papier et le lavis produit dans le fond de  pot desséché  a permis de restituer une nouvelle silhouette. Les mots circuleront de page en page, le carnet sera rose et Conversations en sera le titre. Il me plaît d’obéir au hasard qui m’a imposé ces formes et ce thème en lien avec Corinne : elle sait justement inviter la parole.

J’ai accusé hier réception du carnet offert par Sidonie: « With Love » et couverture bleue. GHV.

 

Choses nouvelles du blog.

mouette

Choses dont on n’a aucun regret:

On peut comme Guillaume qui feuillette avec moi le carnet  moins aimer ce dessin de la mouette  mais le choisir tout de même tant l’oiseau , le cadrage , son regard symbolisent parfaitement l’élan  avec lequel j’aborde ces jours de  » jubilación »  . Etre retraitée n’ouvre pas à une nouvelle vie , elle la continue autrement.

Autre fait: la nuit tombait déjà tout à l’heure  sur Epinay à la sortie des classes du collège Robespierre . Parc de la Chevrette j’ai traversé une troupe d’adolescents assaillie par leurs cris bientôt clameurs, leurs courses et bousculades. Ils étaient au moins cinquante , certains sidérés et d’autres hargneux et excités et des rires fusaient, des appels vigoureux et les cris plus aigus des filles, l’une d’elle en s’ébrouant comme un cheval fou faisait s’envoler un nuage de farine . Il y a une dizaine de  jours le vacarme des corbeaux rassemblés dans les platanes du parc des laboratoires Eclairs m’avait arrêtée au même endroit. J’aurais pu éprouver de la crainte. Les deux fois j’ai ressenti la  force  jaillissante de ces cris sauvages.

Encore: savoir que l’on est otage, que l’on a des attaches, des habitudes, une langue, et que l’on y est bien comme dans un nid .Et que non, même pour le calme, la beauté, la sérénité on ne partirait pas vivre « pour toujours »vers des ailleurs de carte postale.

 

 

Charles

Choses que l’on aime:

Hier je découvrais les habitués de l’atelier du mercredi de l’AAP. Je découvrais assis à sa table Charles  rencontré il y a un mois. Il travaillait à un portrait de femme de Corot. Sa voix bien que  grave et chaude a quelque chose d’enfantin et donne envie de le materner.

Enfiler une ancienne paire de bottes après avoir hésité à s’en débarrasser . Sur le trottoir les talons très hauts claquent joliment sur le trottoir. La promenade sera heureuse.

Croiser Eliane D. C’est une voisine . Elle discute avec deux hommes et la conversation se continue à quatre.

 

 

conversation1

Choses qui vous émeuvent:

Retrouver sous le crayon une sensation éprouvée des années auparavant. Ressentir la permanence.

Lire ce que pense  une personne que l’on connait. C’est quelque chose de vous qui l’a touchée (des mots écrits pour elle). Redécouvrir cela et les mots d’alors vous reviennent en boomerang , plus forts.Elle a pensé avec vous.

Savoir que l’on ne prendra plus le train au quotidien et donc que les personnages assis , dessinés, saisis sur le siège en face de moi disparaitrons des carnets.

La lecture des Notes de chevet de Sei Shônagon. Dame de compagnie de la princesse Sadako au XIème siècle elle est devenue ma compagne de chevet .Cette page timidement à sa manière…

GHV