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Ainsi va le jour. 21

nuées

Un véritable été, fatigant mais la chaleur, le bleu du ciel, c’est  l’été. Synonyme de vacances pour la plupart et j’en suis. Elles ont débuté il y a huit jours. Les pique-niques entre amis ou en famille nous avaient déjà mis un peu l’eau à la bouche.

A l’ombre de l’appartement, pour se préserver de la canicule et ne deviner le soleil que par ce que laisse filtrer les persiennes de bois côté place, on se repose, on se prépare aux vraies vacances. Prendre le train et se laisser porter dans ce paysage jauni par le soleil dans un premier temps et ensuite quelques escapades.

Pour un empire, je ne raterai pas le rendez-vous poétique de Sète et ensuite, partage entre amis et famille ainsi qu’une petite improvisation feront le reste.

Mais pour l’heure, je guette la fin de l’après-midi pour tirer le rideau et donner davantage de clarté.

Ce matin, après les petites besognes d’usage, tôt car la température avait baissé, je suis partie avec un peu d’eau et quelques fruits ; j’ai filé chez Bonnard.

La lumière et la couleur bruissaient : je suis entrée dans un temps étale. Devant chaque tableau ouvrant sur la terrasse ou le jardin, j’étais l’invitée ; on m’attendait avec une tarte aux cerises ou aux prunes et en fond l’exubérante végétation ou bien la mer. Curieux, étrange Bonnard. Les fenêtres entrouvertes côté pièce d’eau ou côté jardin régalent l’œil de tissus dont les couleurs contrastées ne peuvent masquer l’inquiétude des visages.

J’aime les contre-jours et chez ce peintre, il n’en manque pas. Brouilleur de pistes, facétieux, il m’a surprise avec ses angles de vue qui nous font à la fois apprécier deux tableaux en un, voire plus. Le maître des illusions et des chimères n’est pas loin ; On est troublée et cet aspect-là de sa peinture m’avait, je crois bien, totalement échappé. Il faut croire que l’on grandit encore et apprend toujours mais cela, nous le savons. L’explosive lumière au service de la vie avec son quotidien, dans l’intimité sous la lampe, par exemple, provoque une grande émotion. Bonnard enchante et interroge. J’ai découvert avec bonheur ses photographies car il ne m’était pas venu à l’idée qu’il ait pu en faire. Pourquoi donc tant de clichés?

Sans comparaison aucune car il n’y a pas lieu d’en faire, exactement huit jours auparavant, juste avant la clôture j’étais allée visiter l’exposition du maître au Grand palais. Palette plus sombre chez Velázquez ; peu de monde, la chaleur sans doute. A peine trois quart d’heure d’attente. Un grand ciel bleu intense et un musicien au pied de l’escalier nous a distrait.

Les tableaux mis en valeur par des murs blancs au fil des salles, scandaient le parcours du peintre : l’apprentissage, son atelier avec des élèves dont son futur gendre. Dans les dernières salles, il est largement représenté quand résonne la voix d’un grand type au chapeau entrant.

-« C’est incroyable tout ce qu’il a fait ce mec, en soixante ans ».

Impressionnant Velázquez. Un monument et certains tableaux de très grands formats. Et ce Diego que l’on croirait sage, sérieux malgré sa position de peintre royal a su, habilement se moquer en détourner certains sujets ou objets. Que d’humour et de dérision, de ruse pour au bout du compte, s’amuser de la comédie de la cour.

Stupendo, dirait un Espagnol : lui, son gendre, ses élèves de l’atelier. On s’y méprendrait.

Il y a une semaine, je dévalais la rue Etex me disant que Les Blondes Ogresses n’étaient pas agressives cette année ; c’est toujours Denise la jardinière qui sévit mais c’est moi qui étais moins attentive et disponible. Deux autres pièces étaient à l’affiche en juin dont une me tente. La grasse matinée de René de Obaldia. En aurai-je le temps ? Jeux de mots, malice sur un sujet grave : Y a-t-il une vie après la mort ?

