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Odile Détruit et les mots 3

 

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Méditerranéen aux yeux saturés de bleus violents, d’émeraudes profondes, je me noie dans ces horizons mouillés, indécis, atlantiques. Les vacances qu’ils évoquent, je ne les ai pas vécues, aussi je me sens libre de les recréer d’après les récits que j’en ai lus, et c’est bien sûr une petite bande de jeunes filles au chic suranné que je vois arpenter la promenade devant la mer, leurs yeux clairs semblant perdus au loin mais ne manquant rien des regards qu’elles attirent, leur nonchalance étudiée, les raquettes dans leurs presses de bois balancées négligemment, les bérets bleu marine crânement posés, d’où s’échappent des mèches blondes ou rousses, leurs voix brèves dans la moiteur d’un après-midi électrique et l’orage loin dans les terres, comme une rumeur. Marcel n’est plus ici, mais les jeunes filles sont éternelles, et comme lui jadis je manœuvre pour les croiser, tâcher d’exister un instant dans leur conscience, n’osant pas les fixer assez longtemps pour les distinguer les unes des autres. Aussi j’emporterai d’elles un unique visage fait de tous leurs traits mêlés, une image inconstante et diffuse comme le ciel de cet été-là.

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Bernard Altayrac . Contribution de l’auteur en réponse à Odile Détruit et les mots.1

Avec tous nos remerciements. GHV

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Antipodes party

Fin de mois ,samedi hier 30 juin ,chaleur attendue, le périf programmé pour l’après-midi mais avant tout rendez-vous pris à onze  heures à la librairie Antipodes d’Enghien. Les familiers appellent Linda  la maitresse des lieux. Elle a  invité Valentine Goby  que elle et son aide  semblent et connaitre et apprécier.

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Pas question d’une séance de signatures habituelle. Valentine Goby veut prendre la parole pour présenter son livre et ce livre  veut  donner envie de découvrir les rares écrits de Charlotte (prénom de princesse) Delbo (patronyme italien pas si loin de Delbos qui fut l’un de mes professeurs). Il me faut quelques astuces mnémotechniques pour irriguer ma mémoire et puisque j’écris ici pour vous donner envie de découvrir les deux auteurs autant vous y aider.

 

Elle expose avec gouaille, assurance, conviction et intelligence devançant ce qui chez beaucoup d’entre nous fait question puisque nous ignorons pour la plupart qui fut Charlotte Delbo .Et de nous camper , jusqu’à imiter sa voix à la Harletty ,cette gamine partie dans la vie avec un bagage de dactylo ,si habile à la prise de notes  qu’elle devint indispensable à Louis Jouvet, amoureuse éperdue de Georges Dudach qu’elle aida dans ses missions de résistant communiste, déportée à Auschwitz-Birkenau  pour en revenir écrivain et non pas de témoignages mais pour produire  une œuvre véritable  de textes, poèmes, pièces de théâtre dont la force découle de la  femme qu’elle était devenue.

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V.Goby voit trois raisons à ce manque de reconnaissance: une femme en ces temps là avait moins de chance d’éditer, et à une époque où l’on voulait  tourner la page , oublier la guerre ce genre de récit rebutait  . Le manque de réactivité des éditeurs fit le reste.

.Donc elle n’eut pas l’aura de Primo Lévi,  de  Imre Kertész, et ne l’a pas encore. Mais Valentine Goby  a écrit « Je me promets d’éclatantes revanches »…parce que l’écrivaine qu’elle est a découvert un phare.

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Il ne me reste qu’ à trouver les textes de Charlotte Delbo  . Une séance comme celle-ci permet les échanges et à écouter ceux qui la connaissent je me promets de lire Aucun de nous ne reviendra ,Une connaissance inutile, Mesure de nos jours…mais aussi  de rechercher les titres de Valentine Goby dont j’ai découvert grâce au cadeau de Catherine B.  un  petit bijou en prose débordant de parfums, au vrai sens du terme, et d’impressions d’enfance :Beaumes, (Essences, Actes Sud)

C’était donc important  ce qui se passait hier à la librairie Antipodes. Le thème  de la guerre et de ses victimes, le destin des bourreaux ,le rôle de l’écriture m’interpellent. Ils me confrontent à des questionnements sur l’humain .

