Ainsi va le jour.

 La page Ainsi va le jour regroupe les textes écrits sous ce titre  mois après mois par Evelyne Laplaze Blaya (E.L.B ).  Nos origines (le Lot et ses quatre saisons), nos souvenirs d’une enfance presque commune, notre implantation dans Paris- la -capitale, notre vie de banlieusardes, ont forgé ce regard que nous partageons  sur le blog à petits coups de textes pour elle et d’images dessinées ou croquées   sur mes carnets . Je ne cesse de m’étonner des similitudes et des connivences que nous découvrons en nous lisant mutuellement. Je tenais aujourd’hui à regrouper ces textes  pour vous en donner une lecture plus suivie. GHV

 

Ainsi va le jour.36

 

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A quoi bon des poètes en temps de détresse ? écrivait Hölderlin.

C’était aussi le thème du débat lundi soir,  au Théâtre de la Colline. Poètes, peu, philosophes nombreux et deux psychanalystes, un cinéaste  et un historien Américain. La poésie, l’art peut-il réveiller la démocratie. Voilà le sujet.

La poésie ou tout autre art ne doit pas être que consolation mais  tremplin pour la  création, l’innovation et doit aider à se remotiver. Un ressort, un sursaut pour se réinventer.

C’est, très brièvement résumé, la conclusion de la deuxième table ronde,  la première étant un peu jargonnante et loin de la réalité. Il y avait heureusement trois étudiants qui ont fini par déverrouiller un peu la langue et la question posée par l’un,  reste ouverte : ne faudrait-il pas que nos politiques  soient aussi des poètes pour redonner un peu d’espoir.

Après le résultat de la présidentielle aux Etats Unis, ce matin,  beaucoup sont sonnés ou même sidérés mais l’Amérique a choisi celui qui, entre autres,  leur a dit qu’en plus de construire un mur entre le Mexique et les Etats-Unis, il était :

« …le meilleur candidat pour l’emploi que Dieu ait jamais créé ». L’inquiétude, l’inconnu pour presque une moitié des Américains. Que va être sa relation avec l’Europe ?

Erdogan et Poutine qui soutenaient Trump sont au moins contents.

La Russie intensifie sa présence dans l’enclave de Kaliningrad surveillant de près comme toujours les pays Baltes ; L’OTAN a installé depuis quelques semaines en Lituanie des troupes d’une force multinationale qui s’entraînent suite au regain de d’opérations militaires et de violation de l’espace aérien.

Il ne faut pas ignorer pour autant que les pays Baltes, terre d’émigration pour les Russes dès le XVII siècle-,  ne font pas toujours la part belle à ses derniers depuis l’effondrement de l’URSS ; le nationalisme refleurit-, car ils sont encore  perçus encore par certains comme  des occupants. Heureusement leur sort économique s’est amélioré au moment de l’entrée  dans l’Union. L’Etat nation, l’Etat de droit n’était pas un vain mot. Mais, les Russophones sont malgré tout tenus à l’écart surtout ceux qui ne maîtrisent pas la langue du pays ; ainsi, en Estonie,  les russophones représentent un tiers de la population. Ils pourraient redevenir des citoyens de seconde zone.

On peut toutefois comprendre que les pays Baltes s’inquiètent des manœuvres de l’armée russe ; depuis l’annexion de la Crimée en plein JO à Sotchi et le peu d’opposition que Poutine a rencontré de la part des autres chefs d’Etat, on peut penser que cela lui donne des ailes. D’ailleurs, la Géorgie en a aussi  fait les frais.

Est-ce pour cela que certains pays du Nord, surtout, reviennent sur le service militaire. Et là, je voudrais bien être assez naïve pour croire à la citation apprise en latin :

       Si tu veux la paix, prépare la guerre. La dissuasion est-elle encore possible ?

Pour en finir avec la Russie, en balade  avec une amie venue quelques jours à la capitale, quai Branly, nous sommes passées devant le Centre Spirituel et Culturel Orthodoxe, affichant de beaux bulbes mi dorés ou mi argentés je ne saurai le dire, lisses et mats comme de gros œufs amenant presque de la douceur dans un ciel troué par la Dame de fer.

Le projet a été approuvé par la France en 2007 ; Poutine peut être fier de son combat quand on sait comme il contrôle et se sert de l’église qui le lui rend bien. Ce monument,  un symbole de son idéologie ? Probablement car nul n’ignore que cet autocrate est opposé à l’Occident qui aurait perdu toute racine chrétienne.

De son côté, L’Etat AKP d’Erdogan intensifie la répression. Il serait prêt-ai-je lu-,  à donner un visa au million de Syriens qui sont en Turquie depuis 5 ans. En effet, des milliers d’enfants y sont nés depuis.  Mais il ne faut pas oublier qu’il s’acharne à éliminer toute opposition au régime et qu’il est de plus en plus intrusif concernant l’éducation. Les écoles deviennent  des lieux d’enseignement de la religion, encourageant fortement,  via les programmes de santé -,  la maternité aux filles plutôt que les études.  Pas vraiment une émancipation.

Au milieu des bruits du monde,  un grand rayon de soleil à la mi-octobre : notre petit-fils A , allant et venant et s’enivrant de la faible pente faisant ainsi l’expérience du relief et de l’ivresse qu’elle procure par l’air plus vif et plus frais. Un abandon total à la vie et au bonheur du jour.

Mossoul est en point de mire chacun se demandant, inquiet, ce qu’il adviendra ensuite de ces combattants contre Daesch et de la population libérée ; de leurs espoirs et revendications et de leur capacité à revivre ensemble,  apaisés ou non.

Dylan Nobel ? Je n’y avais  jamais pensé ; je ne dois pas être la seule et s’il avait fallu envisager pour ce prix, un auteur compositeur, j’aurais pensé à Léonard Cohen. Mais cela ne doit pas reléguer Dylan à un rôle mineur pour autant. Grand admirateur d’Allan Ginsberg de la Beat generation.

Entre 6000 et 8000 qui occupaient le plus grand bidonville français, à Calais la majorité est partie pour les centres d’accueil et d’orientation, les autres résistent ou attendent de partir pour l’Angleterre quitte à perdre leur vie. Métro Stalingrad dans le XIX, installés sous le métro aérien, les migrants viennent grossir le camp évacué il y a deux mois vers les banlieues, toujours plus aux marges.

L’opération mise en cartons approche et pour la troisième fois, je refais mes placards au cas où je pourrais me délester à nouveau de l’inutile, en tout cas de ce qui n’est pas primordial. Mais pourquoi ce bout de tissu plutôt que tel autre ? Et ce livre et ce journal ou  magazine qui parlait de ceci  et ce dossier intéressant sur cela, cette caricature si efficace. Ah, et il y a aussi la photo ou la vieille broche toute cassée.

Je finis par me dire qu’au dernier tri, mon œil ne s’attardera plus. Et je pense aussitôt à la belle couleur rose fané,  lie de vin que prennent, au jardin, les hortensias en séchant.

Dans quelques mois, ce sera sans doute …ce petit jardin qui sentait bon le métropolitain  que chante Dutronc que ma mémoire affective aura retenu.

Sur la place au bout des allées qui était autrefois, celle des fêtes,  tout comme au parc, les pieds buttent sur les bogues de marrons et de feuilles mordorées.

L’oranger des Osages est cet automne,  généreux et parsème la pelouse de ses fruits, balles irrégulières, vertes, spongieuses et granuleuses. L’or du ginkgo n’a pas encore coulé.

ELB

 

Ainsi va le jour. 35

or

 

 

Filé entre les lignes, les doigts et les pensées vagabondes, l’été.

Le ciel,  refuge du jour se contracte et la lumière d’une fin d’été malgré les derniers soubresauts de chaleur, s’amenuise.

Que se passe-t-il Berges de Seine à Clichy ? Je n’entends plus les mouettes. Trois mois sans le cri des mouettes. Pour  les entendre et les voir, j’ai dû aller jusqu’à la Seine en bas du boulevard.

Ce matin, elles survolaient les canards sur l’autre berge en allant vers le port Van Gogh. J’ai envié le petit garçon qui rentrant de l’école,  accrochait son vélo à la clôture : il regagnait le bateau où il vit avec sa famille. Un peu plus loin près du pont de Gennevilliers,  derrière les bambous poussés dans tous les sens et les buddleias, en train de faner : un abri de fortune,  vide,  une cabane mais pas de celle que l’on voudrait pour y faire des rêves d’enfant sauvage. Un refuge dont on déguerpit dès qu’il est découvert car on n’y est pas en sécurité.

J’ai aussitôt pensé à ce vers de Valéry dans le cimetière marin : « Le vent se  lève !…Il faut tenter de vivre ! »

Marcher, c’est reprendre le fil dans l’embrouillamini de la réflexion souvent interrompue ou parasitée par ce qui nous entoure. La marche aide à cet exercice, il me semble qu’elle permet de m’alléger de choses ou pensées inutiles,  encombrantes.

Certaines pourtant me résistent et me poursuivent comme celles concernant la marche du monde.L’Espagne s’enlise sans gouvernement depuis des mois. Les Mouvement ou parti qui ont parfois déchaîné l’enthousiasme,  arrivés au pouvoir butant à la réalité,  perdent leur utopie ou du moins déçoivent terriblement ceux qui les soutenaient. Ce qui est le cas pour le mouvement Cinq étoiles en Italie ; dans une moindre mesure, Podemos, en Espagne qui n’échappe pas à la lutte de pouvoir en interne.

Cahuzac ose réveiller la mémoire de Rocard  tentant de lui faire porter le chapeau de ses forfaits.

Shimon Peres l’homme des accords d’Oslo 1993, jamais respectés, est mort.

Avec l’aide de Poutine,  Bachar a continué de bombarder son peuple et ses hôpitaux, entre autres. Depuis la fin de la trêve, entachée par une bavure américaine,  120 bombes par jour tombent sur Alep. On a de la peine à imaginer qu’il reste  un mur encore debout.Après leur rapprochement les voilà à nouveau en froid à tel point qu’Obama semblerait se désintéresser  de la question Syrienne.

A l’ONU, la Russie a exercé son droit de véto à la résolution de la France à savoir, que cessent les bombardements sur Alep. Les Occidentaux et la Russie ne peuvent s’entendre.Les USA ont demandé une enquête pour crime de guerre.

Pendant ce temps le match entre H Clinton et D Trump se poursuit et le fameux Bozo, comme le nomme R de Niro continue son cirque. Tout en sachant que sa concurrente n’est pas un ange. Cela tombe bien, nous n’y croyons pas.

Relocaliser les migrants dans les différents Etats membres où le front commun devrait être la règle puisque l’on sait que le flux de migrants va durer. Ce n’est pas le dernier sauvetage à Catena qui va me démentir. La crise inquiète et des voix à la tribune de l’ONU ont parlé de solidarité : une cinquantaine d’Etats en accueillerait 360 000. Le renforcement de gardes-frontière entre la Bulgarie et la Turquie, c’est la dernière réponse de l’Union. Le vœu avancé est celui de garantir une meilleure unité entre les 27. C’est une augmentation  des contrôles aux frontières extérieures. L’Union se rêverait-elle en un quelconque empire ?

De l’incendie d’un camp sur l’île de Lesbos à la mi-septembre à la construction du mur anti-migrants à Calais financé par la GB (2, 7 millions d’euros). Les nouvelles ne sont vraiment pas bonnes.

Les réfugiés sont malmenés en Hongrie, placés en détention ou brutalisés faisant l’objet de renvois illégaux. C’est dans ce contexte qu’Orban,  attendait  avec impatience le résultat du référendum du 3 octobre qui l’a désavoué puisqu’il a été invalidé faute de participation suffisante. Qu’à cela ne tienne, il promet de modifier la constitution.

Mis bout à bout,  les nouvelles de certains Etats donnent une vision de l’Union qui ne fait pas rêver. Jouer collectif devient difficile.

Et ailleurs?  les attaques chimiques continuent au Darfour et la dernière, la vingtième a eu lieu mi-septembre. Les forces soudanaises contre l’armée de libération du Soudan.

« J’abandonne sur une  chaise le journal du matin, les nouvelles sont mauvaises d’où qu’elles viennent… » Ainsi disait une chanson dans les années 90 : qui poursuivait :

« … est-ce que tout va si mal ? ».

L’identité errante qui s’enrichit de ses exils  ouvre aussi des passerelles à ceux qui les accueillent.

Ainsi en Allemagne, les clubs de cricket à l’origine des migrants Afghans, Pakistanais ou Indiens attirent les Allemands. On joue aussi beaucoup au backgammon, le trictrac ou le jacquet de nos arrières grands-mères. Le nombre d’équipes allemandes de cricket est passé de 5 à 104.

A partir d’octobre, 145 apprentis européens – dont 75 Français – pourront se former dans 12 pays européens pendant un an.

Grâce au satellite européen, Gaïa, une carte de la voie lactée, mieux, un CD en 3D.

Fin de la mission,  programmée par l’Agence spatiale européenne, pour la sonde Rosetta ;  Les données recueillies vont être déchiffrées pour encore faire progresser la science.

L’air de rien, des points positifs qui nous paraissent insignifiants- au milieu du  fatras ambiant-,  et  que l’on a du mal à dire ou à voir la plupart du temps.Ce n’est pas par pudeur mais par défaitisme. Oui, je peux être naïve.

Le froid de la nuit est arrivé qui me réveille.

 

ELB

 

 

 

Ainsi va le jour. 34

 

noisettes

 

 

Je marche en lambinant. Même au cœur de la ville, je peux adopter ce rythme. Je le fais et réalise le bonheur de disposer de mon temps et même de le laisser filer, ce temps. Sans bousculade.

Une halte à la presse et  ce matin voulant surprendre Nelly avec un café, je la trouve avec déjà le plateau en mains allant rejoindre ses journaux. Manière de reprendre nos conversations d’avant l’été, d’avant les vacances. Restées en suspens, l’anecdote et la conversation légère et bienveillante que l’on avait interrompues.

L’anecdote dans nos vies, c’est important ; elle fait en quelque sorte partie de l’historique. Dans l’expression- « c’est anecdotique »-,  on entend surtout : c’est anodin, insignifiant donc sans importance. Parler d’une anecdote à propos  d’un événement,  c’est une manière de le tenir à distance, de minimiser l’influence qu’il a eu sur notre vie. Sorte de palissade pour contenir le tsunami de l’émotion, peut-être.

 

Au marché Saint Pierre, la semaine dernière, je cherche ce tissu gaufré plus lourd que le tissu nid d’abeille, entraperçu  sur plusieurs photos de Seydou KEITA à l’exposition du grand Palais,  avec Huguette juste avant les vacances. KEITA avait su  percer  au milieu du noir et du blanc,  les couleurs de l’Afrique. Je n’ai pas pu revoir tout à fait le même.

Il m’avait  rappelé aussitôt une robe d’été de ma mère. Sur la photo, noir et blanc, elle n’avait pas tout à fait trente ans et des pommettes hautes et rieuses,  sur les remparts du château de Rocamadour. C’était à la mode dans les années soixante et le foulard qui retenait les cheveux, aussi, enserrant le cou dans un petit drapé délicat qui se terminait par un nœud sur la nuque.

 

Et puis les JO sont arrivés. Que nous ayons été, les uns et les autres,  tour à tour agréablement surpris ou déçus ou indifférents,  cela,  sans doute amenés  certains à s’interroger sur l’esprit des jeux .Etait-il là, d’ailleurs qu’est-ce –que l’esprit sportif ? Être fair -play comme un anglais ?   Jouer franc jeu comme un Français : Le respect des règles, d’abord  donc dans l’esprit de tous, l’honnêteté vis-à-vis de soi –même et des autres comme par exemple ne pas se doper. Sachant qu’il y  eu tellement  de moyens pour augmenter  ses capacités physiques qu’avec les avancées scientifiques, ce qui était illicite il y a quelques années,  serait désormais toléré ou encadré. Cela ferait partie du volet de dopage maîtrisé donc autorisé. Les athlètes qui concourent sont, en principe, tous des amateurs.

Participer était érigé en principe : c’était même l’essentiel. Mais participer à tout prix jusqu’à martyriser son corps et mettre en péril son intégrité comme le marcheur à pied du 50 km, m’a mise mal à l’aise. Que veut dire aller au bout de soi et se dépasser ? Les jeux paralympiques vont peut-être nous le dire.

 

On pensait avoir avec la pause de l’été, oublié la politique mais l’année où l’on fête les 70 ans du bikini, l’instrumentalisation politique de l’affaire du premier « burkini » dans un lieu privatisé fait la Une. Ensuite tout s’emballe, deux, puis trois cas, cette fois-ci sur la plage,  un peu trop de zèle et les politiques  se crispent focalisant sur la sécurité. Le Conseil d’Etat a rendu son verdict. L’apaisement,  entrevu il y a peu, est bousculé par des candidats à l’élection présidentielle dont les velléités et prurits ont été inflammatoires et disproportionnés sur la question identitaire.

 

Besoin de fraîcheur après quelques jours  caniculaires,  besoin de marcher, aussi. Tôt le matin vers St Ouen dont je découvre en allant vers la Seine le jardin Grand Parc, du type du parc urbain de Clichy, les Impressionnistes : quelques carrés abandonnés à la nature pour la laisser s’exprimer et voilà que la diversité botanique et sauvage renait. En rentrant, je vais découvrir le vieux St Ouen ou ce qu’il en reste. Au-dessus de la route en aplomb de la Seine, je suis surprise par la vigne aux grosses grappes presque mûres. En fond et dans la brume, les tours de la Défense.

En redescendant, tout près de Grand Parc, je passe devant l’école primaire Pef et juste à côté, la rue ne pouvait s’appeler autrement : rue Le Prince de Motordu. Comment ne pas se passionner pour les mots en les découvrant de cette façon-là. Heureux écoliers de chez Pef, qui vont  pouvoir faire leur, cette langue inventée en espérant que la princesse Dézécolle saura les enchanter.

Et une planète de plus pour Le petit Prince : Proxima B pas si proche mais la planète tout juste découverte, est  la plus ressemblante à la Terre bien qu’étrangère à notre système solaire.

 

Au festival international de photojournalisme Visa pour l’image, beaucoup de photos de migrants ont été primées qui nous renvoient à notre impuissance ou notre renoncement ou encore notre lâcheté.

C’est au choix. On vient d’incendier en France,  un futur centre d’accueil de migrants. En Grande-Bretagne, après le Brexit, les Polonais qui représentent la population d’étrangers la plus nombreuse-,  doivent faire face à la xénophobie ambiante.  En attendant, le populisme de tout bord continue de tirer parti de la situation en concentrant et alimentant la peur et la colère . Rien de nouveau  mais on ne peut s’en réjouir.

Et pendant les  intervalles heureux ou douloureux de nos vies, la mer et le vent ont continué de sculpter le paysage.

Les marronniers autour du kiosque à musique portent fièrement leurs bogues épineuses, d’un vert printemps décalé. Eh bien Huguette, pour être princesse en Quercy, comme toi, il me suffisait de faire une couronne avec des feuilles de marronniers et d’y piquer de petites fleurs blanches trouvées dans la haie. Notre grand-mère nous avait appris aussi à faire une poupée éphémère d’une fleur de coquelicot ou pavot du jardin, les pétales formant la jupe ; on fabriquait aussi des animaux ou petits bonhommes avec des allumettes et des marrons.

Je ne me souviens pas m’être ennuyée, non plus.

Autour de la place le vent un peu trop chaud depuis hier, a cousu un ourlé de feuilles mortes, anticipant un air d’automne. Un jeu  de fin d’été.

 

ELB

 

 

 

Ainsi va le jour .33

 

rouge

 

 

Curieuses vacances lourdes et sombres. Le cœur est ailleurs et la tête tente l’équilibre, loin des mots.

La parenthèse est endeuillée  On aimerait ne pas avoir à s’habituer.

Heureusement, le bois des Majoux en courant tout en haut pour attraper quelque belle lumière d’été et la courbe de l’horizon. Une belle pleine lune de la mi-juillet et une grande toile tendue d’étoiles au-dessus de nos têtes puis du rose bonbon au gris pluie, le ciel a ses caprices.

Putsch raté contre Erdogan dont  le  pouvoir autoritaire se voit renforcé. Il s’autorise donc à poursuivre la purge contre l’armée, la justice et la presse. L’opposition rétrécit et l’Union ayant confié au despote près de rétablir la peine de mort- ce qui l’éloigne de l’UE mais à présent il s’en fiche-,  la clef de la porte étroite grâce à laquelle il contient les migrants. Il nous tient un peu par la barbichette. Alors qu’on essaie de sécuriser les côtes Libyennes d’où partent toujours plus nombreux les candidats à l’exil, les morts s’additionnent et l’Aquarius continue son travail. Sept mille personnes dans le bidonville de Calais après le démantèlement de la jungle.

Dernière mode : Jouer à chasser les Pokémons…mais non c’est pour de vrai, parait-il… J’essaie de comprendre. Je me suis laissé dire,  non sans tordre le nez qu’au moins,  cela obligeait à bouger, à se déplacer plutôt que d’être devant sa console et un jeu vidéo,  statique. Il y a de quoi s’interroger. Il y a parfois des  priorités désolantes. Je suis peut-être pessimiste, aujourd’hui.

Un éclair entre deux lourds nuages: Sète avec ses Voix Vives de Méditerranée  et plus de cent poètes sur estrade dans transat, sur barque ou vieux gréement,  à la criée sur le port,  dans la rue ou Place du Pouffre (poulpe): on ne peut les manquer. Ils sont partout mais on ne les chasse pas.

Spécialiste Valérien, le poète Kolja Micevic, serbo-croate nous a fait surtout apprécier un Valéry ni hermétique ni baroque mais un Valéry d’après la nuit de Gênes. Celle du 4 au 5 octobre 1892 où il affronte une tempête intérieure alors qu’une,  bien réelle agite le paysage à l’extérieur. Après cet épisode, il dira « Ne m’appelez plus poète dites le jeune homme qui s’ennuie ». C’est par le prisme de la musique que notre spécialiste et fondu génial du poète,  aborde à sa seconde « causerie » non universitaire,  nombreux extraits de la poésie en prose  du fameux Sétois. Avec un enthousiasme délirant,  enlevant son chapeau et brassant l’air, il nous lit sur du Mozart, le poème Le serpent.

Si l’on connaît surtout de Paul Valéry, son goût raffiné et musical du vers ainsi que celui pour le lettrisme et ses jeux, le poète serbo-croate a  mis en lumière sa fantaisie et sa simplicité. Une séance de lecture poétique musicale au son du luth de sa poésie en prose,  méconnue et qui nous a envoutés, bien installés sur nos transats dans cette petite rue en pente avec pour horizon,  le lointain marin.

Dans Poésie perdue,  Gallimard regroupe les poèmes en prose desCahiers. C’est son quotidien et là, Valéry n’est ni abstrait ni précieux mais simple,  familier, doutant et hésitant. Touchant.

Puis une fin d’après-midi sur un vieux gréement avec un poète et un joueur de flûte Chypriotes. Nous avons entendu et n’oublierons pas  la fougue de ce jeune Tunisien enthousiaste puis du jeune Irakien exprimant la douleur, la privation de liberté et la torture mimant son poème tout en le lisant en nous tournant le dos.

Simon Attia le poète Israélien, sourd et muet a fait une véritable performance et déclenché chez de très jeunes poètes sourds et muets,  un débat. L’un d’eux s’inquiétait de la difficulté d’interprétation que suggère la langue  des signes, pour les entendants. Quelle histoire ou scénario y avions-nous attaché ? Le thème avait été compris par tous. Personne n’était frustré. C’est nous les intendants qui aurions pu l’être tant la traduction en mots avec pléthore d’adjectifs nous laisse supposer la subtilité et à la fois la complexité de signer.https://www.youtube.com/watch?v=QBy_tzLCwdQ

Les voix vives s’exportent. Elles auront aussi lieu l’an prochain à Ramallah et à Bethléem. Elles se font déjà entendre à Gênes et à Tolède depuis quelques années en juin et septembre.