Au café rouge, toujours les mêmes vieux au comptoir et les autres, grattant leur ticket ou guettant l’arrivée du quinté.

Arrivée à Clichy, en rentrant, je suis attristée de voir nos arbres contraints par les grilles ou le goudron lorsque ce n’est pas les deux. Grosses veines des trottoirs, le bitume boursoufflé autour des arbres : les racines n’en peuvent plus de se contenir. Vent, pluie, froid ou chaleur, il leur faut lutter aussi pour leur survie.

A défaut d’un thé au Sahara, d’un pique-nique sur le toit comme de jeunes moscovites en proposent moyennant finances, que ferez-vous cet été ? C’est devenu un véritable « buisines » dans certaines villes russes d’organiser des rendez-vous amoureux clandestins. Visiter une ville en l’abordant par ses toits, c’est plus excitant-ce que je crois bien volontiers,-  à St Pétersbourg, nous dit aussi Courrier international, l’organisateur loue une chambre au dernier étage pour accéder aux toits et raconter une histoire de la ville ou organiser quelques fêtes insolites.

Peut-être irez-vous cueillir en montagne les artémises mutélines ou l’armoise des glaciers qui permet de fabriquer la liqueur de génépi, ou plutôt la salsepareille en garrigue ou encore la saladelle ou la salicorne en Camargue aux fleurs mauve, rosées.

Il y a deux semaines, les pois de senteur dont un mauve, justement, dans la petite fraîcheur du matin se sont enfin ouverts et ils en ont mis du temps. Le bleu paraissait plus fragile ; un pied était odorant, l’autre non. Ils sont à présent tout secs.

A chacun son Arcadie-ce fut dans la Grèce ancienne, une région dont la tradition poétique fit un pays idyllique.

Ce qui me renvoie à l’actualité chaude et tendue que nous connaissons pendant ces jours –ci .Savez-vous que c’est la constellation d’Orion et ses grands chiens qui est à l’origine de ces éruptions solaires.

Quoiqu’il en soit, comme beaucoup j’aurais souhaité davantage de solidarité mais nous y serons obligés et pour d’autres encore sinon nous mourrons tous.

ELB

Et les autres textes éponymes  dans https://trainsurtrainghv.com/ainsi-va-le-jour/

Il y a un an tout juste.

Ainsi va le jour.

