Archive | train RSS for this section

Ce que je pourrais dire. A suivre…

mandarine1

 

 

Cartographier les vents, j’en ai rêvé, Aeolus va le faire. Qu’en aurait pensé Eole ?

Le maître des vents de la mythologie grecque qui les enfermait dans la grotte ou bien les déchaînait en prend un coup. Aeolus ne va pas les libérer ou les contraindre ou nous héberger comme Eole l’avait fait pour Ulysse avec lequel il enferma les mauvais vents dans l’outre.

Le satellite européen nous avertira un peu plus tôt des caprices venteux et nous serons mieux préparés à ces assauts violents et soudains parfois virant au cauchemar. Le Nord paraît pour le moment moins vulnérable que le Sud mais pour combien de temps ? Cette avancée technologique devrait permettre de diminuer l’ampleur d’une catastrophe dite naturelle. Hélas, il y aura toujours des phénomènes météorologiques subits et violents comme ce que viennent de connaître l’Aude et un peu plus tôt, le Var.

En cause, les cours d’eau déviés, la « bétonisation », le non entretien des berges et plus largement l’activité humaine et économique ordinaire. Comment poursuivre sans tenir compte de cela. Comme si rien ne s’était passé. Il y a déjà pas mal de temps que l’on sait que le désert avance et que le littoral est partout érodé. En Espagne, outre le désert des Bardenas depuis longtemps connu, s’en préparent d’autres notamment dans le sud-est et l’Andalousie dont certains ont servi de décor de western. Voir se rétrécir ainsi les terres et se polluer l’air devraient donner à tous nos dirigeants le courage politique de miser sur le changement radical de notre manière de penser et d’agir. La fabrication et la vente d’armes sont plus rentables. Nous aideront -elles à trouver de l’eau et des forêts pour tous ?

Nombreux d’entre nous, sur la planète, seraient concernés par une demande d’asile climatique. Aeolus pourra réduire leur nombre et c’est tant mieux mais la folie des hommes-formule consacrée-, va-t-elle s’apaiser avant. Partons flotter en Eolie où nous suivrons tranquilles, et de loin, la route des 40ème rugissants aux 50ème hurlants.

J’ai coupé le mois dernier, la contention métallique autour des troncs d’arbres qui les préservaient des chevreuils, gourmands de bourgeons et de jeunes pousses ; pour deux d’entre les chênes, il était grand temps. J’avais l’impression de leur rendre une forme de liberté, en tout cas une respiration plus normale, corsetés qu’ils étaient et meurtris même dans leur chair puisque en tirant le grillage découpé, la mousse et l’écorce de l’arbre avaient suivi. Pour d’autres, simple toilettage : libéré du lien trop serré du lierre qui fait son œuvre sautant d’un arbre à une ou plusieurs pierres menaçant la chute d’un muret en partie recouvert de mousse. Ma journée commençait en quelque sorte par une grande inspiration, thorax grand ouvert sans la moindre gêne. La glèbe allait pouvoir s’exprimer. Que vont devenir ces arbres, peut-être est-ce trop tard ; sècheresse en prime, ils ont beaucoup souffert, me dis-je.

Le vert s’était fait oublier au jardin ; il a plu et je trouve naturel à mon retour, le causse un peu reverdi. L’étonnement et non la surprise de voir quelques fleurs de safran, écloses me ravit. Le matin, étonnement de voir la lumière du jour, le soleil se lever. Ce ne peut être de la surprise, c’est le scénario quotidien mais comme une magie renouvelée. Étonnée aussi, dans un tout autre registre-, par les progrès et la prouesse de la chirurgie. Du bricolage de pointe !L’homme va bien.

La nuit m’avait semble-t-il, redonné souffle au paysage asphyxié. Le jour plus court et le soleil plus bas avec en prélude un faux-semblant de lumière automnale.  Le matin tôt flotte un air fumeux comme une brume naissante. La nuit vient plus tôt qui me surprend encore ; le jour qui finit a toujours comme un goût de fin d’été, de plaisirs partagés. On s’habitue au soir qui noircit tout.

