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Et un Tour de plus…

C’était il y a quatre ans…ce pourrait être aujourd’hui.

 

Le Tour.

Le Tour de France, je ne le suis pas mais quand vient son heure, immanquablement je me revois, enfant  dans les années soixante. Je n’ai pas encore neuf ans et l’été apporte le parfum des foins, les bulles de la limonade Bois Bordet, les cousins en vacances  et la fièvre du Tour.

 C’est comme au moment du jeu des mille francs à 12 h 45 : tout le monde se tait.

L’Alpe d’Huez, le point d’orgue des étapes de montagne, était chaque année,  l’occasion pour les adultes-grand-père, père et oncles- de reparler ou de citer  Fausto Coppi, Louison Bobet, Stablinski, Bahamontès, Darriguade, Giminiani et j’en oublie. Chacun avait le sien. Cela permettait sans doute  de ne pas avoir à prendre parti  bien souvent pour Anquetil  l’arrogant devançant  toujours un Poulidor plus humble et besogneux auquel on s’identifiait un peu, je crois.

A l’époque où la télévision était encore  rare, -début années  60- nous l’avons eue à la maison,  en 1963, le Tour réunissait dans une quasi communion toute la France ou presque et son cœur battait au rythme haletant des commentaires sportifs de la radio. Rassemblés dans la cour de la ferme sous l’ombre épaisse d’un noyer ou d’un marronnier ou encore du pigeonnier et d’un rosier grimpant comme c’était le cas chez nous,  après avoir fait la courte sieste en attente du râteau faneur ou de la machine à dépiquer, ou au bureau pour d’autres, ou encore sur le chantier,  pour d’autres encore : tout le monde ou presque suivait le Tour. C’était l’évènement sportif qui fédérait.

A la fin de la course,  chacun y allait de son couplet presqu’épuisé  autant que le  coureur pour lequel ils auraient été prêts à lancer de l’eau fraîche au visage, ce qui lui aurait permis, peut-être,  de gagner l’étape. Les plus jeunes, garçons surtout –frères ou cousins-,  se rêvaient en futurs champions ou journalistes sportifs. Les mêmes aujourd’hui  aux jambes plus engourdies,  sur le banc dans la grande cuisine ou dans le fauteuil confortable d’une pièce plus cossue, le suivent  toujours. Mais en le regardant à la télévision tout en révisant leur géographie.

Vue du ciel, la colonne de dos colorés se tortille telle une chenille portant sur son maillot tous les sponsors possibles se frayant un chemin entre clochers, campaniles, beffrois, haies,  collines, silos, prés, lacs, étangs et montagnes. Quand j’arrive dans le Lot (cela ne saurait tarder), la plupart du temps en début d’après-midi et si le Tour n’est pas terminé,  descendant de la gare,  je traverse la petite ville écrasée de soleil. Toute maison est fermée semblant du même coup, endormie. Alors dans cette traversée un peu fantôme sur le trajet qui me conduit vers les miens, je les imagine tous en demi-cercle devant le poste de télévision regardant l’étape du jour,  sirotant un café. Je sais qu’à l’abri d’épais murs de pierre,  beaucoup sacrifient encore au rite.

Montée, plat ou descente, plus besoin d’imaginer : tout est là,  donné .Il suffit d’une télécommande.

Aux quelques magazines en noir et blanc de l’époque avec les photos  d’un tel, tombé dans le fossé après crevaison,  avec une tache à côté de la tête reposant sur le gravillon ainsi qu’à  la radio dont on tournait le bouton,  ont succédé avec frénésie les images de la télévision. Pourtant chacun savait la grimace du grimpeur, voyait les plis sur le front, envisageait les gouttes de sueur  suivre le pli du coude pour aller  rejoindre  les guidons tant l’image suggérée par le rythme qu’imposait le commentaire était fort. La voix frénétique et asthmatique du commentateur nous avait emmenés sur le porte bagage du cycliste que nous voulions voir vainqueur à l’arrivée. Il me revient un nom de commentateur: Robert Chapatte.

Les magazines  les y avaient un peu aidés,  peut-être .Ces adultes en cercle autour de la radio,  en avaient quelques représentations,  du Tour. Certaines courses non loin de là avaient lieu mais pas tous les ans, il me semble et des oncles  en faisaient suivre

 Quelques-uns d’entre nous, les plus motivés ou intéressés par la petite reine. L’endurance, le travail pénible : ils connaissaient. Ils ne devaient pas avoir trop de mal à les imaginer, ces coureurs,  essoufflés, éreintés et dégoulinant.

A présent, ces petits garçons des années soixante,  assistent en direct au télescopage  et à la chute en domino du peloton. Les commentaires se veulent instructifs ; la traversée des villages est l’occasion d’un rappel historique et tandis que certains tentent de se souvenir ou de demander à l’entourage ou aux voisins venus en amis prendre le café, quelle est la préfecture ou la sous-préfecture du département traversé, la plus jeune génération  évoque le dopage et les scandales.

Aux premières révélations, le vieux avait dit :

 «  Bah ! On pouvait bien se douter que ce n’était pas  avec du jus de carotte qu’ils pouvaient grimper le Galibier,  le Tourmalet ou le Vignemale,  aussi vite ».

Sportifs ou mutants ?

