Archive | francophonie RSS for this section

Je vais lire Taos Amrouche.

hgfemme-20

 

Samir dans la lune  planté devant moi sur le palier puis qui s’échappe et revient deux livres dans les mains qu’il dépose dans les miennes: « Tiens tu verras, je ne te dis rien, tu dois comprendre toute seule ».

Taos Amrouche, Solitude ma mère chez Joelle  Losfeld et Fadhma Aït Mansour Amrouche, Histoire de ma vie avec une préface de Kateb Yacine, chez Librairie François Maspéro. J’ai donc entrepris la lecture du premier mais avant d’aller plus avant suis parti sur Internet à la recherche de ses deux personnages, la fille , chanteuse, écrivaine et la mère »une grande dame kabyle »qui après la pauvreté et l’adversité, sut collecter et écrire en plus du récit de sa vie les chants traditionnels de son territoire.

Me reviennent  aussi en mémoire  ces paroles collectées par Nedjima Plantade ethnologue résidente d’Epinay sur Seine d’une femme kabyle dont elle sut ainsi  nous faire revivre le destin et l’errance depuis ses montagnes stériles jusqu’aux banlieues françaises.

La voix de Taos première femme auteur d’Algérie, soeur de Jean lui aussi écrivain,amie de Giono ne laisse pas indifférent: forte, intense,convaincante.

https://youtu.be/NEkSqGEobEo la vidéo.

GHV

 

Lisbonne.3.Les mariées

Qu’eut dit Fernando Pessoa du mariage et des couples? Dans La mer de tranquillité il écrit: »Nous n’aimons jamais vraiment quelqu’un. Nous aimons uniquement l’idée que nous nous faisons de ce quelqu’un. Ce que nous aimons, c’est un concept forgé par nous — et en fin de compte, c’est nous-mêmes. » Appliqué au couple   l’on sombre dans un bien étrange constat.!

Au Chiado, quartier chic, au café A brasileira qu’il fréquentait la chaise  àla gauche du poète  est vide ou libre.

img_5447

La cathédrale : Cl. l’avait inscrite dans son parcours pour l’après midi du vendredi. En prime nous aurons un mariage.  Nous jubilons . Nous nous tordons le cou à attendre la mariée au bras de son père.Les  travées se sont peu à peu remplies de jeunes couples en tenue. Les filles pour lesquelles le  mot d’ordre était  le vert, robes longues, décolletés plongeants  et talons (elles ont osé affronter les pavés ) ont déjà remonté la nef .Leurs compagnons en vestes serrées et souliers pointus. Dames en chapeau. La choriste  a entrepris trop tôt son morceau et les notes suraiguës résonnent sous les voûtes.

amour

Que les anges au haut des piliers nous écoutent mais nous pardonnent: nous échangeons quelques remarques  -dirais-je légères? amusées?- sur le couple d’amoureux  à la différence d’âge évidente , tout aussi touriste que nous  et qui sur un banc tout proche se câline et se papouille  . Mais pour eux qui s’aiment leurs sentiments leur permettent  de manifester un regard plein d’émotion   sur l’évènement. A les observer j’oublie pourquoi nous-même attendons . Pour quelques secondes à peine j’aurai  en ligne de mire un superbe dos nu souligné de dentelle blanche.

img_5400

A Tomar la veille: j’ai voulu garder un souvenir de ce nuage vaporeux comme je le fais des mariées du métro ,ou celles des mairies le samedi , celles que je croise au hasard des rues. Cet après-midi encore et c’était sur Epinay (j’écris à mon retour de Lisbonne)il y avait mariage à la mairie : youyous et klaxons en folie.Parade nuptiale. de l’animal homme

img_5473

Nous cherchons le tramway, le fameux 28 celui que tout guide recommande comme obligé pour découvrir la ville . Je n’ai vu qu’un éclair blanc…Elle court la mariée  et abandonnant là  mon amie   je  bouscule, contourne les  passants très nombreux ,je ne vois plus tout à coup que ses jambes et ses espadrilles, je la dépasse enfin et elle se prête volontiers à la pause  avant que de repartir dans un éclat de rire.

