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Ce que je pourrais dire.

 

Du jaune dans le paysage sous un ciel plutôt gris, jaune le soleil, jaune le pissenlit, jaune le bouton d’or, Jaune les revendications, verte la rage, noire la colère.

Une signification réelle et profonde du mouvement quand, à première vue, on croyait à un épisode anecdotique. Cependant, il ne faudrait pas s’habituer à la série noire du samedi.  La vie difficile pour les uns, la survie pour d’autres leur dicte parfois de renverser le raisonnable.

Nous ne réveillerons pas le soldat inconnu qui aurait pu nous dévoiler son identité. Et si c’était un tirailleur Sénégalais ou un spahi Marocain ou Algérien ? Pour remettre les choses à leur place dans les replis de la mémoire avec ses oublis, ses manques et ses dénis. Le mystère du lien humain : ce qui nous unit ou nous sépare.

Plus d’égalité demande toujours légitimement le peuple. La vie ! Les mots rudes pour la décrire comme un sol raclé par le vent trop chaud d’un l’été qui s’est bien trop attardé.

Heureusement, la musique du vent d’automne, avec ce caractère hypnotique,  continue de bercer toute pensée vagabonde. Les fronces de la falaise emprisonnent et captent la lumière de saison. Autant de sensations de repos qu’en même temps celle de faire presque corps et esprit avec cet environnement. La fraîcheur du soir et du matin qui nous surprend d’autant plus qu’un air presque doux bouscule les mois. Les bulbes ont sérieusement poussé du col. Verrons-nous hélas, un jour,  une année scandée par deux saisons, uniquement.

Dernières petites plantations au jardin et quelques feuilles à rassembler d’autres tournant dans l’air ou le vent du soir pour profiter encore de cette apesanteur. La lumière d’automne filtre dans l’interstice entourant les volets. Certains matins, le blanc soleil d’hiver qui n’est pas encore là,  oscille derrière les arbres.

Après les heures claires et sonores du matin orchestrées par les oiseaux, la pluie avait gagné et gribouillé l’horizon, les nuages y perdant leurs formes ces derniers jours. Le ciel s’éclaire, ce matin.  A coup sûr, ce soir, il ne renoncera pas aux étoiles.

Lectures des poilus ou chants populaires de la période, commémorations, autant d’occasions propices pour se replonger et retrouver,  grâce aux archives numérisées, l’histoire courte, retracée sommairement par le registre matricule. Craonne, morne plaine .De jeunes sépultures perdues ou noyées dans la nécropole nationale de La Target dans le Pas-de-Calais.

Et j’observe, n’étant pas la seule bien évidemment, que je fais partie de la dernière génération qui aura connu des témoins et acteurs de cette grande boucherie. La suivante retiendra peut-être le récit que nous lui en aurons fait, de ces hommes blessés ou morts, nos grands-pères ou grands-oncles-, sinon, il ne lui restera que les livres d’histoire et le cinéma. Ce qui n’est déjà pas si mal. La malheureuse Itinérance mémorielle par son libellé même, Voyage pour la mémoire comme l’ont suggéré certains, aurait été plus simple et y invitait le citoyen lambda-, m’aura permis de revenir sur les traces effacés de deux cousins de ma grand-mère, jamais revenus du front.

Je me réjouis et suis émue de voir qu’Oskar, à peine plus d’un an et couché sur le dos, goûte le bruit, le son ou la musique du tapis de feuilles mortes, au jardin. Qui peut envisager la sensation  qui le traverse à cet instant-là ?

 

ELB

 

 

And playant tonight…Stéphane Affonço…

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Epinay sur Seine mardi soir.La nuit est tombée.

Ch. part vers le quartier d’Orgemont, sa guitare au bout du bras. Terminus de la ligne de tramway T8 et quelques dizaines de mètres à tracer à travers la citée jusqu’au PMO , pôle  musical d’Orgemont.

