Archive par auteur | hyacinthe46

Ce que je pourrais dire.

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Le temps des cerises approche, celui des certitudes n’est plus.  On avait perdu déjà une certaine insouciance depuis les attentats de 2001 et plus encore à partir de 2015 surtout lorsque l’on vivait à Paris ou dans n’importe quelle autre métropole. Mais nous sommes encore vivants puisque nous nous exprimons et continuons de vibrer par nos émotions au sujet de cette situation inconnue.

Nous témoignons tous d’une manière ou d’une autre de ce qui se passe et survient au travers de ce que nous éprouvons ou manifestons.

Le temps étiré, les heures lâches, parfois même prêtes à se rompre comme un vieil élastique usé. Voilà l’impression de cette dernière semaine du temps confiné. Nous apprécions davantage les bonheurs très ordinaires, les vrais peut-être parce-que fragiles. Les oiseaux vocalisent, le coucou très présent ces jours-ci, matin et soir avec une régularité de métronome, le pic vert soliloque dans le vieux chêne sans faire fi du moindre moineau. Les pies ont déserté le jardin, le geai aussi. Comme la boîte à trésors du petit garçon et tout d’un repli concentré, autant de petits bonheurs du quotidien que nous apprécions doublement en vivant en pleine nature. Historiettes, comptines, dessins et peintures sans oublier galets et cailloux, véritables talismans par écrans interposés, ces petits d’homme m’impressionnent toujours. En construction, modelés qu’ils vont être par des lieux, des événements, des livres, par leur famille, leurs amis et plus largement par toute personne croisée sur leur chemin et qui compteront.

Bien que je n’aie pas vécu comme mes aïeux ou mes parents, alors enfants-, la deuxième guerre mondiale, à près de 80 ans de distance, j’entends l’écho tout comme vous de cette période devenue historique quand une autre, celle que nous vivons, étrange comme inédite par nos habitudes, pratiques bousculées ainsi que par les réflexion et adaptation de l’esprit qu’elle engendre.

Ni frappés d’acédie ni d’énergie débordante mais nous sommes encore là et vivants. Dans Les animaux malades de la peste, La Fontaine écrivait : Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés.

Même si nous n’avons pas été touchés dans notre corps personnellement, nous sommes frappés c’est à dire un peu sonnés et conscients à présent qu’une nouvelle vie se profile, à apprivoiser, à appréhender. Habituellement, ces mots, nouvelle vie, sous-entendent un changement heureux, bien-être ou bénéfice pratique comme l’amélioration de conditions de travail ou tout autre changement positif. Bref, un aménagement agréable de cette vie, un plus pour le dire simplement. Nous savons que ce changement ne sera pas positif si ce n’est, et qui est à souhaiter-, concernant la gouvernance du monde et ses orientations nouvelles mais nous avons beaucoup de mal à envisager de vivre à distance au propre et au figuré.

Sans contact. Autrefois, entendre une caissière me dire : Sans contact ? me faisait hérisser le poil. Pourtant quelle facilité, ce paiement sans contact pour éviter la contamination.
Se tenir à distance, nous l’avons appris pendant ce confinement et saurons faire perdurer le geste en y   ajoutant les autres.

Le fait de ne pas avoir vu aussi souvent et de façon différente les personnes que nous côtoyions auparavant va sans doute changer quelque chose à la relation. Pour ne pas avoir voulu être trop intrusifs, passerons-nous peut-être pour peu compatissants. Ainsi, peut-être nous croiserons nous dans les parcs, les rues ou les chemins nous faisant un salut distancié et distinctif justement selon le degré de proximité que nous entretenions avant l’arrivée de la bête. Il pourrait y avoir le salut strict, le salut cordial, le salut un peu plus appuyé, amical voire plus chaleureux. Ou plus de salut ? la personne masquée n’étant pas toujours reconnaissable.

De nouveaux codes, en somme et une vie plus tout à fait ordinaire. Une vie toute nouvelle à adopter.

A y réfléchir et beaucoup d’intellectuels depuis bien deux mois, nous y invitent et nous y aident si tant est que l’on y soit sensibles plus qu’à l’ordinaire-, il apparaît clairement que l’épisode interroge tout le monde. Obéir à sa conscience, ses convictions intimes plutôt qu’à la pensée communément admise, la doxa pour  emprunter un peu au vocabulaire savant. C’est ce que nous dira ou fera l’avenir. Faire comme avant, comme s’il n’était rien arrivé, comme si le Covid 19 n’était pas venu troubler nos vies.

