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Ainsi va le jour.28

 

 

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Le chant des oiseaux plus insistant au jardin et les mouettes criardes en bord de Seine ; toujours les corneilles sur les allées. La lumière grandit.

Au parc, les canards sont de plus en plus bavards et les arbres prennent bourgeons ou fleurs. Le fond  du paysage verdit et hier, blanchies dans la nuit, les jonquilles et narcisses de la place sous un voile de neige. Deux fois, une pluie de neige fragile qui a tenu à peine une heure : derniers soubresauts d’un hiver tardif ? Aujourd’hui, le soleil vient de s’éclipser

Le jour s’étire, s’allonge mais je n’ai pu voir cette portion si pittoresque dans la Micheline entre St Denis- les -Martels et Rocamadour : le passage au-dessus du cirque de Montvalent, surplombant la Dordogne face aux falaises.  Visite très rapide dans le Lot et pris le petit-déjeuner avec un roucoulement des tourterelles dans l’acacia, en face.

Pluie, vent soleil et le tout réuni sans arc-en-ciel pour autant. A Toulouse retrouvé l’amie Gh. qui attend non loin du canal en plein Lauragais que la mare se remplisse. Les grenouilles l’ont désertée.

Puis la complicité de nos enfants et au pont St Michel, l’écluse : Une belle rêverie où je rejoins M. avec A dans ses bras, tout sourire. Toujours les cormorans sur l’arbre en bordure de Garonne.

La réforme de l’orthographe qui n’a pas enflammé les foules certains se disant peut-être qu’il ne serait déjà pas si mal de savoir construire des phrases correctes  ainsi que d’utiliser la ponctuation à bon escient (j’en suis) savoir manier la capitale que l’on voit souvent au cœur d’une phrase.

Quand on met un accent circonflexe sur une voyelle, on sait ou pas que cela indique la disparition de la consonne s  et indique aussi une valeur phonétique : l’allongement d’une voyelle. Ainsi s’écrivait -jusqu’au XVIII siècle je crois-avec un s des mots comme  fenestre,  feste, hospital, beste (d’où défénestration, déforestation, festoyer, hospitaliser, bestialité… La concurrence entre l’accent grave et circonflexe est lancée. L’absence ou la mauvaise place de la virgule peut changer le sens d’une phrase. L’ordre des mots peut être décisif ; leur place en indique la fonction. Bien souvent, l’adverbe est  proche du verbe. C’est ainsi que s’organise la rythmique, la mélodie de la phrase. Et en découle logiquement l’intonation que d’ailleurs je ne sais pas toujours donner. J’aimerais tant savoir lire à haute voix.

Et puisqu’il est question d’orthographe, de langue, il en est un qui vient de mourir, Umberto Eco, très intéressé par la  sémiologie, entre autre .Interrogé sur le langage, il disait :

« Le langage, ce n’est pas de dire ce qu’il y a là mais de dire ce qu’il n’y a pas ».  Sémiologie, sciences occultes, spécialiste du Moyen-âge,  musique sérielle : un boulimique assez génial !

Ce qui m’amène à évoquer la quinzaine des poètes qui rend hommage à ceux du XXème siècle, prétexte heureux à beaucoup de manifestations comme des lectures en librairie mais aussi dans la rue.

Zone (dans Alcools)ne prend pas d’accent circonflexe,  mais c’est le poème d’Apollinaire, sans doute,  avec lequel la France, le monde sont entrés dans la modernité : la fin du monde ancien,  fini la grande guerre !

A la fin tu es las de ce monde ancien

Et pour le plaisir :             Nuit rhénane

Mon verre est plein d’un vin trembleur comme une flamme
Écoutez la chanson lente d’un batelier
Qui raconte avoir vu sous la lune sept femmes
Tordre leurs cheveux verts et longs jusqu’à leurs pieds

….

Le Rhin le Rhin est ivre où les vignes se mirent
Tout l’or des nuits tombe en tremblant s’y refléter
La voix chante toujours à en râle-mourir
Ces fées aux cheveux verts qui incantent l’été

Mon verre s’est brisé comme un éclat de rire.

Reverdy, Eluard, Cocteau, Char le résistant, Valéry et bien d’autres à relire ou redécouvrir.

C’est aussi un autre monde nouveau, violent qui nous assaille, nous bouleverse ou nous étonne. Laisser circuler les biens, les animaux et non les personnes ?  Ils s’avancent en cortège- images d’un autre temps ?, nous renvoyant à notre impuissance et à nos démons.  Comment vivre la frontière et la protéger quand elle n’est que maritime : stopper tout avion ou bateau et rester sur son île, seul ? 4000 noyés depuis un an dont 1 sur 5 est un enfant. La Grèce et la Macédoine sont débordées Enfin, Cameron a  consenti à ouvrir ses portes pour les mineurs non accompagnés situés à Calais et ayant des parents en Grande-Bretagne.
Mettre en commun les moyens pour ne plus perdre de temps mais chaque état a ses exigences -oubliant les motivations premières qui ont présidé à l’idée européenne bien avant celle du marché-,  devrait relire la Charte des droits fondamentaux.

