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« Chute d’une nacelle » à Epinay sur Seine.

Encore quelques rafales dans les branches ce samedi matin. Au sol les jonchées de feuilles tendres malmenées par la tempête de la veille et de la nuit. Sous mes fenêtres dans le grand thuya la nichée des tourterelles turques a résisté.

A trois rues de là au dix-huitième étage, au flan de l’immeuble ,au dessus du vide, la nacelle vibre et tangue sous le poids des trois hommes qui s’y installent. Tout en bas les voitures alignées le long du trottoir, personne dans la rue. Au ciel de longues trainées nuageuses abandonnées par la tempête.Pour eux la reprise du boulot . Du regard ils s’encouragent . Un rire fuse, la blague du matin….

Un cri comme une terrible interrogation.

Des mains de fer qui font prise avec la rambarde d’aluminium.

Le bruit insolite puis énorme, envahissant, assourdissant d’un château de poutres , de traverses, de poteaux métalliques qui s’effondre sur lui-même, lentement.

Deux hommes glissent et dans l’ arc de leur chute les images d’un soleil radieux, d’une enfance ailleurs, du regard d’une mère …

Combien de minutes avant que ne s’ouvre une fenêtre puis une autre? Une femme se penche et dans l’entrelacs de l’échafaudage écroulé elle voit sur la pelouse deux corps étendus . L’un a les yeux ouverts. GHV

Article de presse.http://www.leparisien.fr/seine-saint-denis-93/deux-ouvriers-meurent-en-tombant-d-une-nacelle-dans-le-93-le-chantier-suspendu-09-06-2019-8089815.php

Voir Naples.Sixième jour. Vendredi.

Napolitain.Croquis.

Il a la tête de ceux à qui l’on peut demander son chemin. Le Duomo devrait apparaitre quelque part au dessus des toits mais c’est sans compter avec la hauteur des immeubles, l’entrelac des ruelles, le dénivellé des rues qui empêchent toute perception des arrières plans. Et puisque nous sommes si touristes ,si appliqués mais apparement si naifs il veut bien nous obliger à un détour, « l’indispensable », « l’intéressante », l’honorable » visite à la « rueda de la basilique de la Sainte annonciation Majeure ». après quoi il nous récite les à droite et à gauche et via et corso à retenir pour arriver à la cathédrale.

basilique de la Sainte Annonciation Majeure.Gris, jaune.

Derrière nous la basilique qui plus est Ave gracia plena et sur le côté la porte où nous découvrons quelques uns des rares enfants que nous ayons côtoyés à Naples, qui nous interpellent en anglais , en français , en espagnol et se proposent pour nous expliquer dans la langue de notre choix le fonctionnement au cours de siècles passées de la roue d’abandon – pour les français, tour d’abandon,-où les filles mères ou trop pauvres abandonnaient leurs enfants . Nous aurons droit à un l’espagnol . Et il le fait très bien. Ce furent tout de même deux milles à quatre milles abandons par an jusqu’en 1879, des nouveaux nés qui passé le petit tour dans la roue(ils ne pouvaient peser plus de trois kilos pour y être enfilés) s’ils survivaient ,et très peu le faisait , étaient élevés par l’hospice ou placés en nourrice dans les campagnes . Nous écoutons attentivement remercions avec gratitude quand une enseignante l’envoie avertir ses camarades filles de venir se mettre en place pour jouer la scénette de l’abandon. Dix à peine et l’assurance des Sofia Loren , Claudia Cardinale ou Monica Bellucci . L’une implore, l’autre conseille, la troisième déclame avec désespoir, un poupon de celluloïd serré dans contre son sein. Ecole publique, d’état, me dit l’enseignante.

Histoire d’abandons.
Page du carnet; les petites actrices.

Les signes du christianisme ne manquent pas à Naples , mêlés à la superstition . Oratoires dans chaque rue accolées aux boutiques ou l’on vend des cornes de corail ou de plastique porte-bonheur. Samir m’a bien avertie de la présence très marqué d’une communauté musulmane italienne mais rien d’évident sur place et en si peu de temps.

Oratoire
Le sellier.

L’outil du sellier.?

Le quartier dit historique est en travaux. Encore une obligation de la modernité . Les rues éventrées par les bulldozers obligent les voitures et les scooters à une circulation hachée , ponctuée de coups de klaxons incessants. Dans chaque ruelle les rideaux relevés laissent apparaitre des artisans au travail, menuisiers sur fenêtres à double-vitrage, coiffeurs, garagistes, quelques boulangers , parfois c’est une boucherie, un fleuriste , des tabacs et débordant sur les trottoirs et la chaussée les étals des poissonniers ou marchands de jeux; les vendeurs de vieilleries entravent la marche…De même dans le quartier espagnol mais en plus resserré .

Chez le sellier tout en essayant de comprendre ses commentaires sur la Sicile qu’il ne connait que par la série des Montalbano nous attendons la fabrication des cadeaux que Ch. destine aux filles. Qui sait et m’indique le nom de la lame coupe-doigts qu’il utilise?

Boutique de jouets
Trattoria et oratoire.

Demain nous laisserons Naples .

J’espère ne pas l’avoir trop décue.

