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Ce que je pourrais vous dire.

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A la sécheresse n’ont même pas résisté les grosses mûres cultivées ; celles des chemins ont essayé de résister. Tous les fruits au jardin ont séché sur pied et souvent ne sont jamais apparu.Les figues qui habituellement s’offrent comme des malotrues, rondes, striées et luisantes sont petites et sèches peu goûteuses.

Et les jeunes branches des framboisiers et des ronciers broutés par le chevreuil. Pas de doute ; depuis peu il marque son passage de billes noires et brillantes. Il ou elle, car nous avons aperçu un tout petit-, a eu très soif. La pluie de fin juillet avait revigoré le causse mais certains arbres y ont laissé leurs feuilles et promesse de fruits. Août avait été bien trop généreux en soleil pour que la nature n’y laisse des plumes.

Entre l’océan et la méditerranée, la route des vacances est passée chez nous et égrené au hasard, des amis et enfants d’amis. De joyeux babils et histoires enfantines ont fait des interludes salutaires au milieu de morts abruptes ou parfois attendues. Sans surprise, le jour était à l’heure et la lune aussi, ronde, grasse et orangée. Au moins deux lunes que je n’ai pas écrit. Les morts de cet été nous ont plombés et les jours trop ensoleillés m’ont paru bien insolents pour ensevelir leurs corps.

Des nuages vagabonds à la merci du vent et du soleil, le peu de pluie qui a reverdit la glèbe, la nuit qui nous surprend. La lecture hachée, mainte fois interrompue que la pensée préoccupée et voyageuse va sautant d’une nouvelle à un poème. Puis un air de musique qui soudainement s‘échappe de la tête en balade.

Maintenant que l’été est bien fini et que la vie reprend son cours presque normal avec pour le rythmer, quelques contraintes ou activités que l’on s’impose comme pour se cadrer. J’aime à flâner pourtant, à prendre mon temps et ne pas le piétiner trop comme si rien n’était programmé, prévu et ainsi laisser place à l’improvisation toujours source de belles surprises.

La lumière moins crue, la douceur du soir et le vent trop doux nous ont mené jusqu’à l’automne, déjà bien installé mais le compte des couleurs n’y est pas encore ; Trop de pluies subites et fortes des deux dernières semaines sans doute. Une couleur fanée et dépassée, presque lasse des dernières fleurs résistantes. Le parfum si particulier des feuilles de tomates s’en est allée, aussi.

La lune absente d’un ciel délavé, la saison qui a pris sa place avec ses soirs précoces qui, à la campagne, s’accompagnent parfois d’aboiements de chiens ; ils inquiètent plutôt qu’ils ne rassurent. Quelques restes de cabanes en branchages pour abriter les rêves des enfants et d’autres peut-être pour abriter nos vies ou la tisser d’une autre façon.

Et puis, Huguette est passée avec ses toiles dans la tête et au bout des pinceaux avec des projets d’exposition. Je m’en réjouis.

Depuis huit jours le jardin s’est revêtu d’une herbe grasse, digne d’un printemps. La terre exulte. Les pluies refont le niveau des citernes et des puits.

Il en est d’autres moins enthousiasmantes.

Pluies d’été, Pluie d’acier ou Source de paix et autre Tempête du désert. Les chefs d’Etat de notre planète ne manquent pas d’imagination quant au nom donné à ces opérations militaires et guerres conventionnelles. Le cynisme leur fait même utiliser des images qui, si on n’en soupçonnait pas l’intention-, pourraient être qualifiées de poétique.

La dernière en date, induite par le délire du président des Etats-Unis laisse carte blanche à l’autocrate maintenant décomplexé et assumé d’Ankara. Et même si l’Allemagne et la France ont décidé de ne plus exporter d’armes, restent les USA et la Russie, gros pourvoyeurs dans la région.

Le rêve d’un Kurdistan s’éloigne et les yeux des Peshmergas et des civils sont désormais habillés de pluie.

