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La dame aux chats d’Epinay sur Seine.

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C’est l’histoire d’une  dame qui nourrit les chats du quartier de la gare entre l’avenue Jean Jaurès et la rue de la Justice. Vint un jour où disparurent ses abris bricolés et ses gamelles , sa silhouette penchée sur les animaux devenus familiers.

Un matin de promenade j’ai retrouvé le refuge recréé quelques mètres plus loin ,révélé par l’hiver ,et ce qu’il y restait de croquettes. Appelons -le la soupe populaire des matous rejetés, mal-aimés, abandonnés ou simplement vagabonds. J’imagine qu’elle avait eu à subir les remarques des riverains et avait préféré trouver  endroit plus discret.

Ainsi  ma dame oeuvre  à sa manière pour faire face à l’invasion des rats sur Epinay sur Seine , animaux pouvant  déplaire mais ils existent et prolifèrent tout autant à Paris, dans les beaux quartiers où sur les bords de Seine…bref partout où les attirent les odeurs de bouffe, la chaleur des conduits, la graisse des égouts, les poubelles éventrées, les entrepots de grandes surfaces, les caves humides… Inconsciemment surgissent les peurs ancestrales, celles de  la peste, des leptospiroses.  Mais les chats sont aussi chassés qui pourtant leur couperaient volontier les moustaches…leurs pires crimes étant de pisser dans les bacs à sable pour lesquels aucun esprit cartésien n’a encore mis au point le « grillage dissuasif » et de se reproduire eux aussi avec frénésie.

Mémoire aussi du joueur de flûte de Hamelin qui débarrassa la ville des rats  et du danger de la peste en les entrainant au son de son instrument mais qui pour ne pas avoir été payé et pire pour avoir été chassé  revint, charma dans leur sommeil les enfants innocents et les entraina dans une grotte qui se referma à jamais sur eux.

Lire et relire La Peste de Camus.

Les peurs sauvent l’homme à condition qu’elles ne le fasse pas marcher sur la tête.GHV

Celle qui disait avoir « juste fait (le) son boulot ».


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Ces voix qui continuent à nous parler. Ils sont quatre, à entrer aujourd’hui au Panthéon : deux hommes et deux femmes.

Pierre Brossolette, encore très jeune. Pour ne pas livrer ses camarades à la gestapo se défenestre. Je ne connais rien de lui si ce n’est qu’il était journaliste et que derrière la vitrine de sa librairie il préparait avec sa femme des actes de résistance.

Jean Zay, je m’y suis intéressée plus tard lorsque je me suis aperçue qu’il avait donné son nom à de nombreux collèges et foyers de l’Aide Sociale à l’Enfance.

Ce jeune ministre de l’Education pendant le front populaire a été traité par ses détracteurs de Ministre de la récréation parce qu’il avait introduit dans l’enseignement, la pratique du sport et les loisirs dirigés qu’il renomma Activités dirigées afin d’apaiser tant la critique était grande. Léo Lagrange présidait à l’organisation des loisirs. Cette demi-journée hebdomadaire pouvait âtre consacrée à une visite de musée comme à une promenade botanique. Il démocratisa la culture et est ainsi à l’origine des bibliobus. Il n’est pas à l’avant-garde mais très ouvert aux Arts. En réaction à la Mostra de Venise sous la houlette fasciste de Mussolini adoubé par Hitler, en 1939 il crée le Festival international de Cannes. C’était bien sûr un acte militant dictée par l’inquiétude de la montée du nazisme en Allemagne. Juif de surcroît, il subit bien des injustices en vrai républicain se voua à la défense de son pays, quittant le gouvernement pour s’engager dans la résistance. Il fut arrêté et emprisonné mais continue à réfléchir sur la réforme de la république qu’il est certain de servir à nouveau quand il est assassiné par la milice en juin 44.

Donc, quand j’allais en promenade au petit bois de chez Baquet- c’est ce qu’écrivait la maîtresse au tableau avant de partir-, ou faisais un dessin de ma grappe de raisin tout en bénéficiant d’une Leçon de choses, à la communale, je ne savais pas que je le devais à Jean Zay.

Les deux autres voix, celles des femmes sont celles de Germaine Tillion et Geneviève de Gaulle Anthonioz – toutes deux membres du réseau Musée de l’Homme- survivantes du camp de Ravensbrück n’ont, au cours de leur longue,  eu de cesse que de soulager, compatir et défendre la Justice et la Vérité. La seconde a, comme on le sait crée ATD quart monde devant la misère des bidonvilles des années cinquante et vous avez dû lire aussi La traversée de la nuit, il n’y a pas si longtemps.

Quant à la première, j’ai eu vent de son existence par Camus dès les premières lignes de présentation qu’il fit à Algérie, 1957 de G Tillion. C’était il y a bien longtemps et à la faveur de l’honneur suprême qui lui est rendu, je viens enfin de lire:

Le siècle de Germaine Tillion  sous la direction de  Tzvetan Todorov Seuil 2007.

