Archive | photographie RSS for this section

Répétez après lecture: »désubstantialisation »….

tete-sur-tige-giacometti

Le mot est ardu et c’est celui qui m’est venu à l’esprit lorsque je me suis refusé à photographier la Tête sur tige de Giacometti montrée lors de l’exposition à l’Hôtel Salé (Musée Picasso).  Je ne sais si comme moi vous pensez qu’il y a  » désubstantialisation »  dans les images de l’art photographié , perte de ce qu’autorise la présence à l’objet. Il est bon même si nous aimons consulter les livres, les catalogues d’aller se frotter à l’oeuvre . On le contourne, on le soupèse du regard, on en respire la matière ,on imagine les mains sur le plâtre.

J’ai préféré montrer  cette photo  d’Irène qui m’accompagnait: l’ombre comme image décalée. Je ne sais si Giacometti prêtait attention aux ombres portées de son travail. Les musées si qui travaillent leur éclairage et offrent ainsi une autre  vision du réel  ,le réel étant ici oeuvre d’art .

-« Celui qui tire la langue remarque  Irène . J ‘ai pris son ombre. »

-« Non ,une bouche ouverte » lui dis-je et de la convaincre en la ramenant devant le bronze. GHV

 

 

A la poursuite du diamant noir.

jardin-du-lot

Je voulais assister au moins une fois au marché aux truffes de Lalbenque près de Cahors. Maintenant que me voilà Lotoise plus que pour les vacances, c’est plus aisé.

Sur les hauteurs, un peu après Cahors, le grand froid hivernal reignait, majestueux. Les nappes ou poches de brouillard sur le causse, nu,  aux chênes encore parés de quelques feuilles roussies rajoutait au plaisir de la découverte et au mystère.

A l’entrée du petit village, une longue file de voitures garées dans laquelle nous nous inscrivons et poursuivons à pied sur l’avenue du Mercadiol, modeste petite rue qui conduit au fameux marché.

Il fallait y être à 14 h pour voir cérémonieusement les vendeurs se mettre en place. L’ouverture se fait à 14h 30 après qu’une femme a tiré la corde empêchant les badauds dont j’étais  et les acheteurs  de démarrer avant que le sifflet donne le coup d’envoi. S’ensuit une volée de cloches de l’église, proche.A 15 heures, c’est fini.

Tout m’a paru comme un peu joué d’avance en tout cas, un peu scénarisé pour les touristes. Derrière chaque petit panier capitonné à la hâte de tissu à carreaux rouge et blanc, le vendeur producteur qui affiche son pedigree et sa provenance. Le format du panier indique la quantité de récolte du jour ou de la semaine  ; hier, elle variait de 50 g à 2 kilos. La production n’était pas uniquement Lotoise mais regroupait quatre autres départements limitrophes.

On sent, renifle, flaire, scrutant d’un œil avisé et le jeu peut commencer.Quelques questions de touristes et les plus sérieux c’est-à-dire ceux qui sont là pour acheter font mine de ne pas être vraiment intéressés disant qu’il faut en discuter, qu’ils vont voir puis poursuivent leur inspection d’un œil scrutateur. Petit mouvement de connivence feinte ou réelle de l’index suivi d’un chuchotement à l’oreille quand d’autres,  légèrement en retrait,  ont déjà conclu. Très discrètement, un couple qui faisait mine de ne pas vouloir céder au tarif proposé affichant plutôt une mine renfrognée, replie tout à coup prestement le tissu à carreaux sur son petit trésor.

Non moins discrètement le monsieur en noir leur dit à voix basse :

-Un peu plus haut, à côté de la Mercedes noire.

Sourire satisfait, un autre, la main pleine de billets pliés en deux, me donne l’impression de ne pas vouloir afficher une trop grande satisfaction . Ainsi d’une main furtive retiré de la poche de l’acquéreur à la main du vendeur circule du papier dont on n’entend même pas le froissement. Inutile de préciser, ici pas de pièces sonnantes et trébuchantes. Aucun contrôle et rien n’est déclaré, je présume.

La semaine dernière avant le premier de l’an, le panier moyen aurait atteint le maximum de son prix ; cette semaine il en valait la moitié. La truffe était pourtant-paraît-il-,  plus mature et odorante qu’il y a quinze jours. Sur la vingtaine de personnes alignée derrière le banc, une seule avait fait une petite entame sur la truffe montrant ainsi les nervures ou marbrures du champignon magique permettant de mieux l’apprécier.

J’ai reniflé les deux tiers des petits paniers tentant d’y retrouver l’arôme qui embaumait la maison, enfant, aux alentours de Noël et en janvier au moment de la cuisine du cochon ; une petite pièce noire venait alors décorer le pâté avant le sertissage.

