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Ce que je pourrais vous dire.

 

 

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La pleine lune ronde de juin mordorée jaune avait inondé le ciel donnant une étrange lumière et de lune en lune je m’aperçois que ma petite chronique de la vie ordinaire aux champs, s’espace.

Pourtant pas de voyage en cours ni prévu après la petite pause avec la visite du parc poétique et insolite au Clos Lucé et celles de Chenonceaux et Chambord.

Mais j’aime les cartes, les mappemondes, les globes, lumineux ou pas. Les lieux, mers, terres ou océans, pays, fleuves, montagnes aux noms si évocateurs, favorise l’entrée dans une sorte de voyage. On peut aussi se balader à travers et au travers des mots. J’ai d’ailleurs fait, il y a quelques années, une liste de toutes les mers du monde et depuis le dernier déménagement, je n’ai pu y remettre la main dessus. Me restent les listes de capitales, de fleurs ou d’arbustes préférés sans oublier celle des mots qui chantent à mon oreille ou qui me parlent. Oulan- Bator claque toujours au vent.

Heureusement,  il y a la nature et cela buissonne dans les haies ; les insectes s’affolent à la lumière chaude du jour. Sieste sonore. L’air est parfumé, fruité même.  Des jours entiers ils frémissent, butinent et la longueur du jour ne les effraie pas. Enchantement de voir cette nuée de papillons sur les fleurs sauvages ; La jachère fleurie accueillante est en train de sécher. L’orage est annoncé, enfin.

Le temps interrompu, l’été, prétexte à toute fête, réunion festive nous permet dans le creux de certaines heures de la journée d’observer, de se figer,  devenant méditatif. En ce jour de fête au jardin par temps chaud, cousins cousines frères sœurs et petits enfants sont embellis par la lumière que dispensent les voiles d’ombrage. A observer les très jeunes enfants, on est intimidés. Un peu lunaire, Arthur me surprend toujours. Il a l’air d’exister ailleurs, comme en secret, dans un monde où il se retirerait quelquefois.

Ici, la ville n’existe pas. Elle est absente mais parfois sa rumeur me revient aux oreilles. La supporterais-je à nouveau ? J’ai l’impression, si je me pose la question, qu’elle me manque parfois. Pourtant le Lot, département rural, s’il en est, ne manque pas de ressources. C’est ainsi qu’à la faveur d’un cadeau de Noël dont j’ai enfin profité, je me suis familiarisée à la rivière du même nom qui le traverse. Je l’ai en quelque sorte lue en même temps qu’entendue grâce la Bande dessinée,  Lost on the Lot    par l’association Derrière le hublot aux Editions Les requins Marteaux. 2016

C’est à une invitation de l’association Derrière Le Hublot que les auteurs, Guillaume Guerse et Marc Pichelin sont venus régulièrement durant cinq ans à Capdenac- Gare pour réaliser un livre -CD autour du Lot, la rivière. En effet celle-ci, traverse la ville et sépare les départements de l’Aveyron et du Lot.

Ils ont donc exploré les lieux et découvert en les observant le paysage et ses habitants. Il s’agit de réelles rencontres. Ils prennent vie sous nos yeux, s’expriment et on peut, comme dans un jeu d’enfants, coller leur « binette » sur le livre-cahier. Les auteurs se sont aussi intéressés à l’association elle-même, à son histoire tout en s’interrogeant sur le travail d’auteurs de bande-dessinée. Une véritable séance récréative et pause poétique avec les bruits insoupçonnés et frémissants de la rivière.

Le deuxième livre qui m’a particulièrement touchée, Mes deux rives de Jacques  Ferrandez, totalement différent. C’est L’histoire de la BD élaborée à partir du premier homme de Camus.  Depuis, j’ai lu ladite BD tirée du texte ; Elle restitue l’histoire, la lumière et le lyrisme si présents dans Le premier homme.

Mes deux rives, c’est en quelque sorte, la genèse de la BD, l’écrivain dessinateur reconstituant lieux, décors et ambiance. Il a cela de commun avec Camus : l’Algérie où il est né, Alger avec son ciel, ses odeurs, ce quartier de Belcourt. Les allers et retours entre les deux rives de la méditerranée raconte cette histoire. Jacques Ferrandez n’a pas vécu en Algérie mais son père était un contemporain de Camus et a vécu dans le même quartier.

La méditerranée relie dit-il bien qu’elle soit devenue le tombeau de trop nombreux migrants.