Et puisque je viens de m’interroger sur mon état de touriste je n’hésite pas à publier ici cette réponse que m’adressa Evelyne.ELB, ma comparse de blog :

« En effet très intéressant, Emmanuel Ruben. Après Le cœur de l’Europe (88 p. Editions de la Contre-allée, je lis son dernier, Sur la route du Danube chez Payot.
Il pédale à côté du Danube, à contre-courant et dans le sens des migrations. C’est donc une histoire riche et complexe de l’Europe, carrefour de cultures, civilisations, langues et religions qui se mêlent.
Comme il l’écrit dans le précédent livre, ce ne sont plus que deux types d’hommes qui semblent se croiser au XXI ème siècle, l’homme-touriste et l’homme-migrant. « 

Autre livre où il est souvent question de l’Italie : Raffaele Simone Si la démocratie fait faillite. Gallimard

Voilà : je sors d’un monde de richesse et de modestie, où se perçoivent les démêlés d’un peuple très ancien avec la modernité. Je ressens tous mes manques, ma profonde ignorance. J’ai vu un peu. GHV

Voir Naples.Cinquième jour. Jeudi.

Nous avions déjà reconnus Paro allaitant Cimon dans Les sept œuvres de Miséricorde du Caravage et cela le lundi ,deuxième jour de notre séjour.et nous les retrouvons ce matin dans le cabinet des érotiques du musée d’archéologie. Pourtant ne nous y trompons pas , la scène romaine (ou grecque? ) ‘évoque un acte de compassion ,rien de grivois. Paro rendant visite à son père emprisonné et condamné à mourir de faim lui donne le sein en cachette. L’histoire rapporté par Valère, par Pline l’ancien aussi, se terminera bien: un gardien troublé par la résistance du prisonnier découvrira le pot aux roses et les juges émus libéreront le père. Pour le Caravage le thème est connu . Mais au XVIème siècle le voilà qui mêle dans un même tableau mythologie et témoignage chrétien comme le personnage de saint Martin offrant son manteau à un pauvre, ainsi que des scènes bibliques ou d’autres profanes . De quoi méditer aussi sur les apports des différentes cultures et s’interroger sur l’évolution de ce thème de la miséricorde de nos jours.

Moins de fornication qu’il n’y parait dans ce fameux cabinet où ls femmes étaient autrefois interdites , que Mussolini fit murer et où les enfants doivent rentrer accompagnés . Leur expliquer bien sûr l’hymne au plaisir et à la sensualité et que plus le pénis est monstrueux plus l’invocation qu’il représente est importante. Les romains peuple agricole croyaient à l’éternel retour, au renouvèlement, à la régénérescence et exposaient ces images pour attirer les faveurs de la nature.

Paro et Cimon. Fresque de Pompei; Musée d’archéologie
Les sept œuvres de miséricorde; Le Caravage. Détail.
Fresque. Détail décor.

Douceur et fraicheur des représentations d’animaux, mises ici à l’abri après les découvertes de Pompéi et d’ Herculanum. Dans les villas romaines la nature était représentée avec une délicate sincérité. Il n’y a plus guère que nos calendriers pour mettre les bêtes à l’honneur dans nos cuisines! Et les reportages d’Arte. L’impression en parcourant les salles de feuilleter mon manuel de latin.

Jeune étudiant;
Etudiants-guides devant les coureurs de la villa des papyrus à Herculanum ;musée d’archéologie de Naples

Ce jour là au musée nous dialoguons avec les yeux et en sourires avant de comprendre que les jeunes gens en position devant les œuvres se proposent pour informer dans notre langue; Certains sont très à l’aise ,d’autres s’appuient sur le texte qu’ils ont appris par cœur. Gare à la question assassine qui va les déstabiliser.! En français donc l’histoire des mosaïques et des tesselles de verre et du coureur d’Herculanum, réplique en bronze d’une œuvre grecque mais auquel le propriétaire de la villa des papyrus à Herculanum fit adjoindre un compagnon pour valoriser l’effort du vainqueur.

Pour avoir perdu dès le deuxième jour le guide du routard les promenades en ville sont devenus plus libres. J’avais tout de même repéré cette halte repos dans le parc de Floridiana quelque part dans les beaux quartiers de Vomero . Dès l’entrée on s’immerge dans un havre de fraicheur . Charme des jardins à l’anglaise, impression de circuler dans les volutes d’un coquillage de verdure… Les acanthes ont envahi les sous bois. Un jardinier agenouillé lutte pour en désherber les abords, arrachant à mains nues des touffes herbes. Je prélève discrètement une pousse de quelques centimètres espérant de ce bien mal acquis les feuilles géantes et les hampes orgueilleuses qui se dressent ici. A chaque tournant une nouvelle vue: une pelouse d’herbes folles, une clairière au soleil investie par les chats, une fontaine, des escaliers en cascade, une trouée vers la ville, des arbres somptueux. le château …

Entrée du parc Floridiana.
Acanthe.

C’est là assis sur un banc que nous arrive par tel. la demande par G. d’un maillot du Napoli, , »peu importe le prix! » . « Si nous trouvons ça » lui répondons nous perplexes.

A une centaine de mètres du parc, via Merliani le vendeur d’un magasin de sport nous indique à quelques portes de là le drapeau italien et la seule boutique qui vend les fameux maillots. Pourtant personne ne nous avait offert la fameuse corne porte-bonheur de Naples!

Où acheter le maillot du calcio de Naples. Via Merliani.

Demain dernière journée avant le départ samedi. GHV

PS: https://journals.openedition.org/pallas/1457 pour des informations plus pointues sur le mythe de Péro et Micon de véronique Prioux Toutefois une coquille(inversion des noms dans le paragraphe trois) peut prêter à confusion . GHV