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Le fils

« On ne peut tout réussir » lui ai-je dit pour apaiser mon propre désarroi. « Je sais » m’a-t-il répondu. Nous venions de vivre une crise alors que Giusepina depuis quelques jours déjà partageait notre chez nous . Elle semblait y trouver ses repères, chassait un peu les démons ,souriait plus souvent et bavardait  au rythme des visites , des repas, des soins et des repos dans le fauteuil. D’une voix adoucie il lui arrivait d’évoquer la « fin « . « Tout a passé si vite »

Ce soir là elle avait refusé d’aller dormir et nous fatigués, vannés nous n’avions pas su trouver les mots…Sa colère me touchait moins , préservée par le recul que me donnait le statut de belle fille.

C. lui prenait en ce cas là encore et comme chaque fois tout à cœur, tenant pour argent comptant  les paroles proférées.

Voilà quatre ans qu’elle luttait chez elle, attachée à ses meubles, à ses biens, évoquant pour tromper la solitude la présence de son Giuseppe, de sa mère, chauffant d’innombrables casseroles de lait pour les « petits », dissimulant les manques de la mémoire en prétextant des vols, soupçonnant l’infirmière, les personnes de passage, même les plus proches. Toute son énergie elle l’utilisait à donner le change, à garder la main mise sur son quotidien. Seules ses colères donnaient une idée de son impuissance.

Souffrance de la fratrie. Il y avait ,il y a encore,les visites quotidiennes. Certains prétendaient ne pas reconnaître leur mère. Un autre souffrait d’être méprisé.  Un autre remarquait qu’ à soigner les siens avec tant d’abnégation elle s’était épuisée et éprouvait un sentiment d’injustice et d’abandon.C. expliquait que n’ayant jamais vécu seule elle étouffait de peur. Et moi pour les conforter: »Elle a de la chance de vous avoir. »

Trop brusquement il y a eu cette chambre libérée à la maison de retraite et son entrée précipitée. Sourires et propos respectueux lors d’une visite lui avaient donné une image rassurante du lieu mais cette deuxième fois le transport en ambulance fut  sans retour alors qu’elle espérait rentrer chez nous. Pendant des années cela avait été sa hantise: être dans une maison avec des vieux sans les siens.

Il s’est fait un grand silence.

Il reste à C. à trouver comment entendre ce qu’elle cache si bien . Comment les aider ? GHV

 

 

 

 

 

 

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Giusepina

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Elle a cessé de craindre le vol de son image quand je m’assois en face d’elle pour la croquer. Ce matin dès le réveil elle a réclamé le « dessin ». Elle l’a retrouvé sur le bahut, a fermé le carnet avec des mines  entendues. Pour l’apaiser je lui ai montré l’endroit de l’atelier où il me semblait bon de le ranger.

Nouvelle réclamation, elle le veut près d’elle:… « Et fais un point dans chaque coin et un au milieu. Ca suffit mais c’est important. Sinon c’est grave »

Elle se lève souvent, va vérifier qu’il est bien là. Cet après-midi elle me l’apporte pour que nous regardions ensemble chaque page, pour que j’explique.

Demain nous devons l’accompagner dans ce que pudiquement nous appelons la maison de repos.GHV

Lire aussi: https://trainsurtrainghv.com/2015/08/09/paris-lapres-midi-fin-de-vie/ .

Women House à la Monnaie de Paris — Le carnet de Myriam Thibault

Quai de Conti, une nouvelle exposition prend place dans le très bel établissement de la Monnaie de Paris. La dernière exposition de Maurizio Cattelan avait été un triomphe, et m’avait énormément plu et étonné. « Women House – La maison selon elles » est une exposition intrigante, mais pas transcendante. Les œuvres présentées telles l’une des Nana […]

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