_ »Mais où était-tu passé? »

GHV

Sur le blog à propos d’autres mariées:

https://trainsurtrainghv.com/2013/09/20/la-colere-dun-enfant/

https://trainsurtrainghv.com/2016/05/18/la-mariee-chinoise/

 

 

 

Illétré.

dessin-illetrisme

 

Avec l’arrivée du printemps que,  sans nous en rendre-compte, avons fêté hier au soir avec H et Ch., la semaine de la langue française et de la francophonie s’achève.

En prose ou en poésie, la langue est notre maison ; Nous l’habitons, l’enjolivons, la dépouillons ou  la transformons. On  dit la nôtre, élégante et toute en nuances. Nous nous l’approprions et la faisons vivre ; sans langue ou plutôt, sans mots à lire et donc à écrire que vit-on ?

Ce butin, dont parlait Kateb Yacine, volée au colon et devenu une richesse, un trésor que l’on revisite et enrichit, comment fait-on quand il fait défaut ?

Nombre d’écrivains étrangers ont choisi de s’exprimer en français,  comme Assia Djebar franco-algérienne disparue il y a 2 ans, le franco-libanais,  Amin Maalouf à l’Académie française ou le franco-congolais Alain Manboukou qui vient d’être nommé à la chaire de  Création artistique  du Collège de France, les USA – où il enseigne s’intéressaient déjà aux  littératures francophones dont l’Africaine.Voilà que notre pays va leur donner une place de choix

 

Illétré   est le dernier roman de Cécile Ladjali, d’origine iranienne et professeur de Lettres, publié chez  Actes Sud  en janvier de cette année.

Léo, un jeune homme de 20 ans a grandi  porte de St Ouen,  cité Gagarine avec Adélaïde, sa grand-mère analphabète Tout est énigmatique pour lui : le monde ne se lit pas donc ne se livre pas ; il faut le décrypter. L’abrégé en partie oublié de son court passage à l’école va-t-il lui suffire ; Léo essaie de donner le change et de faire face à cette réalité jusqu’à l’accident à la faveur duquel il va peut-être réapprendre à lire.  Pauvre de mots, perdu, laissé- pour- compte, c’est l’isolement, la solitude. Les mots deviennent des couleurs, des formes comme un visage se transforme en biscuit avec pour bouche une fraise rouge, la ligne de métro, une couleur et une voix.

C’est le corps qui se cogne au monde ou plutôt à la vitre qui le tient à distance malgré soi. Beaucoup de poésie dans ce texte non sans humour mais grave sur le sujet, l’école, l’institution.

Au bord du chemin, quelle image accrocher au mot ? Ces lumières qui s’allument le soir sur la tour derrière la fenêtre, ces lettres que veulent-elles dire ? L’énigme reste entière puis le jour enlève l’angoisse du déchiffrage impossible. Mais Léo travaille dans un atelier d’imprimerie et des casses, il ne connait que le bruit et de l’encre,  l’odeur. Voyage sensitif, sensuel, la vie a ses bons moments, ses passerelles au milieu de l’angoisse.

Pourquoi les mots se sont-ils envolés ? Quel événement les aurait gardés en otage pour qu’ils se refusent de la sorte ?

Une écriture magnifique qu’il faut lire pour sa belle langue,  son énergie bruissant de mille éclats qui résonnent et parlent à chacun de ces gestes fort de sens comme  poster une lettre, glisser un mot dans la boîte aux lettres de l’absent ou lire une annonce.

Ch. nous racontait hier qu’un ami de son père, émigré comme lui et à qui il avait indiqué le trajet pour se rendre à son  travail,  s’aidait chaque jour pour compter les stations en glissant dans une de ses  poches huit cailloux les passant dans l’autre à chaque arrêt pour ne pas manquer le sien.

Dans ces conditions, il est difficile, douloureux d’être un être de paroles, créateur de liens. La personne en question est retournée dans son pays tant l’exercice, la vie tout court était fastidieuse.

 

Illétré de Cécile Ladjali Actes Sud  2016.

ELB