les yeux posés Les fins de semaine sont propices aux lectures plus longues : je remets en ligne ce texte d’Evelyne écrit il y a tout juste un an…GHV Cri des mouettes sur mon chemin vers la station de métro, ce matin et un peu plus loin, près du kiosque à musique des trouées de bleu et de lumière rosée. Il va peut-être ne pas pleuvoir. Place Clichy, l’église de scientologie racole. Au programme, l’origine des pensées négatives, des comportements indésirables et du manque de confiance en soi. Tout ce qui plaît ou inquiète. Du pont métallique au-dessus des tombes, contre le mur du bâtiment surplombant le cimetière, un large bandeau publicitaire me fait sourire:« Du studio aux cinq pièces d’exception ». Je croise des Joggeurs, des personnes à vélos, d’autres avec leur poussette ou encore la trottinette: tout le monde, écouteurs aux oreilles. De toute couleur, les fils : le noir est le plus fréquent mais il y a aussi du blanc, du vert, du bleu clair et du rose fluo comme pour égayer le début de journée. Chacun se perfuse à sa dope préférée avant d’entamer la journée de travail. Visages fermés dans leurs pensées, d’autres ouverts et souriants. Au téléphone, un homme me croise que j’entends dire: « t’as l’impression d’être une mauvaise mère et que tu gères rien ; mais non pas du tout, je te rassure ». Parlait-il à sa fille, sa compagne, une amie. Et pourquoi pas à sa mère ? Dès huit heures trente ce matin, les conversations et les pensées étaient graves. Où en est la révolte du peuple Ukrainien à Maïdan ? Le haut des arbres tanguait et de ma place au second si j’avais continué à regarder le mouvement de ces arbres décharnés, j’aurais fini par avoir le mal de mer. Nous sommes loin des déferlantes, pas d’inquiétude. Les rameaux et fines branches noires et cassantes dessinaient un joli treillis en avant des façades des immeubles de l’autre côté de la rue. Ce qui faisait croire à un dessin au fusain. A la pause, le lacis tortueux des rues pavées m’a attirée et j’ai poussé jusqu’à la vigne St Vincent ; elle a été taillée et le jardin de biodiversité sort à peine de son sommeil. Comme une éponge, aujourd’hui, j’avale et je bois tout avec mes yeux, mes oreilles et du bruit dans la tête comme j’en soupçonne parfois chez les personnes croisées, parlant souvent seules. La voix, la nôtre propre nous aide parfois à nous rassembler à hauteur d’yeux et de cœur. Au retour, en face de l’hôpital Bretonneau, au dernier étage d’un immeuble, un saule pleureur dépouillé et trois merles qui l’occupent, surveillant le quartier. Il fait encore jour. Quelle sera la lune tout à l’heure ? Après la grosse lune ronde, celle qu’on dit pleine, d’il y a trois semaines, la lune, lame d’argent de la semaine dernière qui s’offrait en fauteuil à bascule puis déjà le dernier quartier qui arrive. Denise la jardinière sévit toujours chez les Blondes Ogresses. Comme ce sont les vacances, le spectacle pour enfants est annoncé : Les comtes givrés de la fée Grelotte. Elles me plaisent bien ses Blondes Ogresses…je ne vais pas tarder à leur rendre visite. Je finis de dévaler la rue Etex, légère. Je suis en vacances et m’abandonne un temps. Une courte halte dans le Lot et à Toulouse en bord de Garonne. Et à nouveau la lune aura retrouvé ses rondeurs. Elle sera nouvelle. Je la veux d’acier, à peine blanchie pour trouer le carreau de la chambre. C’est comme cela que je la préfère. Le grand café rouge, La Rotonde a ouvert son cercle d’hommes : en cette fin d’après-midi, une femme, deux femmes même, en train de parier face au grand écran. L’assemblée bouge et se diversifie. Et si elles gagnaient, que feraient-elles de leur gain. Il n’est pas certain qu’elles aient les mêmes envies. Dans le métro pour le dernier tronçon de mon trajet, plaquée contre la vitre comme aux heures de pointes, j’aperçois en face, sur le carrelage du quai, un affiche RATP Des lignes et des rimes ou Des rimes et des rames, concours de poésie mettant en avant la chanson de Nougaro : » Armstrong…je ne suis pas noir, je suis blanc de peau… et sa voix rouleuse de galets comme la Garonne, m’a réchauffée . Claude, tu m’as enchantée sur cette portion de la ligne treize saturée et pleine comme un œuf. Pour peu, nous nous serions crus ailleurs. Un petit air de printemps en réapparaissant à la surface et deux jeunes sur les allées qui dansent au rythme de leur slam, l’inquiétude, l’espoir et la vie en commun sans doute. ELB 21/02/2014 LIEN AVEC AINSI VA LE JOUR I LIEN AVEC AINSI VA LE JOUR II

Ainsi va le jour.13

 SANS ARME

Premier véritable matin frais de cet automne débutant tout en restant agréable et enveloppant. Octobre déjà là, mais combien d’automne ? Il est à nouveau là, il revient… mais quel âge ? Le mien, bien sûr.

Depuis plus d’un mois maintenant, reprise des habitudes, du trajet et de ses variantes selon le temps restant. J’ai retrouvé le grand café rouge de la Rotonde où les femmes sont de plus en plus nombreuses à parier et à gratter ; les jeunes commencent à y venir aussi. Signe des temps, tout le monde rêverait-il d’un gain providentiel?

Les Blondes Ogresses se sont donné un air de fête : en lettres d’or, toutes pailletées, elles apparaissent désormais ; Denise jardinière sévit toujours et l’affiche  continue à exciter la curiosité avec en sous-titre Le jardin révélé. Je revois avec grand plaisir la silhouette du pin sur le toit ainsi que le saule pleureur veillant du haut du quatrième étage sur les passants ainsi que ces rouges cheminées chapeautées de zinc, alignées telles des vigies.