Quel contraste entre l’explosion du printemps, passant par les iris qui ont fait leur festival, la glycine indolente qui a pris la pause, les pivoines fières qui ont dû courber l’échine sous le vent et la pluie-, et le repli exigé par la pandémie. Je sais la difficulté d’un très grand nombre cantonné à quelques mètres carrés en ville. Quel décalage entre une nature échevelée, libre et qui éclate outrageusement alors qu’une ambiance de fin de partie ou de fin du monde pour les plus pessimistes-, nous talonne avec ses injonctions nouvelles. C’est à ce prix que nous préserverons notre santé physique, la psychique et la morale étant à notre charge ou ambition. Il faudra être forts.

Comme pour tout le monde, mon périmètre géographique est restreint et les confins sont très vite atteints. Une heure de marche quotidienne à un kilomètre autour de chez soi lorsque l’on est à la campagne permet de chaque jour mesurer l’explosion de ce drôle de printemps et de photographier peut-être un point bien précis comme un bout de chemin qu’ourlent les ombelles de cerfeuil ou un arbre dans lequel j’ai observé un oiseau. Voyager et observer sans bouger de chez soi.

Nous ne rapporterons pas de souvenirs de contrées lointaines et exotiques, je suis loin d’être une grande voyageuse-, mais nous n’aurons pas alourdi notre empreinte carbone. Je me suis réjouis que les eaux à Venise soient à nouveau claires et que les poissons frétillent dans la cité des Doges.

Je me suis réjouie aussi de l’arrivée de dauphins à l’entrée du port de Sète.

Quand nous chanterons le temps des cerises…

ELB

 

Lectures possibles: La peste de Camus, En attendant Godot de Becket
                      Voyage autour de ma chambre de X de Maistre

Haïku du soir.

Tant de pétales

Au vent du soir dispersés-,

Cerisiers fanés.

 

ELB

Ce que je pourrais dire.

Je n’existe pas à plein temps…Marc .Alyn

Je trouve que la formule s’applique bien ou illustre la situation présente et si insolite que nous vivons.

Je me suis parfois absentée au creux des heures précieuses de ces presque trois semaines de confinement songeant à ceux qui étaient atteints par le virus, ceux qui l’avaient déjà eu, ceux qui s’en étaient sortis et qui sont les plus nombreux. Fort heureusement. Plus intériorisée, j’essayais de ne pas envisager le pire pour certains proches.

Dans le courant ou à contre-courant. Cette étrange impression qui régulièrement nous fait réaliser que décidément nous ne sommes pas acteurs d’un mauvais film ou dans une fiction mais bien dans le réel. Il n’est que d’aller une fois la semaine faire ses courses. Dans le gros bourg de 3500 personnes, tout de même capitale du Causse de Gramat et chef-lieu-, pas un enfant ne circule. Pas de rires éclatés ou en cascade, de pleurs ou de cris joyeux. Cela rajoute un peu de tristesse ou enlève de la gaieté, plutôt. Nous en faisions le constant avec une amie les côtoyant beaucoup d’ordinaire par un enseignement ludique de l’anglais. Devoir faire ses courses, est le plus désagréable. Dans les rayons, les personnes ont le visage fermé n’osant vous regarder. Se laisserait-on contaminer en se saluant et se souriant ? Dire simplement, Bonjour.

Pendant la balade quotidienne que j’essaie de varier, je n’ai jamais croisé le garde-champêtre mais me suis faite interpeller par une voisine m’intimant l’ordre de rentrer :

-Madame, c’est interdit de sortir ; vous devez rester dans votre jardin. Les gendarmes surveillent. Ça va pas durer, ça ! me dit-t-elle l’air menaçant. A coup sûr, elle est inquiète, davantage même. Je ne vois plus son mari, consigné car elle craint pour lui. Au milieu du beau jardin entretenu, il n’a pas travaillé son coin de potager, ce printemps et il ne fait plus sa petite marche. Je regrette sa gentillesse naturelle et son sourire me manque.