Au retour il me dira  combien ils étaient, qui a chanté, quel répertoire, pour quel morceau Stéphane l’a accompagné, si celle qui veut interpréter Zaz a bien préparé Les passants ce qui l’enchanterait, s’il y a eu au final partage de gâteaux faits maison , quelle coiffure avait Stéphane , celui qui depuis trente ans lis-je sur le site du pôle, anime cours et rencontres, propose concerts et animations…Si je devais peindre son portrait ce serait en bleu de  Prusse et orange à la manière  du père jésuite Castigione Hongli   dont j’ai sous les yeux une reproduction en couverture du René Luys de Ségalen .

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Pour en revenir aux soirées du mardi  cela parait bonhomme et convivial et c’est souvent ce que la musique apporte.

Nous avons cru nous souvenir en le rencontrant (et cette première soirée là je l’ai dessiné) que Christophe Guillem nous en avait parlé il y a bien des années alors qu’il pilotait Ch. sur des thèmes sud-américains,samba,rumbas ou jazzy ou encorse sur du manouche … Christophe , formation  classique , était alors professeur au conservatoire d’Epinay, ville qui possède pas mal de points de chute  pour les musiciens.

La ville est aussi ouverte au théâtre , à la danse , au sport …bien moins me semble-t-il aux arts plastiques même si des associations travaillent dans leur coin à maintenir leurs troupes mais sans perspectives réelles . GHV

 

 

 

Ce que je pourrais dire (suite)

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De mon dernier petit périple, je garde en secret joyeux, d’avoir été pâte à modeler, épousant ainsi la couleur et l’odeur de l’air, le relief du paysage défilant derrière la vitre du train. Le spectacle d’un jardin ou d’un ciel derrière la baie vitrée, en ce qui me concerne, favorise aussi cet état-là.

Ce n’est pas le bruit et la fureur. Non, je ne ressens aucune agression de cette habitude parisienne et plus largement des grandes villes, la démarche accélérée des premiers films, dans la rue ou dans le métro, entraînés que l’on est par la spirale du stress qu’engendre souvent la vie laborieuse. Le bruit ne me gêne pas mais je réalise après deux ans en pleine campagne que celui du métro peut être rude. J’ai tout retrouvé et je n’avais rien oublié de mes trajets et balades. Le point de vue sur Paris à 180° à partir du promontoire du moulin d’Orgemont et la balade en bord de Seine à Epinay sont une bonne transition que me propose Huguette. Nous regardons les arbres et commentons.

Rentrées à la maison, sentant que je suis craintive à son égard, le chat bien sûr s’intéresse à moi. Le tout est que je le vois venir et ne sois pas surprise. Quelle imbécile peur à la vue de son pelage et de ses yeux qui semblent me transpercer ! Cela fait, une fois de plus,  rire mes hôtes.

Surprise de quelques amies Clichoises de l’ensemble vocal ou de la revue de presse du samedi matin. Bonnes ou mauvaises, à toute vitesse, nous rattrapons le temps écoulé pour des nouvelles de la vie d’ici ou là-bas.

Un seul bruit me laisse dans un état de sidération : la gravité du silence absolu d’une exposition à l’Institut du Monde Arabe. Il s’agit de Cités millénaires, visite virtuelle de Palmyre à Mossoul.  Films, vidéos interview, témoignages.  On a beau savoir, avoir entendu et lu, c’est une grande gifle ! Avec Texia, nous sommes interdites. Palmyre, Mossoul, Alep, Leptis Magna.

Interviewé dans une des vidéos présentes à l’exposition, Michel Al-Maqdissi, ancien directeur des fouilles archéologiques pour la Syrie et l’Irak (dernière fouille 2011) dit ne pas croire à la reconstruction. La destruction est pour lui, à intégrer à l’histoire du lieu plutôt que de faire avec du ciment et du béton, une sorte de Disney Land. Certains monuments ont été littéralement pulvérisés. Pourquoi ne pas s’intéresser au temple, à la basilique ou à l’église mis au jour par l’explosion de certains, anéantis. Maamoun Abdulkarim, directeur général des Antiquités et des Musées de Sana lui aussi, s’inquiète. On dira : Ici, il y avait un site qui s’appelait Palmyre.

A l’aide de drones, scanner laser et autres appareils ultra sophistiqués, les sites sont restitués en 3 D. Visite numérique bluffante ou plutôt qui nous épate.

