Rideau d’Epinay.

Saisir ce que le front appuyé à la vitre je viens de ressentir, ce qu’aucune photographie ne saurait atteindre. Sur un carton avec les restes de la palette de l’après midi. Saisir le rideau tendu suspendu entre deux immeubles . Que cache-t-il?.GHV

Sienna et Francis Bacon

Bacon en effraie plus d’un. Certains se prétendent déçus, d’autres sont soit disant passé à autre chose, « aiment mieux » ailleurs, « en préfèrent d’autres », boudent . Je fis d’abord l’expérience d’ entraîner mon amie C. sceptique mais qui ressortit émue de cette exposition. au sixième étage du centre Pompidou. Le parcours est assez court , les tableaux peu nombreux.Voilà une oeuvre ,elle existe , c’est une vision possible, elle touche parce qu’elle fait mouche,elle n’émeut pas, elle parait ambiguë, indéchiffrable puis on y découvre des images et ces images nous parlent. Tout est charnel, dépecé, strident, d’une énergie dangereuse ,morbide , puissant,sincère, énigmatique et lisible tout à la fois. Les formes humaines y sont enchâssées dans leurs prisons de verre et la nature découpée, incluse elle aussi et sans perspective d’évasion possible.

 Francis Bacon. Study from the human body.

Sienna a huit ans .C’est sa deuxième visite à Beaubourg. Elle entre et d’entrée elle questionne sur les incongruités, les déformations, le choix des couleurs, la nudité, les postures, les objets. pas de jugement chez elle. Bien des visiteurs adultes déambulent ainsi parfois stupéfaits ou admiratifs . Rien autour des toiles n’apporte d’explication, à peine si les textes d’auteurs choisis pour étayer le propos de l’exposition (Bacon et les livres de sa bibliothèque, ) et lus par des acteurs connus peuvent suggérer qu’ils ‘inspirèrent le peintre.Il faut pour les entendre entrer dans un espace clos et vide ou leur voix enregistrée résonne et raisonne. .Ces visiteurs eux aussi doivent décrypter sur les toiles les signes inscrits (flèches, cercles ,trainées de couleur…), contempler le jeu des compositions, la répétition des études, les partis pris d’attitudes (personnages assis, vomissant, de dos, de face,au combat, enlacés, reflétés.) Si certains ont lu et sont informés du périple personnel de l’artiste (par exemple de son homosexualité , de ses accès de culpabilité..) cela ne les protège pas de l’impact sur leur conscience d’un flux inspiré, en images, et qui est représentation de notre destin: la mort , la vie tout cela dans des couleurs impeccables, des dessins impressionnants de justesse …

Premier dimanche du mois, entrée gratuite, foule assez nombreuse mais personne qui corresponde au monde de ma banlieue nord, personne des quartiers.

Sienna en sortant est satisfaite. Je le sens au ton des questions. Elle a grandi aussi. GHV


self-portrait. Francis Bacon
Sienna dessinant Study of an human body.

Le départ des légumes et des fruits du coeur de Paris, le ….


C’ était hier vendredi:

« Rendez-vous dimanche pour une visite de l’expo. Francis Bacon? ». » O.k . Vers onze heures? ». Arrivée aux Halles j’envoie un texto : « J’arrive dans cinq minutes.’ La réponse m’informe que j’ai vingt-quatre heures et cinq minutes d’avance. Que faire alors que j’ai déjà vu cette exposition et que nous avons bien remis notre visite à deux pour demain.?

L’église st Eustache domine à Paris la place des Halles. Y pénétrer aujourd’hui n’a rien de flamboyant: il pleut et la lumière est froide et blanche. Les touristes qui y pénètrent comme moi par l’accès Est à l’ arrière du chœur se glissent dans le déambulatoire vers le transept Nord de chapelle en chapelle. Les disciples d’Emmaus autrefois attribués à Rubens sont partis pour rénovation. Plus bas dans la pénombre je trouve ce que je viens revoir: Le départ des fruits et légumes du coeur de Paris, le 28 février 1969 car tel est le titre que l’on ne peut tronquer sans altérer la force du message. L’oeuvre profane se veut un hommage aux travailleurs du marché des Halles. A la date dite en pleine nuit sur leurs tricycles, leurs camionnettes, ils quittèrent les lieux en un seul cortège, avant l’aube, pour que débute instantanément à Rungis le ravitaillement de la capitale dont ils avaient la charge. Les bulldozers devaient ensuite effacer toute trace …

L’auteur Raymond Mason mort en 2010 était britannique mais vivait en France où il s’était lié d’amitié avec nombre d’artistes connus. .Les parisiens connaissent aussi La foule en bronze du Jardin des tuileries.

Curieux personnage ou plutôt honnête créateur qui fit un pied de nez à la modernité en jouant la carte du figuratif sous la domination de l’abstraction et du conceptuel , en s’appropriant les leçons de perspective de la Renaissance pour planter , avec la truculence d’un Bruegel, en groupes forts, massifs mais pleins d’élan, les êtres qu’il côtoyait dans la rue. Si l’on a connaissance de son visage on ne peut s’empêcher de reconnaître des gueules qui lui ressemblent, traits lourd et bouches lippues. Si j’en crois mes informations l’oeuvre de St.Eustache est en résine.Il avait pour habitude de peindre ses sujets une fois le travail de sculpture achevé leur donnant vie et chaleur humaine.

Donc si un jour vous aussi avez une heure de vie à remplacer poussez la porte de st Eustache.GHV

P.S: l’image plaira à mon amie Françoise qui fit, certains s’en souviendront, une copie en volume de la Nef des fous de Bosch. Elle lui posa les mêmes soucis de composition et de couleurs.

Blog à lire: Raymond Mason ,piétons de Paris