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La petite pisseuse

J’avais vite, vite, sorti mon carnet(10/15cm ,ça tient dans la poche ) et le soir rajouté un trait ou deux juste assez ou trop pour agacer mon jugement.

Le lendemain matin tout près du massif derrière lequel j’avais vu la gosse se soulager , samedi  donc , j’ai croisé un regard , un de ceux qui vous retient et vous  engage au sourire. Jeune femme trentenaire, son portable calé à hauteur de nez …

-« Qu’est-ce qui ravit votre œil de photographe? »

_ »Les arbres . Les arbres sont très beaux ici. Je ne savais pas qu’il y en avait d’aussi beaux à Epinay.

Toutes deux le cou tendu vers l’arrière nous avons au dessus de nos têtes la trame délicate et ajourée  de la nef de tilleuls mis à nu par l’hiver dans l’allée qui relit la rue de la Chevrette au pont des Econdeaux  devant les écoles vides à cette heure  et en peu de temps nous partageons souvenirs, descriptions de parcs, idées de promenades, localisations de quelques phénomènes arborescents, considérations sur les saisons et aussi sur les aménagements et changements dans la ville…

-« Partie depuis vingt ans…C’est si beau! Oui j’irai , j’irai voir. »

 

Mardi matin  mêmes regards ravis et même soif de mettre en boite la neige blanche et poudreuse du parc des Béatus  pour trois jeunes  vietnamiens : » c’est la première fois que nous voyions la neige. » GHV

 

Répétez après lecture: »désubstantialisation »….

tete-sur-tige-giacometti

Le mot est ardu et c’est celui qui m’est venu à l’esprit lorsque je me suis refusé à photographier la Tête sur tige de Giacometti montrée lors de l’exposition à l’Hôtel Salé (Musée Picasso).  Je ne sais si comme moi vous pensez qu’il y a  » désubstantialisation »  dans les images de l’art photographié , perte de ce qu’autorise la présence à l’objet. Il est bon même si nous aimons consulter les livres, les catalogues d’aller se frotter à l’oeuvre . On le contourne, on le soupèse du regard, on en respire la matière ,on imagine les mains sur le plâtre.

J’ai préféré montrer  cette photo  d’Irène qui m’accompagnait: l’ombre comme image décalée. Je ne sais si Giacometti prêtait attention aux ombres portées de son travail. Les musées si qui travaillent leur éclairage et offrent ainsi une autre  vision du réel  ,le réel étant ici oeuvre d’art .

-« Celui qui tire la langue remarque  Irène . J ‘ai pris son ombre. »

-« Non ,une bouche ouverte » lui dis-je et de la convaincre en la ramenant devant le bronze. GHV

 

 

A la poursuite du diamant noir.

jardin-du-lot

Je voulais assister au moins une fois au marché aux truffes de Lalbenque près de Cahors. Maintenant que me voilà Lotoise plus que pour les vacances, c’est plus aisé.

Sur les hauteurs, un peu après Cahors, le grand froid hivernal reignait, majestueux. Les nappes ou poches de brouillard sur le causse, nu,  aux chênes encore parés de quelques feuilles roussies rajoutait au plaisir de la découverte et au mystère.

A l’entrée du petit village, une longue file de voitures garées dans laquelle nous nous inscrivons et poursuivons à pied sur l’avenue du Mercadiol, modeste petite rue qui conduit au fameux marché.

Il fallait y être à 14 h pour voir cérémonieusement les vendeurs se mettre en place. L’ouverture se fait à 14h 30 après qu’une femme a tiré la corde empêchant les badauds dont j’étais  et les acheteurs  de démarrer avant que le sifflet donne le coup d’envoi. S’ensuit une volée de cloches de l’église, proche.A 15 heures, c’est fini.

Tout m’a paru comme un peu joué d’avance en tout cas, un peu scénarisé pour les touristes. Derrière chaque petit panier capitonné à la hâte de tissu à carreaux rouge et blanc, le vendeur producteur qui affiche son pedigree et sa provenance. Le format du panier indique la quantité de récolte du jour ou de la semaine  ; hier, elle variait de 50 g à 2 kilos. La production n’était pas uniquement Lotoise mais regroupait quatre autres départements limitrophes.

On sent, renifle, flaire, scrutant d’un œil avisé et le jeu peut commencer.Quelques questions de touristes et les plus sérieux c’est-à-dire ceux qui sont là pour acheter font mine de ne pas être vraiment intéressés disant qu’il faut en discuter, qu’ils vont voir puis poursuivent leur inspection d’un œil scrutateur. Petit mouvement de connivence feinte ou réelle de l’index suivi d’un chuchotement à l’oreille quand d’autres,  légèrement en retrait,  ont déjà conclu. Très discrètement, un couple qui faisait mine de ne pas vouloir céder au tarif proposé affichant plutôt une mine renfrognée, replie tout à coup prestement le tissu à carreaux sur son petit trésor.

Non moins discrètement le monsieur en noir leur dit à voix basse :

-Un peu plus haut, à côté de la Mercedes noire.

Sourire satisfait, un autre, la main pleine de billets pliés en deux, me donne l’impression de ne pas vouloir afficher une trop grande satisfaction . Ainsi d’une main furtive retiré de la poche de l’acquéreur à la main du vendeur circule du papier dont on n’entend même pas le froissement. Inutile de préciser, ici pas de pièces sonnantes et trébuchantes. Aucun contrôle et rien n’est déclaré, je présume.

La semaine dernière avant le premier de l’an, le panier moyen aurait atteint le maximum de son prix ; cette semaine il en valait la moitié. La truffe était pourtant-paraît-il-,  plus mature et odorante qu’il y a quinze jours. Sur la vingtaine de personnes alignée derrière le banc, une seule avait fait une petite entame sur la truffe montrant ainsi les nervures ou marbrures du champignon magique permettant de mieux l’apprécier.

J’ai reniflé les deux tiers des petits paniers tentant d’y retrouver l’arôme qui embaumait la maison, enfant, aux alentours de Noël et en janvier au moment de la cuisine du cochon ; une petite pièce noire venait alors décorer le pâté avant le sertissage.

C’était la chienne Tosca qu’avait fait dresser mon grand-père qui officiait. Elle était à chaque fois  récompensée par un bout de lard ou d’omelette. C’est qu’elle était devenue gourmande… Et Papa Louis n’était pas peu fier lorsque à la foire de Gramat il pouvait vendre deux à trois petites truffes, parfois un peu plus.

Ce matin, deux taches noires amarrées à la cime des arbres se découpaient sur un ciel uniformément bleu qui m’interpellent. Il s’agissait de deux corbeaux qui magnifiaient la campagne toute blanche à l’entour. Elle scintillait comme autant d’éclats de diamants que la lumière dispersait à profusion. Le givre a fait son oeuvre

 

ELB