Au jardin, le temps des cerises avec celui des groseilles et des framboises a passé. Les pommiers, poiriers et pêchers ploient sous la quantité de fruits très abondante cette année, me dit-on. J’ai dû les soutenir à l’aide de tuteurs improvisés et les alléger de quelques kilos de fruits encore verts.

Je ne vais pas sous cette chaleur écrasante vous imposer une trop longue lecture. Pour ce faire, je la coupe en deux à grands coups de cisailles.

La suite, demain.

ELB

 

Mes deux rives           Mercure de France  2017

Le premier homme    Gallimard Bande dessinée 2017. Dans la même collection : L’étranger et l’hôte.

Lost on the Lot            Les requins marteaux         2016

 

 

 

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Nos richesses.

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Je me réjouis que le dernier roman de Kaouther Adimi  fasse cet éloge de Nos richesses communes en évoquant les livres et les passeurs de littérature.
 J’avais découvert l’existence d’Edmond Charlot en m’intéressant de plus près à Camus et je m’étais promise d’en savoir plus et le temps a passé. Voilà que Kaouther Adimi m’en donne l’occasion et de belle manière. Charlot, premier éditeur  de Camus ainsi que de Lettre à un otage de St Exupéry et bien d’autres tels Jean Giono, Henri Bosco, Jules Roy, Bernanos, Gide, a transmis l’envie et le goût d’avancer, d’apprendre ou de se construire et d’affiner sa pensée. Qui sait ce que peut changer la lecture d’un livre ?
 Charlot ouvre la librairie Les vraies Richesses -nom emprunté au titre d’un livre de Giono,  en avril 1936 à côté de l’université à Alger au 2, rue Hamani, ex rue Charras. Elle est minuscule, pas tout à fait 29 m2 où «  ..seuls ont droit de cité, la littérature, l’art et l’amitié ». D’emblée, l’esprit est donné qui régnait dans la petite entreprise d’amis et il est présent tout au long du livre. Il revit grâce au travail de recherche de l’auteur parmi les archives et différents témoignages. Elle rend hommage au lieu ainsi qu’aux gens qui l’ont fait vivre avec des allers et retours entre passé et présent de notre histoire mêlée et douloureuse évoquant massacres et attentats.
Entre retour à Alger, sorte de contre visite- et Paris d’aujourd’hui avec Ryad, jeune étudiant effectuant un drôle de stage à Alger, Kaouther Adimi émaille le texte d’extraits des carnets que tenait le libraire éditeur. Ils nous renseignent sur l’aspect pratique du métier et plus encore sur son engagement,  absolu. Charlot publie ce qu’il aime. Il prend donc tous les risques dans cette période troublée. Il y a longtemps déjà que la majeure partie des éditeurs sacrifient au commercial ; Peu découvrent encore de nouvelles plumes et les publient. Le 5 mai 1935, Edmond Charlot note dans ses carnets :
 « Ce sera une bibliothèque, une librairie, une maison d’édition mais ce sera avant tout un lieu pour les amis qui aiment la littérature et la Méditerranée. » Il a eu du reste une collection Méditerranée.
Tout de suite, Camus vient faire éditer Révolte dans les Asturies puis suivra L’Envers et l’endroit en 1938 et plus tard Noces. Il va comme Gide aider Charlot, en lisant et corrigeant des manuscrits ; il va aussi remplir des fiches pour le prêt.En pleine seconde guerre mondiale, Gide lui suggère de reprendre la NRF dont Paulhan avait été le patron. Puis elle passe aux mains de Drieu La Rochelle en pleine collaboration ; il en démissionnera en mai 1943.  Charlot crée une autre revue, Arches ; le premier numéro sort en février 1944.
Il vient de publier Silence de la mer de Vercors qu’il ne connait pas ; le texte lui est arrivé par la valise diplomatique de Londres avec un petit mot : prière de réimprimer. Il note alors dans ses carnets : « Le nom de l’auteur Vercors m’était totalement inconnu. » A la même date, les communistes l’accusent d’avoir publié un livre fasciste. Toujours dans son carnet : « …après avoir été présumé gaulliste, sympathisant communiste, me voilà fasciste…on n’épargne rien aux éditeurs. » Il commence à cette date-là,  à publier-des auteurs étrangers comme Austen, Woolf, Moravia. Tous ses livres seront lus dans de nombreux pays grâce à la livraison qu’assurent ses amis aviateurs. La classe ! dirait un adolescent d’aujourd’hui.
Quelle aventure et quel courage ! Celui de courir le papier devenu rare -qui pour lui était si important : au Velin, il préférait le papier Japon. Courage de vivre de peu pour faire vivre la littérature en temps de guerre.
 Le rôle joué par le vieux monsieur Abdallah, n’est pas des moindres ; sous son drap blanc, il s’est laissé traverser par l’histoire et en a pris sa part. Son portrait est touchant. Fidèle du café de Saïd, il fait figure de sage et essaie de transmettre aux jeunes ce qu’il juge important; en tout cas, gardien du temple et passeur à sa manière, il est la mémoire du lieu et va l’apprendre à Ryad- vingt ans -, venu de Paris pour nettoyer tout çà. Devant cette échoppe à la vitrine délabrée, sans nom, on ne s’arrête guère mais les habitants se souviennent. Il reste quelques livres, il y flotte et traîne comme un air particulier ; les rares photos trouvées interrogent,  parlent presque et Abdallah en raconte l’histoire comme une antienne de ces jours rares, rapides et généreux puis devenus dangereux mais Saïd n’aime pas les livres. Il est là pour débarrasser car ici on vendra bientôt des beignets. L’entrée est bien gardée : Abdallah empêche quiconque tenant à la main une boisson, d’en franchir le seuil.
Rendre ainsi hommage aux libraires et à la littérature comme le fait Kaouther Adimi m’a procuré un grand enthousiasme. Le fait de mêler ou d’entrecroiser l’histoire du lieu avec celle de nos pays fait encore plus palpiter le sujet du roman ou quand la littérature rapproche, crée des liens ou aide à vivre : voilà nos richesses. Suffisent-elles à apaiser cette cicatrice encore rougie que la Méditerranée qui nous sépare n’a que peu adoucie.
C’est aidé de ses amis et d’un ancien professeur-qui avait été aussi celui de Camus-, Jean Grenier, que Charlot ouvre sa librairie mais aussi grâce à l’influence d’Adrienne Monnier, libraire éditeur et poète à Paris. Il lui fait part de son admiration.
Et pour aller plus loin…ou plus si affinités…si vous ne la connaissez pas, je vous engage à lire ses Gazettes (1925 1945.
Dans les années trente, dans La maison des amis des livres, à Paris, elle vendait certes mais sa librairie était aussi une bibliothèque et le lieu de rencontre de nombreux écrivains tels : Fargue, Claudel, Valéry, Carco, Larbaud, Gide et bien d’autres. Dans Les Gazettes, elle livre ses réflexions sur ses lectures évoque aussi toutes les attractions de l’époque, ses sorties, la vie parisienne. Elle sonde et observe l’air du temps.
ELB
Nos richesses de Kaouther Adimi Editions du Seuil.
Les Gazettes (1925-1945) de Adrienne Monnier Editions Gallimard L’imaginaire.

