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« La villa Palagonia ou la villa des monstres » — Jürgen EHRE

Je partage cet article signé d’une autre main . Voilà un lieu que je ne verrai sans doute jamais mais que je connaissais par oui-dire et sur images ;à ceux qui me disent partir pour la Sicile je dis « Allez à la Villa Palagonia. »GHV

La villa Palagonia ou la villa des monstres “La villa dei mostri” 1 La Villa Palagonia à Bagheria en Sicile 2 Ou « le Triomphe de la mort » 3 La villa des monstres, c’est l’histoire du prince de Palagonia, Ferdinando Francesco Gravina, pour qui les architectes Tommaso Napoli et Agatino Daidone réalisèrent en 1705 la villa […]

« La villa Palagonia ou la villa des monstres » — Jürgen EHRE

Oui bonne année!

Pensées du jour pour toi Evelyne alors que je viens de relire ton dernier billet pour lequel j’avais épinglé une carte du Lot d’où tu écris alors que je te réponds de Seine-Saint-Denis.

Apéritif mercredi soir chez madame C. au troisième étage, escalier 5. Quatre vingt cinq ans, la délicatesse d’un oiseau, la coquetterie parisienne, son bagage(je te cite) de plus en plus léger…Son jardin de la Nièvre lui manque. Certes l’hiver est plus confortable en ville.

-« Comment passez vous vos journées? »

-« Je m’ennuie! Il est vrai je me refuse le club du troisième âge, je n’irai pas au repas des vieux. Avec la seule amie qui me reste nous allons chaque après midi nous promener Mais elle ne peut m’accorder ni son mercredi ni son dimanche…Alors se lever tard rend les journées plus courtes »

Comment imaginer le futur lorsque vos yeux sont atteints par le glaucome, que conduire deviendra impossible , que les lunettes ne permettent plus la lecture, encore un peu la télévision ?

Elle glisse vite vers des sujets plus gais et se montre intarissable sur La Cuisse de Bergère, petit vin rosé d’Anjou. »Léger, léger… »avec le ton du professeur Tournesol pour une célèbre marque d’huile.

Il y a quelques années, croquis du train…GHV

L’âge vous amène à moduler votre discours. De même avec Régis Debray que l’on connut batailleur, engagé, qui souffrit la torture en Amérique du sud et revint en son pays pour y faire oeuvre diplomatique et philosophique …et qui dans un opuscule , Tracts Gallimard ,janvier 202l , Le siècle vert.Un changement de civilisation, 4,90 euros, s’interroge lui aussi sur les temps à venir après un rapide condensé de ce qu’il constate: en fait une émergence? la main mise sur tout de » l’homme de la nature ».Comment les idées de son siècle rouge perdureront elles? Seront elles transmises vers le siècle des verts sans que celui ci ne devienne celui des kmers verts? Le ton inquiet se veut toutefois optimiste: confiance à la jeunesse. Son témoignage reste une lutte.

Ma fille me parle de son amie de lycée qui va monter sa propre boite. « D’économie circulaire ». Je file sur internet- ne pas mourir idiote- et je lis le programme du gouvernement en ce domaine. GHV

Ce que je pourrais vous dire.

 

La lumière courte, la nuit plus noire et le vent de novembre qui donne des frissons aux feuilles des arbres étrillés par la pluie et les bourrasques. Beaucoup de branches de chênes mortes et tombés à terre.

Pieds de tomates enfin arrachés et tuteurs rentrés, les capucines, dernières fleurs irréductibles aux feuilles étales comme des nénuphars ont cédé au premier gel. Liquéfiées ainsi que l’arbuste oublié en plein nord dans son pot. Enfin quelques jours de répit et sans pluie pour planter quelques bulbes qui éclateront au printemps prochain.

De nouveau la pluie et entre le rideau des averses qui me rendaient plutôt songeuse, la vision d’un Paris où -me dis-je-, on oublie rarement de fourrer à la hâte un parapluie dans son sac et la dernière fois que j’y suis allée, il y a presque deux mois-, c’était le cas. En revanche, nous avons eu de très beaux arcs-en-ciel. A ce propos, lors de ce court séjour, deux phénomènes qui en comparaison à l’an passé se sont amplifiés de façon incroyable m’ont particulièrement marquée qui m’avaient échappé.