Nous entraînons Michèle au Centre Georges Pompidou. Le défi , tel est l’intitulé d’une exposition de l’architecte Japonais, Tadeo Ando. Autodidacte, cet architecte s’est donné le surnom de « guérillero » …ce n’était pas pour lutter contre les principes architecturaux du modernisme…ce à quoi, je voulais me mesurer, c’était la ville… »

Lorsque je regarde un bâtiment, quel qu’il soit, ou par le biais du travail de l’architecte comme c’était ici le cas, ce qui m’intéresse toujours, c’est la manière dont il fait entrer ou pas la lumière et comment la construction s’intègre dans le paysage tout en faisant entrer chez soi un peu de nature. Je savais que c’était le souci premier du Japonais alliant légèreté et équilibre. Le dehors dedans ou le dedans dehors ?

Dans l’exemple du chai près d’Aix-en Provence, le Château Lacoste avec son musée jardin-, et de l’église au Japon, la nature et la lumière sont essentielles. D’autres architectes comme Franck Gehry, Norman Foster ou Jean Nouvel  ont participé à l’aménagement du château Lacoste. D’ailleurs, quelques photos et dessins de joyeuses tablées en attestent. Voilà deux de ses réalisations qui m’ont particulièrement touchée. Des lignes sobres, épurées. Nous savons tous que la simplicité requiert une grande maîtrise. Photos, maquettes, de grandes planches entières de croquis de maisons dont une au Sri Lanka au lignes gracieuses, ouverte au ciel et à la mer m’a impressionnée. Résistera-elle au typhon ou à un séisme ? Assez émerveillée devant autant de projets et de réalisations. Tout inspire et respire.La dernière réalisation en cours est la Bourse du Commerce, presque achevée, et qui abritera la collection d’art contemporain de François Pinault. Dans le rouleau ou le cylindre me sentirais-je au chaud comme dans la coquille d’escargot du quai Branly ?

Je ne sais si Sabine Weiss s’est posé les trois questions du photographe Ernest Withers : Est-ce blessant ? Est-ce vrai ? Est-ce bénéfique ?

Intimes convictions était le thème d’une exposition de la photographe Suisse, Sabine Weiss, il y a bien plus de trente ans ; l’affiche m’avait attirée et sans jamais y être allée, je l’avais, je ne me souviens plus comment, récupérée. Ce contre-jour me fascinait et m’a longtemps accompagnée. Et je le retrouve à la galerie photographique du sous-sol, justement. Elle expose La ville, la rue, l’autre 1945 à 1960 ; ce sont des photos de rue, la ville New-York, Londres et surtout Paris. C’est comme on le lit, la dernière représentante de la photographie humaniste : Elle a été éclipsée comme beaucoup d’artistes féminines par ses confrères masculins.  « …garder en images ce qui va disparaître… en témoignage de notre passage. » dit-elle

Huguette croque son portrait pendant qu’elle dédicace avec une bonhomie et simplicité qui nous ravissent. On était presque attendues. La vieille dame de quatre-vingt-seize ans est délicieuse. Nous achetons une petite reproduction de Cache-cache, représentant le visage d’une enfant se retournant passant sa tête entre deux sièges dans un avion. Je n’oublierai pas la grappe d’enfants dans l’arbre sans feuilles sur un terrain vague, Porte de St Cloud.  C’est vrai.

Miro au grand Palais avec l’amie Claude, c’est joyeux, ludique et sa jeunesse d’esprit créatif font un bien fou. Le petit film nous le rend proche. Le triptyque du condamné à mort dévore tout une salle. L’étudiant anarchiste catalan est exécuté en 1974, le jour où Miro achève la toile, sans le savoir.  la fausse candeur et naïveté de l’artiste ainsi que les titres de certains tableaux ou sculptures nous amusent parce que très longs ou au contraire très courts et plein d’humour tel Soirée snob chez la princesse. Souvent fascinées et charmées par ce facétieux si grave. J’ai aimé ses bleus et ses jaunes, ses échelles pour aller plus haut ou rester en équilibre,  sa peinture pour son petit-fils Emilio, les heures sombres et les autres. Sa grande vitalité.

Aujourd’hui,  ni jaune ni bleu dans le paysage. Premiers frimas.

ELB