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Entre l’éphémère et le nomade.

 

ephémère

 

De l’un à l’autre, nous y sommes. La fascination de chacun pour le nomade, le numérique est là depuis quelque  temps déjà.

Du bout du doigt effleurant grâce sa pulpe, la tablette, le mobile ou tout écran tactile… Le cœur du monde palpite dans nos mains comme dirait Michel Serre. Avec la légèreté que n’a pas la plume encrée, nous savons,  si nous le voulons,  ce qui se passe à peu près partout sur la belle bleu et alors,  communiquer à tout moment avec qui l’on veut,  est possible : l’information en un clic par un glissement de l’index ou du majeur sur un écran et en pleine figure le plomb de l’actualité.

C’est alors que pour plus de légèreté, on glisse sur l’album photo, celui des vacances ou  celui des cabanes, de lieux et moments insolites qui nous ont peut-être relié à nous-mêmes.

Sac au dos et tout ou presque dans sa poche pour arpenter le monde, y  goûtant l’éphémère comme celui d’un café ou d’un spectacle décidé à l’improviste.  Un lever de soleil à Tokyo devant un cerisier en fleur,  en mars et  son coucher à Paris tout en savourant des profiteroles au chocolat ou sirotant un grand millésime en terrasse.

Plus éphémère encore, cette brise qui caresse ma joue ce matin, ce bar improvisé au jardin, un soir d’été, le restaurant éphémère d’un festival de musique ou de poésie, ce foulard dont le mouvement agite le fil en plein vent. L’éphémère est-il forcément fugace ? Non,  mais il a ce côté fragile, précaire tels une bulle de savon ou encore le froufrou furtif d’un animal fuyant son prédateur quand je sais que sa vie lui sera ôtée dans quelques  misérables minutes.

L’éphémère ? L’éclosion d’une fleur au matin perlé de rosée ou encore la vie rapide d’un insecte qui naît un matin et meurt le soir même.

Le fuyant, le frêle, le provisoire ou le passager. La vie éphémère comme un morceau de musique joué dans l’instant ou un chant imaginé, inventé, un air nouveau qui  balance dans le feuillage. Le lever de soleil, son coucher,  la brume de l’aube en été et le plaisir de marcher pieds nus dans l’herbe fraîche,  le crépuscule, le vent qui souffle, l’écume qui se retire, la buée du carreau au réveil hivernal,  ce qui ne sera plus d’actualité tout à l’heure, cette minute passée, ce visage croisé, ces quelques paroles prononcées.

La poussière qui n’est pas éphémère mais qui peut être nomade grâce au vent  ou au courant d’air, nous rappelle la fragilité des choses nous signalant que nous sommes de passage.

L’éphémère appliqué à la science et aux techniques, en matière numérique, quel que soit le lieu où l’on se trouve et sans fil. C’est déjà moins évident à la campagne selon  les zones rurales quand le réseau n’existe pas ou est de mauvaise qualité.

Ainsi chez ma mère, à  quatre kilomètres d’ici, je dois aller  en haut de l’escalier ou à la fenêtre de sa salle d’eau pour donner ou recevoir un appel. Cela me permet  d’observer les brebis qui broutent et le grand châtaignier majestueux. Tout ne peut pas être prévu et contrôlé encore dans ces zones et je m’en réjouis parfois.

L’homme pouvait être nomade et transporter son baluchon, sa théière ou son bâton l’aidant à marcher en suivant son troupeau quand à présent, les outils informatiques et de communications  qui l’accompagnent sur sa route lui offrent aussi la possibilité  de ne rencontrer qui que ce soit physiquement sans pour autant être lesté par un fatras de matériel. Je peux comprendre qu’on se sente léger et  à la fois dans un sentiment de puissance avec  l’impression de pouvoir interagir à tout moment et être en communication avec  le reste du monde. On partage tout : les jardins mais aussi les bureaux qui plus est,  presque au pied levé, pour une heure ou la journée. On passe, revient parfois. On ne s’encombre pas de l’inutile en tant que matériel à porter et cela me ravit aussi.

De l’’écriture cunéiforme des tablettes d’argile au livre puis à la tablette et liseuse, quel chemin mais toujours les mêmes interrogations ?

On essaie de tirer ou retenir le fil de sa musique intérieure.

 

ELB

 

 

 

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En écho à la maison de la Cécile.

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Et oui, c’est comme cela que cela se passe à la campagne: on est toujours de quelque part et du même coup anobli à peu de frais; ainsi Victoria du Caille, hameau qu’elle habitait-,  venait faire la grande lessive, frotter les cuivres ou cirer les meubles quand se préparait une grande fête.

De même,  la maison appartient toujours  à quelqu’un et en prend souvent le nom. Comme un écho. Et la vie continue. La maison du sourd m’a toujours intriguée car elle n’existait déjà plus lorsque j’étais enfant mais l’emplacement demeurait et on continuait à la nommer comme en mémoire de la personne qui l’avait habitée. L’empreinte était forte. Je me demande depuis qui était ce sourd. Hélas, il est trop tard. Plus personne n’a la réponse, je crois.

La maison d’Esther, j’en connaissais l’histoire ; elle avait donc un peu moins d’attraits. Quant à celle de la Coralie, on savait que sur le petit balcon et tôt le matin,  elle  appelait sa chèvre. En rentrant de l’école il y en avait toujours un pour imiter la biquette.