Quel exotisme que cette petite ligne  de chemin de fer qui pour trois francs six sous me permet de caracoler de Toulouse à Figeac. Au retour dans le Lot, à partir de Toulouse, toujours en TER j’observe les pigeonniers pied de mulet  caractéristique de la région avec ce petit décalage dans la pente du toit, une sorte de saillie formant comme un deuxième toit, sorte de marche. A vrai dire, ils ont tous leur charme et je me rince l’œil. Beaucoup de tournesols entre Tessonnières et Gaillac  puis de vieilles cabanes dans des vignes à l’abandon que j’aurais tendance à qualifier de « gabignole » de gabinèla en occitan voulant dire hutte ou abri précaire trois ou quatre cheminées d’usines désaffectées, de brique rouge,  qui émergent des ronces

Peu de lecture  dans cette pause lotoise. Epicure en Corrèze  de Marcel Conche en folio. Philosophe de la nature, grande créatrice et conseillère, ce vieux monsieur côtoie en toute simplicité Héraclite, Parménide, Pyrrhon et bien d’autres. C’est dans les bois d’Altillac en Corrèze où il est revenu vivre qu’il a senti l’appel de la philosophie ou a en u la révélation. Ex communiste, pacifiste ; il croit peu à la politique et à l’exportation de la démocratie par la guerre et on ne peut qu’y souscrire. En pédagogue, il nous explique la différence entre morale et éthique. Cette approche des plus simple et savante à la  fois, encourage à lire d’autres écrits .Il cultive l’art de vivre en épicurien dans l’esprit de l’Antiquité, avec sobriété et modestie. Plaisir à la lecture d’ anecdotes savoureuses et de souvenirs personnels.

Palmyre,  l’irremplaçable trésor  de Paul Veyne. Cet historien spécialiste de l’antiquité et entre autre, auteur de Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes ?-, après la destruction de cette cité a voulu lui rendre hommage. Elle qui ne ressemblait à aucune autre de l’Empire romain, mélange de trois ou quatre cultures, nous dit-il. Le livre est dédié à l’ancien directeur des Antiquités de la ville, décapité en août 2015. La reine Zénobie, grande figure de la province romaine, a tiré de ma mémoire l’existence d’une vieille cousine qui, dans les années 70 à Cahors tenait une boutique de corsets. Imaginer la chaste Zénobie de Palmyre -aux dires des historiens-,  en corset m’a beaucoup amusée.Parfois l’esprit nous joue des tours alors qu’on se croit concentrés sur un  livre.

Retour en train à Paris, sonnée et somnolente. Un des derniers trajets avant le départ pour la campagne. Retour à mes tris et rangements.On avance.

Des heures élastiques, transparentes presque invisibles ; je les cherche et les perds. Matinées actives,  toniques et fraîches toutes fenêtres ouvertes ; Je n’entends pas de mouettes  et me laisse envoûter par le chant d’oiseaux au jardin. Un début d’août calme et aéré. Mais oui, je ne vais plus aller travailler et il me pousse des ailes.

La place village est en sommeil comme partie, elle aussi en vacances. Pas d’agitation, seulement le vent agitant les feuilles des platanes.

 

ELB

Ainsi va le jour. 32

 

carreb

 

Apprivoiser la nouvelle tranche de vie, c’est ce que je fais assez naturellement et la trouve plutôt agréable.

Mais en ce qui concerne le monde qui nous entoure, l’insouciance est passagère et mesurée ; nous apprenons une sorte de désinvolture consciente et l’air de rien, aux aguets, comme une agilité mentale -celle qu’impose ce siècle qui s’emballe-, une nouvelle élégance à porter en bandoulière. Le sentiment d’incertitude est bien intégré.

Une gradation dans l’horreur. Tuerie homophobe à Orlando USA et le surlendemain, le loup solitaire Français qui,  lui aussi fait allégeance à DAECH, assassine un couple de policiers devant son fils.

Daesh éclate ses recrues  et dissémine la terreur et la haine. A peu près n’importe où dans le monde, et à n’importe quel moment, un terroriste peut  en électron libre, frapper puis lui faire allégeance.

Attentats suicides en Arabie Saoudite dans trois villes dont Médine dans les derniers jours du Ramadan. La légitimité des Saoud est contestée et la lutte entre Chiites et sunnites se poursuit.

Au Bengladesh et  à Ankara la série continue avec des kamikazes d’Asie centrale. Israël et la Turquie  reprennent leurs relations diplomatiques ;  il faut bien encadrer l’Iran. Erdogan essaie de reprendre la main dans la région mais encore une fois en monnayant quelques dollars.

L’euro de football s’emballe à Marseille où le chef des hooligans russes compterait parmi les connaissances de Poutine mais les supporters Irlandais et Islandais ont donné de belles leçons d’esprit sportif.

To be or not to be in the European Union? Après le résultat du référendum, Le Royaume Uni est désuni. L’argument premier avancé : les émigrés. C’était le thème phare et qui a fait recette même si ceux qui le promouvaient avec à la clef beaucoup de mensonges, ont démissionné abandonnant lâchement leurs électeurs. Le populisme a gagné les esprits et leurré les citoyens ; Certaines décisions sont parfois lourdes de conséquences. Frontières,  protectionnisme et repli sur soi quand le monde est un gros village, ne peuvent être la réponse. L’asphyxie nous guette.

Et nous sommes  choqués par l’assassinat  de la députée travailliste Jo Cox, morte peut-être pour l’Union. Ce peut être l’acte d’un déséquilibré ou l’expression d’un nationalisme  exacerbé   alors que les régionalismes indépendantistes Européens comme  IRA, ETA, FLNC ont déposé les armes. Qu’en penser ?

Brexit auquel on n’osait  croire et David Cameron pris à son propre piège qui avait promis un référendum pour  se faire élire. Mais la Grande Bretagne était-elle dans l’Union tant elle avait  obtenu de dérogations. L’adolescente qu’est l’U E au regard de l’Histoire-comme disent certains-,  avancerait par crise. Peut-être verrons-nous d’ici une décennie une harmonisation sociale et fiscale ainsi qu’une politique commune avec une défense devenir réalité. Et soyons fous, en prime,  des élections  transnationales pour se sentir davantage Européens comme certains le souhaitent.

En Espagne, en Italie, désabusés par la politique, les citoyens se sont tournés vers des formations nouvelles et populistes; ainsi de jeunes femmes sont devenues maires de villes emblématiques : Barcelone, Rome et Turin  écornant les partis de pouvoir.

Et toujours la même difficulté pour les migrants. Quelles images s’archivent dans leur mémoire qui pourraient les aider à survivre ? Dixième sauvetage de migrants venant d’Afrique subsaharienne, par le navire humanitaire Aquarius.

 Au milieu de tous  ces bruits du monde, Cherbourg  sans parapluie au ciel presque bleu cobalt  nous  a réjouis .nous sommes surpris par la végétation méditerranéenne en montant au Fort du Roule avec de nombreux pins puis fougères et digitales émaillant les  talus de rochers m’ont donné l’illusion d’être en petite montagne. Revenus en ville,  je me suis laissé attendrir  par le charme désuet, vieillot du muséum dans le jardin remarquable Emmanuel Liais avec palmiers et eucalyptus et Jacques Demy -le réalisateur des  Parapluies de Cherbourg nous fait un clin d’œil .

Le lendemain c’est le crachin.  Par le sentier sableux où quelques casemates semblent jouer les vigies, nous arrivons à la plage de Querqueville où Léo le protagoniste du roman,  L’Illétré   que j’ai déjà évoqué ici il y a quelque temps-, accompagnait sa grand-mère .

Au musée Thomas Henry avec un fond important de peintures et dessins de Millet natif de la région Au milieu de plus de 300 tableaux couvrant la période du XV au  XIX siècle,  une petite sculpture en bronze de Camille Claudel Giganti dit aussi Homme de peine ou brigand.

Dernièrement, une après-midi insouciante et curieuse à l’exposition La Beat generation  à Beaubourg avec Huguette et Monique. D’emblée nous sommes jetées sur la route avec Kerouac et son Cassady et à tout vitesse. Burrough du Festin nu est de la partie. Beaucoup de photos, de films, de collages et d’entretiens. Un vrai régal mais mon chouchou, c’est Ginsberg.

Rebelles, anti conformistes, illuminés, voyants et grands consommateurs de LSD entre autres, largement  influencés par Artaud, Genet et Rimbaud, la langue populaire de la rue, celle de Céline a fait le reste. Le mouvement littéraire et artistique exprime  tout cela sans oublier l’obscénité qui a permis à cette époque d’ouvrir la voie  à la libération sexuelle. Tous à des degrés divers, sont attirés par la méditation et adeptes de spiritualités orientales. Ginsberg préconise le Flower Power avec le Be-In plutôt que le Sit- In : manifester pacifiquement contre la guerre du Vietnam avec fleurs, sourires, récitant de la poésie sur le rythme apaisant du mantra désamorçant ainsi la violence. Woodstock n’était pas très loin.

Pour finir et vous encourager à lire  Ginsberg ( mais les autres, aussi) Il a été très admiratif  et marqué par la poésie de Whitman (Feuilles d’herbe) ainsi que par la prose de David Thoreau (La désobéissance civile, Dans les forêts du Maine) prônant une vie proche de la nature, authentique et remettant en cause la civilisation moderne.

Justement la nature ! Le printemps fainéant et l’été qui nous fait des farces au rythme de ses sautes d’humeur a peut-être fini par s’installer. Il était grand temps.

A l’ile St Denis au moment ou un tueur barbouillait sauvagement  de rouge  Dallas, nous étions entre amis sur le vert du grand pré ou  la lumière jouait entre les feuilles sur des rythmes Africains.

 

Un bel été à vous,  en poésie,  voyage ou simple balades.

ELB

Howl et autres poèmes  de  Allen Ginsberg chez Bourgois

 

 

Ainsi va le jour. 31

averse

 

Depuis presque deux mois, je n’entends plus les mouettes ; Au jardin, rossignol et mésanges, les ont supplantés et le joli pia pia nous réveille. Le vert des arbres plus insistant ; la bourre de certains fait croire au mirage et l’air devient tout à coup  hypnotique.

De l’eau, de l’eau et encore de l’eau. Excepté le week-end de l’ascension au ciel d’un bleu intense, nous n’avons que très peu vu le soleil. Pas de dînette au petit parc à la pause de 13 heures.

Averses, vent et petites bourrasques, nous n’avons pas quitté les imperméables et le froufrou des parapluies nous a accompagnés pendant  de trop nombreux jours.

La fameuse crue centennale serait annoncée ; la Seine a monté et avant-hier jeudi 1erjuin, je suis allée comme beaucoup de touristes et de parisiens mesurer des yeux au pont de l’Alma, la hauteur de l’eau. Mais le zouave en question a été rehaussé depuis la crue de 1910 et ce serait au pont de la Tournelle qu’on prendrait la mesure de la situation.

Berges de Seine, à Clichy, le petit chemin en contrebas est inondé et du fleuve émerge la pointe des arbres. Toute barge, péniche ou bateau est à l’arrêt. Une mouette qui le mois dernier se posait sur le mât métallique bleu dominait la Seine de deux mètres;  celle qui s’y hasarde ce soir, mouille son derrière.

Malgré ce satané printemps,  comment rester muette, aveugle ou sourde à la marche du monde tout en sachant que je n’y changerai rien.

Aquarius, le premier bateau citoyen a sauvé plus de 900   migrants, le 17 mai. Une Europe unie, humaniste et démocratique ? On devrait finir par reconsidérer notre position et être moins méfiants. Les mineurs isolés représentent un tiers des migrants. Une aubaine ces migrants selon bien des économistes ; cela devrait fonctionner comme un programme de relance de l’économie pour l’état qui les accueille. L’Autriche a restreint le droit d’asile et rétabli la frontière. Le sursaut citoyen qui lui a évité de passer à l’extrême droite ne doit pas nous  faire baisser la garde; depuis plusieurs années et dans toute l’Union, l’extrême droite progresse.

Pendant ce temps-là, les deux grandes puissances se toisent et jouent à se faire peur : Les USA ont installé des missiles en Roumanie, comme précédemment  en Pologne tandis que la Russie fait des manœuvres dans la Mer Noire. En Mer Baltique aussi, plane un air de  soupçon. Le poids de la paix et du  désarmement ? Toutes ces bases pour protéger l’Europe de l’Est et les pays Baltes sur lesquels Poutine a toujours des vues.

A souligner qu’Obama qui avait reconnu la responsabilité de son pays, est allé à Hiroshima où les Hibakusha – irradiés survivants-, demandent l’interdiction des armes nucléaires. Qu’elle reste dissuasive est le souhait de la plupart ; quant au monde sans arme nucléaire, on n’ose y croire encore.

L’opéra bouffe du nationaliste Trump  qui amusait la galerie ou l’agaçait se retrouve à la veille de pouvoir présider aux commandes de 56 états.

En contrepartie de l’accueil des migrants de Syrie débarqués en Grèce avant de les rapatrier vers les pays d’accueil européens, la Turquie a réclamé en plus d’une aide financière de plusieurs milliards d’euros, une exemption des visas de courte durée pour les Turcs voulant visiter l’Europe, elle doit pour cela satisfaire aux très nombreux critères qui lui sont exigés. Et cela passe mal à Ankara que l’on soupçonne fortement de réprimer l’opposition Kurde. D’où une grande inquiétude à son refus de coopérer et surtout après qu’il a renvoyé son premier ministre. Autre sujet de « fâcherie » : le génocide Arménien   reconnu  par le parlement Allemand  n’est pas du goût du président Turc.

Un peu plus de vingt pays reconnaissent le massacre des Arméniens de 1915 par l’empire Ottoman. Accepter la vérité historique prend du temps mais de plus en plus d’historiens Turcs avancent sur cette voie malgré les manifestations après l’assassinat du journaliste d’origine Arménienne, Hrant Dink il y a quelques années.  « Il se peut que j’en paie le prix mais la démocratie turque y gagnera, je l’espère. » avait-il dit.

En France chez ELV les Verts, la couleur du printemps est ternie par le harcèlement sexuel qui s’y pratique et qui vient d’être dénoncé. Dommage, c’est le seul parti où la parité existait. L’Assemblée  nationale qui l’a votée ne la met toujours pas en pratique.Dans tous les milieux, la discrimination sexiste existe et il faut répondre à cet abus de pouvoir des mots, des gestes déplacés.

Nuit debout  s’était internationalisée mais reléguée au second plan avec les grandes manifestations à l’appel de la CGT sur la loi Travail et voilà que le temps météo s’en mêle.

Sacré mois de mai ! On a donné une belle estafilade à la démocratie, dénoncée par tous les journaux. Le Syndicat CGT demandait à la presse de publier une entretien de son secrétaire général qui s’apparentait à un tract. Tous les  journaux de droite comme de gauche,  ont refusé d’y céder soulignant une pression inadmissible, sauf l’Humanité. Le retour à la propagande ? Décidément partout ou presque il y a des velléités d’autoritarisme.

Je lance une  injonction au printemps qui se fait attendre malgré les dizaines  de pieds chaussés de basket orange ou bleu fluo donnant de la couleur au bitume des rues. Pitié ! Un peu de soleil. On veut jouer à la marelle.

Cannes utile ou futile ? Ai-je lu ou entendu. Dans un tel contexte, je suis tentée de dire : utile pour le rêve, pour l’art en général et la petite bulle de légèreté malgré la superficialité et les calculs sans doute en coulisse.

Il y a deux semaines, un samedi doux et sans averses, j’ai passé un après-midi hors du temps et de l’agitation dans le jardin bohème du Musée de la Vie Romantique. Ce lieu est un repli de calme étonnant à deux pas de la place de Clichy .C’était en attendant de prendre la clef des champs pour me donner un goût de campagne, peut-être.

Depuis quelques jours, je savoure la liberté des jours et des heures en ne travaillant plus. Je ne sais pourquoi, mais le mot retraite ne me plaît pas beaucoup. J’ai un mal fou à le prononcer et à l’écrire, aussi.

Ce matin, la Seine à Clichy a baissée d’un cran sous un ciel gris blanc lourd de larmes contenues. Heureusement, sur ma fenêtre se préparent les capucines.

 

ELB

 

Ainsi va le jour. 30

 

 

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De la douceur, de la chaleur et une légère brise tiède, enfin.

Fourbue, les reins cassés, je range, je trie j’élimine et m’allège chaque jour un peu plus.Mes étagères ont meilleure mine et semblent respirer. Le regard est moins inquiet, aussi. Des livres oubliés et donnés.

Effacées, lavées les taches jaunes des forsythias,  le bleu des iris et du lilas  les remplace; le palmier s’étale de plus en plus et donne à ce petit jardin de l’immeuble un faux air de méditerranée à l’abri d’un toit de zinc bien parisien et de quelques immeubles années 30. L’hiver a fait reculer le printemps que nous espérions tant. Gelées noires dans les vignes et chaufferettes entre les ceps. C’est l’hiver qui traîne et ces derniers jours, un ciel plus bleu et un air de véritable printemps. A la terrasse  ensoleillée,  je traîne le matin avant d’aller travailler .

En train vers le Lot à la mi-avril et ce ruban de nature au-devant ; je crois lui courir après quand c’est elle qui me précède. Elle me permet de me rendre compte à quel point la lumière s’étire malgré un ciel gorgé d’eau et en arrivant après la forêt limousine,  le gros ruisseau  bouillonne alors que  sur ma tablette, le jaune du dernier Carnet de notes de Pierre Bergounioux me porte  le cœur au bord des lèvres.

Le matin  très frais et les oiseaux sur la terrasse, mésanges principalement scrutaient notre petit déjeuner. Les arbres de nouveau étoffés ainsi que  les murs de pierre  font ressortir lilas et glycine.   Quelques belles éclaircies,  ces quatre jours rapides.

Un paysage que je traverse moins souvent en train de Figeac à Toulouse,  plus vert que la Bouriane,  le ségala, escarpé où caracolent des rivières dans le Tarn et Garonne émaillé de pigeonniers ponctuant  ainsi la progression vers la ville rose où un précieux poupon nous attend. Quelques mots articulés et nous voilà tout esbaudis. Bignone et passiflore font encore semblant de dormir laissant les feuilles se développer pour mettre à l’abri leurs boutons.

Retour ensommeillé vers Paris. Un ciel couleur de bitume et les grands arbres bousculés par un vent mauvais et mouillé. Le paysage bouge et ce n’est pas seulement par l’effet de la vitesse de la machine.
Le temps de reprendre ses marques et un autre temps au rythme plus concentré mais pour peu, me dis-je bien vite. Un mois et plus d’horaires imposés, libre de mes heures et de mes jours. La retraite.

Place de la République, petite lame de fond, Nuit debout continue son chemin essaimant en banlieue et dans quelques villes. Quelques débordements. L’annonce du salaire exorbitant de Carlos Ghosn, patron de  Renault nous avait sonné et voilà que  celui du patron de Sanofi – 16 millions d’euros annuel -, n’apaisera certainement pas la colère. Jusqu’où iront-ils dans la démesure et sans vergogne.

Pendant ce temps, le monde continue au milieu des conflits. Le Haut Karabakh au sud-est de l’Arménie -et  dont le nom sonne comme celui d’un comte-, réclame à nouveau son indépendance.Cette région autonome est une enclave peuplée d’Arméniens  toujours rattachée à l’Azerbaïdjan ancienne république socialiste.

On l’avait un peu oublié depuis les années 90 où elle s’était rebellée et  Moscou qui est alliée de l’Arménie où elle a deux bases militaires mais fournit des armes à l’Azerbaïdjan,  ménage la chèvre et le chou et a su imposer un cessez-le-feu. Le vieux contentieux du au génocide des Arméniens non reconnu par la Turquie plane au-dessus de tout cela. La Turquie  soutient l’Azerbaïdjan et  est en très grand froid  avec la Russie depuis qu’un de ses avions a été  abattu par celle-là et son intervention en Syrie n’a rien arrangé.

Toute cette partie du monde est jalousement surveillé par Poutine. Les hydrocarbures étant en partie le premier enjeu des grands de ce monde, les conflits se règlent selon ces critères.

C’est grâce à quelques lectures que je me suis davantage intéressée à ces pays.

Bakou ou Tbilissi autant de villes renvoyant à des lectures de Sylvain Tesson dans Eloge de l’énergievagabonde paru en 2008 ou de Derniers jours à Bakou (Seuil 2010) d’Olivier Rolin. Autant de territoires à haute valeur pétrolifère et si je digresse un peu, je suis dans le détroit d’Ormuz avec Jean Rolin et son fameux Ormuz (Pol 2013) Par ce détroit où se narguent navires Iraniens et Américains, transite 20 à 30% du pétrole et du gaz mondial.

Deux autres chiffres à rappeler et à méditer : 1, 39% soit 67 100 de réfugiés syriens relocalisé. 800 morts le 17 avril en méditerranée. Un quart de la population libanaise est réfugiée

Le Tafta ou traité de libre-échange transatlantique fait du bruit et n’a pas la sensualité et le froufrou  de la fameuse étoffe moirée et chatoyante-taffetas. C’est crissant car il s’agit de normes et de procédures douanières.

La Grande-Bretagne avec sa reine nous ferait croire à un grand conservatisme et une société figée mais elle bouge. Elle qui a vu naître les Beatles et les Rolling Stones et David Bowies a élu à Londres, avant-hier, un maire d’origine pakistanaise  et de confession musulmane.

L’Allemagne a des députés d’origine Turque tandis que la France a du mal à se remettre en question et à faire confiance.

Lu le dernier Echenoz L’envoyée spéciale (Editions de Minuit) dont l’écriture m’emballe toujours autant.

Le vert plus fourni des platanes colorie la place et les marronniers du parc, rose ou blanc,  ont allumé tous leurs lampions.

Après quatre jours d’été avant l’heure une nuit plutôt tiède mais sans étoiles.

 

ELB.

 

Ainsi va le jour. 29

 

 

22bis

 

 

A Grand Scynthe, le camp humanitaire de Médecins sans Frontières financé par l’ONG  accueille 1100 réfugiés dans des cabanons construits par celle-ci.  L’Ecole du Chemin des Dunes  à Calais vit toujours. Malgré la crise des migrants,  il ne faut pas désespérer disait Tsipras le 11 mars,  mais  pour qui cherche un lieu où se sentir en sécurité, ce n’est pas si facile.

L’ONU demande davantage d’efforts aux pays de l’Union car la répartition des réfugiés Syriens n’est pas encore effective. Ban Ki-Moon demande que « 450 000 Syriens, soit 10% des 4,8 millions de réfugiés et déplacés, trouvent un pays d’accueil d’ici à 018 » et je lis : « seuls l’Italie, la Suède et l’Australie ont promis mercredi 31 mars, de réinstaller de nouveaux réfugiés ». Les autres pays ainsi que les USA sont critiqués, mis à l’index pour ne pas participer à cet effort. Et tout le monde sait que la réponse ne peut être que collective.

Effroi mais pas une grande surprise. C’est de la « cinglerie » ai-je entendu ; joli néologisme si la situation  ne prêtait à sourire mais il y a bien de cela. Attentats Bruxelles 22 mars, un autre grand choc. Devons-nous nous habituer ? Sans doute chacun a assimilé cela ou du moins à appris à vivre avec cette nouvelle donnée. S’habituer n’est pas se résigner. Désarmés nous sommes ; le monde, la planète, la terre, le globe, la boule bleue c’est au choix, continue pourtant son voyage.