 

ELB

 

Haïku du soir.

Le causse rincé

L’émouvant chant du merle

Dans l’if de la haie.

 

ELB

 

Ce que je pourrais dire…

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Entre le chaud et le très chaud, le printemps s’est achevé il y a déjà longtemps et l’été précoce  nous a pris de court. J’en ai presque oublié le solstice, les feux de la St Jean se préparant çà et là.
Distraite par la douceur encore chaude du ciel nocturne piqué de diamants, de l’autre côté de la route : éon, éon ou Léon, faisait le paon tandis que sous la piètre fraîcheur des arbres, les grillons frottaient leurs élytres. Assurément, nous étions  en été.

Et dans ces moments-là,  de grande chaleur, j’aurais aimé pouvoir entendre les mouettes au-dessus de la Seine et c’est le murmure du vent dans la sapinière, lovée dans le hamac qui m’aurait presque fait croire au sac et ressac d’une mer  lointaine ; mais une fontaine comme on en voit dans certains  jardins, un ruisseau ou un filet d’eau au-dessus de l’abreuvoir  auraient pu tout aussi bien me rappeler, convoquer ces  images de fraîcheur.

Je rêve d’un rat des champs qui converserait avec un rat des villes- l’amie Huguette, sœur de blog-,  lui confiant ces secrets de nature, lui comptant la vie du terrier. Or, il se trouve que bien des choses m’échappent qui devraient m’alerter, me tenir aux aguets. J’ai raté les manifestations pour conserver l’arrêt dans nos petites gares ; ainsi, celle d’Assier et de Gramat seraient fermées les week-end et jours fériés et celle de Rocamadour le serait définitivement. L’affaire est presque pliée.

Pas tout à fait rat des champs, je disais-,  mais en route vers ce mode de vie ; oublié aussi la transhumance pour le Lioran au départ d’Espédaillac, village caussenard s’il en est. Depuis une dizaine d’années, les changements de pacage reviennent-comme celui de Rocamadour vers  Luzech près de Cahors-,  pour éviter l’achat de fourrage et pratiquer une sorte d’écobuage. Autrefois, on pouvait faire paître les brebis dans les coudercs, ces communs au centre du village et des hameaux. Or ces derniers au fil du temps ont été intégrés à certaines maisons ou réduits pour agrandir un jardin.

Dimanche dernier, accompagnée de Brigitte,  à Latouille près de St Céré, le  Sentier Art Nature, parcours poétique émaillé de couleurs : accrochage en pleine verdure dans les arbres et au-dessus de l’eau, tableaux, peintures,  tissus de couleurs jetés par-dessus la rambarde du pont de bois et traînant dans l’eau, rochers du torrent et troncs d’arbres habillés de couleurs unies et en patchwork pour les rochers, du papier recyclé incrusté ou des pliages en papier origami. Plusieurs groupes de musique, allant du jazz à la variété en passant par la musique Sud-américaine les percussions et la guitare sèche s’égrenaient tout au long du sentier. Sur le chemin, en redescendant, avec son père, il chantait presque trop bas, mais sur le ton de la confidence comme pour mieux nous faire prêter l’oreille et apprécier avec une nostalgie heureuse, un poème d’Aragon.

Une moitié de visage de jeune femme, suspendu au fut d’un arbre m’impressionnait. De la poésie et de la légèreté dans la décoration de  fil de fer et de verre de couleurs évoquant le vitrail. Nous pressentions la lumière et la brise jouer avec la matière : les cliquetis se seraient mêlés aux chants et musiques qui s’entrecroisaient. Les sublimes photos du rebond de la goutte d’eau nous ont aussi particulièrement touchées.

Depuis  une semaine se sont évanouis canicule et vent chaud de ces derniers jours puis… l’orage d’été tant attendu. Les averses successives ont tout rafraîchi me faisant tirer de l’armoire, pull et gilet chauds et rangé les sandales laissant traîner les orteils au vernis rouge. L’été torride est en suspens. Fleurs et pousses ramollies et peu gaillardes ont relevé la tête. Demain l’été revient.

Mais la mort de Simone Veil, hier, nous peine terriblement.

Si elle en avait eu encore la force, à coup sûr, elle aurait ragé et fait entendre sa voix à la réaction du Ministre de l’Intérieur donnant l’ordre de ne pas rouvrir de centres d’accueil aux migrants et  dire implicitement aux associations de ne plus leur venir en aide.

Durant la guerre en ex-Yougoslavie en 1992, elle s’était vigoureusement insurgée contre l’existence de camps et de violences faites aux femmes dans  les villages assiégés et contres ces déplacements de population. Comme Germaine Tillon , Simone Veil a compté pour l’Algérie ; elle a fait respecter les droits humains en améliorant la détention des prisonniers en y introduisant la détection de maladies ainsi qu’une structure scolaire.

D’après le HCR, « … soixante-cinq millions de personnes déplacées en 2016…vingt nouvelles personnes sont forcées de fuir leur foyer chaque minute, et le déracinement concerne un être humain sur cent treize. Syrie, Afghanistan et Soudan du Sud représentent la moitié de réfugiés. La majeure partie d’entre eux vont dans les pays voisins comme la Turquie et le Liban … »

L’Union européenne est loin d’en absorber autant.

 

ELB