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Haïku du soir.

Crii crri crii crri crii

Cymbales des grillons

Soleil a donné.

 

ELB

Ah! Le dimanche.

 

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Le dimanche ! On l’aime ou on le déteste mais il est là. Le dimanche reste un jour particulier . La cuisine du dimanche par exemple, elle est sophistiquée, amoureuse, gourmande ou peut  à l’inverse, être désordonnée, bohémienne et faire s’étirer le jour en traînant,  sans rien faire de suivi. C’est le jour du brunch et du goûter, du ciné et du parc, de la lecture, peut-être.

Un temps où l’on fait autre chose ou la même chose mais différemment.

Un temps suspendu, un nuage bienfaisant, en pause après le samedi courses et ménage ou activité extra professionnelle. Le bruit du dimanche est assourdi.

C’est souvent pour moi, la question : ma cuisine du dimanche, c’est quoi ?  Un vrai plaisir ou une corvée ? Les deux car le temps passé à se lécher les babines, à tester une recette particulière que l’on veut parfaite et les mines réjouies que l’on devine déjà ou déçues selon le cas.

Dimanche, rien : un ciné, une lecture, une mise à jour de l’actualité car je n’ai pas eu assez de temps en semaine pour les lire et rien ne m’agace plus que de n’avoir pas lu. Une balade au parc, un repas entre amis, un café gourmand, un apéritif dînatoire.

Rien ! Je rêvasse et promène mon regard sur la place ; elle est plutôt calme ce jour-là mais il s’y passe des choses. Je vous ai déjà dit les canards s’échappant du parc, certain dimanche.

Qui n’a vu le dimanche, un Monsieur, seul, faisant le tour d’une place ou déambulant  dans les rues passagères, à l’approche du marché ? Seul et endimanché, en costume ou pardessus, manteau selon la saison, chapeau, chaussures cirées avec chemise et parfois même une cravate.

Je me suis toujours demandée s’il voulait sauver les apparences, continuer à exister comme si le travail avait été sa seule raison de vivre, l’habillement lui permettant d’être encore ce monsieur que l’on respectait parce qu’il travaillait, avait sa place et était de la sorte, admis et reconnu  ou simplement si c’était une façon de bien se tenir et de se maintenir et ce,  jusqu’au bout . Refus de se laisser aller, volonté de donner l’image qu’il veut que l’on retienne ?

Ainsi, il en est un que je ne vois plus. Depuis plusieurs mois, ses sorties se faisaient plus rares. Il essayait, si on l’apercevait et lui disait bonjour,  d’engager la conversation mais il était difficile à comprendre. Il proposait un café : il s’ennuyait. Les derniers temps, il soliloquait un peu et avait perdu du poids. Je ne le vois plus.

Il en est un autre, étranger aussi avec une belle canne et un chapeau qui le distingue de tous. Il sourit à chacun sait le saluer, comme  en représentation. Je ne sais pourquoi, j’ai l’impression qu’il n’est pas si heureux. Je lui parlerais qu’il perdrait de sa superbe- me dis-je insolemment-,  et n’existerait plus car l’image qu’il souhaite  donner de lui le fait exister même si ce n’est que le temps de la promenade. Alors la place devient manège.

Faut-il être en activité pour exister ? Oui, pour certains sans doute mais à l’âge des personnes que j’observe ainsi, arborant la tenue comme un Espagnol se promenant sur les ramblas de sa ville –c’est de moins en moins vrai-, il est un autre temps, plus lent, plus plombé aussi qu’il faut inventer à nouveau pour  mieux l’habiter.

 

J’ai ri, au jardin avec les voisins vendredi mais je ne pleurerai pas pour autant aujourd’hui car dimanche sera musical. Jour de concert : on chante. Je crois savoir qu’Huguette fait de la confiture.

Plusieurs jours de soleil sans pluie ; un bel intervalle que ce dimanche quand l’été donne l’impression de vouloir s’installer.

 

ELB

Ainsi va le jour.26

 

 

jacinthe2

 

 

L’année s’est terminée avec l’envie d’en découdre avec la douceur, la légèreté, l‘insouciance, le bonheur.

De la couleur et de l’insouciance joyeuse, comme dans les films des années soixante aux tenues pastel. Légèreté d’une plume et l’ombre de la pleine lune d’argent,  la semaine de Noël,  sur les carreaux de la cuisine en plein causses, avec ses ombres chinoises.

Premiers jours gris de janvier.

Les gens sont fatigués, ils soliloquent et j’en croise tous les jours qui soliloquent. Assise à côté de moi, une jeune fille que je croyais en train de téléphoner à une amie.