Cuba rencontre le rock en personne ou le découvre, pour certains. Le monde change. La consigne de la révolution, me dit mon amie cubaine  était :

« Cuba SI Yankees No » Et maintenant que disons-nous -clament les humoristes de la Havane,  ils sont là ? « Cuba Si y los Yankees tambien ».  Si rien n’est encore  réellement visible, la jeunesse bouge, discute et organise des débats au sein de l’université.

Nuit debout, le mouvement citoyen débuté il y a une dizaine de jours s’amplifie faisant école dans d’autres villes. Aucune revendication particulière et qui les a toutes, il s’empare de la place et la fait vivre. Il  réveille la cité au sens politique dans un regain de communauté libre voulant compter à l’avenir. Cela sonne comme vent debout avec une envie de renouveau et le scandale financier du Panama papers ne va pas le faire taire.

Du bus qui me conduit vers la place Clichy, à la porte du même nom, je constate que les deux tours carrées  du futur Palais de justice ont poussé en graine. A-M me dit ne plus avoir en ligne de mire le ciel quand elle regarde devant en allant prendre son bus à partir de Clichy et cela l’attriste.

Vendredi,  sur le pont au-dessus du cimetière, marcher comme suspendue au-dessus des tombes me donne un peu le vertige et cette fois-là je pense à l’ami trop tôt disparu et accompagné ce jeudi à Nîmes,  dans un vent doux et enveloppant.  Au bout du pont, à portée de main, les petites grappes d’un vert si tendre que j’en tire une et la croque. Pour le plaisir  immédiat comme si ce bout de grapillon était à lui seul un concentré de printemps donc de vie. Il en a la couleur, l’audace, l’acidité.

Le mois des fous et des surprises, disait du mois de mars une  poésie de l’enfance mais voilà qu’avril n’est pas avare de giboulées. Enfin, le lilas au jardin a fait feuilles et prépare ses grappes. Début avril froid presque glacial et dans le jardin les bourgeons peinaient  venir. Les voilà à peu près partout couvrant les arbres et les feuilles aussi ; Poiriers et cerisiers exotiques des allées ont enfin éclaté leurs délicates fleurs blanches : presqu’un mois de retard sur l’an passé.

Il semblerait que le printemps fait ce qu’il peut rattrapant son retard. Bonne nouvelle ! Dans le triangle d’or du Lauragais, les grenouilles sont revenues dans la mare près du canal chez Gh.

Mort la semaine dernière d’Imré Kertész,  prix Nobel de littérature . Né à Budapest  en 1929 il  fait de  l’horreur vécue dans les camps un récit dont on ressort presque serein grâce à une distance et une ironie même qui nous fait penser immanquablement à Primo Lévi. Il est aussi très intéressant et touchant de lire entre les lignes  sa grande passion pour la culture allemande ; Est-ce pour cela qu’il y fut reconnu d’emblée alors qu’en France il fut traduit et publié bien plus tard. A ne pas manquer au cas où vous ne connaîtriez pas cet auteur,  sa trilogie  sous forme autobiographique :

Le refus  Etre sans destin et Kaddish pour l’enfant qui ne naîtra pas chez Actes Sud.

Après la chute du mur, il paraîtra plus souvent en public poursuivant par son journal un dialogue intime. La langue expatriée paru en 2001. Il est dans la longue liste de mes lacunes…

De plain-pied dans notre matériau commun, la vie, la nôtre qui nous échappe parfois, que nous tissons ou détricotons mais celle des autres aussi dont nous nous nourrissons.

Aujourd’hui, le printemps est là : soleil et ciel bleu à Paris.

 

ELB

Ainsi va le jour.28

06/03/2016

 

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Le chant des oiseaux plus insistant au jardin et les mouettes criardes en bord de Seine ; toujours les corneilles sur les allées. La lumière grandit.

Au parc, les canards sont de plus en plus bavards et les arbres prennent bourgeons ou fleurs. Le fond  du paysage verdit et hier, blanchies dans la nuit, les jonquilles et narcisses de la place sous un voile de neige. Deux fois, une pluie de neige fragile qui a tenu à peine une heure : derniers soubresauts d’un hiver tardif ? Aujourd’hui, le soleil vient de s’éclipser

Le jour s’étire, s’allonge mais je n’ai pu voir cette portion si pittoresque dans la Micheline entre St Denis- les -Martels et Rocamadour : le passage au-dessus du cirque de Montvalent, surplombant la Dordogne face aux falaises.  Visite très rapide dans le Lot et prendre le petit-déjeuner avec un roucoulement des tourterelles dans l’acacia, en face.

Pluie, vent soleil et le tout réuni sans arc-en-ciel pour autant. A Toulouse retrouvé l’amie Gh. qui attend non loin du canal en plein Lauragais que la mare se remplisse. Les grenouilles l’ont désertée.

Puis la complicité de nos enfants et au pont St Michel, l’écluse : Une belle rêverie où je rejoins M. avec A dans ses bras, tout sourire. Toujours les cormorans sur l’arbre en bordure de Garonne.

La réforme de l’orthographe qui n’a pas enflammé les foules certains se disant peut-être qu’il ne serait déjà pas si mal de savoir construire des phrases correctes  ainsi que d’utiliser la ponctuation à bon escient (j’en suis) savoir manier la capitale que l’on voit souvent au cœur d’une phrase.

Quand on met un accent circonflexe sur une voyelle, on sait ou pas que cela indique la disparition de la consonne s  et indique aussi une valeur phonétique : l’allongement d’une voyelle. Ainsi s’écrivait -jusqu’au XVIII siècle je crois-avec un s des mots comme  fenestre,  feste, hospital, beste (d’où défénestration, déforestation, festoyer, hospitaliser, bestialité… La concurrence entre l’accent grave et circonflexe est lancée. L’absence ou la mauvaise place de la virgule peut changer le sens d’une phrase. L’ordre des mots peut être décisif ; leur place en indique la fonction. Bien souvent, l’adverbe est  proche du verbe. C’est ainsi que s’organise la rythmique, la mélodie de la phrase. Et en découle logiquement l’intonation que d’ailleurs je ne sais pas toujours donner. J’aimerais tant savoir lire à haute voix.

Et puisqu’il est question d’orthographe, de langue, il en est un qui vient de mourir, Umberto Eco, très intéressé par la  sémiologie, entre autre .Interrogé sur le langage, il disait :

« Le langage, ce n’est pas de dire ce qu’il y a là mais de dire ce qu’il n’y a pas ».  Sémiologie, sciences occultes, spécialiste du Moyen-âge,  musique sérielle : un boulimique assez génial !

Ce qui m’amène à évoquer la quinzaine des poètes qui rend hommage à ceux du XXème siècle, prétexte heureux à beaucoup de manifestations comme des lectures en librairie mais aussi dans la rue.

Zone (dans Alcools)ne prend pas d’accent circonflexe,  mais c’est le poème d’Apollinaire, sans doute,  avec lequel la France, le monde sont entrés dans la modernité : la fin du monde ancien,  fini la grande guerre !

A la fin tu es las de ce monde ancien

Et pour le plaisir :             Nuit rhénane

Mon verre est plein d’un vin trembleur comme une flamme
Écoutez la chanson lente d’un batelier
Qui raconte avoir vu sous la lune sept femmes
Tordre leurs cheveux verts et longs jusqu’à leurs pieds

….

Le Rhin le Rhin est ivre où les vignes se mirent
Tout l’or des nuits tombe en tremblant s’y refléter
La voix chante toujours à en râle-mourir
Ces fées aux cheveux verts qui incantent l’été

Mon verre s’est brisé comme un éclat de rire.

Reverdy, Eluard, Cocteau, Char le résistant, Valéry et bien d’autres à relire ou redécouvrir.

C’est aussi un autre monde nouveau, violent qui nous assaille, nous bouleverse ou nous étonne. Laisser circuler les biens, les animaux et non les personnes ?  Ils s’avancent en cortège- images d’un autre temps ?, nous renvoyant à notre impuissance et à nos démons.  Comment vivre la frontière et la protéger quand elle n’est que maritime : stopper tout avion ou bateau et rester sur son île, seul ? 4000 noyés depuis un an dont 1 sur 5 est un enfant. La Grèce et la Macédoine sont débordées Enfin, Cameron a  consenti à ouvrir ses portes pour les mineurs non accompagnés situés à Calais et ayant des parents en Grande-Bretagne.
Mettre en commun les moyens pour ne plus perdre de temps mais chaque état a ses exigences -oubliant les motivations premières qui ont présidé à l’idée européenne bien avant celle du marché-,  devrait relire la Charte des droits fondamentaux.

Sans rire et sans jeu de mots,  motus et bouche cousue ! C’est la jungle !  La Russie titillerait bien les pays Baltes, faisant un détour par l’Europe de l’est qui la démange toujours.Il faut lui reconnaître son changement de position vis à vis de la Syrie.

Erdogan est de plus en plus à l’aise dans son rôle d’autocrate,  interdit un journal.

La tentation est grande de se réfugier dans la poésie. Et pour terminer, Prévert :

Le paysage changeur

 

 De deux choses lune

L’autre c’est le soleil.

 

ELB.

 

Ainsi va le jour.26

 

 

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L’année s’est terminée avec l’envie d’en découdre avec la douceur, la légèreté, l‘insouciance, le bonheur.

De la couleur et de l’insouciance joyeuse, comme dans les films des années soixante aux tenues pastel. Légèreté d’une plume et l’ombre de la pleine lune d’argent,  la semaine de Noël,  sur les carreaux de la cuisine en plein causses, avec ses ombres chinoises.

Premiers jours gris de janvier.

Les gens sont fatigués, ils soliloquent et j’en croise tous les jours qui soliloquent. Assise à côté de moi, une jeune fille que je croyais en train de téléphoner à une amie.

Un scénario très au point qui aurait pu être celui d’une série télé. Une histoire d’amour, tumultueuse,  des noms qu’elle égrène avec emballement traduisant une émotion réelle. Elle était visiblement partie prenant et souffrait de cette situation se mettant à parler très fort appelant, Christelle qui lui avait « piqué » son mec puis c’était Mica qui la sauvait et Marion, qui en était toujours amoureuse, la narguait. Je ne saurai la fin de l’histoire. Je descends à l’arrêt suivant laissant la blondinette en proie à ses peurs fictives ou réelles. Dans le bus, certains rient tandis que d’autres croient rêver. Je la salue en partant mais son regard semble figé.

 

Jour anniversaire de Charlie, une piqûre de rappel dans le quartier et à moins de 800 mètres du lieu de travail  dans ce coin du XVIIIème, vivant, bruyant et tonique. Beaucoup de sirènes et d’agitation. Un moment de désarroi quand on l’apprend. L’abattement est en partie éclipsé car il faut réagir, et rassembler ces adolescents qui repassent le film déjà entrevu il n’y a pas deux mois. Impossible à présent de ne plus avoir en arrière-plan, dans son cortex, cette certitude d’une vie en sursis- si tant est que l’on ne le savait pas encore-, et qu’il faut envisager combattante et engagée d’une façon ou d’une autre, mais comment ?

Presque une semaine de vœux distribués joyeusement à tous, vœux bienveillants que l’on ose. Je souhaite à tous douceur et légèreté mais la voilà déjà envolée, la douceur. Nous avons donc repris la conversation,- celle de novembre-, discuté, écouté et essayé d’expliquer l’inconcevable.

Et dans tout cela, Il faut laisser la place au clash entre l’Iran et l’Arabie Saoudite, la bombe H de la Corée du Nord et son fou de Kim Jong-un qui bluffe peut-être et aux 26 Millions de personnes  déplacées dû au changement climatique et à sa vie propre.

En rentrant cette semaine,  je reprends la rue Etex et revoit avec plaisir Les Blondes Ogresses, toujours en place, discrètes dans cette rue du XVIIIème sans prétention. Le café rouge où je m’arrête pour boire un café allongé réunit beaucoup d’hommes fatigués et soucieux. C’est ce que je lis sur leur visage.

Sous le ciel froid et bleu, une 2CV décapotable avec ses jeunes occupants me lance au visage une image de gaieté et me donne envie de revisiter Paris et de prendre le bus rouge à étage en jouant la touriste. Voir la ville de plus haut, sentir le vent dans les cheveux.

Mais les bruits du monde sourdent et continuent à nous habiter ; c’est bien normal.

M comme Madaya  où pour survivre les corps décharnés se nourrissent de feuilles et de racines ; l’aide humanitaire est admise à intervenir au bout de la sixième demande au milieu d’un hiver rigoureux.

M comme Méthane .Nous avons cru un temps que les trop nombreux bovins à la surface du globe, par leurs pets et rots étaient les seuls à nous asphyxier mais c’est l’homme par ses forages qui a ouvert la faille et le gaz se propage dans l’atmosphère,  contribuant ainsi à l’augmentation de gaz à effet de serre alors qu’il recherchait l’inverse.

La Pologne s’enferme dans le conservatisme et surveille de près ses médias et La Suède et le Danemark contrôlent leurs frontières. Notre jeune Europe de 60 ans se recroqueville telle une petite vieille. Quel dommage !

Plus que jamais, l’enseigne de la librairie maison de presse disparue d’un quartier à Clichy, ces jours derniers se rappelle à ma mémoire : Le monde allant vers. Mais vers où va-t-il donc ? Et serait-il vraiment à l’envers ?

En Syrie de Joseph Kessel en folio, trouvé en bonne place à la librairie ; Dans ces extraits tirés de En Syrie, premier reportage en 1926 du grand Kessel, Jeune journaliste très littéraire. Il décrit sous mandat français, le pays est déjà divisé en groupes religieux et  le rôle assez néfaste des hauts commissaires étrangers dont nous étions.

Mais non, tout n’est pas désespéré : « …il y aura toujours le vent, la lumière. Rien ne passe après tout si ce n’est le passant » écrivait Aragon.

La place est encore muette ; quelques illuminations vacillent sur fond de ciel nuageux et je continue le week-end de chant, enchantant.

L’hiver semble arriver. Le vert des narcisses a percé la terre de ma jardinière et bientôt des taches de jaune émailleront mon rebord de fenêtre.

1,2,3…bonheur !  Le bonheur en littérature pour 2 euros en folio.

 

ELB

Ainsi va le jour. 27

07/02/2016

 

carrecouleur

 

Enfin l’hiver, le froid qui mord aux joues et rougit le nez et que nous attendions,  a fait un passage éclair de quelques jours  à la mi-janvier. Une balade en bords de Seine  à Clichy, avec une sœur, nous a permis de voir des cormorans  séchant leurs ailes ; nous avons goûté le gémissement des mouettes dans un ciel à la brume laiteuse dévoilant à peine, de l’autre côté du pont,  les tours de la Défense mal dégrossies. Quelques jours de froid glacial avec la  mare du parc, gelée ; je n’y croyais plus, rêvant de satinette et de pilou-pilou.

Si je l’avais oublié, la librairie  devant laquelle je passe rue Lamarck,  L’éternel retour,  me rappelle un de ces mythes fondateurs et me renvoient à la mort, ces derniers jours d’un grand conteur, Michel Tournier.

Les Météores, pour lequel, il avait fait son tour du monde-,  le premier roman que j’ai lu il y a quarante ans, et qui me laissât  perplexe et m’avait beaucoup troublée car je n’avais rien compris, je crois tant les clefs me manquaient. Difficile de découvrir l’auteur par ce livre. Le mythe, la symbolique ont une grande importance dans tous ses livres et Tournier savait revisiter les mythes, la seule façon de ne pas les laisser mourir.

Giraudoux et Cocteau m’étaient plus familiers car je lisais à cette époque-là beaucoup de théâtre .Ils  ont eux aussi avec Anouilh, entre autres, moderniser le mythe. Les Météores, je les ai toujours dans ma petite bibliothèque ; ils me sont comme attachés telle la gémellité qui les a inspirés, car une camarade dont j’ai perdu la trace me l’avait prêté. Alors, comme une sorte de dette, je lui suis redevable de le lire à nouveau et découvrir en filigrane tout ce qu’y a mis l’auteur pour pouvoir la retrouver ensuite.  Il est temps aussi de relire La goutte d’or, un roman sur l’immigration. Il s’était immergé dans le quartier pour pouvoir écrire ce livre.

Et puis, le second, Le roi des Aulnes m’a conquise ; je rentrai dans son univers où le sorcier et l’épouvantail à l’appétit d’ogre ne sont jamais très loin. La grande histoire, les paysages troublants, ces situations ambigües, cette atmosphère déstabilisante. Tournier affectionne le second degré. Ne pas oublier Vendredi ou les limbes du Pacifique ou le rite initiatique, que des décennies d’enfants du primaire ont lu.

C’est lui qui,  avec René Clergue avait,  créé les Rencontres Internationales de la photographie en Arles.

A la disparition d’Edmonde Charles -Roux,  sacrée bonne femme d’Oublier Palerme, j’associe l’image d’une femme libre et vivante  et repense  avec émotion  à la découverte qu’elle m’a offerte avec son Isabelle Eberhard, femme Russe voyageuse,  amoureuse du Maghreb,  du désert et de l’Afrique en général. Mystique, audacieuse et quelque peu inconsciente fut la  première grande voyageuse dont l’histoire s’arrête en 1904.

Que de pertes ce mois-ci dans un autre registre, avec David Bowie, dandy hybride qui a marqué notre génération dont un pan de l’histoire disparaît. Rester ou continuer à vivre en changeant d’apparence,  semblait être sa devise.

Hier après-midi, je passe devant le bric-à-brac poussiéreux du grand type blême au regard perdu que j’ai toujours vu sur le boulevard Victor Hugo à Clichy. La fêlure est palpable comme la bien réelle,  celle de ses tasses colorées au reflet des années 70. Il parle moins, se tait,  comme déjà à côté du monde et de la vie. Il n’y a pas si longtemps, il partait dans de grandes théories et d’un ton qui se voulait  prophétique, annonçait le pire. Quel enchevêtrement d’objets dans cette touchante et vétuste échoppe, une des dernières. Un voile s’est posé.

« Je sors danser. Teddy a apporté des gâteaux gaufrettes ».

Voici le SMS qui ne m’est pas destiné et que j’ai reçu cette nuit et qui m’amuse. Petite fille avec son ours ou grande fille avec son ogre ?

Balafres, entailles et blessures ressentis par les évènements de Cologne et de Stockholm où vêtus de frusques répondant ainsi à l’idée que la majorité se fait des hordes d’exilés, les migrants se seraient lâchés. Sur leur route, précisément et dans les Balkans, soit en Europe, on les agresse, on les vole, les viole parfois. Ces comportements ne sont pas que l’apanage des orientaux comme on se plaît à le croire. Mais qui éduque les garçons ? Ici ou là-bas.

L’arbre blanc tout en fleurs à côté de l’école, sur mon trajet quand je vais au marché m’a questionnée ;  ceux des allées et de la place découpent toujours leur silhouette noire d’hiver. Un ciel  trop doux de février qui nous fait l’année, bissextile, n’en finit pas de nous étonner. L’an encore neuf et ses écarts de température nous offre peut-être une neuvième planète. A confirmer. On aurait envie de s’y réfugier tant les derniers échos des  nouvelles de  Pegida et du fou de la Corée du Nord sont inquiétantes.

Peut-être nos descendants seront-ils contraints de s’y exiler. Qui peut le dire ?

Les Chinois  entrent dans l’année du singe. Est-ce le fameux cousin  qui nous est commun?

 

ELB

Ainsi va le jour.25

08/12/2015

chute

La stupeur de janvier nous avait amenés à penser que ce n’était qu’un début mais nous sommes malgré tout, sonnés. Avions-nous imaginé des kamikazes, qui plus est femmes,  en France ? Et tout ce que cela dit du pas franchi ou de la frontière effacée.

La femme vient aussi de mars. Ca y est, de l’autre côté du monde qui devient le nôtre, à un jet de pierre, à un clic d’internet, la femme guerrière se déclare et passe à l’acte. Contre les Lumières, notre liberté de dire et de faire : tuerie,  massacre. Actes de barbarie.

Comment se réconcilier, les réconcilier avec la vie qu’ils méprisent,  la nôtre et la leur.

Le temps simple, ordinaire serait-il fini, passé, terminé ?

Les tendres années, une boutique devant laquelle je  passe depuis deux ans, depuis le 13 décembre, résonne différemment. Leurs tendres années, elles sont restées sur les terrasses et dans la salle de concert ou dans la rue ou encore au stade.

Une semaine après, un verre en terrasse ou à l’intérieur comme avec Huguette et Victoria, détendues et heureuses d’être là presqu’étonnées de se sentir bien, insouciantes.

Plombés, assommés, ensuqués, nous l’avons été ; terrasses cours ou jardins la vie nous est comptée-on le savait- mais dorénavant, elle sera-elle est-, plus précieuse encore et on savoure l’instant.

Ni sourd ni aveugle mais calme et toujours ouvert c’est à dire pas systématiquement soupçonneux.

Ce doit être la résolution. Les jours qui ont suivi, je n’ai pas entendu de la même manière le croassement des corneilles. Les plaintes des mouettes étaient différentes, à mes oreilles.

Et puis, les jours passent, les semaines aussi et l’on a envie de se retrouver, de prendre soin de soi et des autres, envie de douceur ou de poires au vin des chemins de Carabote comme nous en avions mangé plus tôt avec H et C. ou de crêpes à partager.

On devient même un peu bizarre : On se surprend même à parler doucement aux choses, à effleurer tel livre et comme  après un chagrin, de se consoler chacun à sa manière avec la lumière du jour dont il faut s’accommoder, les petits riens de la vie ordinaire.

Le bruit rend sourd et du bruit ou des déflagrations tant physique que mentale, il y en a eu beaucoup ces derniers temps.

Comment combattre Daech et s’unir aux pays du Moyen Orient avec lesquels nous avons des intérêts économiques et dont chacun d’entre  eux a le sien propre, ajouté aux différents courants religieux? Comment confédérer des pays tels que Irak, Turquie, Iran, Arabie Saoudite et Qatar qui se mènent une guerre sourde? Ces liaisons dangereuses comme titrait un numéro de Courrier International, qu’entretiennent nos démocraties avec leurs dictatures –pour certains des pétromonarchies-, tentant  de sauver notre sécurité. Nous y voici.

La Russie est habile et profitera de tout, nous dit-on. Nous avons oublié que Khadirov le président Tchétchène choisi par Poutine et qu’il soutient toujours,  a imposé la charia dans son pays. Cela n’a pas l’air de  déranger tant que cela.

Exterminer les mécréants et soumettre les modérés et installer le chaos en prospérant sur le marché des antiquités et du pétrole volé, c’est la voie de Daech. Qu’elles que soient l’origine de ces violence et cruauté inouïes, la frustration, nos politiques ambiguës, la partition de la région dès les années 20  par la France et la Grande Bretagne, soit tout ce que nous lisons ou entendons et qui est un fait,  détruire DAECH par les armes uniquement ne réglerait pas le problème. L’idéologie de la secte totalitaire continuera à vivre. D’après ce que je lis, tout comme vous, je suppose, tout est écrit dans leur publication de propagande et ils mettent à exécution un programme. Comment les combattre de façon durable ?

Et si on parlait d’autre chose… les élections régionales en cours confirmant la progression d’un Front National au programme dangereux, le problème du climat pour lequel les dirigeants de la planète sont réunis devraient faire baisser de 2 degrés la température afin que les côtiers du Bengladesh n’aillent grossir les bidonvilles de Dakka où se trouve Bruno, ancien collègue d’Huguette;  Et ce n’est qu’un exemple.