La présence des trottinettes, non celles que l’on enfourche jouant la fiancée du vent avec posture élégante, souple, façon danseuse mais bien celles que l’on abandonne sur le trottoir, comme dans un caprice d’enfant jetant son jouet. En travers, en plein milieu faisant fi du piéton qui arrive allant au travail et forcément pressé comme on l’est à la grand ville-, et l’obligeant à dévier sa trajectoire.

Ensuite, ce sont les mises en scènes des touristes mais pas seulement. Sur le Champs de Mars, les ponts, les escaliers, la Tour Eiffel, la pyramide du Louvre ainsi que tout lieu emblématique de la capitale, sans oublier les jardins et autant d’endroits où l’on peut être vus et remarqués. Du même coup, il m’a semblé que le selfie à la perche était moins utilisé.

On est passé à une mise en scène et le phénomène a grossi. Une personne en photographie une autre quand ils ne sont pas plusieurs. J’ai pu noter que certains y mettaient tant d’application et de sérieux comme ce jeune homme appareil à photo en mains qui se clipsait une sorte de genouillère de plastique noir pour épargner son articulation ou ne pas salir son pantalon. Ce qui lui donnait un air d’un autre temps. Puis, arrive l’un d’eux, muni d’un sac ou d’un panier empli d’objets et d’effets personnels mais certains loués sans doute au vu de costumes de théâtre facilitant les retours au passé ou les incursions dans un monde recréé ou fantasmé. La scénographie est simple et efficace et l’opération rapide. On dispose un bouquet de fleurs, un tissu ou un tapis, un animal en peluche ou une bouteille, une ombrelle comme je l’ai observé sur le champ de Mars. Un autre s’exerce au saut ou au baise main quand plus loin j‘aperçois une jeune fille enchaînant des grimaces devant son miroir.

Je ne parle pas des mariés, pour la plupart, Chinois ou Japonais, que l’on croise souvent dont le costume et la robe ad hoc suffisent-, comme ceux observés au métro Iéna ou en bas du Pont Bir Hakeim  lorsque je descendais  vers l’île aux Cygnes ou encore ceux posant devant le Musée d’Art Moderne au Trocadéro : aucun accessoire n’est ajouté mais la pose est étudiée. On se fait la jambe, fine et le sourire, joli.

En remontant, toujours sur le même pont, une jeune fille tout en noir entre les deux files contraires de voitures prenait une posture de yoga et quelques instants plus tard, une femme avec une grande robe grenat juponnée et bouillonnante qui portait sur ces longs cheveux, une sorte de tiare sur laquelle entre deux averses, le soleil froid d’octobre rebondissait créant l’impression de vrais joyaux-, traversait sans y être autorisée obligeant ainsi la circulation ralentir. Ces fausses pierres auraient pu être la panoplie d’une fillette se rêvant en princesse.  On l’avait vue ; elle existait.  Un moment zen au milieu de l’agitation de la ville. Il n’est pas sûr que cela éloigne le stress sur le trajet du travail mais cela a suscité des sourires.  Peut-être un nouveau théâtre de rue empruntant de nouveaux chemins ou tout simplement, l’air du temps mais que dit-il au juste?

Bien sûr, il ne s’agissait pas de prises de vue pour tel ou tel magazine ou une grande maison de haute couture ni de visites spectacles comme il en existe pour découvrir les Passages parisiens ou un quartier typique de la capitale. C’était une personne ou un petit groupe se mettant en scène comme pour s’extraire un instant de la réalité. C’est du moins ce que je crois entrevoir dans leur démarche. Un jeu ? Une manière de changer de rôle pour se sentir exister. Qui saurait le dire. Les cartes du temps sont rebattues.

Ces derniers temps, la pluie a balayé les cartes ; entre vent et nuages lourds la lune ballottait.

Ce matin, le temps d’une éclaircie, dans un rai de lumière : la bave irisée des escargots à la fête.

 

ELB