Il y avait bien sûr les maisons qui avaient été habités par les réfugiés du Pas-de-Calais et de Belgique ainsi que des enfants de Marseille. Un par ferme, on avait dit et pour deux ans! C’est ainsi que Max ,devenu comme un frère de la génération précédente-, devint tout naturellement notre oncle lorsqu’il revint dans les années soixante présenter sa fiancée à mes grands-parents.

On nous en a raconté l’histoire.

Notre campagne a su les accueillir et ce n’était pourtant pas Byzance mais on faisait son pain et son potager.

 

ELB

Ce que je pourrais dire…

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Entre le chaud et le très chaud, le printemps s’est achevé il y a déjà longtemps et l’été précoce  nous a pris de court. J’en ai presque oublié le solstice, les feux de la St Jean se préparant çà et là.
Distraite par la douceur encore chaude du ciel nocturne piqué de diamants, de l’autre côté de la route : éon, éon ou Léon, faisait le paon tandis que sous la piètre fraîcheur des arbres, les grillons frottaient leurs élytres. Assurément, nous étions  en été.

Et dans ces moments-là,  de grande chaleur, j’aurais aimé pouvoir entendre les mouettes au-dessus de la Seine et c’est le murmure du vent dans la sapinière, lovée dans le hamac qui m’aurait presque fait croire au sac et ressac d’une mer  lointaine ; mais une fontaine comme on en voit dans certains  jardins, un ruisseau ou un filet d’eau au-dessus de l’abreuvoir  auraient pu tout aussi bien me rappeler, convoquer ces  images de fraîcheur.

Je rêve d’un rat des champs qui converserait avec un rat des villes- l’amie Huguette, sœur de blog-,  lui confiant ces secrets de nature, lui comptant la vie du terrier. Or, il se trouve que bien des choses m’échappent qui devraient m’alerter, me tenir aux aguets. J’ai raté les manifestations pour conserver l’arrêt dans nos petites gares ; ainsi, celle d’Assier et de Gramat seraient fermées les week-end et jours fériés et celle de Rocamadour le serait définitivement. L’affaire est presque pliée.

Pas tout à fait rat des champs, je disais-,  mais en route vers ce mode de vie ; oublié aussi la transhumance pour le Lioran au départ d’Espédaillac, village caussenard s’il en est. Depuis une dizaine d’années, les changements de pacage reviennent-comme celui de Rocamadour vers  Luzech près de Cahors-,  pour éviter l’achat de fourrage et pratiquer une sorte d’écobuage. Autrefois, on pouvait faire paître les brebis dans les coudercs, ces communs au centre du village et des hameaux. Or ces derniers au fil du temps ont été intégrés à certaines maisons ou réduits pour agrandir un jardin.

Dimanche dernier, accompagnée de Brigitte,  à Latouille près de St Céré, le  Sentier Art Nature, parcours poétique émaillé de couleurs : accrochage en pleine verdure dans les arbres et au-dessus de l’eau, tableaux, peintures,  tissus de couleurs jetés par-dessus la rambarde du pont de bois et traînant dans l’eau, rochers du torrent et troncs d’arbres habillés de couleurs unies et en patchwork pour les rochers, du papier recyclé incrusté ou des pliages en papier origami. Plusieurs groupes de musique, allant du jazz à la variété en passant par la musique Sud-américaine les percussions et la guitare sèche s’égrenaient tout au long du sentier. Sur le chemin, en redescendant, avec son père, il chantait presque trop bas, mais sur le ton de la confidence comme pour mieux nous faire prêter l’oreille et apprécier avec une nostalgie heureuse, un poème d’Aragon.

Une moitié de visage de jeune femme, suspendu au fut d’un arbre m’impressionnait. De la poésie et de la légèreté dans la décoration de  fil de fer et de verre de couleurs évoquant le vitrail. Nous pressentions la lumière et la brise jouer avec la matière : les cliquetis se seraient mêlés aux chants et musiques qui s’entrecroisaient. Les sublimes photos du rebond de la goutte d’eau nous ont aussi particulièrement touchées.

Depuis  une semaine se sont évanouis canicule et vent chaud de ces derniers jours puis… l’orage d’été tant attendu. Les averses successives ont tout rafraîchi me faisant tirer de l’armoire, pull et gilet chauds et rangé les sandales laissant traîner les orteils au vernis rouge. L’été torride est en suspens. Fleurs et pousses ramollies et peu gaillardes ont relevé la tête. Demain l’été revient.

Mais la mort de Simone Veil, hier, nous peine terriblement.

Si elle en avait eu encore la force, à coup sûr, elle aurait ragé et fait entendre sa voix à la réaction du Ministre de l’Intérieur donnant l’ordre de ne pas rouvrir de centres d’accueil aux migrants et  dire implicitement aux associations de ne plus leur venir en aide.

Durant la guerre en ex-Yougoslavie en 1992, elle s’était vigoureusement insurgée contre l’existence de camps et de violences faites aux femmes dans  les villages assiégés et contres ces déplacements de population. Comme Germaine Tillon , Simone Veil a compté pour l’Algérie ; elle a fait respecter les droits humains en améliorant la détention des prisonniers en y introduisant la détection de maladies ainsi qu’une structure scolaire.

D’après le HCR, « … soixante-cinq millions de personnes déplacées en 2016…vingt nouvelles personnes sont forcées de fuir leur foyer chaque minute, et le déracinement concerne un être humain sur cent treize. Syrie, Afghanistan et Soudan du Sud représentent la moitié de réfugiés. La majeure partie d’entre eux vont dans les pays voisins comme la Turquie et le Liban … »

L’Union européenne est loin d’en absorber autant.

 

ELB