Pour parler vraiment d’autre chose tout en restant vigilant, ouvert et résistant, la littérature, peut-être.

Les livres consolent.

Lisez donc chez Actes Sud de Régine Detambel Les livres prennent soin de nous. Un régal!

Je viens de relire Nouvelles Orientales de Yourcenar, avec beaucoup de plaisir- quelle écriture- et cette nouvelle, L’homme qui a aimé les Néréïdes où l’ombre de la mort plane mais l’amour est plus fort que tout, a attiré davantage mon attention.

Dans une île grecque, le jeune Panégyotis, pas celui du Petit Journal de Canal mais celui de Marguerite Yourcenar-, est devenu idiot et muet pour ne pas révéler un secret;  « …Il est sorti du monde des faits pour rentrer dans celui des illusions… » Il a vu et ai tombé sous le charmes des Néréïdes, sortes de nymphes de la forêt. Il a vu la nudité des femmes.

Sinon pour aller vers cette fin d’année en retrouvant un peu de douceur, ainsi égrenées, Les règles de la maison,  indique la liste sur le mur blanc de la cuisine de jeunes trentenaires, amis.

Vivre, rire beaucoup, être heureux tous les jours, aimer…

Depuis hier, sur le principe de « flash mob » et jusqu’au 19 décembre, avec l’ensemble vocal des Hauts-de-Seine, nous chantons à Clichy  à six reprises,  une dizaine de minutes surprenant ainsi les passants ou les clients.

ELB

Voir la page Ainsi va le jour.    et les 24 articles précédents.

 

Ainsi va le jour 24.

8/11/2015

pour Ainsi va le jour 24

Après l’hiver que l’on avait cru nous faire une mauvaise blague en plein automne,  l’été indien nous a surpris pendant les vacances.

Par la lourde porte entrouverte de la grange, en l’absence de la maîtresse des lieux, une clisse  sur laquelle sèchent les noix  rendues plus blondes par le soleil qui les caresse. Et comme si j’avais oublié ces cadeaux de la nature, cela m’enchante. Tout comme cette fin d’après-midi où la lumière arrive avec en promesse, une brume d’avant la nuit comme on en voit à cette saison où le travail de la terre a l’air de se faire dans l’intimité.

Avec ses variations de fin de jour, la clarté  lèche le seau plein de pommes destinées à la compote ; les citrouilles, au jardin,  lancent des touches de couleurs vives et illuminent ce coin un peu à l’abandon. Du bois des Majoux, j’ai regardé la pointe des peupliers rongés par le gui, se balancer en contrebas.

Des chemins et petites routes de campagne comme passées, de part et d’autre,  à la brosse de couleurs : brunes, orangées,   fauves et flamboyantes et à portée de main et de regard, de ce point du Causse en glèbes rousses, le village, bleu. Ce lointain semble presque toujours bleu mais l’horizon ne parait-il pas toujours dans les brumes,  bleuté ou grisé ?

Rencontré deux ans plus tard,  M-H …à la recherche d’un Bourgogne blanc pour marier à sa tête de veau et déguster le lendemain avec ses voisins. Une bonne surprise et nous avons parlé musique et lecture ! Puis au fil des cinq jours, rapides, une poignée de mots pour l’hiver entre nous, en faisant les traditionnels pâtés, en famille. Là-bas, on tricote sa vie comme ici et depuis le début ; il arrive qu’on laisse glisser quelques mailles, confronté au réel.

Ramené et fait sécher les graines de passiflore, données par M.

Arthur a eu un an nous renvoyant l’image d’un temps qui se hâte et nous pousse. Sourire du petit d’homme!.

Des amis vus trop rapidement et de loin puis le retour en train avec les flâneries d’usage ; la lumière  s’estompe au dehors et la vitre où le front se tient, renvoie le reflet des lampes en  goutte du wagon.

A l’arrivée, un temps qui semble traîner ses sabots au champ. Il est étrangement lourd.

Quand ailleurs, le réel souci de vivre ou de survivre est l’unique obsession, la France renoue avec le fil barbelé et c’est dans ce contexte de crise migratoire que certains états poussent au repli voire à la fermeture.  On ne voit plus dans l’autre que ce qu’il pourrait nous soustraire  plutôt que la richesse qu’il pourrait nous apporter.

Poutine  danse avec Bachar  reclus dans le chaos qu’il fait perdurer. Et si Poutine avec sa position scabreuse poussait hors de Syrie davantage de femmes et d’hommes en ne bombardant pas seulement Daech,  soutenant implicitement la dictature. Erdogan qui avant chaque élection a brandi le péril Kurde,  retrouve sa majorité absolue et attaque plus durement encore les journalistes.  La Turquie, bien que plus démocratique qu’il y a quinze ou vingt ans mais l’est moins qu’il y a un an, comme je l’ai entendu. L’excès de zèle va-t-il se tempérer ?

Ce que l’on avait cru bon hier ou en bonne voie, n’a pas ou plus de sens aujourd’hui et le monde désorienté, donne l’impression de ne pas toujours savoir où il va. Doutes et interrogations sont notre lot.

Je vous recommande, si ce n’est déjà fait,  deux livres lus avec bonheur.

Pietra Viva   de Léonor De  Recondo  (Points Seuil).

La naïveté de Cavallino, le rire de l’enfant  brise la réserve du sculpteur  l’emportant vers son enfance et la mère perdue trop tôt, la pierre qui devient chair ou l’inverse, ces corps nus imaginés et aimés jamais caressés. Un Léonard plus humain. Un livre délicat et sensible une écriture qui m’a touchée avec une belle langue simple, claire.

Trois jours à Oran d’Anne Plantagenet (J’ai lu).

Accompagnée de son père qu’elle a poussé à faire ce retour, l’auteur passe de l’autre côté de ces photos sépia qui l’ont accompagnée toute son enfance. Sans nostalgie mais avec un certain malaise qui la fait hésiter entre honte et fierté, s’entremêle une histoire d’amour qu’elle est en train de vivre, partagée entre deux hommes comme entre deux terres, mettant ainsi  à distance et avec pudeur, l’émotion du retour au pays  de ses aïeux et qu’elle porte comme un exil,  souffrance laissée en héritage.

C’est une quête des origines et c’est magnifique.

ELB

Ainsi va le jour. 23

27/07/2015

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Un chauffeur de taxi qui astique sa voiture presque neuve, le garçon de café place de Clichy qui va apporter au livreur pressé resté sur son scooter, une tasse de café tandis que la serveuse remplit déjà les carafes pour midi et de l’autre côté, un bricoleur qui tente un passage forcé au début du boulevard Rochechouart avec une grande poutre : le  spectacle ordinaire de la rue dont je me délecte en buvant un café tout juste avant de passer le pont métallique.

Désormais les tags le recouvrent en partie et il offre une jolie palette pleine de peps ; En tout cas, rien qui ne heurte la vue ou  l’agresse. L’ombre du parapet en treillis projetée par le soleil dessine des sortes d’arabesques  comme jetées au-dessus des tombes sous un ciel rayonnant après l’averse.

Les premiers jours de reprise  trainent leur lot d’inquiétude parfois, de stress et de joie à retrouver certains. La vie au travail a repris, celle des retrouvailles avec connaissances diverses et amis aussi. La vie et le commentaire que chacun peut en faire avec ou sans papotages, ragots ou rumeurs.

Aujourd’hui dimanche, je ne sais ce qu’ont dans la tête les cols verts d’à côté .Ils quittent le parc pour venir sur le rond-point herbu et fleuri de la place. Il est vrai que la fin de semaine,  il n’y a que très peu de circulation et l’esprit d’indépendance de certains canards les pousse jusque sous nos fenêtres et c’est un spectacle insolite. Tiens, en voilà qui sont libres !

Je n’ai pu m’empêcher, en rentrant de penser à ses images TV que nous regardions enfant ou plutôt adolescents et j’ai mis un moment à retrouver le nom de cet éthologue Autrichien, Konrad Lorenz,  biologiste spécialiste du comportement animal. Nombreux  documentaires le montraient, avec ses oies cendrées : il les écoutait, leur parlait sans doute. Notre célèbre et médiatique Cyrulnik est parti de cette observation-là, celle des animaux qui l’ont conduit à l’homme. La  sociologie animale donc humaine a avancé grâce à eux. La contribution de grands esprits chercheurs  à l’exploration du monde et de l’homme nous aide à mieux comprendre. Nous devons nous en réjouir.

La découverte d’un ancêtre, l’Homo nadéli, (sans doute pas direct) mais nous en sommes en quelque sorte les survivants d’une petite partie du genre Homo et de la sous- espèce Homo sapiens sapiens, si j’ai bien compris. L’âge pose question et n’est pas encore avéré. Le cerveau de la taille d’une orange haut de 1, 50 m et les pieds d’un homme moderne. Il a toujours marché, l’homme, enfin depuis qu’il se tient debout,  et il continue d’avoir envie de vivre. C’est plutôt une bonne nouvelle !

Il cherche toujours à survivre,cet homme,  à vivre mieux en  fuyant la guerre, la tyrannie, les raz de marée et tsunami ou tornade et tout le cortège de misères et de douleurs qui en découlent. Le flot de réfugiés, représente à peine plus de 0, 11 % de la population de l’Union, autant dire une goutte d’eau. 120 000 personnes et à la veille de la deuxième guerre mondiale, la France, seule,  a dû faire face à l’arrivée de 400 000 Espagnols. Le contexte était-il meilleur ?

Les errements de l’Union à propos des migrants et la réponse autoritaire de certains états remettant au goût du jour les fils de fer barbelé. L’ambiance crispée est inspirée par la peur chez certains.

La répartition de ces femmes, enfants et hommes en exil semble actée même si 19 pays sur 28 ont été épinglés parce que ne respectant pas le droit d’asile, y compris la France. Je n’ai pas beaucoup entendu ni lu d’ailleurs le mot EXIL tout au long de ces semaines de commentaires et d’analyses dont on a été abreuvés jusqu’à plus soif. Et comble, l’Arabie Saoudite qui avec pas moins de 135 décapitations depuis le début de cette année,  vient d’être admise,  par son représentant, au Conseil des droits de l’homme à l’ONU. Dans ces entrelacs diplomatiques et géostratégiques, comment s’en sortir ?

Sur mon trajet quotidien  j’observe que le nombre de drapeaux français exhibés aux fenêtres ou plantés sur le balcon a doublé : passé de deux à quatre et ce n’est pas pour la coupe du monde de rugby.  Ignore-t-on que deux de ses couleurs -le bleu et le rouge- se retrouvent sur  nombre de  drapeaux et ne sont pas toujours symbole de liberté ?

Je n’ai pas voix au chapitre mais ai retrouvé avec un immense plaisir le chant choral et notre voix, le plus humain des instruments de musique,  est étonnante et pleine de surprises et de ressources.

Je rêve d’une voix qui se timbre, s’assouplit et s’arrondit, mais non, elle est ordinaire, loin d’être brillante mais elle sonne et m’oblige à composer avec celle des autres et c’est là tout l’enjeu et le réel plaisir de la polyphonie.

ELB

Ainsi va le jour 22.

 

29/8/2015

22bis

Si je ne devais retenir que le lumineux, l’insolite de ces semaines de vacances et, même si je n’ai pas satisfait à ma liste, la fameuse que nous avons tous- celle des choses à faire, personnes et lieux à visiter -, ce serait les petits voyages en train. De Paris dans le Lot puis Carcassonne, Toulouse, Sète et retour.

Après trois jours  sur le plateau calcaire du Causse asséché et jauni, sauté du train à Carcassonne et caracolé avec les copines destination Sète. Premier arrêt à Homps-nous étions parties depuis à peine trois quart d’heure-, au bord du canal du Midi, les vacances commencent et malgré la tristesse à l’évocation de la coupe de platanes qui le bordaient nous sommes aux premières loges. Dans l’œil du viseur, en plissant un peu les yeux, un ciel de Toscane dans le bleu brumeux du dernier plan et le petit remous provoqué par la péniche qui glisse, un cyprès, du caillebotis pour terrasse au ras du chemin poussiéreux et l’Auberge de l’arbousier nous accueille. Sous les deux platanes qui ombrent la terrasse de violet, le cerveau posé à côté, le résumé de l’année ou presque en éclats de rire ou moues selon le cas.

Sète bien sûr avec ses voiles et ses Voix des Méditerranées. Ce fut la découverte d’un poète français, Yvan Le Guen et de poètes Grec, Macédonien ou kosovar qui m’ont marquée. Tout d’abord, Yourgos Chouliaras, le  Grec, ancien ambassadeur aux USA,  par cette réflexion :

« Dans notre folie, il faut continuer à être généreux avec nos artistes car leur capacité de présence au monde est plus importante et ils en ont une compréhension différente. Pour pouvoir résister, il faut voir au travers. »

Le jour de notre départ, un Kosovar que l’on croyait Albanais,  en visite au cimetière marin avant de faire un tour au Musée Paul Valéry : Il est juste derrière nous et se réjouit de me voir avec un appareil à photos car il veut se faire tirer le portrait, assis sur la tombe de Valéry et en ajoute un autre, dos à la mer. Pour moi, la tombe était plus haut. Je n’avais pas, non plus, gardé le souvenir de ce banc.

Agim Vinca avait en main un petit livre qui renfermait le poème Le cimetière marin dans sa langue maternelle avec en regard la traduction française. Nous nous sommes amusés à lire après lui quelques strophes en français. Et ce fut un pur bonheur.

Chez Mélo, le cuisinier Italien, nous avons entendu une belle voix de blues chargée sans doute de trop d’alcool ou de cigarettes, ancien chanteur du groupe Magma, Lucien Zabu.

Nous n’avons pas vu l’ombre creuser la plage et le soir, pour rentrer,  nous passions les ponts entrelardés de lumières gueulardes dansant sur le canal. Juste le bruit de l’eau, le clapotis tranquille d’une fin de journée. Grâce au retour en train, nous apercevons les canisses qui font un peu d’ombre aux jardins ouvriers ou familiaux, peut-être.

Puis à nouveau Toulouse et le Lot pour voir pousser la génération montante avec ses bébés ainsi que des amis ou une cousine chère.

Laissé dans le Lot, aux soins de familiers  ou d’amis, des pousses d’arbustes et d’arbres pour un jour les planter à proximité d’une cabane qui m’oblige à la patience. Pas pu déjeuner Au chemin de lune– c’est comme cela que je l’écrivais-, qui s’est transformé en O chemin de lune qui pourrait être aussi Ô ou encore O’ comme on le lit de plus en plus. Je n’ai pas encore compris ce que cela rajoutait

Ou bien ce que cela voulait souligner ou suggérer. Qu’importe ? C’est sans doute un kdo . C’est comme Candy crush qui passionne certains collègues au moment du déjeuner.

Certains tronçons de rails en arrivant à proximité de villes ou en les quittant  offrent des jardinets improvisés, bohème ou trop coquets. Je m’applique à les imprimer pour le moment venu les rappeler à mon écran mental quand le gris du ciel pèsera trop sur nos épaules.

Ne pas oublier, non plus  ces figues mûres à souhait qui s’offraient comme des malotrues, papilles béantes au vent tiède du jardin ainsi que le parfum des feuilles auxquelles s’est accroché un pied de vieille vigne.

Ma petite pépinière a un peu souffert du manque d’eau malgré le passage de voyageurs. Les graines de bignone ont poussé, celle de passiflore ne sont plus. A l’ombre des irruptions solaires dans l’ombre de ma petite cuisine, tout n’a pu survivre.

Et après ces jours caniculaires, cette semaine de retour au travail, j’ai apprécié la fraîcheur des rues, quand les vannes lâchées, l’eau semble jaillir du trottoir et  court le long du bitume : on respire, cela nettoie. La pluie un jour sur deux a été au rendez-vous pour ne pas nous faire regretter d’être rentrés.

Et toujours en arrière-plan, les préoccupations de ce monde -qui nous entoure que l’on habite et dont on se nourrit-,  qui se font plus insistantes ici. Le facteur religieux qui monte ainsi que l’autocratie de certains dirigeants qui en  séduit d’autres,  des accords internationaux et frontières non respectées, autant de sujets inquiétants pour un monde en chaos, en destruction reconstruction.

En tout cas, les murs montent alors qu’il nous faudrait des ponts.

ELB

 

 

 

Ainsi va le jour.21

 

18/07/2015

 

nuées

 

Un véritable été, fatigant mais la chaleur, le bleu du ciel, c’est  l’été. Synonyme de vacances pour la plupart et j’en suis. Elles ont débuté il y a huit jours. Les pique-niques entre amis ou en famille nous avaient déjà mis un peu l’eau à la bouche.

A l’ombre de l’appartement, pour se préserver de la canicule et ne deviner le soleil que par ce que laisse filtrer les persiennes de bois côté place, on se repose, on se prépare aux vraies vacances. Prendre le train et se laisser porter dans ce paysage jauni par le soleil dans un premier temps et ensuite quelques escapades.

Pour un empire, je ne raterai pas le rendez-vous poétique de Sète et ensuite, partage entre amis et famille ainsi qu’une petite improvisation feront le reste.

Mais pour l’heure, je guette la fin de l’après-midi pour tirer le rideau et donner davantage de clarté.

Ce matin, après les petites besognes d’usage, tôt car la température avait baissé, je suis partie avec un peu d’eau et quelques fruits ; j’ai filé chez Bonnard.

La lumière et la couleur bruissaient : je suis entrée dans un temps étale. Devant chaque tableau ouvrant sur la terrasse ou le jardin, j’étais l’invitée ; on m’attendait avec une tarte aux cerises ou aux prunes et en fond l’exubérante végétation ou bien la mer. Curieux, étrange Bonnard. Les fenêtres entrouvertes côté pièce d’eau ou côté jardin régalent l’œil de tissus dont les couleurs contrastées ne peuvent masquer l’inquiétude des visages.

J’aime les contre-jours et chez ce peintre, il n’en manque pas. Brouilleur de pistes, facétieux, il m’a surprise avec ses angles de vue qui nous font à la fois apprécier deux tableaux en un, voire plus. Le maître des illusions et des chimères n’est pas loin ; On est troublée et cet aspect-là de sa peinture m’avait, je crois bien, totalement échappé. Il faut croire que l’on grandit encore et apprend toujours mais cela, nous le savons. L’explosive lumière au service de la vie avec son quotidien, dans l’intimité sous la lampe, par exemple, provoque une grande émotion. Bonnard enchante et interroge. J’ai découvert avec bonheur ses photographies car il ne m’était pas venu à l’idée qu’il ait pu en faire. Pourquoi donc tant de clichés?

Sans comparaison aucune car il n’y a pas lieu d’en faire, exactement huit jours auparavant, juste avant la clôture j’étais allée visiter l’exposition du maître au Grand palais. Palette plus sombre chez Velázquez ; peu de monde, la chaleur sans doute. A peine trois quart d’heure d’attente. Un grand ciel bleu intense et un musicien au pied de l’escalier nous a distrait.

Les tableaux mis en valeur par des murs blancs au fil des salles, scandaient le parcours du peintre : l’apprentissage, son atelier avec des élèves dont son futur gendre. Dans les dernières salles, il est largement représenté quand résonne la voix d’un grand type au chapeau entrant.

-« C’est incroyable tout ce qu’il a fait ce mec, en soixante ans ».

Impressionnant Velázquez. Un monument et certains tableaux de très grands formats. Et ce Diego que l’on croirait sage, sérieux malgré sa position de peintre royal a su, habilement se moquer en détourner certains sujets ou objets. Que d’humour et de dérision, de ruse pour au bout du compte, s’amuser de la comédie de la cour.

Stupendo, dirait un Espagnol : lui, son gendre, ses élèves de l’atelier. On s’y méprendrait.

Il y a une semaine, je dévalais la rue Etex me disant que Les Blondes Ogresses n’étaient pas agressives cette année ; c’est toujours Denise la jardinière qui sévit mais c’est moi qui étais moins attentive et disponible. Deux autres pièces étaient à l’affiche en juin dont une me tente. La grasse matinée de René de Obaldia. En aurai-je le temps ? Jeux de mots, malice sur un sujet grave : Y a-t-il une vie après la mort ?

Au café rouge, toujours les mêmes vieux au comptoir et les autres, grattant leur ticket ou guettant l’arrivée du quinté.

Arrivée à Clichy, en rentrant, je suis attristée de voir nos arbres contraints par les grilles ou le goudron lorsque ce n’est pas les deux. Grosses veines des trottoirs, le bitume boursoufflé autour des arbres : les racines n’en peuvent plus de se contenir. Vent, pluie, froid ou chaleur, il leur faut lutter aussi pour leur survie.

A défaut d’un thé au Sahara, d’un pique-nique sur le toit comme de jeunes moscovites en proposent moyennant finances, que ferez-vous cet été ? C’est devenu un véritable « buisines » dans certaines villes russes d’organiser des rendez-vous amoureux clandestins. Visiter une ville en l’abordant par ses toits, c’est plus excitant-ce que je crois bien volontiers,-  à St Pétersbourg, nous dit aussi Courrier international, l’organisateur loue une chambre au dernier étage pour accéder aux toits et raconter une histoire de la ville ou organiser quelques fêtes insolites.

Peut-être irez-vous cueillir en montagne les artémises mutélines ou l’armoise des glaciers qui permet de fabriquer la liqueur de génépi, ou plutôt la salsepareille en garrigue ou encore la saladelle ou la salicorne en Camargue aux fleurs mauve, rosées.

Il y a deux semaines, les pois de senteur dont un mauve, justement, dans la petite fraîcheur du matin se sont enfin ouverts et ils en ont mis du temps. Le bleu paraissait plus fragile ; un pied était odorant, l’autre non. Ils sont à présent tout secs.

A chacun son Arcadie-ce fut dans la Grèce ancienne, une région dont la tradition poétique fit un pays idyllique.

Ce qui me renvoie à l’actualité chaude et tendue que nous connaissons pendant ces jours –ci .Savez-vous que c’est la constellation d’Orion et ses grands chiens qui est à l’origine de ces éruptions solaires.

Quoiqu’il en soit, comme beaucoup j’aurais souhaité davantage de solidarité mais nous y serons obligés et pour d’autres encore sinon nous mourrons tous.

ELB

Ainsi va le jour. 20

15/06/15

NUEES

Etre dans le train et se laisser aller au roulis, à ce balancement brinquebalant. La douce houle de la machine fait balloter le bagage et me voilà adoptant le regard bovin.

Je suis en somme au ras des pâquerettes et m’y trouve bien, comme lorsque enfants, les yeux à la hauteur des clochettes jaunes du coucou, nous coupions les tiges pour sucer ce sucre de nature. C’est sans doute ce que j’aime dans la posture qu’immédiatement j’adopte en montant dans le train. Me voilà vache, les yeux écarquillés et le cerveau presqu’absent, en tout cas au repos, mollement affaissé. Mais il faut attendre encore un peu ; Ce sera pour dans un mois.

L’impatience nous fait souvent rater des choses. Il suffit d’attendre parfois ou de savoir écouter, regarder simplement pour s’apercevoir que la vie est là, partout et fait son chemin et avec nous le plus souvent. Tout dépend de notre disponibilité ou implication du moment. Certaines observations nous ramènent aux mêmes interrogations. Selon les angles et les points de vue tout nous parait facile ou au contraire fastidieux.

Des jeux d’optique pas toujours aussi poétiques que ceux de Verlaine. Manières de voir, perspectives. Question d’interprétation personnelle, aussi. Il arrive que nos sens nous abusent et s’il s’agit comme on nous l’a dit pour l’illusion d’optique d’une contrariété entre l’œil et le cerveau dans le cas d’un mirage.Ces derniers jours,  les Japonais ont été surpris, éberlués même par cet arc-en-ciel, horizontal. Ce n’était pas un mirage, cette lumière irisée si fascinante.