Murmure bruissant comme une mer lointaine, le vent dans les arbres. C’est le vent d’automne. Du fond du ciel montent la rumeur de gros nuages chargés de pluie. L’heure d’hiver au cœur de l’automne très fraîche, ce matin, nous fait frissonner .

ELB

A suivre, demain.

Ci-dessous le lien du blog d’un dessinateur humoristique, G Labruyère, avec une de ses rubriques, précisément nommée Aeolus.  https://gilscow.wordpress.com/aeolus/

Le biscuit

le.biscuit.hghomme (66)

« Repas, banquet… »: qu’évoquent ces mots pour toi? Ch. interrogé devant sa première tasse de café répond presque spontanément : » la Cène ». Je sais, il a gardé de son passage à Milan un souvenir très fort de la fresque de Léonard de Vinci.

La même image s’était présentée à mon esprit quelques instants plus tôt alors qu’encore sous la couette, un livre de Michel Serres à picorer entre les mains, la tête en friche, je cherchais l’idée d’un repas à organiser pour six voire plus, quelque chose de symbolique et chaleureux…des réjouissances. Et voilà que je tombais sur cette page où l’auteur sur le thème des tables évoquait lui aussi la Cène, la liturgique, non l’image restituée par un peintre .

Et moi alors de me rappeler le Festin de Babette lu récemment mais je n’ai pas vu le film, la Grande bouffe de Ferreri , le Banquet de Platon (Michel Serres le cite aussi )…Aussi de mon enfance le souvenir du banquet des chasseurs, ou celui  des « anciens » , des repas de noces ou des funérailles. Dans l’ordre : le  dogme institué du partage, l’ode au Clos-Vougeot et au raffinement culinaire, la désespérance, les questions posée sur l’Amour et enfin  les rites de nos bonnes sociétés.

Pour ces agapes que je prévois il me faudrait les convives choisis, des odeurs, des saveurs,des paroles, quelques rituels et de la joie. Quoi encore?GHV.

Illustration GHV: Le biscuit ,croquis du train entre Gare du Nord et Epinay sur Seine.

 

Ce que je pourrais dire.

crue.a.epinay1.jpg

 

De trop longs jours au ciel paresseux et l’infatigable pluie, tenace pluie. La lune qui se fait rare, les étoiles peu convoquées. Ce temps des ciels lents et embourbés a du mal à nous persuader de la venue d’un printemps que préparerait l’hiver. Les ruisseaux traversant mollement les prés ont gonflé jusqu’à noyer les arbres seuls les peupliers s’en sortent bien qui ont leur tronc de grand échalas. Puis, dans un jardin, au pied du tilleul, sur un talus ou dans une combe, les perce-neige ont pointé, bien plus tôt que d’habitude comme un peu à l’abri des morsures du froid. Blanche clochettes malmenées par le vent.

Oublié, filé comme l’air, le temps d’une année avec le défilé des saisons depuis longtemps occulté par l’agitation urbaine. L’âpreté du paysage d’hiver redouté fut plutôt une redécouverte. Une nouvelle respiration. Je n’ai pas pensé à courir au fond du clos de mon enfance, en décembre, pour voir si les nèfles étaient mûres ; des fruits qu’il fallait cueillir par grand froid, ratatinés et noirs pour qu’ils soient mûrs.

Nous avons trouvé notre dernier point de chute, maison, lieu de vie. Je ne sais. Nouveau déménagement en vue et le dernier, en principe. Toujours sur le causse et près de la maison provisoire, un  jardin et une partie sauvage, glèbe de rochers et de chênes où des petits-enfants feront peut-être une cabane.

La rumeur du monde, toujours la même-, bruit plus ou moins fort et plus ou moins méchant. Les migrants posent toujours problème aux Etats qui ne veulent admettre que c’est à tous que la solution doit être prise pour qu’elle soit adaptée.