La dame aux chats d’Epinay sur Seine.

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C’est l’histoire d’une  dame qui nourrit les chats du quartier de la gare entre l’avenue Jean Jaurès et la rue de la Justice. Vint un jour où disparurent ses abris bricolés et ses gamelles , sa silhouette penchée sur les animaux devenus familiers.

Un matin de promenade j’ai retrouvé le refuge recréé quelques mètres plus loin ,révélé par l’hiver ,et ce qu’il y restait de croquettes. Appelons -le la soupe populaire des matous rejetés, mal-aimés, abandonnés ou simplement vagabonds. J’imagine qu’elle avait eu à subir les remarques des riverains et avait préféré trouver  endroit plus discret.

Ainsi  ma dame oeuvre  à sa manière pour faire face à l’invasion des rats sur Epinay sur Seine , animaux pouvant  déplaire mais ils existent et prolifèrent tout autant à Paris, dans les beaux quartiers où sur les bords de Seine…bref partout où les attirent les odeurs de bouffe, la chaleur des conduits, la graisse des égouts, les poubelles éventrées, les entrepots de grandes surfaces, les caves humides… Inconsciemment surgissent les peurs ancestrales, celles de  la peste, des leptospiroses.  Mais les chats sont aussi chassés qui pourtant leur couperaient volontier les moustaches…leurs pires crimes étant de pisser dans les bacs à sable pour lesquels aucun esprit cartésien n’a encore mis au point le « grillage dissuasif » et de se reproduire eux aussi avec frénésie.

Mémoire aussi du joueur de flûte de Hamelin qui débarrassa la ville des rats  et du danger de la peste en les entrainant au son de son instrument mais qui pour ne pas avoir été payé et pire pour avoir été chassé  revint, charma dans leur sommeil les enfants innocents et les entraina dans une grotte qui se referma à jamais sur eux.

Lire et relire La Peste de Camus.

Les peurs sauvent l’homme à condition qu’elles ne le fasse pas marcher sur la tête.GHV