Les relations humaines en règle générale se sont maintenues et même resserrées. Certaines récentes, se sont étoffées. La facilité des moyens de communication aidant, on prend des nouvelles et par écrans interposés, on peut faire salon. Ainsi les comptines et histoires aux petits-enfants ou leurs dessins de bétonnière, quelle attirance pour les engins de chantier ! -, ou la maison perchée dans l’arbre de Petite poule rousse colorent avec bonheur le confinement ainsi que les clins d’œil à tout va sur la crise et les failles qu’elle révèle mais aussi les velléités et rancœurs qu’elle engendre.

Il faut tuer l’ennemi invisible. Ce n’est pas facile, il faut en créer de visibles ou comme chez Guignol appeler le gendarme qui va punir. Le bouc émissaire. Les solutions, tout quidam en aurait ; il fallait faire autrement. Oui, et alors en attendant, que fait-on, on s’organise, on se prépare à modifier nos façons de faire ?

Les dissensions de l’Union, la guerre des masques, la crainte que la mise entre parenthèses, provisoire, de l’Etat de droit ne dure, installant comme certains pays de l’ex -Europe de l’est pour ne pas aller plus loin, une autocratie.

Pendant ce temps-là, ceux qui ont toujours vécu sobrement continuent de le faire, dans la dignité. Souvent avec l’orgueil exalté par la précarité survenue ou vécue depuis toujours, inhérente à leurs origines et conditions. L’utile, l’essentiel, ils connaissent. Les choses se répéteraient à l’identique ? Nous ne changerions pas nos modes de vie, nous obéirions aux mêmes diktats. Il est à espérer fortement que non.

On s’est improvisés cuisiniers et livreurs de repas ou de courses pour des proches ou voisins ou toute autre activité, coiffeur pour son mari ou ses enfants. Aïe aïe aïe ! Fabrication de masques pour sa famille, voisins commerçants. Que de savoir-faire découvrons-nous. !

L’esprit scientifique me faisant défaut, je ne retiens pas forcément les explications concernant cette épidémie dans laquelle même les sachants avancent à tâtons et apprennent de ce virus chaque jour un peu plus. Il est redoutable et effrayant par les formes diverses de ses manifestations et selon la personne sur laquelle il jette son dévolu.

Alors, il faut lire la poésie, la prose tout ce qui enchante et pousse à l’admiration. Quel est le livre qui aurait changé notre vie ou qui l’aurait éclairé différemment. C’est souvent, les livres de l’adolescence qui nous ont marqués et en quelque sorte révélé à nous même. Regardez dans votre bibliothèque. Il y en a certainement un à relire ou un autre que nous aurions oublié. Il faut écouter de la musique, chanter.

Toutes les heures nous appartiennent et on peut les remplir, d’ennui c’est parfois nécessaire mais on a le choix entre ne rien faire ou faire quelque chose sans être absent de ces tracas du quotidien comme le petit décalage horaire qui désoriente pour nous offrir davantage de jour. Voilà le bénéfice. Un camaïeu de vert au dehors. Printemps mouillé à souhait et plus que de raison que nous avons eu début mars mais c’est sans penser à la sécheresse à venir car nous savons maintenant que nous n’aurons probablement plus les étés d’antan.

Lorsque le matin très tôt, j’ouvre les volets, je suis en joie. Instantanément. La lumière du jour est là et sans bégaiement. Elle a grandi et la voilà assortie depuis quelques semaines d’un concert d’oiseaux dans les arbres tout proches. De véritables chants printaniers, allègres et joyeux auxquels se mêle la voix des coqs. On y entend leur désir de vie qui nous ramène au nôtre. L’herbe est fleurie de pâquerettes, de fleurs de pissenlits, de mauvaises herbes et de ci de là, continuent d’affleurer les taches mauves des anémones.

Si je ne craignais d’effrayer le chevreuil, je crois bien que je jouerais à la marelle dans ma cuisine ; mais que penserait-il, lui qui se régale des derniers bourgeons des fruits rouges à venir ainsi que de l’unique rosier ; le très jeune figuier lui plaît beaucoup ainsi que la jeune pousse de la vigne vierge.

La lumière trop blanche de la lune qui a presque atteint sa rondeur maximale et qui coulait sur le jardin, hier au soir, signifiait pour moi, une veine bleutée semblant couler sur un front fatigué.

Ce matin, grand soleil frais.

Bonne santé à tous et tenez-vous fiers !