Aucune illusion d’optique, Il tombe bien des platanes dans le vent du soir qui arrive, comme un duvet, de petites hélices légères qui donnent à la place une douce atmosphère. Ce poétique spectacle dont je me délecte serait-il responsable de ma toux qui n’en finit pas et enraye la machine. Les canards sortis du parc d’à côté, tournent leur col vert sur l’herbe du rond-point. La réflexion d’une petite fille au bord de la mare a fait sourire plus d’un promeneur, comme moi, ce dimanche matin. Maman, c’est les garçons ou les filles qui ont le vol vert. Et c’est bien une histoire de sexe.

En marchant dans la rue à la recherche d’une terrasse au soleil, il y a quelques jours, pour ma pause café, une enseigne par sa couleur rouge attire l’œil et m’étonne: Le bon temps viendra. Drôle d’idée ? Implicitement, un constat de crise qui s’est installée mais je me ravise aussitôt : c’est une promesse, un espoir comme un renouveau tant attendu. Je ne me souviens pas du commerce auquel succède cette devanture. Je préfère le vert réséda du Grand Palais. Le rouge est plus dynamique et en même temps peut traduire une exaspération. Ce qui semble le cas.

Bonne publicité que de croire en l’avenir. Rien à voir avec cette propagande équivoque qui a fait son retour dans plusieurs pays comme en Tchéchénie avec le dictateur Kadirov qui produit un film et en est l’acteur principal. En Corée du Nord, Kim Jong se lâche et sa paranoïa est sans limite tandis que les dernières élections en Turquie ont privé Erdogan de la majorité absolue et l’autoritarisme de l’hyperprésident a été touché par la percée des Kurdes. Le culte de la personnalité a encore de beaux jours.

L’Union n’est pas en reste qui doit se poser la question cruciale des migrants et les Balkans qui s’excitent. Etre plus solidaire et fraternel sans attiser la xénophobie et la discrimination n’est pas gagné.

A l’abri derrière un carton sous un pont ou sous une couverture dans un parc plutôt que de repartir. Ce sort bien précaire et inhumain qui d’autre qu’eux le supporterait ? A la question que pouvons-nous faire, la réponse ne peut être : rien !

Le carnet de circulation pour les gens du voyage vient d’être supprimé. Dans les années soixante nous les appelions les bohémiens. Régulièrement la petite école communale en accueillait et leurs arrivées et départs qui nous intriguaient et bousculaient nos habitudes, scandaient l’année scolaire. Il ne nous avait pas échappé que la maîtresse aussi secrétaire de mairie, nerveusement apposait le tampon sur leur carnet. Tout ce temps pour arriver à sa suppression.

Barbare, la chasse aux mécréants et aux apostats continue.

Le vent dans les branches sur la place, ce matin, secoue de gros nuages qui rongent le ciel.

ELB

Ainsi va le jour .19

11/05/2015

 

carreb

Des jours simples, élastiques : pas d’heure, c’était presque l’été et en deux jours seulement, les marronniers avaient allumé leurs lampions rose ou blanc. Pause dans la cour collée au pigeonnier. En observant les arbres et ceux du passé, essayant d’en retrouver l’emplacement exact.

Je me trompai et avais situé un peu trop loin, les deux tamaris qui encadraient le portillon tandis que le portail de bois surplombé d’un joli toit était planté là pour qu’on l’admire. Tout au plus un vieux rosier et quelques roses trémières au pied de l’escalier au-dessus du cellier. Ressentant un bien-être inouï, j’entends mon oncle, avec une voix basse mais suave et hors du monde, dire comme pour lui tout seul : « Qu’il est bon de laisser le temps passer ! » Ces simples mots m’ont transportée .

Et je goûtais de joie pure. Assis là sur le petit banc de pierre, sans but précis si ce n’est le plaisir de siroter un café ou un thé devenu subitement un véritable nectar au milieu du temps de la conversation courante. J’envisageai alors déjà l’été avec ses longs après-midi. Et il m’a semblé un instant que le temps n’avait pas eu la même durée. Nous avions échappé à la pesanteur, aux songeries imbéciles voulant laisser croire à un penseur et qui de plus, se penserait comme tel, assénant quelque morale de fin de fables, de maxime ou d’aphorisme avec des airs de donneur de leçon. Mais qui peut donc ainsi penser qu’il peut changer l’autre et se poser en confesseur ou précepteur?

Prendre de la légèreté et de plus en plus .C’est un rêve. Il y faudrait beaucoup d’humilité.

J’ai fixé sur ma rétine, le mauve et violet des lilas et glycines sur les murs de pierres du causse, les althéas et les végélias ainsi que les ancolies et campanules. Je n’ai pas vu beaucoup de pivoines mais j’ai  redécouvert dans des hameaux oubliés, de petites mares et sortes de lavognes où buvaient autrefois les moutons. Je ne les avais pas remarquées jusque-là. Loin des bruits du monde, je sentais la présence de fantômes familiaux plutôt bienveillants : tous ceux en médaillon d’argent que nous montrait ma grand-mère tentant de nous expliquer, enfants, notre filiation qui lui tenait tant à cœur.

C’est peut-être là que j’ai réalisé que je faisais des photos pour fixer le fugitif, l’éphémère ; si le temps était immobile et le voyage aussi, prendrions-nous des photos ? Stop sur tel paysage, tel visage, telle lumière. Quand je fais une photo, la plupart du temps c’est pour pallier les mots absents, inappropriés ou ceux qui me résistent. De même que si je savais peindre ou dessiner, il me semble que je n’aurai pas besoin d’écrire mais ce n’est pas aussi simple.

Un véritable orage d’été, le dimanche soir et je n’ai pu pousser jusqu’au bois des Majoux, cette fois-ci ; ce sera pour le plein été pour faire provision de vent, tôt le matin avant une chaude journée d’août.

Comme d’habitude je me suis laissé aller au roulis du train et la capitale m’a aspirée une fois de plus.

Vernis rouge, talons, jupe courte, la parisienne ? C’est l’image qu’on en a en général. Chic, ou classe, et en prime maîtrisant les mimiques, les expressions du visage imposées par l’humeur, ou la musique ou encore le rythme de la langue. Peut-être, mais elle est si diverse et multiple, la parisienne et déclinée en tellement de façons de se vêtir et de se déplacer. A coup sûr, la démarche est rapide mais pas toujours déhanché comme un mannequin et portant lunettes noires quel que soit le temps comme pour cacher un chagrin.

Au retour, j’ai mis dans un sachet de papier les bulbes de narcisse à l’abri de la lumière jusqu’au prochain hiver et j’ai vu que les pois de senteur étaient sortis de terre, dans de trop petits pots sur le rebord de la fenêtre de la cuisine. Il fallait choisir : petits et odorants ou grands. On dirait bien qu’ils vont être trop grands; une coccinelle prisonnière d’une goutte d’eau, suspendue,  nous attendait.

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La place ronde est toute verte de feuilles et la nuit tarde à venir. Nous profitons du jour.

Tout en mangeant mon sandwich, je suis allée voir la vigne. En avril, des petits bourgeons se sont développés ; quelques pieds encore jeunes sont attachés, soutenus par le fil de fer. L’opportunité d’un vieux portail laissé entrouvert pour se retrouver dans un jardin ou dans le grand patio d’un immeuble épice ma balade.

Lu et émue par Chemins  de Michèle Lesbre, chez Sabine Wespieser,  – je vous recommande aussi, en folio Un lac immense et blanc-,  retrouvant les chemins de vie, les traverses et les autres, ceux des origines de ce père peu connu.

Tous à l’opéra, c’était hier à la Master Classe de chant, publique-la classe du maître – ! Goûter la voix de six jeunes talents travaillant Mozart : Français, chinois, Irlandaise, Arménienne, Polonais ou Guatémaltèque, leur passion nous a fait vivre un moment de fraîcheur comme un éclat nous allégeant.

Le ciel d’un bleu sans nuages, place de la Bastille, à la sortie, nous a surpris.ELB

Ainsi va le jour.18

10/04/2015

 

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Dans le métro, sur les murs de carrelage, à l’occasion de la quinzaine des poètes du 7 au 22 mars, une petite affiche nous invite à l’insurrection poétique nous incitant à relire Maïakovski ou à le découvrir :

« …il nous faut

arracher la joie

aux jours qui filent… ». ivre de poésie, de vie, d’amour et de révolution, ce poète est à découvrir ou à relire. L’ambiance morose en prend un coup et la poésie incite à sortir, à rêver et revoir notre vision des choses. Le temps presse et il faut le vivre.

A Sète pour marquer le printemps des poètes, le 15 mars, 3 millions de poèmes sont tombés du ciel, J’en ai reçu un petit échantillon de l’amie qui vit en plein Lauragais et à deux pas du canal. Je ne peux m’empêcher de citer cet extrait qui m’a enchantée:

«  …Je n’existe pas à plein temps.

Je suis avec ce qui commence ». Marc Alyn (Avec ce qui commence).

Dans le métro, hier matin, ambiance colorée et chaude. Des grévistes venant de manifester et après leur entrevue avec le patron faisaient un débrief,  comme a dit l’un d’eux. La voix très assurée et forte. Ils étaient quatre, jeunes et plein d’espoir ce qui n’est pas si courant.Ils étaient deux à échanger.

– Je suis assez content de l’entretien.

-Ah bon ? Oui, bien sûr, mais, il n’a rien dit.

-Oui, mais il nous a entendu.

-Quand tu lui as parlé du comptable, par exemple…

-On dit le responsable aux initiatives financières.

-C’est pas un peu langue de bois ?

-Non, c’est de la dialectique. Il faut le battre sur son propre terrain et utiliser ses mots.Tu me rappelles tout à fait moi, il y a quatre ans quand je suis rentré.

Tout le wagon suivait leur discussion, amusé et semblant ne pas y croire quand d’autres trouvaient l’échange prometteur. Avaient-t-ils lu l’injonction de Maïakovski ?

J’ai enfin lu le dernier Modiano.Toujours rattrapé par son passé avec pudeur et retenue et la dose de brume qui se fond dans la musique.La perte du carnet le met sur le chemin d’un type qui va l’embarquer sur les traces de son enfance, comme toujours errante au hasard des personnes gravitant dans l’entourage familial défaillant. A la recherche d’une femme, jeune fille à l’époque bien sûr. Changement d’identité au passé trouble.Mémoires fragmentaires, souvenirs épars: un nom, une musique ou un visage croisé, autant de hasards qui finissent par reconstruire le passé. En fin de matinée, la semaine dernière à la pause, au croisement de deux rues, levant la tête je lis : rue Puget puis rue Coustou. J’étais avec le dernier Modiano et me suis mise, sans le vouloir vraiment,  à chercher l’hôtel puis le garage. Il y a toujours un hôtel et un garage dans les romans de Modiano.

Le vert de l’herbe qui n’a pas été grillée par l’hiver, l’air nouveau du matin, l’envie de balade en forêt dans les grands arbres, l’odeur de l’humus autant de perspectives d’un printemps qui est là.

L’insistance des oiseaux, passereaux principalement nous le rappelle. L’arrivée parcimonieuse de petites touches de jaune et de rose aux arbustes et de feuilles sur certains arbres, aussi ; tout est en place. Les platanes de la place ont pris leur temps et les fruits de l’an passé servent encore de pendeloques au milieu des bourgeons alors qu’à côté, dans le parc, les feuilles des marronniers, davantage gourmandes de vie  en inonde une bordure.

En train de se faire, de se lire ou de s’écrire, la vie continue de tisser sa toile avec nous ou sans nous. Quelques accrocs du temps nous en soustraient parfois ou au contraire nous y inscrivent avec insistance. Et dans ce qui fait notre humanité commune, aux uns et aux autres, comment s’y retrouver? Le massacre des étudiants au Kenya, la cyberguerre, déclarée en grande largeur nous sidèrent. On peut se réjouir peut-être des élections au Nigéria.

En rentrant, sur le trottoir : un canapé et un vieux lampadaire qui vont  sans doute fait un heureux attirent mon attention et m’ont  renvoyée à une lointaine lecture.

C’est dans Richard Brautighan, ce couple ou famille qui déménage et s’installe au bord d’un lac, disposant avec le plus grand soin, canapé, lampadaire. Je me suis sentie tout à coup, étrangère avec l’impression de violer un moment d’intimité à un monde pourtant fantomatique, réalisais-je aussitôt. Sur une barque je venais de glisser comme en attente d’une écluse pour arriver enfin chez moi.Je songeai à une maison d’éclusier:lieu de passage comme la gare, entre autre et tellement d’empreintes du temps.

L’oiseau au jardin, le déchargement des fûts de bière, l’avion dans le bleu du ciel : Le réveil, ce matin.

ELB

Ainsi va le jour 17 .

08/03/2015

JEU2

 

 

Depuis huit jours dans le cerceau d’un temps qui s’accélère, voilà que mars débutant nous offre aujourd’hui un concerto de printemps.

Dans le Lot, le soleil froid d’un bel hiver ; j’ai marché sous le ciel bleu avant de filer à Toulouse pluvieux. Auch, que je n’avais jamais vue et à la faveur d’un détour chez une cousine chère, je découvre d’Artagnan, imposant,  au pied de l’escalier monumental face à la rivière Gers boueuse, et dos à la cathédrale.

Il file, le train et je crois que, ce qui me plaît surtout, c’est ce qu’il dessine : des champs ou prés, impressionnistes. C’est sa grande virtuosité, au train : flouter, gommer, effacer, recréer. Comme la peine peut redessiner les contours d’un visage, il peut aussi accentuer cette solitude du paysage comme celui dans lequel j’étais un peu plus d’une heure durant : l’eau avait tout recouvert, immergé. Ce train-là me rapprochait d’un silence triste avant le joyeux interlude intime d’une partie de cet après-midi, passé à table. Au retour, je n’ai presque rien vu du paysage tant la nuit avait mordu le jour.

Mais le printemps s’annonce et la lumière est plus présente, les arbres que l’on regarde un peu différemment car l’on sait qu’ils vont bientôt se rhabiller, les oiseaux qui commencent à échauffer leur voix. Ce matin, au petit jardin, il y en avait un . Leur chant est toujours un moment de grâce émouvant et gai, à la fois.

Le printemps donne aussi rendez-vous aux poètes dans cette fameuse quinzaine qui revient.

Une fois n’est pas coutume et côtoyant les adolescents de la street et pratiquant le free style de la trottinette, comme ils aiment à se définir -un peu  par provocation-, je me suis, pour l’occasion, essayée au slam que du reste, j’apprécie.

Je sais qu’il y a, à Clichy, l’association C’est Slam ! qui régulièrement, en plus des ateliers, propose plusieurs scènes ouvertes dans l’année.

Si un livre peut changer une vie pourquoi un poème, en vers libres ou bien une prose poétique et sans contrainte ne réparerait-il pas une fêlure, une blessure pour tous les non-dits et les chagrins. L’envie d’inventer comment boire le ciel avec la lune dans ses bras,  peut donner des ailes. Le mot se joue de tout, il éclate et ouvre des possibles, des imaginaires insoupçonnés. Le rêve peut prendre forme grâce aux mots qui nous donnent du sens.

Chacun est plein des mots de soi et des mots des autres ; la force qu’ils donnent fait le reste peut-être. Un paysage comme une atmosphère peuvent être poétique. Se laisser étonner et surprendre reste le secret et à la fois le mystère. La poésie n’est pas en reste du journalier. Il faut l’œil aiguisé ou naïf, prêt à s’enflammer. Je ne sais.

Alors, slam ou pas ?

Ils kiffent, ils taffent, ils ont des vies de ouf

D’sms en smiley peur des virus

Relou ? Plutôt chelou

Pas dormi d’la nuit, pas mangé

Le jour ? Grec, kebab ou chips coca

Zappe rappe et frappe ! Fais pas l’canard !

Connais pas les clusters les trusts et les bunkers

Pour un litre de vodka

Mon pote, sort du Franprix

Et s’fait frapper

Frère, sur la tête de ma daronne

Ça vaut pas une couronne !

Moi c’que j’veux c’est qu’on s’aime

Fresque murale, tag, graph ou toile

Faut colorer les murs !

Crise ou pas crise c’est la galère

Ma meuf ? J’avais pas fait la vaisselle

Elle a pété les plombs cassé tous les verres

Perdu le capuchon et la cafetière s’emballe

Le cerveau à l’envers sort du bocal

Perdu ses repères plus de mémoire vite une barrette.

Plus de discours de salade en sachet

Que du vrai du concret.

Détour par la voie lactée

On fait ses courses sur la lune

Mais on cherche toujours son doudou

Etre anonyme ça repose.

Jouer des acronymes, ça fatigue

Qu’est-ce que tu proposes ?

Faut tomber les murs et colorer l’horizon.

Mais n’oublions jamais que bien loin des champs à l’heure où narcisses et jonquilles éclairent les prés, il ne fait pas bon s’appeler Boris et flâner à Moscou malgré les caméras de surveillance et ailleurs non plus, où le plus noir du monde s’attaque aux vestiges du patrimoine commun.

La poésie sert aussi à cela, peut-être : dire que certains ne vivent plus de la haine, de la peur et que l’une et l’autre ne deviennent pas leur nutrition ordinaire.

Puisque c’est la journée de la femme, réjouissons-nous de la marche des Afghans à Kaboul avec une burqa pour la dénoncer, justement.

ELB

Ainsi va le jour.16

08/02/2015

ainsivalejour17ter

 

Balade en bord de Seine, grand froid et soleil d’hiver au ciel bleu ; quelques mouettes bavardes se réchauffent, le reflet du ciel sur l’eau.
Ce froid paralyserait un peu si l’on s’écoutait mais non, il invite à marcher et à regarder la lumière qui ne cesse de bouger.

Vu il y a deux semaines, l’exposition Magnum à l’hôtel de ville .Paris par les plus grands photoreporters de l’agence entre les années 40 et ces dernières années 2000. Emouvant, poétique quotidien, coincé, drôle, politique. En tout cas instructif. Le parcours n’est pas long et fort plaisant. La métamorphose, évolution de la capitale et le contexte politique avec ses grèves de 36, mai 68, la mini-jupe, la mode, les tours de la défense.

Puis le jour que l’on n’oubliera pas, celui où les crayons se sont tus. Comme vous tous, sonnée, sans voix et sans mots car si les mots disent les choses, il n’est pas toujours facile de les trouver. Il faut qu’ils collent à la chose, innommable. Inconsolables que nous sommes. Des compatriotes ont attenté à notre liberté. Et les jours qui ont suivi avec d’autres, enlevés à leur vie, d’une religion différente ou représentant l’ordre.
La stupeur est peut-être le mot qui a posteriori convient. En ces temps où pour défier la morosité, on s’évertue à quelques exercices de mise en joie, de bonne humeur pour tenir le coup, il faut de la rigueur. A chacun son petit tiroir secret : Desproges ou d’autres. On se constitue son petit jardin d’hiver, chaud comme une serre à l’abri du grand vent et du froid qui mord.
Une infinie tristesse mais on ne tue pas l’humour ni la volonté de rester debout et de vivre. Ne pas accepter l’invincible rire face au tragique, à l’effroi, à la sidération. Les voix ou les images qui résonnent et me renvoient à l’intitulé des photos de Reza vues au Petit Palais dans le jardin, en novembre le massacre des Innocents en Azerbaïdjan et le massacre du village de Khojaly en 1992.
Des cauchemars aux rêves et trois jours plus tard : Cabu qui me fait un dessin pour mon petit-fils et Bernard Maris avec son accent du Sud-Ouest m’explique l’économie me demandant une feuille que je n’ai pas. Sa voix est calme et rassurante. Quel bonheur, dans son sommeil de pouvoir survoler le drame en le transfigurant.

En rentrant, comme un fait exprès, les arbres habillés de noir, dénudés sourient à la lune. La lenteur à l’encontre de la vitesse des jours, du pas, du travail fait ou encore à faire. Peut-on échapper à son monde, à son époque et à sa frénésie et en même temps c’est le désarroi qui l’avait emporté ces derniers jours jusqu’à la fameuse grande marche. La longue marche dans Paris des crayons, des cœurs ; vent debout. Nous nous sommes reconnus ; ils sont d’un seul coup, tous ces morts devenus des symboles qui nous ont fait nous lever pour garder notre liberté.
Défier le noir de leur nuit pour sauvegarder nos principes et les fondements de notre république. Le Canard enchaîné, au lendemain du massacre des dessinateurs satiriques est aussi menacé d’être attaqué à la hache.

Puis, la vie en chemin, celle des enfants et les Blondes Ogresses, rassurantes : toujours à ma droite en dévalant la rue Etex. Nous avons enfin fêté la nouvelle année entre amis ; il est difficile de réunir tout le monde. A Paris, on travaille, on court, on s’agite et si l’on y prend garde, on peut passer à côté de l’essentiel.

Les camélias rouges des allées, je manque de passer à leur hauteur sans les voir et je croise les corneilles, plus farouches du tout, dont une se pose sur le toit d’une voiture à côté du parc
A la fin du jour, après avoir fait-me semblait-il-ce que j’avais en tête, ce qui me tenait à cœur, le soleil orange derrière les grands arbres, en tranches, débité. On dirait une succession de balais en sorgho, un bouquet. La jacinthe bleue a séché et sur le rebord de la fenêtre au-dessus de l’évier, les narcisses, sans remplacer la vue des cyprès, vont éclairer bientôt, ce bout de ciel au-dessus du toit de zinc.

L’exposition Sonia Delaunay- dont je ne sais presque rien- entre amies avec ces formes géométriques et leur déclinaison en couleurs, m’intéresse. Les tableaux sont lumineux, contrastés et attachent mon regard. Son travail de recherche me plaît. L’action, l’effet de la couleur sur telle autre, placée, posée à côté, tantôt étonne tantôt ravit ou déconcerte. Partie du fauvisme en passant par le cubisme du figuratif à l’abstrait coloré et la création textile que j’ignorais. L’influence de la campagne ukrainienne et de son folklore se retrouve dans ces travaux textiles. Odessa et bien d’autres villes auraient besoin de ces couleurs, oubliant celle du sang de ces derniers mois. De la couleur et de la modernité dans un monde en noir et blanc ; Du printemps et du pep’s avant l’heure.

Le jour repousse la nuit d’un saut de puce. Je vais terminer ma relecture de quelques nouvelles de Tchekhov, le maître en la matière, toujours aussi intéressant à lire ou relire. Belle fin d’après-midi en jazz avec Huguette qui croque, qui croque.

Que va-t-il advenir de l’Ukraine et de Kiev qui a perdu son aéroport. Personne ne croit plus à la résolution du conflit par la négociation. Les Américains seraient prêts à livrer des armes aux Ukrainiens. Sombre anticipation : et si l’Europe devenait le champ de bataille des Russes et des Américains ? J’en ai froid dans le dos. Odessa dont elle est originaire et bien d’autres villes ukrainiennes auraient besoin des couleurs de Sonia Delaunay pour faire oublier celle du sang de ces derniers mois.

Vendredi matin en arrivant sur le pont au-dessus du cimetière de Montmartre, c’est le nouveau tag BAROOF, en vert qui a attiré mon œil. Sous mes pieds, le grand silence et sur le pont, l’agitation de la ville qui vie, vibrionne même, avec toujours des sans- abri enroulés dans leur couverture essayant de survivre au grand froid et à la faim, aussi.
L’un s’occupe à nourrir les pigeons et balaie devant lui un carré de bitume sur lequel il a posé un thermos, à côté de l’entrée du Mercure. Cela fait presqu’un an qu’il est là et a fait sa place.
Les passants le saluent.