La douceur de l’été indien m’a permis de continuer à manger dans le square et de rêvasser, profitant du soleil de septembre, de son vent tiède et caressant.  Nous avions tous envie d’été de la deuxième chance. Quelle aubaine ! « Incredible », répètent, fort étonnés, ces touristes Anglais visitant le quartier devant deux jeunes gens jouant à la pétanque, depuis un mois,  dans ce même petit jardin. Encore quelques-uns qui ont lu Peter Male et croient qu’on ne joue aux boules qu’en Provence

A soixante ans, je serais encore un peu dans le désenchantement du monde? J’étais donc dans l’utopie; non, du tout et  pourtant  je ne pensais pas que tout ceci puisse arriver.

Je reste encore sous le choc, médusée et interloquée devant ce petit garçon, haut comme trois pommes. Non, Il ne jouait pas aux gendarmes et aux voleurs, ce n’était pas jour de carnaval, non plus. Au sortir du métro, vers 19 heures il y a une quinzaine de jours, de l’escalier mécanique, à hauteur d’yeux car je me laissais paresseusement hisser à la surface, vidée par ma journée de travail: un petit garçon-trois ans tout au plus- treillis et casquette avec chaussures pour parfaire la panoplie, tenait un pistolet rouge dans sa main droite. A côté, sa maman cachée sous de longs voiles noirs,  lui parlait. En ces temps plus que troublés, l’image ne pouvait que frapper même si dans un deuxième temps je n’ai voulu voir que le pistolet en plastique.

Embrouillamini, chaos donc confusion, maquis, enchevêtrement, fouillis, mélange, désordre. Utilisons les mots que nous voulons, en tout cas, ce sont ceux qui me viennent à l’esprit et en rafale à ce moment-là car très troublée, je dois le dire. Dans ce mélange des genres, cette confusion et ce maquis sans repères et de guerres en fatras, quelle direction prendre se demande la plupart- et il m’arrive d’en être parfois- car les pistes sont brouillées.

Froid dans le dos, d’un seul coup une longue colonne de glace me figeait et cette image m’a renvoyée à un autre monde : un monde obscur, morbide et violent, sans avenir. Tellement surprise je me suis retournée. Non, je n’étais pas en colère mais dépitée, désarmée et profondément triste.

Ménagement et attention, bienveillance à l’égard de quiconque pour ne pas céder à la facilité et loger tout le monde à la même enseigne. Ni morale, ni démagogie mais seulement l’esprit de discernement qui, en ce moment est le moins bien partagé pour plagier ce que disait Descartes en parlant du bon sens-formule qu’il avait du reste « piquée » à Montaigne. Pas de dérive. La vie ne vaut rien mais … vous connaissez la suite. Si on croit en l’homme, sa vie et la vie en général est le bien,  est son bien le plus précieux.

Le spectacle de la rue, la fréquentation des transports en commun aident- s’il était besoin- à se rendre compte que la vie ne se voit ni ne se vit en rose pour la plupart et ce n’est pas une révélation.

Le lendemain, à la pause, pour me consoler un peu, je suis allée vers la vigne que j’avais laissée en mai. Ça y est le raisin était mûr : de grosses grappes noires aux grains serrés et dégagés de leurs feuilles ont pu prendre le maximum de soleil et le mois de septembre n’en a pas été avare qui les a dorlotés.

Depuis la vigne a été vendangée. Et c’est tout récent, mercredi dernier.

Le temps perdu en conjecture s’évanouit devant un bout de quartier, une petite vigne en pleine ville ou l’ombre d’un charme sur un  mur couvert de passiflore, un ciel de début d’automne car la vie est là qui relance la tête et le corps. Et là, à nouveau l’envie d’être oiseau pour savoir ce qu’il éprouve dans son vol : la joie, la libération de son poids, le contentement béat ou tout autre chose. Qui saurait le dire?

ELB