Et quel siècle de bonne femme, bien rempli ! Je devrais dire grande dame majuscule. Mais celle pour qui « …la vérité et la justice comptent plus que l’intérêt politique » ne m’en voudrait pas, sans doute.

De l’Aurès à Ravensbrück et retour, sa préoccupation a été toujours la même.

C’est ainsi qu’elle s’inscrit dans ce siècle et combat au quotidien et jusqu’au bout pour les Droits de l’Homme. La question essentielle qui lui a fait dire avoir « juste fait son boulot ».

Je ne peux que vous recommander cet ouvrage, collecte de nombreux témoignages dont celui de Benjamin Stora entre autres sans oublier ceux qu’elle hébergea à St Mandé et aida à vivre- et d’une importante documentation et réflexion de G Tillion avec une interview de l’intéressée, inlassable chercheuse et conscience éclairée donc lucide.

ELB

Le soleil pour passerelle.

Un rayon de soleil froid s’égare sur une des étagères de ma petite bibliothèque, disparait puis y revient, qui attire mon attention.

J’avais failli l’oublier ! Et en cette fin d’année du centenaire de la naissance d’Albert Camus et pour en finir puisque tout a été dit, écrit, analysé, décortiqué et même parfois, récupéré, je ne veux m’attacher qu’à ce livre car le dernier –excepté Le premier homme mais on ne le savait pas encore- et parce que c’est le Camus poète qu’on retrouve.
Incompris ou contesté et jugé sur ses positions dites morales, il a refusé tous les dogmes ; exigeant, honnête et lucide, il est résolument contre la pensée unique, la doxa.

Il s’agit ici de La postérité du soleil. Et il renferme l’unique texte que René Char ait écrit pour Camus ; c’est dire son importance.
Ces deux-là se rencontrent dans un contexte d’après-guerre sur le texte de Caligula (la démesure qui conduit à l’absurde, au meurtre), en 1946 près de L’Ile sur la Sorgue. C’est l’engagement résistant dans le maquis, pour Char et celui du journaliste dans la clandestinité à Combat –pour Camus, qui les a rapprochés. Ce dernier avait édité Les feuillets d’Hypnos, recueil poétique de Char résistant.
Sentant ce qu’ils ont en commun, ils peuvent faire un peu de chemin ensemble et ils vont même créer la revue Empédocle dans laquelle ils vont publier Julien Gracq.

Un besoin irrépressible de lumière dont ils sont en quête permanente, des racines communes de pensée et d’action et puis … le Lubéron offre le soleil, la nature .Ils deviennent amis. Comme dans Noces, s’agissant de Tipasa, Camus aurait-t-il peut-être pu dire parlant de Lourmarin «… au printemps, L…est habité par les dieux et les dieux parlent dans le soleil ». « Le paysage comme l’amitié, est notre rivière souterraine. Paysage sans pays » écrira Char.
Henriette Grindat, photographe suisse, découvre la Provence avec Char dont elle est amie avant de poursuivre son voyage de l’autre côté de la Méditerranée avec Camus. Tout comme Char, il aime ses clichés.

Un projet commun naît en 1952 .Le choix des photos est fait par Camus qui écrit de courts textes en regard de celles-ci. Char écrit la postface-après la mort de Camus à l’édition de 1965, témoignage de leur amitié. Très émouvant, lyrique -et on ne savait pas ce que nous réservait le premier homme en la matière .Encore plus touchant lorsque l’on sait que Camus ne l’a jamais vu, édité.

Il avait dit à Char : « Faites, René, que ce livre existe ». Il est mené à son terme lorsque Camus va mourir. Malgré les difficultés nombreuses à l’éditer il finit par exister grâce à un éditeur Genevois en 1965. Evoquant la solitude de l’artiste, dans une lettre à son ami Char, Camus écrit: « … Il faut bien s’appuyer sur l’ami quand il sait et comprend et marche lui-même du même pas. »Une réelle et tendre amitié les réunit et leur correspondance 1946-1959 l’atteste. Ils avaient l’un pour l’autre une véritable admiration.

Gallimard réédite La postérité du soleil, dans la Blanche, en 2009 dans un format original et tellement tentant. Je n’avais pu y résister, à l’époque. C’est aussi une occasion de découvrir -henriette-grindat.html »>http://www.rts.ch/archives/tv/information/madame-tv/3468422-henriette-grindat.html et ses photos noir et blanc qui ont su capter la lumière, le vent, la pierre, l’eau, l’arbre hirsute ou le visage.

m>La postérité du soleil Albert Camus – René Char – Henriette Grindat, Gallimard (collection Blanche) 2009.

ELB