ELB

Ainsi va le jour .15

08/12/2015

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Sequins, brillants, strass, pampilles ou pendeloques irisées, ornement, colifichet à offrir, petit carnet à destination de secret de petite fille, livre objet, bruyant papier de soie, sucre parfumé, atlas des cités perdues, des légumes oubliés, des recettes de grand-mère. Il y a pléthore de propositions ; en effet, grands ou petits livres de coloriage d’art thérapie, papiers anti-stress et papiers zen pour se lancer dans l’origami. Autant de moyens de se recentrer sur soi pour peut-être, mieux être présent à l’autre.

En cette période de fête de famille et parfois de retrouvailles, la poudre de biscuits roses met un joli voile sur ce temps arrêté.

Les cyprès trop court taillés dans le petit jardin ne me donnent plus l’illusion d’une forêt quand j’entre dans la cuisine. Ils ont été rabattus d’environ deux mètres cinquante. Au- dessus d’eux, il n’y avait que le ciel. A présent, à leur place : des toits mal faits, des négatifs de climatisations de petites entreprises, un immeuble sans charme. Alors pour compenser, quelques branches de sapin achetées chez le fleuriste du coin dans un vase d’Anduze et le salon embaume.

A côté dans le parc et sur la place, les arbres petit à petit se dénudent et l’or des ginkos a fondu comme cette lumière qui jour après jour s’est effacée et qui nous fuit pour ne nous gratifier à nouveau qu’à partir de huit heures, le matin. A la faveur de ces fins du jour, anticipés, sous le bonnet ou le chapeau, enroulé sous le foulard ou l’écharpe durant les rares jours de froid qui nous ont surpris, il était facile de s’imaginer auprès d’un feu. Le soir entre 17h et 18h, la nuit qui tombe dévore tout et nous fait disparaître. Puis chacun renaît dans son intérieur jusqu’au matin à 8 heures où la lumière lentement, redonne vie faisant le contour des nôtres.

Rêve de neige et de beau givre sur la campagne et depuis quelques jours, je songe à un matin de givre où le sol glacé et craquant sous nos pas recouvre l’allée du jardin. De beaux et gros paquets enrubannés, vides m’attendent; remplis de vœux, de rêves, de poésie pure.

Deuxième hiver sans neige. Je l’attends comme toujours avec l’impatience et l’excitation d’un enfant.

Je ne sais si le temps se rétrécit-c ’est l’impression qu’il me donne parfois- ou si c’est moi qui ralentit dans ma course folle à tel point que parfois, je me sens comme un cochon d’Inde en cage tournant sur sa roue. Et je me fais peur. C’est comme si j’effeuillais une éphéméride à toute vitesse. Cette année, a passé vite, une fois de plus ou plutôt comme les précédentes.

Il nous tire ou il nous pousse, le temps ? Qu’en pensez-vous ? C’est au moment où je me rends compte que je n’en ai pas eu-me semble-t-il- assez que je m’interroge. J’ai l’impression de l’avoir perdu et réalise alors que je n’ai pas eu mon compte de flânerie, de rêvasserie et la possibilité d’apprécier et comme suspendue,  ce moment de légèreté, presqu’en apesanteur cérébrale quand rien n’a de prise sur soi.

Où va donc le train dans lequel nous sommes ? Qu’est devenue notre quête du bonheur ? Faudrait-il empêcher certains d’oser l’espérer. Dans les brumes lointaines, on voit poindre et l’on aperçoit bien des îles et des pays que l’on croit magiques mais qui vont cependant à la dérive.

Je demande un temps mort, et même un temps de sédimentation.

En temps réel, cela veut dire quoi ?   Et en temps limité, comme un devoir sur table mais le temps est toujours limité. Et si j’étais à contre temps non pour le tuer, ce temps, car je n’ai pas souvenir de m’être ennuyée, jamais ; enfin, je crois et j’en ai tout du moins le sentiment. L’emploi du temps, voilà ce à quoi il nous faut réfléchir. Qu’ai-je matérialisé ? A quel moment ai-je pris conscience de prendre du bon temps.

La meilleure façon de le vivre, c’est de le conjuguer au présent, le temps. Pas toujours aussi simple.

Le retour des voyageurs et leur enthousiasme, la vie avec celle d’un bébé fraîchement arrivé nous l’indique. La vie, la vie, la vie ! Et si on l’avait oublié, 1, 2, 3  ont suivi jusqu’au tout dernier chez Huguette.

Il y a presqu’une semaine, quartier Europe entre St Lazare et Place de Clichy – J’avais oublié que je ne travaillais pas le lundi matin- j’en profite donc pour flâner justement! Mais il est vrai qu’une partie de mon cerveau parti dans le mouchoir ne m’a pas laissée toute ma tête. Comme dans un musée à ciel ouvert inépuisable, je me suis donc laissée conduire où mes pas le voulaient ou presque.

Rue de Milan, de Liège puis la rue d’Amsterdam passant devant l’Herboristerie dite de la place de Clichy qui se trouve donc dans cette rue. La plus ancienne herboristerie de la capitale.

J’entre .Le décor et l’ambiance y sont feutrés avec des étagères au bois patiné et remplies de sachets en papier blanc pleins de plantes feuilles ou fleurs et quelques corbeilles avec fleurs séchées aux couleurs d’immortelles. Je tente une potion pour venir à bout de rhumes et bronchites à répétition.

Un peu plus loin au hasard de ma déambulation, rue Cardinal- Lemercier, petite rue ou plutôt impasse cossue, inattendue,  au fond, une fontaine tarabiscotée ….et l’hôtel particulier dit Judic du nom d’une chanteuse d’opérette Anna Judic. En me renseignant un peu, je découvre que l’architecte, Jacques Drevet a été fortement inspiré par l’Egypte et l’orient en général. Fer forgé, sculptures, on reconnait le style. Les vitraux de cette deuxième moitié du XIX ème sont de Charles de Champigneulle.

Je me félicite de cette balade entre XVII ème, VIII ème et IX ème arrondissements quand, déambulant un peu au hasard, je rencontre une connaissance perdue de vue depuis quelques années : Epiphanie, la Béninoise. Nous nous embrassons, si heureuses de cette rencontre fortuite et échangeons à nouveau nos numéros de téléphone.

– Il est vraiment très sociable.

J’avais imaginé qu’on parlait d’un enfant ou d’un adulte mais pas d’un chien. C’est ce que j’entends, ce soir en rentrant sur les allées, au niveau du théâtre, la tête enfouie dans mon blouson sous ma grosse écharpe tentant de donner moins de prise au vent pour préserver mes sinus.

Un chien, un tout petit chien avec son manteau écossais tandis que sa maîtresse qu’il tirait au bout de la laisse était vêtue d’une cape pieds de poule.

Sociable ! Il n’en est pas de même pour ces barbares qui au nom d’un Dieu dévoyé, jouent les ogres et bien pire en abattant froidement plus d’une centaine d’enfants ou d’adolescents. Après les jeunes filles séquestrées par Boko Haram. Le Pakistan qui avait abrité Ben Laden venait à pas feutrés et demi-mots de sous-entendre qu’il reconnaissait peut-être sa politique du double discours. Mais ce pays n’est pas le seul à avoir engendré ou laissé prospérer à son insu ( ?) cette hydre tentaculaire. Il faudrait remonter aux partitions et découpages arbitraires des cartes de cette région qui comme d’autres, nous incombent un peu. Le terrorisme généralisé et son grand nettoyage continuent et nous n’avons pas de solution mais y en a-t-il ?

Au café cet après-midi, avec Victoria, évoqué l’annonce simultanée de Barak Obama et Raoul Castro et comme la plupart des Cubains, sceptique n’ose penser à une réelle ouverture et démocratisation

car aucun engagement concret n’est pris. Il faut attendre.

En traversant le pont métallique, hier matin, au-dessus du cimetière de Montmartre j’ai aperçu sur un caveau, alignés comme des santons, quatre petits Père Noël qui m’ont fait sourire et attendrie.

En redescendant, le soir, j’ai revu le café rouge de la Rotonde qui a reçu de nouvelles machines pour jouer avec plus d’efficacité, je suppose, au PMU et comme je l’ai remarqué il y a peu de temps, les jeunes y sont plus nombreux ; la fréquentation est en train de changer et le tiercé fait bien recette auprès des femmes et des jeunes. Les hommes n’en n’ont plus l’exclusivité. Signe des temps et pas forcément bon signe.

L’avenue de St Ouen et celle de Clichy étaient luisantes de pluie sous les réverbères, renvoyant des touches tremblotantes de rouge, de jaune de bleu et de vert criards et festifs.

ELB

Ainsi va le jour.14

20/11/2014

Le bel automne doux et sucré dans son vent caressant a laissé place, ces temps derniers à l’automne, enfin celui que l’on a d’ordinaire avec son lot de caprices et de sautes d’humeur. Pendant ces quelques jours de vacances douces et chaudes même, à certaines heures du jour, il faisait bon prendre son temps, ne rien faire. Par hasard et chez une sœur où des tables, comme chez le libraire offrent au regard plusieurs lectures possibles, je suis tombée sur une anthologie de Gilles Lades, une anthologie des Poètes Quercynois du XIII siècle à nos jours. Parmi eux bien sûr, Clément Marot, et pour les plus connus et plus près de nous, Bonnefoy, Roger Vitrac natif de Pinsac dont ma grand-mère disait que c’était un cousin éloigné, surréaliste dont on connaît surtout une pièce de théâtre, Victor ou les enfants au pouvoir. Si, comme moi, vous avez eu le Lagarde et Michard, sa biographie et son œuvre étaient évoquées en quelques lignes quand Breton avec lequel il se fâcha occupe tout l’espace. Ce dernier trouvera en sa maison de Saint Cirq- lapopie dans le Lot, un apaisement.

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Mais revenons à Marot qui fut emprisonné pour avoir mangé du lard en temps de carême ; il utilise la langue d’Oc ou l’occitan pour s’opposer à la langue savante, le latin. Jusqu’à ses dix ans, il ne parlera que cette langue, celle de sa mère qui est Quercynoise, de Cahors. Cette langue d’Oc, est, à cette époque-là, celle des meilleurs troubadours. Précurseur de la Pléiade, ballades, rondeaux, élégies et épîtres sont sa spécialité.

Quand il suit son père, poète, à la cour de François 1er, il se met au français et quelques années plus tard, « l’élégant badinage » est salué par Boileau. Il est obligé de s’exiler en Italie à la suite de la publication du Psaultiers ne laissant aucun doute quant à sa bienveillance à l’égard de la réforme et de son irrévérence à l’égard de l’église. Sa liberté de ton lui vaut d’être considéré comme un hérétique. « …en bonne place parmi nos poètes mineurs, qui ne sont pas les moins charmants » c’est ainsi que le présente Pompidou dans son anthologie de la poésie française que je vous recommande.
Il représente pour lui, le charme de la vieille poésie. Ici, les feuilles roulent au vent qui balaie la place dans sa ronde de couleurs. Les sens aux aguets à chaque changement de saison s’aiguisent et à l’affût de la moindre inflexion du ciel qui passe du buvard pastel à la tache fraîche du tampon encreur, moutonné ou pommelé avec une délicate lumière qui transperce les nuages d’ardoise, aujourd’hui.
Pendant que les corneilles corbinent au jardin ou plus loin en bordure de Seine d’où il me plaît d’entendre une vague corne de brume m’offrant un voyage incertain mais enchanteur. Nous sommes sur un nuage depuis deux semaines : Un bébé, la vie, quoi ! Innocence et candeur nous rendent fragiles, nous ramenant à nos certitudes et voilà que l’on doute : Apprendre sans imposer, guider, montrer mais ne rien asséner. Sortie de brumes prometteuse, un visage plein d’innocence et de douceur.

A l’heure où les insurrections et révoltes en Afrique et la colère du peuple Mexicain baigne la planète sans parler du cortège macabre de la violence organisée, quelques occasions de se réjouir comme nous l’a rappelé Huguette : le robot Philae sur la comète Tchouri. Et l’on pense au temple d’Isis et d’Osiris à Philae, île Egyptienne engloutie par le barrage d’Assouan. Après de 500 millions de kms de la terre le petit robot européen a la côte. Rosetta, du nom de la mission, voulait évoquer la pierre de Rosette qui déchiffra les hiéroglyphes, car elle va sans doute, déchiffrer le mystère des comètes et peut-être nous en dire plus sur l’apparition de l’eau et de la vie sur terre, nous dit-on. Nous ne pouvons qu’être fiers de l’Union et de son agence spatiale ainsi que du CNES. La NASA a salué la performance Enfin des occasions de se réjouir de notre vitalité intellectuelle, scientifique et de recherche.

Ici, dans la brume, ce soir, la tour paraissait chanceler et cette fragilité l’a rendait encore plus énigmatique mais elle ne m’atteindra pas dans son halo de nostalgie ; pourtant on pourrait y voir un air de ville funeste aux figures impossibles. Camille et Nicolas rentrent aujourd’hui de leur voyage d’un an autour du monde. Figure possible : les serrer à nouveau dans nos bras.
Je me suis réjouie de l’attribution du Goncourt à Lydie Salvayre, il y a quelques jours et me revient à l’esprit sa rencontre à la Médiathèque de Clichy voilà cinq ans. Découverte par La déclaration puis la Conférence de Cintegabelle et dans Hymne la vie de Jimmy Hendrix musicien et guitariste hors norme, La puissance des mouches et puis, je l’ai oublié, « zappée », un temps. Je viens de lire, enthousiaste, deux portraits d’hommes. Le premier, Joë, récit de 140 pages de Guillaume de Fonclare chez Stock. Bel hommage à Joë Bousquet avec une fraternité intellectuelle et de souffrance ; en effet l’auteur qui fut directeur de l’Historial de la grande guerre, souffre d’une maladie orpheline. Bousquet à la suite de sa blessure en mai 1918, est invalide. Une moitié de corps pour vivre pleinement et donner à l’esprit toute sa puissance. Voilà ce qui le résumerait le mieux. Rue de Verdun, au 53 et à Carcassonne, il choisit la réclusion dans sa chambre, rideaux tirés jusqu’à sa mort ; il va écrire: des lettres, des romans et de la poésie. En relation avec les artistes de son temps et avec René Nelli, le pape du Catharisme; ami des peintres et des écrivains, il sublime son handicap, dirait un psychanalyste. Il disait même : «… adorer la vie qui m’a été retirée… » Très attiré par le surréalisme, mouvement au sein duquel il trouve de nombreux amis dont Breton mais le plus intime fut Max Ernst « … dont la peinture lui semble être l’expression artistique la plus aboutie ». Tous deux ayant fait la même guerre et face à face au fil de conversations et de questions telles que : » …mais à cette époque-là, où étiez-vous et tel jour et à telle heure… » Joë va très rapidement en déduire que c’est la main armée de son très cher ami qui lui a, sans aucun doute, permis de vivre pleinement en lui supprimant l’usage de la moitié de son corps car la blessure l’a rendu hémiplégique : Max à l’origine de la deuxième naissance de Joë qui ayant perdu Marthe, Alice et puis d’autres retrouve avec la jeune Ginette(Poisson d’or), l’amour dans toute sa dimension. Le jeune parti à la guerre, séducteur, rebelle et un brin dandy, sortait beaucoup, s’amusait et alignait les conquêtes. Je l’ai découvert par Lettres à Poisson d’or etPapillon de neige car vivant dans les années 90 à Carcassonne, sa ville. Sa maison est d’ailleurs devenue la Maison des Mémoires et l’auteur en parle qui a fait un travail de recherche important, a aussi visité ou plutôt vu derrière la paroi vitrée la fameuse chambre et s’est rendu à la maison de campagne de Vilalier dans laquelle il ne s’est pas autorisé à entrer.
Et puis, j’ai été très heureuse, émue même, de voir cité dans les remerciements René Piniès, le gardien des lieux, directeur du Centre Joë Bousquet, érudit et d’une grande simplicité. Sa visite presque quotidienne à la librairie, en fin de journée, me réconciliait avec le silence, la mesure, la réflexion. Peint par Hans Bellmer, le portrait qu’il fit de Joë bousquet c’est le bandeau choisi pour le livre paru ces jours-ci.
Touchée par cette connivence, ce hasard-mais y en a-t-il- de deux hommes qui a plus de soixante ans de distance se font écho et les correspondances et amitiés souterraines et solidaires ne sont pas vaines. Il faut, bien sûr, lire le Joë de Guillaume de Fonclare mais n’oubliez pas de découvrir, peut-lire, ou relire Joë Bousquet. A coup sûr, cet hommage vous y invitera fortement Petite mise en bouche :
La nuit tous les pas se mêlent Ce qui nous mêle est perdu L’air est bleu de tourterelles.La Connaissance du soir Poésie Gal A lire aussi: Lettres à Poisson d’orL’Imaginaire Gal Papillon de neige Verdier Lettres à une jeune filleL’imaginaire Gal. Un amour couleur de thé L’imaginaire Gal. Et puis, Joë Bousquet. Une vie à corps perdu. Edith de la Héronnière – Albin Michel paru déjà il y a quelques années.
Autre beau portrait, sensible et à distance du Joseph chez Buschet et Chastel de Marie-Hélène Lafon que certains doivent connaître qui nous avait déjà emballés avec Le soir du chien ou les derniers indiens ou l’avant- dernier Les pays, lumineux. Une écriture exigeante, toujours autobiographique et sans nostalgie, influencée par Bergounioux et Michon.
Face au désarroi du monde, la lecture et la vue des belles choses peuvent aider à rester sereins et un peu moins crétins mais ce n’est pas garanti. Quel gros mot ai-je dit ? Découvert à la salle du Jeu de Paume, les photos de rue de Garry Winogrand, photographe New-Yorkais. Il y a de nombreux clichés, laissés à sa mort, tirés depuis sur papier et exposés à l’ occasion de la rétrospective. Il m’a donné la « pêche » , en flânant dans les rues de New-York, Londres ou Los Angeles, avec lui. ELB

Ainsi va le jour.13

02/10/2014

 SANS ARME

Premier véritable matin frais de cet automne débutant tout en restant agréable et enveloppant. Octobre déjà là, mais combien d’automne ? Il est à nouveau là, il revient… mais quel âge ? Le mien, bien sûr.

Depuis plus d’un mois maintenant, reprise des habitudes, du trajet et de ses variantes selon le temps restant. J’ai retrouvé le grand café rouge de la Rotonde où les femmes sont de plus en plus nombreuses à parier et à gratter ; les jeunes commencent à y venir aussi. Signe des temps, tout le monde rêverait-il d’un gain providentiel?

Les Blondes Ogresses se sont donné un air de fête : en lettres d’or, toutes pailletées, elles apparaissent désormais ; Denise jardinière sévit toujours et l’affiche  continue à exciter la curiosité avec en sous-titre Le jardin révélé. Je revois avec grand plaisir la silhouette du pin sur le toit ainsi que le saule pleureur veillant du haut du quatrième étage sur les passants ainsi que ces rouges cheminées chapeautées de zinc, alignées telles des vigies.

La douceur de l’été indien m’a permis de continuer à manger dans le square et de rêvasser, profitant du soleil de septembre, de son vent tiède et caressant.  Nous avions tous envie d’été de la deuxième chance. Quelle aubaine ! « Incredible », répètent, fort étonnés, ces touristes Anglais visitant le quartier devant deux jeunes gens jouant à la pétanque, depuis un mois,  dans ce même petit jardin. Encore quelques-uns qui ont lu Peter Male et croient qu’on ne joue aux boules qu’en Provence

A soixante ans, je serais encore un peu dans le désenchantement du monde? J’étais donc dans l’utopie; non, du tout et  pourtant  je ne pensais pas que tout ceci puisse arriver.

Je reste encore sous le choc, médusée et interloquée devant ce petit garçon, haut comme trois pommes. Non, Il ne jouait pas aux gendarmes et aux voleurs, ce n’était pas jour de carnaval, non plus. Au sortir du métro, vers 19 heures il y a une quinzaine de jours, de l’escalier mécanique, à hauteur d’yeux car je me laissais paresseusement hisser à la surface, vidée par ma journée de travail: un petit garçon-trois ans tout au plus- treillis et casquette avec chaussures pour parfaire la panoplie, tenait un pistolet rouge dans sa main droite. A côté, sa maman cachée sous de longs voiles noirs,  lui parlait. En ces temps plus que troublés, l’image ne pouvait que frapper même si dans un deuxième temps je n’ai voulu voir que le pistolet en plastique.

Embrouillamini, chaos donc confusion, maquis, enchevêtrement, fouillis, mélange, désordre. Utilisons les mots que nous voulons, en tout cas, ce sont ceux qui me viennent à l’esprit et en rafale à ce moment-là car très troublée, je dois le dire. Dans ce mélange des genres, cette confusion et ce maquis sans repères et de guerres en fatras, quelle direction prendre se demande la plupart- et il m’arrive d’en être parfois- car les pistes sont brouillées.

Froid dans le dos, d’un seul coup une longue colonne de glace me figeait et cette image m’a renvoyée à un autre monde : un monde obscur, morbide et violent, sans avenir. Tellement surprise je me suis retournée. Non, je n’étais pas en colère mais dépitée, désarmée et profondément triste.

Ménagement et attention, bienveillance à l’égard de quiconque pour ne pas céder à la facilité et loger tout le monde à la même enseigne. Ni morale, ni démagogie mais seulement l’esprit de discernement qui, en ce moment est le moins bien partagé pour plagier ce que disait Descartes en parlant du bon sens-formule qu’il avait du reste « piquée » à Montaigne. Pas de dérive. La vie ne vaut rien mais … vous connaissez la suite. Si on croit en l’homme, sa vie et la vie en général est le bien,  est son bien le plus précieux.

Le spectacle de la rue, la fréquentation des transports en commun aident- s’il était besoin- à se rendre compte que la vie ne se voit ni ne se vit en rose pour la plupart et ce n’est pas une révélation.

Le lendemain, à la pause, pour me consoler un peu, je suis allée vers la vigne que j’avais laissée en mai. Ça y est le raisin était mûr : de grosses grappes noires aux grains serrés et dégagés de leurs feuilles ont pu prendre le maximum de soleil et le mois de septembre n’en a pas été avare qui les a dorlotés.

Depuis la vigne a été vendangée. Et c’est tout récent, mercredi dernier.

Le temps perdu en conjecture s’évanouit devant un bout de quartier, une petite vigne en pleine ville ou l’ombre d’un charme sur un  mur couvert de passiflore, un ciel de début d’automne car la vie est là qui relance la tête et le corps. Et là, à nouveau l’envie d’être oiseau pour savoir ce qu’il éprouve dans son vol : la joie, la libération de son poids, le contentement béat ou tout autre chose. Qui saurait le dire?

ELB

Ainsi va le jour.12

 23/08/2014
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Drôle d’été. Pas mon compte de bourdonnement d’abeilles, pas mon compte de ciels Lotois étoilés qui d’ordinaire étonnent et ravissent toujours l’autochtone et le touriste, pas mon compte de chants d’oiseau, le dos au bois des Majoux.

A la place, des ciels mouillés et lourds jusqu’à midi puis un après-midi ensoleillé et suffocant. J’ai tout de même rêvé devant des ciels de traîne et quelques belles lumières au petit matin et d’autres plus sonores, en fin de journée .
Quelques balades dans deux villages du Ségala, partie nord-est du lot, adossée aux contreforts du Massif central préfigurant la moyenne montagne avec ses châtaigniers, ses fougères et sapins : Terrou et Ste Colombe où un concert donné par le Quatuor Parisii régalait la population un jour clair et beau précisément justes après un orage laissant sur la petite route, à la fin du jour, branches cassées et feuilles en bataille.

