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Voir Naples. Quatrième jour. Mercredi.

En cherchant à rejoindre le port de Sorrente (Marina Graande)

Voyager à deux oblige à des concessions, l’un préfère la ville et l’autre la nature. J’ aurai bien aimé plonger mon regard dans le ventre du Vésuve et ce mercredi le temps frais aurait été parfait pour suivre un des sentiers de chèvre qui suivent la côte almafitaine que nous découvrons . Qu’ à cela ne tienne : on ne peut tout faire.

C’est nous a-t-on dit la sortie à ne pas manquer dans les extérieurs de Naples . Arrivés à Sorrente après une heure de voyage par le même train un peu poussif et surchargé qui la veille nous avait transportés à Herculano (Ercolano) nous nous immergeons dans des rues véritables supermarchés pour touristes et nous en échappons par la route qui semble grimper plus haut , plus loin. Une rue dégringole entre les maisons à flan de falaise et nous voila sur la Grande Marina ,en fait le port de Sorrente avec ses barques échouées que les pêcheurs ont habillées de draps de couleurs pour les protéger. Près de l’église un panneau signale le balcon ou apparut Sofia Loren dans Pain , amour et ainsi soit-il.

Balcon de Sofia Loren à Sorrente (Marina grande)
Vue de Naples depuis Sorrente. Le bord de mer est là reservé aux hôtels.

L’après midi pour aller jusqu’à San Agnello autre village de la côte almafitaine il suffit de suivre les trottoirs ici proprets et impeccablement pavés qui bordent de somptueux hôtels particuliers et des maisons serties de haies que mai a saturé de vert et de fleurs. Nous pénétrons dans les vergers de fruitiers, oranges , citrons, cédrats de Sicile, pour étudier les armatures de bois qui soutiennent les branches alourdies par les fruits. Tout est luxuriance. Arrivés à San Agnello nous partageons le parapet qui domine la baie avec une mouette pleureuse solitaire qui se désespère en tentant de récupérer le contenu d’une poubelle. Elle semble habitué à la présence de deux enfants qui lui apportent de la nourriture. Je dessine longuement les collines et la mer.

A Sorrente dans un café un vin blanc et les cannoli, rouleaux de pâte frite fourré d’une crème à la ricotta avec chocolat , c’est délicieux .

Dans une rue de Sorrente.Croquis

Le carnet a déjà perdu sa reliure, je suis en manque d’un crayon correct, le papier ne supporte pas l’eau…ça me désespère un peu et je suis pour ainsi dire en panne d’appareil photo. Demain il fera beau. GHV;

Voir Naples, troisième jour. Mardi.

Ce matin départ pour Herculanum (Ercolano) avec pull sous la veste, la matinée semble fraiche .Le train est bondé. Les touristes mêlés aux banlieusards ne prêtent aucune attention au paysage dominé par la silhouette du Vésuve. Derrière les vitres alternent jardins en jachère fleuris en rouge et jaune, coquelicots et renoncules. , débordants de graminées légères et parcelles binées riches en choux et semis en ligne, de fruitiers croulants sous les fruits, cerises, citrons, oranges . On dépasse les ruines d’usines à l’abandon, de petits immeubles et entrepôts, des fabriques où l’on s’active déjà, des chantiers où s’entassent des coques de bateaux.

Trente minutes avant d’atteindre la zone de fouilles d’herculanum. Moins importante que celle de Pompéi elle creuse le ventre de la ville moderne. Arrivés au bas du site un dénivelé cache la mer: plus d’une vingtaine de mètres de lave accumulée qu’il a fallu déblayer.

Avant de pénétrer sur le site visite d’une exposition temporaire d’objets . »Emouvant »avait affirmé D. lors de son séjour il y a peu. Riches bijoux, coffrets raffinés , statuettes, objets de toilettes pour les plus nantis, et modestes outils de bois ou de bronze des plus humbles, esclaves ou serviteurs, nous permettent d’évoquer qu’un même désarroi dut frapper chacun quel que fut son rang lors des terribles journées de l’éruption du volcan en 79 après J.C.

Nous irons un jour prochain visiter le musée d’Archéologie où est exposé une bonne partie des fouilles. Chaque fragment laissé sur place,de mosaïque, fresque ou peinture murale, chaque bronze, cerf de marbre, amphore intacte, statue, élément de pavage, linteau, poutre calcinée mais encoe en place, colonnes, fontaines tout cela fut possédé du regard par ceux qui moururent là. Et nous les rêvons,enfants se poursuivant sur les trottoirs , chevaux et chars remontant les rues pavés , hommes et femmes à leurs besognes et échanges, sous les mêmes arbres, sous le même ciel. Dans les fornices (peut-être de s remises à bateaux ) deux cents soixante dix squelettes:

Il y eut ensuite , quelque minutes après l’an 79 la traversée du marché d’Herculanum, celui de 2019, avec ses étals de poissons, de fruits, de vêtements, de sacs et babioles et où au sortir un réfugié tend sa casquette. Pour les filles du train que je croque il manque un peu d’aquarelle pour assombrir la masse de cheveux . Elles vont par deux ou trois et leur maquillage surprend Ch. qui vit encore sur le souvenir des siciliennes de sa ville d’origine, juste poudrées de soleil.