Un scénario très au point qui aurait pu être celui d’une série télé. Une histoire d’amour, tumultueuse,  des noms qu’elle égrène avec emballement traduisant une émotion réelle. Elle était visiblement partie prenant et souffrait de cette situation se mettant à parler très fort appelant, Christelle qui lui avait « piqué » son mec puis c’était Mica qui la sauvait et Marion, qui en était toujours amoureuse, la narguait. Je ne saurai la fin de l’histoire. Je descends à l’arrêt suivant laissant la blondinette en proie à ses peurs fictives ou réelles. Dans le bus, certains rient tandis que d’autres croient rêver. Je la salue en partant mais son regard semble figé.

 

Jour anniversaire de Charlie, une piqûre de rappel dans le quartier et à moins de 800 mètres du lieu de travail  dans ce coin du XVIIIème, vivant, bruyant et tonique. Beaucoup de sirènes et d’agitation. Un moment de désarroi quand on l’apprend. L’abattement est en partie éclipsé car il faut réagir, et rassembler ces adolescents qui repassent le film déjà entrevu il n’y a pas deux mois. Impossible à présent de ne plus avoir en arrière-plan, dans son cortex, cette certitude d’une vie en sursis- si tant est que l’on ne le savait pas encore-, et qu’il faut envisager combattante et engagée d’une façon ou d’une autre, mais comment ?

Presque une semaine de vœux distribués joyeusement à tous, vœux bienveillants que l’on ose. Je souhaite à tous douceur et légèreté mais la voilà déjà envolée, la douceur. Nous avons donc repris la conversation,- celle de novembre-, discuté, écouté et essayé d’expliquer l’inconcevable.

Et dans tout cela, Il faut laisser la place au clash entre l’Iran et l’Arabie Saoudite, la bombe H de la Corée du Nord et son fou de Kim Jong-un qui bluffe peut-être et aux 26 Millions de personnes  déplacées dû au changement climatique et à sa vie propre.

En rentrant cette semaine,  je reprends la rue Etex et revoit avec plaisir Les Blondes Ogresses, toujours en place, discrètes dans cette rue du XVIIIème sans prétention. Le café rouge où je m’arrête pour boire un café allongé réunit beaucoup d’hommes fatigués et soucieux. C’est ce que je lis sur leur visage.

Sous le ciel froid et bleu, une 2CV décapotable avec ses jeunes occupants me lance au visage une image de gaieté et me donne envie de revisiter Paris et de prendre le bus rouge à étage en jouant la touriste. Voir la ville de plus haut, sentir le vent dans les cheveux.

Mais les bruits du monde sourdent et continuent à nous habiter ; c’est bien normal.

M comme Madaya  où pour survivre les corps décharnés se nourrissent de feuilles et de racines ; l’aide humanitaire est admise à intervenir au bout de la sixième demande au milieu d’un hiver rigoureux.

M comme Méthane .Nous avons cru un temps que les trop nombreux bovins à la surface du globe, par leurs pets et rots étaient les seuls à nous asphyxier mais c’est l’homme par ses forages qui a ouvert la faille et le gaz se propage dans l’atmosphère,  contribuant ainsi à l’augmentation de gaz à effet de serre alors qu’il recherchait l’inverse.

La Pologne s’enferme dans le conservatisme et surveille de près ses médias et La Suède et le Danemark contrôlent leurs frontières. Notre jeune Europe de 60 ans se recroqueville telle une petite vieille. Quel dommage !

Plus que jamais, l’enseigne de la librairie maison de presse disparue d’un quartier à Clichy, ces jours derniers se rappelle à ma mémoire : Le monde allant vers. Mais vers où va-t-il donc ? Et serait-il vraiment à l’envers ?

En Syrie de Joseph Kessel en folio, trouvé en bonne place à la librairie ; Dans ces extraits tirés de En Syrie, premier reportage en 1926 du grand Kessel, Jeune journaliste très littéraire. Il décrit sous mandat français, le pays est déjà divisé en groupes religieux et  le rôle assez néfaste des hauts commissaires étrangers dont nous étions.

Mais non, tout n’est pas désespéré : « …il y aura toujours le vent, la lumière. Rien ne passe après tout si ce n’est le passant » écrivait Aragon.

La place est encore muette ; quelques illuminations vacillent sur fond de ciel nuageux et je continue le week-end de chant, enchantant.

L’hiver semble arriver. Le vert des narcisses a percé la terre de ma jardinière et bientôt des taches de jaune émailleront mon rebord de fenêtre.

1,2,3…bonheur !  Le bonheur en littérature pour 2 euros en folio.

 

ELB

NB: tous les articles du même nom dans la page Ainsi va le jour