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Testament.

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Pour ce qui est des livres cela me pose quelques soucis. D’autant plus que j’en achèterai bien d’autres. Peut-être en garderez-vous quelques uns ?. Pour le reste , parce que je viens de terminer ce titre de Toni Morrison Délivrances et bien donnez-le à la bibliothèque d’une prison. Je suis sûre que vous me comprenez même si vous ne l’avez pas lu.

Fait à Epinay sur Seine le vingt neuf avril deux mille dix huit. GHV

 

croquis: Mme V. ,maison de retraite d’Epinay.

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Les éloquentes

 

Six filles, deux gars de classes de troisième des collèges Jean Vigo et Roger Martin du Gard  si je ne me trompe. Les huit étaient en finale d’un concours d’éloquence organisé sur la ville d’Epinay sur Seine, ma ville.

C’est le hasard qui m’a permis d’y assister  Annie O. m’ayant surprise à  croupetons devant les présentoirs  de revues de la Médiathèque Colette alors qu’elle attendait l’horaire d’ouverture de l’auditorium où devait se dérouler l’évènement. Si je voulais en être? Bien sûr..

Un concours d’éloquence ça se passe ainsi : un partisan du oui et un du non sur une assertion du genre La justice est-elle équitable?, Etre riche est-ce réussir?, et un jury  qui désigne à main levée le ou la lauréate du premier tour .  Puis vient une demi-finale et enfin la finale. Il fallait donc avoir préparé trois argumentaires…

Ils  ou elles furent à la hauteur ,certains d’une voix calme  ou théâtrale , d’autres dans la précipitation pour placer plus de mots  , l’une  rigoureuse ,l’autre potache,  avec fiche ou sans, prenant le public à témoin ou jouant des mains , pris pour certains d’un trou de mémoire et  serrant les mâchoires et  se refusant à laisser tomber l’affaire , mais dans l’ensemble gérant bien l’émotion ou le trac s’il y en eut…

Qu’apprennent-ils ainsi?

D’abord qu’ils ne sont pas les premiers; d’autres avant eux ont écrit, œuvré, expérimenté et nos candidats ont su trouver des exemples en politique, dans les médias , dans la littérature, la filmographie. Et ils-elles les citent.

Ils ont pioché aussi dans leur vécu, s’appuyant sur des souvenirs personnels, des émotions. Et ils-elles les expriment.

Appris aussi qu’il faut convaincre et donc argumenter. Et que c’est un vrai job, de recherche , de réflexion et de communication , la manière y étant pour beaucoup et là  ils nous ont subjuguées.

Ainsi ils « se forment une opinion à soi » pour citer Jacqueline de Romilly dans Le Trésor des savoirs oubliés laquelle eut aimé en pédagogue avertie ce travail assez rigoureux sur les souvenirs, le savoir , les modèles et les mots , une  manière d’acquérir de quoi faire » preuve de liberté d’esprit… ». Si je la cite c’est que je suis depuis deux jours en relecture de ce livre que je conseille à tout parent ou pédagogue.

Le but n’est pas d’avoir raison. Ce n’est pas un débat non plus puisque l’on n’a pas de duuxième mi-temps où l’on verrait les adversaires rebondir sur leurs arguments respectifs. Ce n’est pas la justesse des arguments qui permirent à la championne de gagner.  On peut imaginer le jury votant dans le sens  qui lui convenait le mieux et  pour valoriser une attitude.

Pour ma part je remarquais cette très jeune fille qui sans élever le ton , d’une voix étonnamment calme et sereine, puis-je dire mature? laissait  déjà présager  ses aptitudes à la réflexion . « je la verrai bien journaliste » me souffla mon voisin.

Et le public: le petit amphi était plein à craquer ,des copains et copines de classe, beaucoup, quelques parents et quelques curieux.

comme Annie et moi . la salle pleine à craquer et je ressentis combien il y avait d’amicale admiration parmi ces jeunes là . Car ils le savaient bien eux que il en faut du cran tout de même  pour tenir devant son auditoire .GHV

Jacqueline de Romilly. Le Trésor des savoirs oubliés. Editions le Livre de Poche

 

 

 

 

 

Enfances croisées.

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Je leur ai amené le poupon. Pour que Giusepina voit son arrière petit-fils mais aussi pour leur sourire à toutes.

A six mois il sait très bien y faire avec les dames, leur laissant même croire qu’il les reconnait depuis sa dernière visite. Les récriminations ont cessé. De l’une à l’autre, il allume les regards, adoucit les visages, redresse les nuques , électrise les mains et motive les exclamations…

Madame L. , aveugle: « où il est le poupon? Ah le voilà,. qu’il est beau. »

Et les questions: « Il est à vous? C’est le mien? Ah non ce n’est pas le mien. il est gentil.  »

Sûr qu’il est gentil. Pas de froncements de sourcils comme lorsque je le prends dans les bras, » mamie tu m’agaces un peu » , mais ses petites mains accrochées à leurs joues, son front appuyé contre le leur et sa petite bouille d’ange juste pour chacune.

Giusepina me voit un peu déconcertée le passer de fauteuil en fauteuil, puis se rassure lorsqu’elle le tient sur son giron , nos quatre mains pour le maintenir.

Elle ferme les yeux et somnole.

Le soir l’infirmier a appelé. On l’emmène à l’hôpital pour sa jambe trop chaude, trop enflée, inquiétante. GHV

Illust: Madame. P. GHV