Après les derniers touristes partis, ce matin un regain d’agitation pour la foire automobile, un peu anachronique au temps de l’internet comme le précise l’une de nous, au café du samedi matin. La pluie avait lustré la place et sous la petite halle quelques voitures de collection au-dessus desquelles, une sono crachouillait quelques notes de musique entre deux publicités.

Ce soir concert avec La voix est libre, chorale de Paris que la chorale Accroche cœur de St Céré accueille.

Aux couleurs d’automne qui arrivent et à la lune qui vient, un signe.

ELB

Ce que je pourrais dire.

 

Du jaune dans le paysage sous un ciel plutôt gris, jaune le soleil, jaune le pissenlit, jaune le bouton d’or, Jaune les revendications, verte la rage, noire la colère.

Une signification réelle et profonde du mouvement quand, à première vue, on croyait à un épisode anecdotique. Cependant, il ne faudrait pas s’habituer à la série noire du samedi.  La vie difficile pour les uns, la survie pour d’autres leur dicte parfois de renverser le raisonnable.

Nous ne réveillerons pas le soldat inconnu qui aurait pu nous dévoiler son identité. Et si c’était un tirailleur Sénégalais ou un spahi Marocain ou Algérien ? Pour remettre les choses à leur place dans les replis de la mémoire avec ses oublis, ses manques et ses dénis. Le mystère du lien humain : ce qui nous unit ou nous sépare.

Plus d’égalité demande toujours légitimement le peuple. La vie ! Les mots rudes pour la décrire comme un sol raclé par le vent trop chaud d’un l’été qui s’est bien trop attardé.

Heureusement, la musique du vent d’automne, avec ce caractère hypnotique,  continue de bercer toute pensée vagabonde. Les fronces de la falaise emprisonnent et captent la lumière de saison. Autant de sensations de repos qu’en même temps celle de faire presque corps et esprit avec cet environnement. La fraîcheur du soir et du matin qui nous surprend d’autant plus qu’un air presque doux bouscule les mois. Les bulbes ont sérieusement poussé du col. Verrons-nous hélas, un jour,  une année scandée par deux saisons, uniquement.

Dernières petites plantations au jardin et quelques feuilles à rassembler d’autres tournant dans l’air ou le vent du soir pour profiter encore de cette apesanteur. La lumière d’automne filtre dans l’interstice entourant les volets. Certains matins, le blanc soleil d’hiver qui n’est pas encore là,  oscille derrière les arbres.

Après les heures claires et sonores du matin orchestrées par les oiseaux, la pluie avait gagné et gribouillé l’horizon, les nuages y perdant leurs formes ces derniers jours. Le ciel s’éclaire, ce matin.  A coup sûr, ce soir, il ne renoncera pas aux étoiles.

Lectures des poilus ou chants populaires de la période, commémorations, autant d’occasions propices pour se replonger et retrouver,  grâce aux archives numérisées, l’histoire courte, retracée sommairement par le registre matricule. Craonne, morne plaine .De jeunes sépultures perdues ou noyées dans la nécropole nationale de La Target dans le Pas-de-Calais.

Et j’observe, n’étant pas la seule bien évidemment, que je fais partie de la dernière génération qui aura connu des témoins et acteurs de cette grande boucherie. La suivante retiendra peut-être le récit que nous lui en aurons fait, de ces hommes blessés ou morts, nos grands-pères ou grands-oncles-, sinon, il ne lui restera que les livres d’histoire et le cinéma. Ce qui n’est déjà pas si mal. La malheureuse Itinérance mémorielle par son libellé même, Voyage pour la mémoire comme l’ont suggéré certains, aurait été plus simple et y invitait le citoyen lambda-, m’aura permis de revenir sur les traces effacés de deux cousins de ma grand-mère, jamais revenus du front.

Je me réjouis et suis émue de voir qu’Oskar, à peine plus d’un an et couché sur le dos, goûte le bruit, le son ou la musique du tapis de feuilles mortes, au jardin. Qui peut envisager la sensation  qui le traverse à cet instant-là ?

 

ELB

 

 

Haïku du soir.

Par le vent d’automne

Aux quatre vents dispersé-,

L’odeur de l’humus.

 

ELB