On ne peut s’empêcher de penser à de grands penseurs écrivains comme Montesquieu ou Montaigne ; le premier avec son :  Comment être Persan ? et grâce à l’échange de lettres entre Usbek et Rica, Les Lettres Persanes-,  dénonce déjà au XVIIIème siècle l’asservissement des hommes et observe de manière cinglante la société européenne.  « …le droit des gens est naturellement fondé sur ce principe que les diverses nations doivent se faire dans la paix le plus de bien, et dans la guerre le moins de mal qu’il est possible, sans nuire à leurs véritables intérêts. » Il est amusant de voir que l’auteur De l’esprit des lois ait pu écrire : « Les mœurs font toujours de meilleurs citoyens que les lois »

Montaigne quant à lui, deux siècles plus tôt-, s’interroge dans Les Essais sur la condition de l’étranger et arrive à nous faire penser à la bizarrerie qui enferme ce qui est proche relevant les incohérences et paradoxe de la civilisation.

Qui est le « barbare » ? Qui est le « sauvage ?

Invoquant l’indien « barbare » il écrit : « …or je trouve, pour revenir à mon propos, qu’il n’y a rien de barbare et de sauvage en cette nation, à ce qu’on m’en a rapporté, sinon que chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage »

La vie de chacun, cousue d’un même fil et dont les bords se rapprochent ou s’éloignent selon que la période est faste ou non car tout un chacun, à des degrés divers, se débat avec sa vie ; la leur décousue, celle des migrants-, qu’ils recousent inlassablement mais rien n’est définitif. Ils doivent la rebâtir sans cesse.  Il faudrait faire avec l’autre et compter avec lui plutôt que sans lui dans un même monde divers. Colère et impuissance.

Retour en train de Toulouse où les violettes avaient fleuri au jardin d’Arthur et d’Oskar. Gare, les personnes qui l’arpentent, lieu fascinant où l’on se croise, se perd ou se retrouve, rencontres fortuites et selon le cas, il y flotte un air de légèreté ou de gravité. Mon regard glisse dans le paysage que j’habite au rythme de la pluie dégoulinant de l’autre côté de la vitre. Juste à l’approche de Cahors, dans les anfractuosités de la roche grise comme autant de fissures du temps, affleurent des images des années lycée. Soudain le bruit d’une page tournée me ramène à la réalité. Le jeune homme assis sur le siège à côté du mien, tout comme les deux garçons observés dans le tram la veille, lit Games of Thrones. Je songe au papier et à sa texture ainsi qu’à son odeur ; cela ne semble pas  manquer  à cette personne d’un certain âge, dans le carré en quinconce, avec sa liseuse. Le soufflet au bout du couloir, balancé par les secousses émet des soupirs et des râles à la cadence de la machine. Les fenêtres salies ou rayées renvoient les reflets des jardins tremblotants ou des toits semblant fondre sur le paysage.

Ces derniers jours, la pluie faisant moins rage, on réentend les oiseaux et les premières pâquerettes et jonquilles trouent les jardins de couleurs qui nous feraient presque croire au premier printemps. Totalement inespéré, tant le bruit apaisant de la pluie en était devenu obsédant, un soir le couchant  nous gratifie de nuées rosées et orangées.  Le zouave du pont de l’Alma continue à prendre l’eau et les Parisiens s’inquiètent avec lui qui observent la hauteur de la Seine.

Des amies du café du samedi s’apprêtent à partir en voyage. A leur retour, nous pouvons espérer un printemps timide mais les jours auront rallongé. Quant à celles qui restent là, sur le plateau calcaire, dont je suis, nous continuerons à marcher dans les pas d’un hiver caussenard dont la lumière grandit un peu tous les jours.

Hier au soir rentrant d’un concert de jazz vocal surprenant et tonique, je notais que les étoiles étaient de retour dans notre ciel et nous convieraient de nouveau à la rêverie ou à la réflexion.

 

ELB

Illustration: Page de carnet,crue dela Seine du,28/2018 ; détail .GHV