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GHV

Réponse à Evelyne

grand-couvent-gramat-lot-2.jpgImage:http://www.grandcouventgramat.fr/

Dix heures , le dimanche matin . Marcher avec les kaisetleskaissettes d’Epinay est devenu un plaisir. » Tu vas à ta messe? « m’a demandé Ch. goguenard.

Et sur ce mot là je divague, je cogite. Combien m’ont déjà affirmé être en randonnant  en recherche de spiritualité? Plusieurs; autant que ceux qui comme moi disent se reposer ainsi , respirer et jouir d’un moment de calme.

« Messe » , ce mot et voilà que me revient aussi à l’esprit n’avoir pas fait réponse à Evelyne(ELB ) s’interrogeant sur la vocation de religieux ou de religieuse après une promenade qui l’avait amenée au pied des murailles du couvent de sa ville.  Ce grand couvent là je le connais bien. Qui est passé par Gramat en prenant la route de Cahors n’a pu que  s’étonner de l’énormité de cette bâtisse. En  surplombant le filet invisible de l’Alzou elle fait pendant à toute la petite ville.

Inutile ce renoncement  ? demandes- tu. Tu sais, j’ai lu entre les lignes et bien que nous n’en ayons jamais parlé je pense que nous partageons  là-dessus le même sentiment: que nous ne serons jamais de leurs mais que nous les jugeons indispensables. Tout juste leur reprochons nous parfois  de faire corps avec une religion et d’accepter des dogmes. Et même cela ne me dérange pas.

Coincidence : je lis depuis peu un ouvrage de Richard Holmes qui me passionne, Carnets d’un voyageur romantique. La première partie,1964: voyages, est le récit du périple qu’il entreprend sac au dos dans les Cévennes sur les traces de Robert Louis Stevenson passé par là presque un siècle avant, en 1878. Arrivé au couvent de Notre Dame des Neiges, accueilli pour la nuit avec son ânesse par les trappistes (Vœu de silence, rigueur, prière, travail, chasteté, dénuement) , le non encore célèbre écrivain  découvrait cette formule dans sa cellule : « le temps libre est employé à l’examen de conscience, à la confession, à faire de bonnes résolutions ». Tout un programme; rien de cela ne nous est étrange. En faire une démarche quotidienne l’est davantage, peut sembler inutile et irréalisable surtout avec nos vies de déjantés. Holmes nous rapporte que Stevenson passa par les sentiments les plus divers et découvrit en se frottant au monacal que l’essentiel pour lui était de rester un être de société et de rechercher l’amour, celui d’une femme en l’occurrence. Notre  autre britannique, en 1964 découvre un lieu tout aussi religieux mais maintenant ouvert au public . D’abord sceptique il reconnait son émerveillement face à la sagesse des moines.

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Les ascètes, les nonnes , les chartreux, les ermites, les anachorètes (J’en suis un m’affirme Ch.!) pratiquent cette exigence de vie-vaine-inutile .Nous nous en sentons incapables.   Valeur bien mystérieuse, pour reprendre ta formule Evelyne, basée sur le sens de la vie. Les murs arrogants, les étendards, l’encens, l’or et les pierres précieuses , les images peintes et exagérées du vatican dont  crurent bon de s’affubler trop d’ églises en confondant  la richesse des commerçants de l’âme avec celle des esprits nous déplaisent. L’ascétisme devrait nous interpeler bien davantage.

J’aime qu’un créateur, peintre , pianiste ou autre se sente ouvrier dans l’inutile. Il me semble qu’il y a là un lien à nouer avec nos étranges reclus ou recluses. GHV.

Lien avec l’article d’Evelyne

Illustration:hgfemme114. GHV

Lire: Richard Holmes. Ed. Voyageurs Payot.

Richard louis Stevenson: Journal de route en Cévennes. Ed. Privat Club Cévenol