Belle soirée entre amis autour d’une table tout en convivialité et bruits de fourchettes parlant aussi bien du ciel que de la terre et de rêve d’homme oiseau. D’autres évoquant à la faveur des digressions d’usage, le petit chien, nouveau ou le mariage d’une fille, la future naissance chez une autre, la tarte au citron meringuée ou encore l’expérience du chant choral. Tombés d’accord pour dire que c’était physique et que les jours de répétition, tant l’exaltation est grande et l’énergie pas encore évacuée, le sommeil se fait attendre.
La perspective de s’installer afin de voir défiler les saisons, car c’est cela qui importe. Pas trouvé le terrain idoine c’est-à-dire suffisamment arboré sur ce causse calcaire très chaud l’été- sauf celui-là. A défaut, il en est qui en pots, bichonnent arbres et arbustes à planter le moment venu.

J’ai eu le bonheur de profiter de quelques après-midi et soirées en famille et surprise, un cousin perdu de vue, passe présentant femme et enfants Léonie et Albertine. Tombe amoureux du hameau qu’il redécouvre. Chacun s’amuse à chercher à trouver une ressemblance, un air de famille avec le père, la grand-mère ou encore la tante. Moment riche et émouvant entre les éclats de rire d’enfants.

Rencontre et non retrouvailles avec mon homonyme, sans doute parente. Forcément, la souche est la même, nous disons-nous comme pour nous rapprocher encore un peu.
Les lieux parlent et le patronyme aussi qui est concentré entre les rivières de la Bave et de la Cère, notre source en somme. Il n’est pas si facile de se retrouver : C’est une chance qu’elle ait eu la même volonté et réponde à ma demande. La question des origines m’a toujours intéressée. Certains s’en détournent et se disent étrangers à la souche comme s’il y avait des comptes à rendre ou craignant de mauvaises surprises s’inventent une origine autre en tentant des élucubrations peu probables, refusant la lignée.

Et puis il y a la tristesse de la réalité: Les parents vieillissants, père et mères dont le pas chancèle de plus en plus, le dos se courbe et la main se crispe à manquer de force. Les moments de veille sont moins nombreux, les larmes baignant les yeux, plus nombreuses. Autant de marques du temps qui nous atteignent et nous renvoient à l’essentiel, à notre propre condition et à notre fin inéluctable.

Mais la joie et la richesse d’un long voyage qui se poursuit et un ventre qui s’arrondit crient l’avenir et apaisent.

Drôle d’été et drôle d’actualité avec ses guerres de territoire et ou de religion. L’ours russe n’est pas en reste qui déploie sa patte et poursuit la reconquête. Bien d’autres dérives au sectarisme et à l’autoritarisme au mépris de tous les droits et codes internationaux empruntent le chemin .

Quelle guerre ou intervention serait plus juste qu’une autre? Dans le chaos du Proche-Orient, même les ONG sont menacées et parfois obligées de renoncer à leur mission.

L’été nous a tourné le dos.

Mais heureusement, il y a eu Sète et son festival de poésie. Sète, entre l’étang et la mer et un canal qui la traverse. Les voix vives de la méditerranée.
Le ciel fut parfois plus normand que méditerranéen et notre sortie en mer sur le voilier à écouter, « Laisser dire »-c’est le nom de l’embarcation-, le poète et le comédien traducteur à cause du trop grand vent s’est terminée sur la plage entre de gros rochers. Qu’importe, la poésie a ses humeurs, aussi qui nous réconcilie avec les nôtres.
Que de beaux moments de légèreté, joyeuseté mais de gravité, aussi.

La lecture à la chandelle au hasard d’un repli de rue, les banderoles mettant en exergue un vers scandant notre marche, les mots et les sons de la sieste sur les transats, sous l’arbre ou le parasol à écouter un poème en langue grecque, libanaise, arabe ou turque et même croate, italienne, portugaise ou espagnole face au soleil, au ciel ou à la mer rythmaient ces trois jours.
C’est le chant de la Grecque, Angelika Ionatos que j’ai découvert et qui m’a emballée. Il est lumineux.

Surprise d’apprendre moi qui comme vous n’entends pas ma langue, qu’elle soit ressentie par l’autre comme caressante et bruissante et en même temps très émue et très fière qu’elle soit si bien partagée.
La voix de la soprano libanaise, Roula Safar qui accompagnait aussi certains textes , à la guitare et aux percussions m’a impressionnée. Pour les textes, ce seront le Syrien, le Palestinien et le Turc n’évoquant pas forcément la situation dans leur pays mais cherchant un autre souffle, que j’ai aimés.
Vénus Khoury-Ghata, poétesse d’origine libanaise accompagnée du jeune Gréco-Tunisien Yassin Vassilis-Cherif à la flûte ou aux percussions nous a touchées.
Le plus surprenant, enfantin, naturel, imprévisible, ce poète libyen qui déclamait ses courts poèmes faisant de grands gestes lançant le micro tantôt à droite, tantôt à gauche, sa voix se perdant dans les airs et ce matin-là, il y en avait de l’air. Ce n’est pas lui qui a renversé un parasol mais bien le vent. Oui, un enfant, ce poète, expliquant en anglais, passant la tête au- dessus des épaules du comédien traducteur, le surveillant et lui donnant des indications. Il ne le trouvait pas assez expressif, je pense. Il voulait que la voix donne vie à sa poésie. A coup sûr, il n’était pas habitué des estrades et des tables rondes. Il était vrai, à sa manière et vivait en poésie.
Il n’est pas nécessaire de connaître la langue pour en apprécier la poésie, sa musique et son rythme pallient notre méconnaissance de celle-là. Quelle douceur de se laisser bercer ainsi à Sète, un soir d’été. Bien sûr avec les amies, nous n’avons pas manquer de manger sardines grillées et  aubergines farcies et de faire un tour à la Pointe Courte, plage de la jeunesse d’Agnès Varda.

J’ai oublié aussi la traduction en langue des signes de jeunes femmes qui faisaient parler leur corps et restituaient la poésie d’un poète Franco-Algérien.

« Et les rêves prendront leur revanche… » Odysseus Elytis (poète phare de notre chanteuse et traductrice Grecque).

ELB

Ainsi va le jour. 11

13/09/2014

Je vais quitter pour un temps la rue, le pavé, l’air pollué, les immeubles, les ciels brouillés, les Blondes Ogresses, le café rouge, la place, le métro, l’agitation et le bruit. La pluie et le soleil mêlés après quelques jours suffocants nous ont fait du bien et aux jardins aussi.

Je refais ma liste, celle des vacances. Que ranger dans la valise ? Qu’emmener ? Et surtout, ne pas oublier, ceci ou cela…

La liste de ce que je voudrais faire ou de ce que je voudrais voir et elle est sans fin. Je la connais par cœur et pourtant, immanquablement, il me faut l’écrire encore une fois. C’est à peu de choses près, presque toujours la même. Mais à chaque fois que je la réécris, s’ajoute une kyrielle de promesses de l’été et du temps des vacances quand la lumière vive bouscule le matin et me pousse à aller dehors au plus vite.

Quelques amis, de la famille à voir puis quelques balades, une petite brocante que je ne fais jamais. Faire un tour dans un village que je n’ai plus revu depuis mes vingt ans ou à peu près.

Lire quelques livres, revenir dans le même bois, celui des Majoux. Me mettre à l’entrée, lui tourner le dos et penchant la tête en arrière, regarder le haut des arbres puis les nuages qui me donnent le tournis, me redresser pour voir les herbes hautes émaillées de fleurs soufflées par le vent.

Si c’est le matin, écouter le chant des oiseaux que je ne sais reconnaître mais qui m’émeut toujours autant. Les écouter aussi dans les bambous derrière la maison, chez ma mère.
Refaire avec elle le chemin au moins une fois et le matin de préférence ; celui que nous suivions enfants dans les herbes, la fougère ou les genêts selon la saison. La menthe sauvage et le cresson à fleur d’eau, je ne les vois plus.

Boire un verre sous un tilleul ou un platane sur une petite place ou dans un jardin et en bonne compagnie.
Passer des après-midi joyeuses, gourmandes et bavardes avec des amis ou de la famille.
Partir un, deux jours et revoir ou découvrir un lieu et revenir de plus belle.
Rester tard le soir à observer le ciel étoilé puisque ce coin du Lot se trouve dans le fameux triangle noir : celui où le ciel brille de sa couleur naturelle sans pollution lumineuse.

Mais cette année, s’ajoute à la liste deux nouvelles intentions : amener Huguette chez Jacques, le sculpteur sur pierre et chercher un bout de verdure pour y planter un jour la cabane.

J’espère que j’aurai le temps d’aller Au chemin de lune, petit restaurant du côté de Gourdon, repris par des Clichois. Le nom tiendra-t-il sa promesse ?

J’avais oublié… Aller voir le village de Larnagol qui me fait rêver, tant les sonorités de ce mot semblent d’un autre temps et d’un autre monde. Que fait-on là-bas ? Qu’y voit-on ?

Et puis bien sûr, la surprise car il y en a toujours, le visible, le prévisible d’accord mais l’imprévisible, l’invisible, sujet à toute conjecture et tout rêve ?

Ce peut être une lecture, une découverte, une rencontre comme un ciel à la Magritte qui remplit les vides en ouvrant la fenêtre tant j’ai l’impression de le boire ou de l’aspirer plutôt. Tout ce qui est inattendu et incongru sera le bienvenu et puis en étant devant la fenêtre ouverte, on a l’impression d’échapper au-dedans.
On peut même méditer, penser, s’évader, rêver en ayant la sensation d’être une enfant qui a grandi mais déchiffre encore le monde, à nouveau. C’est plutôt reposant de regarder le ciel et de se laisser embarquer, vous ne trouvez pas ?.

Mais avant…je me laisserai caresser quelques jours par la brise qui ne manquera pas de passer à Sète où durant quatre jours, dans le cadre du festival Voix vives de méditerranée en méditerranée, entre amies, nous serons en pause poétique.

Et puis je rentrerai, me disant derrière la vitre du train embuée par mes yeux, qu’il me faut y revenir au plus vite car j’ai tout juste satisfait le début de ma liste.

Comme autant de petites joies, avec curiosité et fantaisie, je vous souhaite le plus doux des étés.

Adieu à mes Blondes Ogresses, le temps d’un été.

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ELB

Ainsi va le jour.10

21/06/204

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Comme tous les matins ou presque, à l’angle de la rue Caulaincourt, à la fin de la longue montée de la rue Tourloque, le même petit groupe de jeunes gens, beaux et légers dans la lumière de ce début de journée. Ils prennent leur pause, devant le même immeuble, la même fenêtre, gobelet de café à la main ; l’un d’eux serre son clope entre deux doigts. Sa fumée bleuit légèrement l’air. Une vielle dame les observe et semble s’en divertir.

L’on pourrait croire qu’ils parlent de l’actualité de ces dernières semaines : de la sortie antisémite de Le Pen, de la réélection mascarade de Bachar qui amnistie tous les crimes ou de l’élection démocratique du nouveau président de l’Ukraine et du problème gazier malgré le réchauffement avec Moscou, ou encore des migrants qui meurent avant Lampedusa ou après, de la grève des cheminots qui s’étire ou encore la guerre des djihadistes au Moyen Orient.
Je n’ai entendu que mots barbares et acronymes relatifs à leur travail, je suppose. Je ne sais s’il en est de même pour vous mais on ne peut parler de quelque sujet d’actualité que ce soit ou émettre un avis, ou encore essayer de comprendre ce qui se passe, sans se heurter comme à un mur. Il y a un blanc, un silence. Un ange passe… disait-on. Je trouve qu’en cette période, ils sont très nombreux, les anges. Plusieurs attitudes. Ou les gens ne relèvent pas, faisant semblant de ne pas avoir entendu, ou bien, ils ne se sentent pas concernés.
Mieux…ils glissent, l’air de rien sur un autre sujet comme le Mondial. C’est facile en ce moment. Et on saute ainsi du festival de Cannes au tournoi de Roland Garros puis à la Coupe du monde. On n’a rien vu, rien entendu. Chacun sait s’il le veut mais garde son quant à soi. Blasé ne croyant plus en rien et surtout pas en l’homme ? Peur de dire ce que l’on en pense, ce que l’on en comprend de ce monde compliqué et il faut le dire de plus en plus complexe. Il vrai que face à cela nous sommes bien désarmés.
Mercredi, au square où je mange ma salade et mon fruit, des enfants que baigne la lumière du soleil, jouent, tranquilles. Descendue entre le feuillage des arbres, avec ses taches tremblantes, cette lumière rend fébriles leurs petits corps. On les croirait fragiles mais ils sont forts et pleins déjà de la vie qui les attend. Les grands parents qui les gardent ce jour-là ont dû laisser dans un monde déjà fané, des souvenirs ou des albums abîmés par une inondation ou plusieurs déménagements. Ils ont quelque part, dans l’ombre, une vie, celle que l’on croit pouvoir deviner puis aujourd’hui, celle que l’on voit et qui continue d’inventer.
Les petits-enfants les rassurent-ils ou au contraire leur présence leur fait-elle prendre conscience de leur fragilité devant cet avenir qui n’en finit pas de rétrécir ? Quelle part d’eux-mêmes voient-ils se prolonger dans leur descendance ?
En sortant du square, je croise un vieux monsieur appuyé sur sa canne à bec d’argent. Et puis je pense à la bonne humeur et l’énergie que procurent le chant, la difficulté à prendre en compte la voix de l’autre quand la sienne propre vous échappe encore. Elle me surprend agréablement parfois et j’en accepte les sautes d’humeur. Dans les déambulations mentales que me procure toujours au retour, la descente sur les pavés de la rue Etex que je dévale comme une dératée, je passe devant les Blondes Ogresses. J’ai failli les oublier! J’ai donc fini par voir Denise jardinière.
C’est un lundi, il y a deux semaines que j’ai eu ma place. Pas de Blondes Ogresses : toujours absentes. C’est leur mère qui officiait. Je ne désespère pas. On frappe à la porte et l’on est accueilli par Denise elle-même dans une ambiance d’encens et de pénombre semi religieuse semi déjantée. En vieille et sèche gouvernante ou sorcière à l’air timorée et bizarre, pour le moins. Elle va et vient, inquiète. Elle devient menaçante envers le spectateur, le teste à tel point qu’on se demande si c’est de « l’art ou du cochon ». Puis on se laisse embarquer dans ses frasques et ses réactions inattendues. On finit par se laisser bousculer. Seule, une heure sur scène et dans la salle. Une heure avec Denise ; la jardinière ne viendra pas, finalement. Il faut qu’elle endorme le rejeton de Madame et qu’elle s’occupe du public.
Drôle et très touchant. Au bout du compte, surprenant et touchant. Je ne révèlerai pas la fin. Drôle de jardinière que cette Denise-là. Il faut y aller. Ayant raté la centième, j’ai assisté à la cent unième. Restent les séances de rattrapage du 30 juin et du 7 juillet. Sortie du métro et toujours surprise par la lumière qui m’attend, en passant devant le fleuriste de la place, le parfum des lys me fait penser à Camille dont c’est la fleur préférée. De l’autre côté de l’atlantique, que respire-t-elle à ce moment précis ? Je finis la lecture en Italien de SoieSeta d’Alessandro Baricco que j’avais savouré comme un bonbon, il y a presque quinze ans. Petit moment léger et détaché du temps. Si vous ne l’aviez pas lu, je vous le recommande en folio. Demain, pour rester dans le bonbon et le texte très court, ce sera Et il dit d’Erri de Luca, en folio aussi.
Ce soir, nous allons chez Jean et Texia, la Chilienne si heureuse que son pays ait gagné le match contre l’Espagne. Je ne suis pas le Mondial mais je peux comprendre son enthousiasme.

Vive l’été! ELB

Ainsi va le jour.9

17/05/2014

ogresse

Après dix jours sous les tropiques et dans une nature exubérante et voluptueuse, j’ai retrouvé le pont et ses tags.
Il m’a ensuite fallu le temps du retour. Surprise par le temps. Mars en mai avec ses giboulées. Ces satanés saints de glace dont on oublie les noms et que j’ai un mal fou à placer dans l’ordre d’arrivée et il y a aussi une histoire de lune rousse. Que n’ai-je l’almanach Vermot de nos grands-mères !
Fleurs de marronniers et d’acacias çà et là dans la rue. Entre deux averses, le soleil joue avec les feuilles .Les racines des arbres ont fissuré le trottoir et poussent les pavés disjoints jusque dans la rue. Je vais voir où en est la vigne qui, fin mars, était en bourgeons. De toutes petites grappes en formation ont apparu : quatre centimètres tout au plus et si frêles ; les averses ont dû les malmener. Les pieds sont épamprés, débarrassés de rejetons parasites.
Le ciel menace : Il est temps de se mettre en quête d’un café. En voici un nouveau, pas très loin des Abbesses. Ambiance djeuns, ton faussement désinvolte et branché.
– On a ouvert hier dit le grand jeune au moment où je rentre à une toute aussi jeune fille qu’apparemment il connaît.
– C’est Thomas qui a mis en scène le lieu. Aujourd’hui, il fait beau et le soleil éclaire l’espace. – C’est très design lui répond la jeune fille. – Oui, la déco est design et c’est participatif ; il faut que le client aille chercher, l’eau, le sucre. Tu veux pas goûter les sablés de Charlotte ?Ils sont hyper bons. Elle fait aussi les soupes bios et des super sandwiches.
– Ouais, je sais – Ah, tu le connais. Ouais, c’est sympa ce qu’il fait. Il a raison ; Moi aussi, j’en avais marre ; c’est pour ça qu’on a bougé et on s’est essayés à la restauration branchée mais saine, quoi et simple. Les vraies valeurs, c’est important, quoi. On en a tous besoin. Tu vois ce que je veux dire, Caro ?

Et l’Ukraine dans tout ça ? Et Boko Haram ? Il faudrait soutenir le populisme européen ou faire du nationalisme économique? Il faut raison garder. Au fait, qui a dit ça ? Je bois mon café. La pluie a cessé et je vais faire un tour à La Librairie des Abbesses en quête d’un livre d’histoires pour enfants. La patronne est à l’initiative de la fête des libraires indépendants. Un petit bijou de librairie ! Et je me rappelle aussitôt y avoir écouté il y a quelques années avec une amie, un dimanche d’automne peut-être, la lecture d’un texte d’Hervé Guibert, l’écrivain photographe.
On sait bien que parfois, une simple bourrasque, un crachin peuvent faire resurgir des souvenirs ou nous contraignant à nous mettre à l’abri, nous faire découvrir un lieu qu’on ne soupçonnait pas.
C’était hier. A la fin du jour, jeudi je passe comme toujours devant Les Blondes Ogresses. Ce soir la centième à l’occasion de la Ste Denise : Denise la jardinière. Je décide d’y revenir. Le ciel est à nouveau joli et le soleil depuis une heure nous ferait croire au retour du vrai beau temps. Je me dépêche en arrivant à Clichy pour finir deux ou trois petites choses, manger un morceau et je repars à métro jusqu’à la fourche.
Complet ! Je le craignais : c’est si petit. Trente-cinq places, me dit la mère des trois Blondes Ogresses qui fait l’accueil. C’est une histoire de famille, me dit-elle et ses ogresses sont blondes donc de gentilles ogresses comme elle, passionnées par les contes. Je les verrai donc plus tard ; La mère ogresse m’inscrit pour dans une dizaine de jours.
Demain l’anniversaire de Nora : la moitié de mon âge. Cela ne se reproduira plus.
ELB

Ainsi va le jour.8

29/03/2014           hgreveformes1s

Tôt réveillée par le déchargement de fûts de bière à la brasserie d’à côté. Fleurs de la place mouillées, le printemps s’était mis en retrait ces huit derniers jours; dommage, on s’était habitués !

Le petit sandwich dans le square, c’était du bonheur. Mais l’on respirait mieux : les particules n’aimeraient ni l’humidité ni le vent. Et voilà qu’un autre pic de pollution, depuis deux jours nous revient. Je ne l’ai en tout cas pas ressenti de la même manière. Horizon dans la brume mais pas celle du large, avec voile latine en frise et promesse d’une belle et claire journée. C’était Paris, il y a presque quinze jours.

Plein le nez de goudron comme si en animal fureteur, j’étais au ras du bitume. De sur le pont au-dessus du cimetière, en me retournant, je devinais la Tour Eiffel se moucher dans un ciel poisseux. J’ai rêvé ces jours-là, d’un temps sauvage –c’est le mot de ma mère-c ‘est-à-dire- pluvieux et venteux. Le fameux jour de grande pollution, le jeudi 13 mars aurait atteint le pic.
Il est certain que nous étions dans un voile indescriptible ; ainsi deux jours après, passant le pont de Clichy sur la Seine, on ne voyait plus les tours à la Défense. On les devinait, noyées dans un ciel brumeux faussement vaporeux. Les dents de la tour Signal étaient devenues moins agressives. Pour chanter et danser, ce week-end-là, le souffle était court et c’était éprouvant. Beaucoup de toux et de rhinites ou de gêne respiratoire dans le groupe.

Et pendant ce temps, à la lisière de l’Europe et sur le Dniepr, quelle atmosphère ? Et à Odessa sur la Mer Noire, respire-t-on mieux ? Où est passé Tchekhov ? Odessa, littéraire et photogénique comme ces villes vues et dites par Olivier Rolin. Avec lui, toutes les villes deviennent littéraires et photogéniques. Si vous n’avez encore rien lu de lui, commencez par l’invention du mondePort SoudanBakou.Tout se trouve en poche Seuil roman. N’oubliez pas Tigres de papier..
Outre ces récits de voyages, expériences de vie, il y a chez Verdier un petit bijou : La langue. Je pense à Natalia et Gallia, de Kiev que je n’ai pas croisées depuis plusieurs mois, sur les allées. Toute la famille est arrivée il y a un peu plus de dix ans et chacun a trouvé sa place mais la nostalgie du pays taraude et je me doute qu’en ce moment, la plaie est ravivée.
Le jeune étudiant, de Kiev qui initie les enfants aux échecs, aussi, a souri à l’évocation du référendum. On ne peut parler de scrutin à la Russe puisque le pays est impliqué, on parlera donc de scrutin à la Corée du Nord mais il me dit être surpris, sourire cynique en coin par le score de 96, 16%. Il s’attendait à 99, 99%. On va finir par comprendre ; ce sera long mais ça va se produire, ajoute-t-il, sibyllin.

