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Odile Détruit et les mots 3

 

Odile.Détruit.1
Méditerranéen aux yeux saturés de bleus violents, d’émeraudes profondes, je me noie dans ces horizons mouillés, indécis, atlantiques. Les vacances qu’ils évoquent, je ne les ai pas vécues, aussi je me sens libre de les recréer d’après les récits que j’en ai lus, et c’est bien sûr une petite bande de jeunes filles au chic suranné que je vois arpenter la promenade devant la mer, leurs yeux clairs semblant perdus au loin mais ne manquant rien des regards qu’elles attirent, leur nonchalance étudiée, les raquettes dans leurs presses de bois balancées négligemment, les bérets bleu marine crânement posés, d’où s’échappent des mèches blondes ou rousses, leurs voix brèves dans la moiteur d’un après-midi électrique et l’orage loin dans les terres, comme une rumeur. Marcel n’est plus ici, mais les jeunes filles sont éternelles, et comme lui jadis je manœuvre pour les croiser, tâcher d’exister un instant dans leur conscience, n’osant pas les fixer assez longtemps pour les distinguer les unes des autres. Aussi j’emporterai d’elles un unique visage fait de tous leurs traits mêlés, une image inconstante et diffuse comme le ciel de cet été-là.

odile.detruit

Bernard Altayrac . Contribution de l’auteur en réponse à Odile Détruit et les mots.1

Avec tous nos remerciements. GHV

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Odile Détruit et les mots 2 Je ne vous connais pas mais je vous imagine .

Odile.Détruit

Photos d’aquarelles et lithographies  d’Odile que je ne connais pas.

Pas lu non plus l’article de Huguette pour ne pas être influencée. Pas eu le temps de quoique que ce soit, ces derniers jours,  occupée par le jardin, les joyeusetés d’une fin d’année riche en activités ainsi que la préparation d’un petit périple, le seul de l’été : quatre jours  en prenant quelque repos dans le jardin de la France, nimbé de douceur angevine et bercé par une langue qui serait la plus pure ou la mieux parlée. Légende, peut-être.

J’arrache au cahier bleu donné par Camille il y a cinq ans, à son départ pour un voyage d’un an, une feuille aux lignes et interlignes, bleu aussi.  Je note mes impressions et émotions au passage des images photos  que m’a envoyées Huguette. Sans réfléchir. Ce sont celles de Odile qui a dû exposer avec elle.

Voix off, fiction ou récit ? je ne sais.

Esquisses, aquarelles évanescentes, noyées, larmées ; peut-être une falaise ou un morceau de sucre en train de fondre. Iceberg ?

Une enfant, elle n’est pas vraiment là.

Un groupe de jeunes, vigoureux et vivants, un peu sûrs d’eux. Plein de vie future prêts à s’y lancer à corps perdus ou agressifs ?  L’enfant en a sans doute un peu peur tout en les admirant.

Numéro de cirque, recherche du point d’équilibre : un enfant au chapeau sur le nez me rappelle un tableau.

L’enfant ou presque adolescente, inquiète et qui ne semble toujours pas être là ; sage ou triste ? Des mots un peu trop rêches dans les oreilles?

Les vacances en ligne de mire. Le temps suspendu comme la pause nécessaire. Les vacances à contre-courant : Les palmes ne serviront à rien.

Un oiseau blessé traverse le ciel, touché en plein vol.

L’enfant tirée, hissée par le ballon mais elle semble vouloir en freiner l’ascension.  Pourtant c’est de la légèreté qu’elle voudrait. En quête d’un lieu, d’un endroit où aller.

Le vent la poussera. Les vacances permettront-t-elles cela ?

A nouveau un enfant, plus petit, un garçon avec sa mère. Très beaux, tous les deux et très proches.

 

Qu’est-t-il devenu ? L’enfant n’attend pas forcément ce qui arrivera ou va arriver.

 

ELB

Nota bene: ce texte de ELB fait écho au texte Odile Détruit et les mots  . Les deux veulent créer des liens nouveaux avec une œuvre picturale. A vos plumes…

 

Sylvie Koenig et son marché

                                          Sylvie Koenig; détail.

 

« La nature morte est une peinture qui représente des objets inanimés… Dénuée de toute anecdote, de toute action,elle est considérée comme étant le genre le mieux à même de révéler l’existence même des Formes, des couleurs et des valeurs dans la lumière. »(Vocabulaire d’Esthétique.Presses universitaires de France.)

panneau.sylvie.koenig

Sylvie Koenig. Assemblage de quatorze carrés.

Sylvie sans pinceau, sans pigments, en découpant de très jolis sacs de papiers récupérés au marché, en  assemblant ,photographiant puis imprimant, enfin en brodant à la machine, se réjouit des formes et des couleurs qu’elle nous propose sur une tenture de coton, étal léger sur lequel nous pouvons faire notre marché de fruits, de légumes ou de fleurs en choisissant pour sa texture, son grain, une couleur , un souvenir, une évocation. Il suffit de retirer quatre épingles   .

Fil et trames: Pénélope je m’en souviens tissa un linceul pour Laerte le père d’Ulysse; brodeurs et brodeuses depuis la nuit des temps ont enfilés tant d’aiguillées, de nos jours Annette Messager nappe parfois ses images de fils en rideaux et Sylvie avec la même patience dessine et dessine encore au rotring multicolore de sa machine à coudre . Elle le fait sur la grâce fragile de papiers délicats, en couleurs qui subliment les étranges rondeurs et différences de fruits et légumes biscornus mais si appétissants.

A mes yeux donc natures mortes que ces ouvrages de doigts et de musique intérieure ; Me le confirmerait-elle? Visible encore à la galerie de l’AAB jusqu’à demain dimanche 17 juin, près du métro Couronnes à Paris .(Voir article précédent pour l’adresse).

Et puisque les mots évoquent j’ai choisi à cause de celui ci une œuvre de Luis Mélendez, peintre de bodegones au XVIIIème siècle. De ce peintre espagnol  -Espagne ou l’ art de la nature morte était sensé restituer harmonie et sérénité- j’ai toujours aimé la sourcilleuse précision avec laquelle il imposait les caractéristiques de chaque fruit ou objet, les isolant du monde extérieur et nous obligeant à une saine humilité.

Voir une œuvre de Luis Melendez:

http://www.elcuadrodeldia.com/post/148598255368/luis-egidio-mel%C3%A9ndez-bodeg%C3%B3n-con-ciruelas