Sans rire et sans jeu de mots,  motus et bouche cousue ! C’est la jungle !  La Russie titillerait bien les pays Baltes, faisant un détour par l’Europe de l’est qui la démange toujours.Il faut lui reconnaître son changement de position vis à vis de la Syrie.

Erdogan est de plus en plus à l’aise dans son rôle d’autocrate,  interdit un journal.

La tentation est grande de se réfugier dans la poésie. Et pour terminer, Prévert :

Le paysage changeur

 

 De deux choses lune

L’autre c’est le soleil.

 

ELB

Le soleil pour passerelle.

Un rayon de soleil froid s’égare sur une des étagères de ma petite bibliothèque, disparait puis y revient, qui attire mon attention.

J’avais failli l’oublier ! Et en cette fin d’année du centenaire de la naissance d’Albert Camus et pour en finir puisque tout a été dit, écrit, analysé, décortiqué et même parfois, récupéré, je ne veux m’attacher qu’à ce livre car le dernier –excepté Le premier homme mais on ne le savait pas encore- et parce que c’est le Camus poète qu’on retrouve.
Incompris ou contesté et jugé sur ses positions dites morales, il a refusé tous les dogmes ; exigeant, honnête et lucide, il est résolument contre la pensée unique, la doxa.

Il s’agit ici de La postérité du soleil. Et il renferme l’unique texte que René Char ait écrit pour Camus ; c’est dire son importance.
Ces deux-là se rencontrent dans un contexte d’après-guerre sur le texte de Caligula (la démesure qui conduit à l’absurde, au meurtre), en 1946 près de L’Ile sur la Sorgue. C’est l’engagement résistant dans le maquis, pour Char et celui du journaliste dans la clandestinité à Combat –pour Camus, qui les a rapprochés. Ce dernier avait édité Les feuillets d’Hypnos, recueil poétique de Char résistant.
Sentant ce qu’ils ont en commun, ils peuvent faire un peu de chemin ensemble et ils vont même créer la revue Empédocle dans laquelle ils vont publier Julien Gracq.

Un besoin irrépressible de lumière dont ils sont en quête permanente, des racines communes de pensée et d’action et puis … le Lubéron offre le soleil, la nature .Ils deviennent amis. Comme dans Noces, s’agissant de Tipasa, Camus aurait-t-il peut-être pu dire parlant de Lourmarin «… au printemps, L…est habité par les dieux et les dieux parlent dans le soleil ». « Le paysage comme l’amitié, est notre rivière souterraine. Paysage sans pays » écrira Char.
Henriette Grindat, photographe suisse, découvre la Provence avec Char dont elle est amie avant de poursuivre son voyage de l’autre côté de la Méditerranée avec Camus. Tout comme Char, il aime ses clichés.

Un projet commun naît en 1952 .Le choix des photos est fait par Camus qui écrit de courts textes en regard de celles-ci. Char écrit la postface-après la mort de Camus à l’édition de 1965, témoignage de leur amitié. Très émouvant, lyrique -et on ne savait pas ce que nous réservait le premier homme en la matière .Encore plus touchant lorsque l’on sait que Camus ne l’a jamais vu, édité.

Il avait dit à Char : « Faites, René, que ce livre existe ». Il est mené à son terme lorsque Camus va mourir. Malgré les difficultés nombreuses à l’éditer il finit par exister grâce à un éditeur Genevois en 1965. Evoquant la solitude de l’artiste, dans une lettre à son ami Char, Camus écrit: « … Il faut bien s’appuyer sur l’ami quand il sait et comprend et marche lui-même du même pas. »Une réelle et tendre amitié les réunit et leur correspondance 1946-1959 l’atteste. Ils avaient l’un pour l’autre une véritable admiration.

Gallimard réédite La postérité du soleil, dans la Blanche, en 2009 dans un format original et tellement tentant. Je n’avais pu y résister, à l’époque. C’est aussi une occasion de découvrir -henriette-grindat.html »>http://www.rts.ch/archives/tv/information/madame-tv/3468422-henriette-grindat.html et ses photos noir et blanc qui ont su capter la lumière, le vent, la pierre, l’eau, l’arbre hirsute ou le visage.

m>La postérité du soleil Albert Camus – René Char – Henriette Grindat, Gallimard (collection Blanche) 2009.

ELB