L’après midi nous arrivons au château royal musée de Capodimonte ,après une marche depuis la place Dante et en dépassant le Musée archéologique fermé le mardi. Les trottoirs défoncés de La via santa Teresa delli Scalzi nous amènent au pied d’un imposant escalier qu’il faut encore gravir. Des gens dorment là qui y ont laissé quelques hardes. L ‘effort nous a permis de découvrir de nouveaux points de vues sur la ville et d’accéder enfin dans le vacarme des voitures au parc du château. Voir le Titien, la Parabole des aveugles et le Misanthrope de Bruegel l’ancien, Le Parmegianno, et Artemisia Gentileschi.Autres femmes peintres exposées; Angelika Kauffmann et Elizabeth Vigée Lebrun. Le musée a invité Jan Fabre à dialogier avec les œuvres du passé. D’or et de papier ses travaux veulent interpeler sur la vie et la mort, les passages …Mais il faudrait bien plus de temps pour s’en imprégner.

Superbe exposition sur le Caravage avec en confrontation la flagellation du Christ de Rouen avec celle du Musée de Capodimonte.

Etude de la Flagellation du christ.caravage.ghv

Le soir c’est télé! Jeu « l’Eredita  » sur Rai 1.Nous ne le manquons pas , pour parfaire notre vocabulaire. Pinups gentiment dénudées, mutines, sourires exagérés ,caressantes et un peu trop blondes . Il s’agit du même concept que le Crésus de Vincent Lagaf ‘ mais en mieux! Les infos proposent un aperçu du cas Vincent Lambert sans floutage. Encore le cas de la petite Noémie, fauchée par les balles d’un gang mafieux. Elle semble sauvée. Evocation d’ une campagne nationnale de solidarité pour « les enfants de la guerre ». L’italien voudrait-il compenser la fâcheuse réputation que l’émigration lui apporte? L’imminence de l’ Eurovision. Quelques minutes accordées à.Marine le Pen . Des commentaires et les visages de Salvini et de Di Maio . Le soir enfin Pain et chocolat en version originale, le rire et la tristesse conjoints. (Pane e cioccolata de Franco Brusati).GHV

Voir Naples, premier jour. Dimanche.

Quelques jours à Naples .Partis et déjà rentrés. Difficile d’alimenter un blog tout en étant sur place car l’on ne veut ni se laisser distraire ni se laisser aller à de hâtives considérations.

Au jour le jour donc mais avec une semaine de décalage , un peu de recul, beaucoup de questions en suspens et le besoin de trier un peu je tenterai ici de restituer quelques images.

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Arriver un dimanche nous le savions, nous faisait découvrir une ambiance particulière .Grimper depuis le Corso Vitorio Emanuele  par le téléphérique d’abord puis en marchant à l’ombre des immeubles vers les murailles imposantes du château Sant Elmo nous semblait un bon moyen d’embrasser du regard et de saluer la ville .Du haut des remparts  et en faisant le tour du chemin de ronde nous découvrons à nos pieds et sur trois cents soixante degrés les faubourgs de Scampia pour ceux qui connaissent la série Gommora ou le film d’après  l’œuvre de  Roberto Savinio et bien apprenez que les célèbres immeubles  « voiles », lieux de violence et de non droit vont tous, sauf un, être démolis. Plus proche les quartiers modernes et leurs rares tours , Capodimonte dans un peu de vert , l’aéroport, la gare, les vieux quartiers en cascade , le dôme verrière du passage Umberto Primo, Castel Nuovo ,le port, Chiaia le quartier en contrebas où nous résiderons, la baie et bien sûr le Vésuve. Un ciel encombré, des couleurs à nos pieds apaisées par le manque de soleil, une rumeur sourde, celle des villes… Bonjour Naples . Demain nous descendrons vers le port.

Pavement large en pierre de lave.

Des touristes arpentent comme nous les rues pavées , les trottoirs . Dans les rares commerces ouverts nous croisons nos premiers autochtones après  le taxi, affable et fier de sa ville et la logeuse et son mari argentin qui nous ont expliqueé que la location d’appartements est devenu leur gagne-pain.

Jeune napolitain; croquis.

Si les villes, les paysages façonnent ceux qui y vivent que dire des napolitains après quelques jours ? Chaque contact est réservé, la première attitude est celle  tranquille du devoir à accomplir : vendre, comprendre, renseigner, puis le regard se fait plus amène et fuse une question, une invitation curieuse par laquelle on vous accorde dans un sourire  de l’intérêt .

Un exemple vaut mieux qu’ une longue explication pour définir un tempérament : à Naples, les passants recueillent les pavés arrachés des rues en pente et les déposent sur le trottoir. Ils évitent ainsi les chutes en scotter ou moto, signalent peut-être aux services concernés le travail de réfection à faire bien qu’il semble qu’un peu de ciment à la truelle soit plus utilisé pour combler les trous…Piétons attention à vos chevilles.

Les napolitains s’activent paisiblement ,volubiles certes mais paisibles,au pied d’un  volcan trop célèbre , plus présent qu’eux . L’on nous dit qu’il les nourrit, qu’il les retient ici .De même ferait la baie ou s’alignent quelques barques de pêcheurs et que de raresnavires traversent. Deux immeubles flottants amarrés à quai vappotent une fumée blanche .Immobile, ancré assez loin un  yatch et  dans le ciel au dessus des flots  les avions au départ…

A Naples je m’interroge sur ce qui fait ici après la une sur l’agression de la petite Noemi, quatre ans, grièvement blessée dans une attaque de gang de la camorra ,la deuxième page de journaux : le fait européen exploré pour cause d’élections .Sommes nous de cette Europe là ? Ai-je un lien  avec ce peuple ? Les journées à venir vont me renvoyer des millénaires, des siècles en arrière et je retrouverai des situations, des images, des faits qui certes ont modelé notre propre vie. Tout l’Orient, la Grèce, l’empire romain, le christianisme incrustés dans les strates de la ville , amalgamés ici ont insidieusement déversé dans nos structures politiques, économiques, culturelles et par delà dans nos enfances de quoi nous faire avant tout européen. GHV