C’était la chienne Tosca qu’avait fait dresser mon grand-père qui officiait. Elle était à chaque fois  récompensée par un bout de lard ou d’omelette. C’est qu’elle était devenue gourmande… Et Papa Louis n’était pas peu fier lorsque à la foire de Gramat il pouvait vendre deux à trois petites truffes, parfois un peu plus.

Ce matin, deux taches noires amarrées à la cime des arbres se découpaient sur un ciel uniformément bleu qui m’interpellent. Il s’agissait de deux corbeaux qui magnifiaient la campagne toute blanche à l’entour. Elle scintillait comme autant d’éclats de diamants que la lumière dispersait à profusion. Le givre a fait son oeuvre

 

ELB

Lisbonne.2

Voyage en train.Nous avons donc eu une soirée, une nuit et une journée hors de Lisbonne invitées par Dalia chez elle à Encontramento : la ville a grandi autour d’un nœud ferroviaire et ne semble avoir qu’un passé récent. Les lisboètes  y logent parce qu’à une heure de train de leur travail. De vastes terrains accueillent d’incroyables villas , vastes et pimpantes regroupées en citées champignons .  Priorité aux structures sportives, aux magasins, aux espaces verts, très verts, alors qu’il n’a pas plu ici depuis avril, soit six mois qui ont grillé les alentours.

Voyage en voiture avec Pedro et Dalia pour guides. Chaque arrêt est choisi et explicité.

img_5336

Première halte dans un parc au bord d’un ruisseau limpide , poissons, canards, parc qui n’a rien à envier à celui de notre île st Denis . Mondialisation : mêmes aires de jeux, mêmes pelouses, bosquets, attractions, bancs, sculptures.  Plus symbolique : les barbecues individuels pour les grillades en famille ou entre copains.

img_5349

La brume se lève et dévoile le Taje au château d’Almoural. Le bras d’eau  a des transparences cristallines…

img_5353

A Constancia Camoès a sa figure de bronze. Il y aurait été assigné quelques années pour cause de disgrâce .Le portugais se veut poète, aime la poésie, chante, montre  ses poètes. Camoès écrivit les Lusiades à la gloire  de son pays. Il évoquat dans le genre épique son passé  et l’aventure contemporaine pour lui (publié en 1572) des découvertes et des voyages de conquêtes de Vasco de Gama .La vie  de Camoès mérite un roman: marin, soldat, meurtrier, grand voyageur ,amoureux incontrôlable, poète, gloire et déchéance…Lisbonne lui a dédié une place et une autre effigie tout aussi célèbre. A Lisbonne encore j’ai trouvé pour Evelyne un livre en français sur l’oeuvre du personnage. A quand pour moi la lecture des huit mille huit cent seize vers?!

La route serpente entre des collines brûlées par le soleil , surplombe, enjambe  le barrage qui approvisione la capitale en eau sur  le Zézere .

img_5379

Autre halte à Tomar la ville des croisés, nous y déjeunerons. Il y a tant d ’anecdotes sur la ville. Evocations avec nos amis des fêtes du lieu , du 25 avril 1974 jour de la révolution des œillets vécue là par Dalia, , de la chanson de Zé Afonso qui à la radio donna l e signal pour l’insurrection, de l’art manuélin, des couleurs de la ville, de la nourriture , des jardins encore. Je reviens sur la fête des tabuleiros  organisée tous les quatre ans où des centaines de jeunes filles défilent  avec un comparse qui les aide à maintenir l’équilibre d’une énorme pile de pains et de fleurs  maintenue sur leur tête. Des photos découvertes sur les murs nous en donne un aperçu .

tomar-ghv

Donc Dalia aime les jardins, les portugais aiment leur jardins.Tant mieux, moi aussi. Après midi dans ceux du centre ville puis  du monastère. Mes compagnes grimpent au haut des remparts . J’ouvre mon carnet sur un banc entre les buis et devant le porche,pure dentelle de pierre, art manuélin encore. Les heures passent. Pedro se plie à notre rythme.

Détour par Nazaré. Voir l’océan.

img_5411

Retour par Obidos : la ville à l’abri entre les remparts , magnifique, toute de couleurs du moins dans la longue rue principale dédiée au tourisme mais la vie authentique  se devine au-delà de chaque « traverse ». Imposants  entrepôts de livres à chiner  où l’on découvre tout un ensemble de titres français, annonce d’un festival de littérature avec un hommage à Saragamo prix Nobel de littérature en 1998 et peut-être en raison de l’exposition universelle de Lisbonne cette année là , une manière de mettre enfin le Portugal à l’honneur.

Déguster une glace …

Dix minutes de retard du train de Santarem (Où naquit  Camoès) pour Lisbonne . Une aubaine : nous  l’aurons au vol avec  quelques instants précieux pour faire nos adieux à Dalia. Promis elle viendra nous voir.GHV