Pendant ces jours irrespirables, j’ai songé à une terra incognita comme un paysage originel ou à ces grands espaces nordiques aux distances presque mythologiques. J’ai rêvé d’Islande sans son nuage et de ses sagas. Ce qui m’a renvoyé à une lecture ancienne de Lapouge, comme L’incendie de Copenhague. Le temps était maintenant venu de lire La consolation des grands espaces, reçu à Noël.
Dans cette soif d’air et d’eau fraîche, ce fut une grande bouffée d’oxygène. J’ai donc passé dans le Wyoming un moment exceptionnel, partageant grâce à l’écriture de Gretel Ehrlich, la rudesse, la vigueur d’un paysage et de ceux qu’il abrite auquel est venue se frotter un chagrin de femme blessée tentant de se bercer pour se réparer après la perte de son mari. On se soigne avec le vent qui racle l’herbe, le sol et le ciel mais aussi avec la sécheresse ou l’inondation, plus rare. Au milieu des troupeaux de moutons et de bêtes à corne et à cheval, la plupart du temps. Le printemps s’invite et le rodéo aussi, avec ses règles. Il n’y a pas que des pick-up mais il est vrai qu’ils symbolisent un peu le travail du ranch, au cœur de telles étendues. Gretel assiste à la Crow fair qui dure cinq jours et découvre la cérémonie de la danse du soleil au milieu de plusieurs ethnies indiennes. Homme-médecine, chants médecine, tipi-médecine non loin de la Little Big Horn River, à l’écoute des animaux, des arbres et des plantes. On a effectivement beaucoup à apprendre d’eux. Les leçons de la nature ont permis à cette femme en plein désarroi de trouver la plénitude et je garde en mémoire cette phrase : « les feuilles sont des herbes qui conjuguent les saisons ».
Un grand appétit de vie dans ce grand petit livre.
Mes investigations avancent : Les Blondes Ogresses sont trois blondes faisant la promotion du spectacle vivant et mettent à disposition ce lieu pour des associations. J’irai peut-être avec Huguette voir Denise jardinière. Elle nous ramènera un beau croquis et je vous dirai Denise.
Hier matin, en haut de l’escalier, sortie de terre et à la lumière du jour, les arbres de la place Clichy me sautent à la figure. Ils ont une chevelure poussée en un temps record. Une touche de verdure dans cet air parisien, étouffant. En bas de la rue Etex, à la fin du jour, le café rouge était , à la suite de travaux de voirie, dans une nuée de poussière qui rajoutait son poids à cet air quelque peu amidonné.
Arrivée à Clichy, à la sortie du métro, je suis assaillie par les écharpes aux couleurs des quatre listes des candidats restés en lice pour dimanche. Sur les allées et la place, la fin de semaine et le beau temps annoncés, ont attiré beaucoup de monde aux terrasses de la place presqu’en fête.
ELB

Ainsi va le jour.7

21/02/2014

les yeux posés

Cri des mouettes sur mon chemin vers la station de métro, ce matin et un peu plus loin, près du kiosque à musique des trouées de bleu et de lumière rosée. Il va peut-être ne pas pleuvoir. Place Clichy, l’église de scientologie racole. Au programme, l’origine des pensées négatives, des comportements indésirables et du manque de confiance en soi. Tout ce qui plaît ou inquiète.
Du pont métallique au-dessus des tombes, contre le mur du bâtiment surplombant le cimetière, un large bandeau publicitaire me fait sourire:« Du studio aux cinq pièces d’exception ». Je croise des Joggeurs, des personnes à vélos, d’autres avec leur poussette ou encore la trottinette: tout le monde, écouteurs aux oreilles. De toute couleur, les fils : le noir est le plus fréquent mais il y a aussi du blanc, du vert, du bleu clair et du rose fluo comme pour égayer le début de journée.
Chacun se perfuse à sa dope préférée avant d’entamer la journée de travail. Visages fermés dans leurs pensées, d’autres ouverts et souriants. Au téléphone, un homme me croise que j’entends dire: « t’as l’impression d’être une mauvaise mère et que tu gères rien ; mais non pas du tout, je te rassure ». Parlait-il à sa fille, sa compagne, une amie. Et pourquoi pas à sa mère ? Dès huit heures trente ce matin, les conversations et les pensées étaient graves. Où en est la révolte du peuple Ukrainien à Maïdan ?

Le haut des arbres tanguait et de ma place au second si j’avais continué à regarder le mouvement de ces arbres décharnés, j’aurais fini par avoir le mal de mer. Nous sommes loin des déferlantes, pas d’inquiétude. Les rameaux et fines branches noires et cassantes dessinaient un joli treillis en avant des façades des immeubles de l’autre côté de la rue. Ce qui faisait croire à un dessin au fusain. A la pause, le lacis tortueux des rues pavées m’a attirée et j’ai poussé jusqu’à la vigne St Vincent ; elle a été taillée et le jardin de biodiversité sort à peine de son sommeil.
Comme une éponge, aujourd’hui, j’avale et je bois tout avec mes yeux, mes oreilles et du bruit dans la tête comme j’en soupçonne parfois chez les personnes croisées, parlant souvent seules. La voix, la nôtre propre nous aide parfois à nous rassembler à hauteur d’yeux et de cœur. Au retour, en face de l’hôpital Bretonneau, au dernier étage d’un immeuble, un saule pleureur dépouillé et trois merles qui l’occupent, surveillant le quartier.
Il fait encore jour. Quelle sera la lune tout à l’heure ? Après la grosse lune ronde, celle qu’on dit pleine, d’il y a trois semaines, la lune, lame d’argent de la semaine dernière qui s’offrait en fauteuil à bascule puis déjà le dernier quartier qui arrive. Denise la jardinière sévit toujours chez les Blondes Ogresses. Comme ce sont les vacances, le spectacle pour enfants est annoncé : Les comtes givrés de la fée Grelotte. Elles me plaisent bien ses Blondes Ogresses…je ne vais pas tarder à leur rendre visite. Je finis de dévaler la rue Etex, légère.

Je suis en vacances et m’abandonne un temps. Une courte halte dans le Lot et à Toulouse en bord de Garonne. Et à nouveau la lune aura retrouvé ses rondeurs. Elle sera nouvelle. Je la veux d’acier, à peine blanchie pour trouer le carreau de la chambre. C’est comme cela que je la préfère. Le grand café rouge, La Rotonde a ouvert son cercle d’hommes : en cette fin d’après-midi, une femme, deux femmes même, en train de parier face au grand écran. L’assemblée bouge et se diversifie. Et si elles gagnaient, que feraient-elles de leur gain. Il n’est pas certain qu’elles aient les mêmes envies. Dans le métro pour le dernier tronçon de mon trajet, plaquée contre la vitre comme aux heures de pointes, j’aperçois en face, sur le carrelage du quai, un affiche RATP Des lignes et des rimes ou Des rimes et des rames, concours de poésie mettant en avant la chanson de Nougaro : » Armstrong…je ne suis pas noir, je suis blanc de peau… et sa voix rouleuse de galets comme la Garonne, m’a réchauffée .
Claude, tu m’as enchantée sur cette portion de la ligne treize saturée et pleine comme un œuf. Pour peu, nous nous serions crus ailleurs.
Un petit air de printemps en réapparaissant à la surface et deux jeunes sur les allées qui dansent au rythme de leur slam, l’inquiétude, l’espoir et la vie en commun sans doute. ELB

Ainsi va le jour.6

13/01/2014

les yeux posés1

Yeux posés sur…Ainsi va le jour. GHV. 2012    Voilà déjà une semaine que j’ai retrouvé avec plaisir le pont métallique et le pin sur le toit. Ce qui m’a fait penser à Valéry et son poème mais je n’ai pas vu de colombes marcher sur le toit.

Ma journée a été émaillée de clins d’œil littéraires ou bien c’est moi qui étais davantage disponible ou rêveuse. Ainsi, rentrant de ma pause déjeuner, levant le nez, je prête attention à la grande porte du numéro 55, rue de Caulaincourt et une plaque en hauteur m’indique que là, durant 25 ans vécut Louis Nucéra. Sur les conseils d’un oncle, il y a bien longtemps, je lis Chemin de la lanterne et tombe sous le charme de ce style classique et savoureux où j’entends l’accent provençal.

Ce Niçois, de la bande des Copains d’abord, est passionné par les chats et le vélo. Ami de René Fallet, autre écrivain dingue de la petite reine- et de Brassens qu’il a connu lorsqu’il était journaliste à Nice. Les contes du lapin Agile et Mes ports d’attache, deux autres livres qui m’ont marquée.
L’année 2014 débute et comme Dominique, lectrice de ce blog dont j’ai fait la connaissance à l’exposition d’Huguette, j’espère un nouveau Modiano. Aucune résolution particulière, poursuite des engagements pris et bien sûr, comme vous tous, je vais continuer à cultiver mon jardin et l’amitié. Le dialogue permanent avec soi, les autres et le monde se poursuit, inlassable avec les interrogations futiles comme les plus sérieuses qui font le tissu de nos jours et les défont aussi. En tout cas elles les nourrissent et les tiennent entre le permanent et l’éphémère.
Au café Le Refuge j’ai retrouvé les habitués. Accoudés au comptoir. Tout le monde se connaît et prend soin de chacun parlant du temps, du travail, de la douceur de l’air, de ses rhumatismes, de cinéma, de politique. Les plus jeunes, tout en buvant leur café, continuent à travailler sur leur ordinateur dont l’écran rend le visage luminescent. Cet illusion du translucide leur donne un air d’irréalité.
D’autres, moins jeunes, lisent le Parisien et le commentent. Pendant deux jours, la semaine dernière, le quotidien s’est intéressé aux librairies de quartier qui ont du mal à s’en sortir face aux ventes en ligne. Nombreux ont été obligés de fermer boutique. Une mesure qui soutiendrait vraiment les librairies serait celle de réorganiser la distribution et de réduire les délais de livraison.
Le jour avance, l’air de rien. L’encre de la nuit qui arrive, me semble moins épaisse. Les Blondes Ogresses devant lesquelles je passe le soir, sont toujours en place et bien campées. A la faveur de quelques minutes supplémentaires tout doucement nous allons vers le printemps et je sais que nous sommes nombreux à guetter le premier chant du coucou ou la première primevère. Aussi pour rester en littérature et se faire plaisir, je pense avec beaucoup d’émotion et de respect à Pierre Bergounioux qui ne tardera pas à noter dans ses carnets, le premier chant du merle ainsi que l’éclosion de la première jonquille.
Pour ma part, je viens de chanter, de répéter et surtout d’essayer de rester dans ma voix-que je découvre- et ce n’est pas facile. C’est très joyeux et swing puisque c’est du Gershwin que nous travaillons en ce moment.
Pour découvrir Louis Nucéra, quelques livres : Chemin de la lanterne L de poche Les contes du lapin Agile Folio Sa majesté le chat carnets de notes d’un amoureux Archipel Mes ports d’attache Les cahiers rouges Grasset Grand prix littéraire de la langue française, il est mort en 2000 à vélo, fauché par un automobiliste.

ELB

Ainsi va le jour.5

20/12/2013

Sans titre
Quand je rentre le soir ou bien en fin d’après-midi, mon trajet est différent qu’à l’aller. je dévale la rue Tourloque puis prends la rue Etex en courant sur les pavés qui résonnent d’un autre âge et où les Blondes Ogresses, au pied de la butte, me font signe. A l’heure où je passe tout est fermé et ce soir se joue à 20h30, Denise. C’est ce qu’annonce l’affiche posée sur la porte de ce théâtre.
Je m’interroge en passant et je ne me suis toujours pas renseignée sur le choix d’un tel nom. Un peu plus bas, à l’angle de l’avenue de St Ouen, la lumière du café rouge brille sur le trottoir. Le Bar tabac La Rotonde abrite tout un monde masculin. Assis aux tables du café, les yeux rivés vers le fond de la salle, ils semblent tous, fort préoccupés, ces hommes. Ce n’est pas la caissière, au fond de la salle derrière sa vitre qui les attire ni les aiguilles de la grosse horloge fatiguée mais le grand écran de télévision.
Ces parieurs du tiercé ou quinté, journaux de turfistes en mains, tout en étudiant la prochaine course, suivent en direct celle en train de se dérouler. C’est tous les jours le même spectacle et la même inquiétude sur le visage en quête de fortune grâce à laquelle une vie meilleure dériderait leur front, sans doute. En attendant, ils rêvent et la rondeur des piliers du bistro, rassurante, la chaleur du lieu et l’odeur de café les transportent, peut-être vers leur pays de l’autre côté de la méditerranée ou ailleurs, au son des tambourins ou tam-tam ou saz et autre sorte de guitare baroque.
Ils ont un certain âge et toujours endimanchés et pour certains, chapeautés; ils restent fiers, sans jamais laisser paraître la douleur de l’exil.
Après le calme de Montmartre où la tranquillité confortable a l’air de régner, plus bas, le bruissement de la ville avec ses klaxons, ses couleurs agressives, sa vie immédiate et bruyante, ses vitrines parfois vulgaires est un contraste. Du bruit dans la tête de ceux que je croise et qui parlent seuls ou à une invisible chimère, j’en perçois quotidiennement et je les soupçonne, ces êtres dans l’ombre, d’être assaillis par ce morcèlement de soi-même que provoque la désocialisation qu’ils vivent.
Non loin de l’église St Michel des Batignolles, une tente nomade est installée sur les grilles chaudes du métro ; à côté, deux lits métalliques d’une personne étaient installés sur lesquels deux mendiants au corps affaissé et las dans de pauvres vêtements tentaient de survivre au froid et la faim. Depuis quelques jours, je ne les vois plus. Ont-ils atterris en centre d’hébergement provisoire ?
Je cours après le bus que je rattrape, un peu essoufflée. Saisie par la chaleur moite, je fonce vers le fond pour trouver peut-être un siège libre et une bulle d’oxygène. Une enfant dans l’arrondi des bras de son père parle du Père Noël.
Et je me retrouve à mille lieues, enfant, à guetter, la veille de Noël, les grelots ou clochettes des rennes de nos livres de comtes.
ELB

Ainsi va le jour.4

22/11/2013

gingko1

Porte de Clichy, ce matin, les grues se croisent dans le ciel tout au-dessus des toits hérissés de ces petites cheminées , rondes et de brique ajoutant de la couleur au ciel bien peu dégagé, aujourd’hui.
Telles des crayons jouant du graphisme, ces grues mettent une touche de bleu par ci, une autre de rouge par-là, du jaune et même du vert ou encore du gris métal, ailleurs. J’en compte au moins une dizaine aux Batignolles : un ensemble de meccano qui toujours me ravit. On dirait des échelles . Elles me permettent un court instant d’aller plus haut et cela me distrait de la tension plus que palpable, dans le bus.

Puis satisfaction, jouissance de l’œil, même, de voir du dernier étage de mon lieu de travail, quelque dôme, tourelle ou clocheton coiffés de zinc et un fugace reflet dans la vitre d’une sorte de fenêtre en saillie sorte de véranda à l’anglaise pour ne pas dire bow-window. Elle laisse supposer un nid douillet où une tasse fumante, laisse rêveur l’occupant au front appuyé contre le paysage urbain. Plus loin, dans la brume des cheminées industrielles, une tour, un chauffage urbain puis au premier plan- car il faut bien revenir à ses devoirs, un immeuble étroit et très haut avec un pin sur le toit en terrasse.
A la pause, au hasard des rues pavées, je me retrouve rue St Vincent et vais jusqu’à la vigne de Montmartre. Une traînée de brume flotte encore sur quelques toits ; le jour va peut-être s’éclairer et si ce n’était le cas, tant pis! J’ai aperçu derrière les grilles du parc avant de partir, ce matin, l’or des ginkgos biloba. Les mots arrivent sans prévenir et les images avec, sans en avoir le moindre contrôle. Camille et Nicolas sont partis pour leur tour du monde ; je pense à eux, le cœur secoué comme une pomme par le vent et la pluie de novembre mais ravie pour ce long périple riche sans nul doute de rencontres et de découvertes.
A la librairie L’attrape Cœurs, j’achète Le Carnet d’or de Doris Lessing dont je n’ai rien lu. Je vais combler cette lacune. Le moment est venu. En repartant cet après-midi, descendant la rue Caulaincourt vers la place de Clichy, les érables du cimetière de Montmartre illuminent le ciel, leur cime dépassant du pont métallique passant au-dessus des tombes. Des édicules, des petites chapelles émergent à ma gauche sur le relief du cimetière. Des graffiti de couleurs délavées se fondent dans le vert bronze de ce pont routier au treillis métallique si attachant.
L’agitation de la ville, le bruit de la rue, et sous mes pas, entre les arbres, le silence des morts. ELB

Ainsi va le jour.3

28/10/2013 hgreveblog

Sur mon trajet, dans le XVIIème arrondissement: la librairie l’usage du monde. Ici, on rend hommage à Nicolas Bouvier et à son fameux récit. Il me suit et discrètement, dans la tête chemine à mes côtés. On peut être voyageur dans la ville. Ce lieu au nom si évocateur m’enthousiasme par son accueil. J’y trouve un petit livre sur les haïkus et leur construction ou leur fabrication ; bien intéressant! A vrai dire, je me suis lancée dans le haïku en décembre dernier, soit au démarrage de ce blog initié par Huguette. Sans préparation et pour le plaisir. J’en connaissais l’origine et les règles de base. J’avais lu ceux de Ryokan, moine zen du XVIIème siècle. Je me suis prise au jeu et m’en amuse.

Une courte balade sur la promenade plantée, au-dessus de l’aqueduc près de la gare de Lyon avec une amie. Après l’atmosphère étouffante, une pluie d’automne qui a envie de s’installer nous a obligées à presser le pas. Les jaune, rouge et oranger des feuilles tremblotaient devant nous. En attendant de rentrer au musée de l’Orangerie nous avons pris le soleil par intermittence sur les chaises métalliques. Heureusement la profusion des couleurs et les fresques monumentales de Diego m’ont redonnée du souffle. Frida, pas la blonde, celle de Brel mais Kahlo, la brune mexicaine éperdument amoureuse et passionnée qui peint sa souffrance, son corps prison et l’enfant qu’il rejeta, comme une obsession.

La promenade à cinq cents mètres de la place en bordure de Seine dans l’allée couverte de menus branchages et de feuilles de platanes que nos pieds retombés en enfance ont fait bruire avec exagération comme pour vérifier que nous étions bien vivantes. Sur le fleuve, deux gros points sombres ou ce qui auraient pu être des cormorans et beaucoup de mouettes. Au loin, après le pont les tours de la Défense qui s’étiraient vers les nuages ballotés par le vent tiède. Au retour, une halte dans le petit parc pour voir si l’or des ginkgos était au rendez-vous mais il va falloir attendre un peu .L’oranger des Osages a lui, laissé tomber ses fruits, sorte de balles vert tendre granuleuses et spongieuses. Nous nous arrêtons face à la sculpture sans prétention de la terre endormie où vient nous rejoindre une femme très âgée, pimpante et qui nous dit sa tristesse d’être insultée par son mari. Désarmées, nous l’écoutons et lui parlons des couleurs de l’automne mais la nature n’est pas toujours accueillie en consolatrice.
L’émotion était trop grande. Comment vivre avec l’agressivité, le malheur, la maladie ou le deuil dont la vie ne l’a, sans doute, pas épargnée. Continuer à avoir des projets à un âge avancé, regarder devant sans se soucier du temps qui est compté ? Se retourner sur les choses, une dernière fois parce que l’on sait la fin des choses ; on la devine sans l’attendre forcément. Était-t-elle peut-être souhaitée à ce moment-là?
Un vrai jour d’automne. ELB

Ainsi va le jour.2

12/09/2013

hgrevelignes
Depuis deux semaines, mon trajet est dévié vers Monsieur Pôle emploi et c’est l’occasion de découvrir un autre quartier que j’arpente beaucoup moins. Je passe , entre autres, devant une vitrine derrière laquelle trône la maquette d’un vaisseau dit Le Superbe, du XVIII ème siècle ayant fait partie de de la flotte royale de Louis XVI comme le Téméraire, le Fougueux ou l’Intrépide.
Il s’est naufragé en 1784 au large de Pornichet avec sept cents hommes d’équipage à bord ; On imagine le drame et je ne veux y voir aucun signe même si l’agence dont je sors est particulièrement fréquentée.
Cette maquette m’attire à tel point que j’ai oublié de m’intéresser à l’activité exercée par cette société. Elle porte le nom plein d’espoir de Lignes d’horizons avec un s- c’est dire s’il y a le choix et je poursuis jusqu’à la petite presse de ce même quartier au nom de Le monde allant vers. Il ne vous aura pas échappé que l’ambiguïté laisse libre cours à l’imagination. Et comme lorsque j’étais jeune et que je n’avais jamais vu écrit le Vendée Globe car je ne m’y intéressais pas et ne regardais pas encore Thalassa comme les parents de Vincent Delerme… j’entendais : Le vent des globes et c’était magique. Cela décuplait le monde et son potentiel.
Vive la radio qui m’a fait rêver, enfant au moment de la météo marine alors que je n’avais pas encore vu la mer. De retour à la maison, je prends possession de mon nouveau lave-linge installé dans un temps record et quelle surprise ! C’est une lavante qu’il faut dire et elle demande qu’on la nourrisse de produits lessiviels ! Tout un programme et elle en a. Je vais me contenter d’une lessive, je crois. Une carte d’anniversaire collage pour Mathilde et je file à la poste où je croise une jeune fille aux cheveux vert et rose sur leur dernière course jusqu’aux reins.
Je me suis demandée si cela lui donnait des ailes pour rêver en couleurs ou si elle avait l’impression, peut-être, d’appartenir à un type de mutants. Elle m’a en tout cas rappelé les fées aux cheveux verts de Nuit rhénane d’Apollinaire « …qui incantent l’été ». Puis dans le XIX ème arrondissement, avenue de Flandres du côté de Crimée où je me baladais cet après-midi, j’ai trouvé un livre jeunesse dont l’illustration m’a subjuguée. C’est un monsieur, qui dans la rue sur son étal, vendait des livres déclassés ou destinés au pilon, je ne sais. Belles affaires en tout cas parmi les livres de photos, les livres jeunesse, de cuisine ou de romans. Et l’accueil était vraiment chaleureux. Il m’a dit : « Madame, je lis beaucoup vous savez et j’aime la langue de Molière ; c’est mami qui me racontait les histoires ».
Il parlait de sa grand-mère en l’appelant ainsi et avec une admiration dans les yeux pour cette femme grâce à laquelle il avait pu aller à l’école à onze ans passés. « En troisième, on était plus de quatre-vingt -poursuit-il- et j’ai eu mon bac à la fin, en 1986 » (ou 89, je ne sais plus). Il n’était né ni à Dakar ni à ST Louis mais dans la brousse où l’accès à l’école est difficile.Une pluie fine m’a chassée, je suis rentrée savourant derrière la vitre du bus, le spectacle de la rue, laissant défiler les quartiers. Le jour s’était un peu rétréci, il me semble.
ELB

Ainsi va le jour.1

27/05/2013

hgcouple(37)

Sept heures et demi, ce matin devant moi sur mon trajet quotidien, elle bougonne et semble rechigner à poursuivre l’argumentation.
– Anna, tu m’écoutes? Tu crois que Dieu nous a créés pour travailler en banlieue ? Demande aux malades qui souffrent et qui sont condamnés s’ils sont protégés par Dieu !
Et tous deux : lui, entre deux âges et elle, grande belle jeune-fille perchée sur ses talons hauts passent la porte de l’hôpital. Décidément, j’ai eu raison de changer de côté. Ce soir, un long ruban blanc de judokas en herbe qui glissent avec leur trottinette sur la piste cyclable et arrivent devant la porte du gymnase. Quelle belle et joyeuse ribambelle ! Quand j’entends deux grands gaillards :
-Je travaille les trapèzes ce soir, et demain, je ferai les pecs.
-T’as raison, moi aussi. Les pecs, ça plaît aux filles.
L’air est doux et je le laisse m’envelopper et me bercer un peu. Le printemps s’égare. A l’entrée du parc, le bleu et le jaune des iris m’attirent et le vert de l’herbe troué de pâquerettes m’intimide presque. Le printemps se serait-il égaré ? Au bout de l’allée, une jeune fille, sur un banc, à l’air triste ou désabusé . Un jeune homme se tient debout qui lui tient tête :
– T’as plus le choix : faut assumer. Derrière eux, une sculpture de pierre, La terre endormie. Une femme nue, allongée et pudique aux yeux mi-clos. Qu’en pense-t-elle? Le turbulent printemps, aujourd’hui, dialoguait, réveillait, agaçait, excitait, apaisait, berçait.
A chacun son printemps. Celui d’Aragon ? « Notre printemps, c’est d’être ensemble ».
Sur ma fenêtre, les plans de capucines ont pris deux centimètres. ELB

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